Il ne s’agit pas de la tourmente d’aujourd’hui mais de celles de jadis. Le livre de Fabien Locher, historien des sciences, est intitulé Le savant et la tempête. Étudier l’atmosphère et prévoir le temps au XIXe siècle (Presses universitaires de Rennes, 240 X 155 millimètres, 222 pages, 17 euros).

 

 

Le savant et la tempête de Fabien Locher a paru fin 2008 (© Presses universitaires de Rennes). 

 

 

Cet ouvrage évoque les balbutiements de la météorologie française, dans les années mil huit cent trente à mil huit cent quatre-vingt. Plutôt qu’une histoire véritablement structurée – telle qu’Alfred Fierro l’avait publiée en 1991 chez Denoël (cette Histoire de la météorologie est épuisée) et telle qu’elle reste sans doute à compléter au vu des recherches récentes – il s’agit ici de tableaux.

 

Les sept chapitres traitent d’aspects différents d’un point de vue technique mais toujours très incarnés par l’évocation des pionniers et de leurs itinéraires personnels, souvent passionnants. La question météorologique soulève – déjà… – pas mal de polémiques, y compris dans la presse. Le passage consacré à l’affrontement entre Mathieu de la Drôme et Urbain Le Verrier est à cet égard assez savoureux.

 

La marine tient dans ce travail une place de choix, notamment pour la standardisation des observations à la mer. Les données statistiques des vents et la coopération internationale à partir de la Conférence météorologique mondiale de Bruxelles, en août 1853, sous la direction de l’Américain Matthew Fontaine Maury, en sont un autre volet, essentiel pour le développement de la climatologie maritime.

 

 

 

La carte de la circulation générale des vents d’été de l’Atlantique Nord (1876) par Léon Brault est l’une des nombreuses représentations statistiques qui se développent à l’époque, dont les fameux pilot charts de Matthew Fontaine Maury (© Olivier Chapuis). 

 

 

Ce Savant et la tempête est très bien documenté et parfaitement accessible. Regrettons simplement que la bibliographie ne soit pas raisonnée. Bien que les ouvrages sur le sujet ne soient guère nombreux en français (les articles le sont un peu plus), le classement thématique des études existantes aurait permis de les mettre en valeur. De même, une chronologie aurait été la bienvenue pour visualiser les grandes étapes de cette période fondatrice (certains fondements datent du XVIIIe siècle en la matière). Enfin, les reproductions des illustrations sont de médiocre qