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Monthly Archives: février 2009

Une vie

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Une correspondance peut être un matériau passionnant, surtout lorsqu’elle s’écrit sur une longue durée. Tel est le cas de celle proposée par l’ouvrage Un savant au XIXe siècle. Correspondance d’Urbain Dortet de Tessan (1820-1875), ingénieur hydrographe, récemment paru chez L’Harmattan (240 X 155 millimètres, 466 pages, 40 euros). Présentées et généreusement annotées par Martine de Lajudie, descendante d’Urbain Dortet de Tessan (1804-1879) (avec malheureusement quelques erreurs, notamment pour la partie maritime) ces trois cent trente-neuf lettres sont très intéressantes par l’ensemble qu’elles constituent.

 

Elles émanent d’un fils de notables du Vigan (Gard), polytechnicien (1822-1823) qui, ayant quelques marins dans sa famille cévenole, embrasse la carrière d’hydrographe. Après sa sortie de l’école, il est ainsi initié à l’art des cartes marines par Beautemps-Beaupré (1824-1825). Entre le patron formé par les savants du siècle des Lumières, puis inventeur de l’hydrographie moderne, et le jeune ingénieur issu de l’X cela fera parfois quelques étincelles…

 

Tessan partage alors sa vie entre les rues de Beaune et des Saints-Pères et le Dépôt des cartes et plans de la Marine, rue de l’Université (une adresse qui devait devenir celle de l’ENA, l’École nationale d’administration, en 1971 lorsque le Service hydrographique et océanographique de la Marine, le SHOM, déménagea à Brest). Régulièrement, il quitte ce triangle de la rive gauche pour des missions sur les côtes de France et des colonies, notamment en Algérie (1830-1831), ce qui l’amènera à cartographier le détroit de Gibraltar (1848).

 

 

 

Le remarquable Plan du sound de Chausey fait partie des cartes auxquelles Tessan participa sous la direction de Beautemps-Beaupré. Levé en 1831 et publié en 1836 au 1 : 3 600, il fut en service jusqu’en 1989, au moment de l’introduction du GPS en navigation civile (© Olivier Chapuis).

 

 

Surtout, aux cotés d’Abel Aubert Dupetit-Thouars, il embarque comme hydrographe et météorologue pour une remarquable circumnavigation, du 29 décembre 1836 au 24 juin 1839, sur la Vénus via les Canaries, le Brésil, le Chili, le Pérou, Hawaï, San Francisco, l’île de Pâques, les Marquises, les îles de la Société, la Nouvelle-Zélande, l’Australie, la Réunion et le cap de Bonne-Espérance. Naviguer dans la promiscuité d’un équipage n’est pas toujours une sinécure… En particulier lorsque le commandant est du genre acariâtre. À Valparaiso, le 15 avril 1838, ça chauffe tant avec Dupetit-Thouars que Tessan cherche à débarquer. Faute de bâtiment français sur rade, il y renonce.

 

Trois ans et demi plus tard, les deux hommes tombent nez à nez au détour d’un couloir du Dépôt des cartes et plans de la Marine. En ce 1er octobre 1841, l’officier cherche un hydrographe pour l’accompagner de nouveau dans le Pacifique, cette fois pour attacher définitivement à la France l’archipel de la Société, Tahiti et les Marquises. Très peu pour Tessan qui décline l’offre : « Croiriez-vous qu’il a eu le toupet de me demander sérieusement si je voulais aller avec lui ? Grand merci. Être attrapé une fois, cela peut arriver à tout honnête homme ; mais l’être deux fois par la même personne, cela n’arrive qu’aux imbéciles ».

 

Esprit curieux, Tessan ne parle quasiment pas de littérature et de beaux-arts. Il est beaucoup plus intéressé par les sciences et les techniques d’une part, l’économie, le commerce et les manufactures d’autre part. L’amour n’est guère plus évoqué. L’auteur semble lui préférer… l’élevage du ver à soie où sa famille prospère. Dans ses nombreuses publications (il sera élu à l’Académie des sciences en 1858) – dont plusieurs extraits sont cités à bon escient dans l’ouvrage à côté des lettres – il traite de physique et de questions aussi diverses que le sondeur acoustique (il en énonce le principe bien avant son invention) ou les instruments météorologiques.

 

 

 

Dépassant très largement le cadre de la Marine et de l’hydrographie, les lettres de Tessan traversent le XIXe siècle, du règne de Charles X à la Commune de Paris, en passant par les révolutions de 1830 et de 1848 et par le Second Empire (© L’Harmattan).

 

 

Au-delà de sa vie à la mer – assez courte car l’homme est avant tout un ingénieur avec ce que ce mot recèle de prestige neuf en ce siècle d’industrie croissante (il n’omet jamais de préciser son statut après sa signature même lorsqu’il écrit à ses intimes !) – la politique, nationale ou internationale, est le principal centre d’intérêt de Tessan. Les révolutions de 1830 et de 1848 (pour la Commune de Paris, ce sera trop tard, la maladie étant déjà là) sont parmi les événements du siècle auxquels il assiste.

 

Bourgeois conservateur mais clairvoyant, il a ce mot, le 19 septembre 1843, à propos des complots républicains qui se multiplient sous le règne de Louis-Philippe : « C’est la suite de l’ancienne querelle, aussi vieille que le monde, de ceux qui n’ont rien et veulent avoir contre ceux qui ont et ne veulent pas être dépossédés ». Dès le 15 juin 1848, il prédit le coup d’État du 2 décembre 1851 de Louis-Napoléon Bonaparte, futur Napoléon III.

 

Bien que les lettres reçues par lui ne figurent pas dans l’ouvrage, les réponses transparaissent dans la continuité des échanges. Il est ainsi savoureux de suivre le dialogue entre Tessan, immergé dans la capitale bruissant de mille rumeurs, et sa mère qui, depuis le domaine familial du Vigan, s’affirme très réactionnaire et méfiante vis-à-vis des Parisiens qu’elle fusillerait pour un oui ou un non ! Grâce à cette correspondance, un sillage ne se referme pas complètement. Il en subsiste quelques rides à la surface de ce qui fut une vie.

 

O.C.
 

Coques en stats

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Les statistiques du Vendée Globe évoquées dans le précédent billet doivent être élargies à l’ensemble de la flotte afin de situer cette sixième édition dans l’histoire de l’épreuve. Examinons les chiffres (une fois n’est pas coutume j’utilise des caractères rouges pour mettre en valeur les plus marquants). Tout en préjugeant – espérons que cela ne soit pas à tort – que les cinq concurrents toujours en mer connaîtront le bonheur de parvenir aux Sables d’Olonne.

 

D’un point de vue qualitatif, le bilan final est assez sévère même s’il ne faut pas oublier que jusqu’à la mi-course au moins, la régate a été sans équivalent autour du monde en solo. Derrière Michel Desjoyeaux qui a mené sa barque à un pourcentage très proche de son potentiel optimal en solitaire, Armel Le Cléac’h qui s’en est tenu – avec autant d’efficacité que de constance – à sa ligne de conduite d’un novice du Grand Sud, et Samantha Davies qui a poussé avec le sourire le vainqueur des deux dernières éditions à une belle cadence… seuls trois nouveaux bateaux sont aujourd’hui arrivés.

 

 

 

Armel Le Cléac’h a mené Brit Air comme il l’avait annoncé et cela lui a plutôt bien réussi compte tenu de la casse… des autres (© Benoît Stichelbaut / Brit Air). 

 

 

 

Les avaries n’expliquent pas tout. Marc Guillemot – bien avant qu’il entre dans une autre dimension avec le sauvetage de Yann Eliès – et Brian Thompson n’avaient jamais véritablement animé la tête de course, ayant déçu dès la descente de l’Atlantique eu égard au potentiel de leurs bateaux respectifs. Quant à Dee Caffari, en dépit d’un proto aussi affûté, elle avait l’objectif de terminer et de devenir ainsi la seule femme à avoir fait le tour du monde en solitaire sans escale dans les deux sens. Contrat rempli… à une place inespérée compte tenu des abandons !

 

Bien sûr, la sécheresse du classement ne dit pas toutes les performances des uns et des autres avant la casse mais telle est la compétition. Dura lex sed lex. À un Atlantique du Capitole pour Bilou, seul à pouvoir donner la réplique à César Desjoyeaux Imperator après le Horn… si la Roche tarpéienne n’avait pris la forme d’une baleine. Mais la vitesse et la limpidité de la trajectoire de Foncia laissaient-elles encore place à une quelconque contestation ?

 

Quantitativement, l’analyse est également impitoyable. Au vu de la qualité inégalée du plateau, on envisageait une régate planétaire jusqu’aux Sables. Le plus faible écart de la course entre un vainqueur et son dauphin - 6 heures et 32 minutes d’avance pour Vincent Riou sur Jean Le Cam en 2004-2005 – était en sursis. Au lieu de quoi, le podium 2009 est le plus écartelé temporellement depuis la création de l’épreuve, avec 5 jours, 6 heures, 30 minutes et 27 secondes entre Michel Desjoyeaux et Armel Le Cléac’h et 11 jours, 10 minutes et 28 secondes entre Desjoyeaux et Marc Guillemot (une fois appliqué son temps rendu pour l’assistance à Yann Eliès).

 

 

 

Vincent Riou – ici avec Jean Le Cam après le sauvetage magnifique de celui-ci, au cours duquel Vincent a endommagé le gréement de PRB, ce qui a ensuite entraîné son démâtage – est classé troisième du Vendée Globe aux côtés de Marc Guillemot (© Vincent Riou / PRB). 

 

 

 

Certes, l’écart le plus important entre un vainqueur et son dauphin demeure bien celui créé par Christophe Auguin au détriment de Marc Thiercelin en 1996-1997, avec 7 jours, 11 heures et 55 minutes d’avance mais Hervé Laurent, troisième, n’était alors pointé que 32 heures et 17 minutes après le deuxième, au jeu des bonifications accordées pour la recherche de Gerry Roufs (Hervé était en réalité arrivé avant Marc).

 

À condition que les cinq marins en mer finissent bien, tout en incluant Vincent Riou dans le classement, il y aurait 12 skippers à terminer classés ce Vendée Globe pour 30 solitaires au départ, soit 40 % des concurrents classés. Ce n’est pas le taux le plus bas de l’histoire de l’épreuve puisqu’en 1996-1997, il y avait eu 6 classés sur 16 partants soit 37,5 % des concurrents classés.

 

Si Vincent Riou - qui figure au classement 2008-2009 au titre de la réparation donnée pour le sauvetage de Jean Le Cam – était sorti des arrivées effectives, le taux de cette édition serait le plus bas. Il passerait à 36,67 %. Les autres pourcentages de concurrents classés étaient respectivement de 65 % en 2004-2005 (13 classés sur 20 partants), 62,50 % en 2000-2001 (15 classés sur 24 partants), 53,80 % en 1989-1990 (7 classés sur 13 partants) et 50 % en 1992-1993 (7 classés sur 14 partants).

 

Enfin, en 84 jours, 3 heures, 9 minutes et 8 secondes, Michel Desjoyeaux a parcouru 28 303 milles à 14,02 noeuds au cumul des pointages satellitaires. Sur la route géographique (distance théorique la plus courte) de 24 840 milles, retenue pour cette édition suite à la remontée des portes des glaces, la moyenne du vainqueur est de 12,30 noeuds. Le précédent recordman – Vincent Riou, vainqueur en 2004-2005 en 87 jours, 10 heures, 47 minutes et 55 secondes – avait couvert 26 714 milles à 12,73 noeuds, soit 11,28 noeuds sur les 23 674 milles du parcours officiel 2004 (avec le même bateau, encore optimisé depuis, Samantha Davies a tenu 10,87 noeuds sur la route théorique 2008-2009).

 

Rapporté à la route géographique, le gain est de 1,02 noeud. Il est ainsi de près du double de ce qu’était l’amélioration entre les deux éditions précédentes puisque Vincent Riou l’avait alors accrue de 0,59 noeuds par rapport aux 10,69 noeuds de Michel Desjoyeaux, vainqueur en 2000-2001 sur les 23 896 milles du parcours théorique. Une accélération qui confirme, s’il en était besoin, la manière dont Michel Desjoyeaux a surnagé et fait exploser en vol ce sixième Vendée Globe…

 

O.C.

 

PS. Voir l’analyse détaillée des causes des abandons dans Voiles & voiliers de mars 2009, n° 457, pages 82 à 87.

 

PS2. Qu’il n’y ait pas de malentendu sur l’explosion en vol. Je ne suis pas de ceux qui considèrent que Mich’ Desj’ a imprimé un rythme trop élevé à la course et que celle-ci en aurait souffert. Les avaries sont pour beaucoup survenues indépendamment de cela et sans qu’elles soient toujours liées à la façon de mener les bateaux. La course a donc explosé d’elle-même…

Rule Britannia

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Rien ne sert de courir, il faut… finir à point ! Travestissons la fable pour souligner la présence de trois Britanniques aux quatrième, cinquième et sixième places de ce Vendée Globe, soit Samantha Davies revenue samedi en troisième position (mais quatrième après applications des bonus liés au sauvetage de Yann Eliès à elle-même et à Marc Guillemot), Brian Thompson et Dee Caffari arrivés ce lundi.

 

Sur les sept Britanniques au départ – à condition que Steve White finisse bien, ce qu’on lui souhaite – cela ferait quatre skippers à l’arrivée soit 57 % des partants. Contre cinq Français rentrés aux Sables d’Olonne – si Arnaud Boissières et Raphaël Dinelli y parviennent, on fait le même voeu que pour le précédent – sur les dix-sept solitaires tricolores engagés… soit seulement 29 %. À comparer aux 37 % de la flotte pour les onze marins classés (sans Vincent Riou) sur les trente partants.

 

 

Aviva survolé au Sud de la Nouvelle-Zélande le 28 décembre : Dee Caffari doit remonter le chenal des Sables d’Olonne en cette fin d’après-midi (© Gareth Cooke, Subzero Images / Aviva Ocean Racing). 

 

 

En proportion, les Britanniques sont donc deux fois plus nombreux à ramener leur bateau à bon port, étant entendu que la quasi totalité des navigateurs – qu’ils soient français, britanniques ou d’une autre nationalité (six coureurs) – ont regagné un abri par leurs propres moyens. Cependant, pour pondérer ce constat, il faut évoquer la façon de mener les bateaux. Sur les cinq Français de retour (je ne compte pas ici Vincent Riou même s’il est classé à juste titre), trois sont sur le podium. On peut donc dire que quand ça passe, ça gagne !

 

Ainsi, il n’est pas surprenant que le premier Britannique à avoir abandonné dans l’ordre chronologique ait été Alex Thomson (le plus fougueux). Bien avant Mike Golding, sur démâtage après avoir été surpris surtoilé dans un gros grain. Autrement dit, lorsque les Anglais mènent leur barque comme les Français il leur arrive la même chose. C’était il y a bien longtemps… avant que Michel Desjoyeaux explose la course et que la casse emporte les restes.

 

O.C. 

Le savant et la tempête

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Il ne s’agit pas de la tourmente d’aujourd’hui mais de celles de jadis. Le livre de Fabien Locher, historien des sciences, est intitulé Le savant et la tempête. Étudier l’atmosphère et prévoir le temps au XIXe siècle (Presses universitaires de Rennes, 240 X 155 millimètres, 222 pages, 17 euros).

 

 

Le savant et la tempête de Fabien Locher a paru fin 2008 (© Presses universitaires de Rennes). 

 

 

Cet ouvrage évoque les balbutiements de la météorologie française, dans les années mil huit cent trente à mil huit cent quatre-vingt. Plutôt qu’une histoire véritablement structurée – telle qu’Alfred Fierro l’avait publiée en 1991 chez Denoël (cette Histoire de la météorologie est épuisée) et telle qu’elle reste sans doute à compléter au vu des recherches récentes – il s’agit ici de tableaux.

 

Les sept chapitres traitent d’aspects différents d’un point de vue technique mais toujours très incarnés par l’évocation des pionniers et de leurs itinéraires personnels, souvent passionnants. La question météorologique soulève – déjà… – pas mal de polémiques, y compris dans la presse. Le passage consacré à l’affrontement entre Mathieu de la Drôme et Urbain Le Verrier est à cet égard assez savoureux.

 

La marine tient dans ce travail une place de choix, notamment pour la standardisation des observations à la mer. Les données statistiques des vents et la coopération internationale à partir de la Conférence météorologique mondiale de Bruxelles, en août 1853, sous la direction de l’Américain Matthew Fontaine Maury, en sont un autre volet, essentiel pour le développement de la climatologie maritime.

 

 

 

La carte de la circulation générale des vents d’été de l’Atlantique Nord (1876) par Léon Brault est l’une des nombreuses représentations statistiques qui se développent à l’époque, dont les fameux pilot charts de Matthew Fontaine Maury (© Olivier Chapuis). 

 

 

Ce Savant et la tempête est très bien documenté et parfaitement accessible. Regrettons simplement que la bibliographie ne soit pas raisonnée. Bien que les ouvrages sur le sujet ne soient guère nombreux en français (les articles le sont un peu plus), le classement thématique des études existantes aurait permis de les mettre en valeur. De même, une chronologie aurait été la bienvenue pour visualiser les grandes étapes de cette période fondatrice (certains fondements datent du XVIIIe siècle en la matière). Enfin, les reproductions des illustrations sont de médiocre qualité. Faute de moyens sans doute, le prix du livre restant très raisonnable. Ces réserves mineures mises à part, une telle publication devrait intéresser nombre de ceux que la prévision du temps ne laisse guère indifférent. Autant dire pas mal de monde par les temps qui courent… Et par le temps qu’il fait !

 

O.C. 

Circumbébénavigateur

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Non, ce n’est pas Michel Desjoyeaux qui se cache sous ce néologisme. Bien qu’il y participe sans doute, malgré lui. La voile n’échappe pas à un phénomène de société déjà ancien. S’il ne s’agissait d’un génie, je l’appellerais « syndrome du petit Mozart ». Je lui préférerai donc « syndrome de Jordi »… mais quelqu’un se souvient-il encore de ce pauvre gosse qui poussait la chansonnette – Dur dur d’être un bébé ? Enfin « pauvre », façon de parler. Ses parents ne devaient pas l’être tant que ça après avoir exhibé leur fiston de foire sur les plateaux télé. Les géniteurs rêvent… les gosses trinquent.

 

La semaine dernière, deux adolescents se sont retrouvés dans le port de Capetown. Le Californien Zac Sunderland avait 16 ans l’été dernier lorsqu’il quitta les États-Unis sur son Islander 36, souhaitant devenir le plus jeune marin à faire le tour du monde en solitaire. Après avoir traversé l’océan Pacifique jusqu’au Nord de l’Australie puis l’océan Indien, Zac a déjà réalisé un fort joli parcours, émaillé de rencontres intelligentes au fil de ses onze escales. Il terminera cet été sa circumnavigation en remontant l’Atlantique et en franchissant Panama avant de rallier la Californie.

 

 

 

Zac Sunderland offre l’exemple d’un tour du monde réussi où l’objectif semble être autant la rencontre que la performance (© Zac Sunderland).

 

 

En Afrique du Sud, il a donc accueilli un autre solitaire de son âge, le Britannique Mike Perham qui aura 17 ans le 16 mars. À bord du 50 pieds Open Finot/Conq TotallyMoney.com (ex Étoile australe, ex Cray Valley, vainqueur d’Around Alone 1998-1999 avec le Français Jean-Pierre Mouligné) celui-ci est parti le 18 novembre de Falmouth avec un objectif plus ambitieux : devenir le plus jeune circumnavigateur en solitaire sans escale et sans assistance. La référence est en l’espèce Jesse Martins, un Australien qui avait bouclé, à 18 ans en 1999, un tour du monde Melbourne/Melbourne – en 327 jours, 12 heures et 52 minutes – en passant par l’hémisphère Nord (21 760 milles).

 

À bord d’un voilier de compétition de 15,24 mètres, pas évident à mener seul et surtout pas dans les mers du Sud, la grande boucle de Perham n’en serait que plus spectaculaire. À condition qu’il ne s’arrête plus (mais c’est de toute façon fichu pour le tour du monde sans escale)… puisqu’il a successivement dû relâcher au Portugal, aux Canaries et au Cap. La performance est cependant fort belle.

 

 

Le 50 pieds Open Finot/Conq que mène Mike Perham est très sportif à mener en solitaire (© TotallyMoney.com).

 

 

Encouragée par la communication sur le Net, l’inflation jeuniste n’en a pas moins quelque chose d’un peu inquiétant. Bien d’autres cas pourraient être cités de par le monde. On reçoit ainsi des communiqués de presse pour nous signifier qu’une gamine vient de traverser en équipage entre l’Australie et la Nouvelle-Zélande mais « qu’elle a tout fait seule, le moniteur n’étant là que pour l’assurance ». Et de nous annoncer tout à trac qu’elle va désormais refaire la même chose en solo… avant de se lancer aussitôt à l’entour de la planète ! Volontairement, je ne cite pas son nom. C’est peut-être une future Ellen MacArthur ou Samantha Davies. L’ironie est un plat qui peut se déguster presque aussi longtemps que le pudding J.

 

À propos de pudding, le phénomène est pour l’instant anglo-saxon et notre hexagone y échappe à peu près. Mais nul doute que le triomphe de Michel Desjoyeaux pourrait susciter des vocations très précoces. Après la victoire de Titouan Lamazou en 1990, on a vu éclore toute une génération de bébés Titouan. Aujourd’hui, ils sont devenus grands et les temps ont bien changé. Les « Ptits Déj » pourraient bien ne plus se satisfaire du seul prénom de leur héros. À quand un couffin autour du globe ?

 

O.C.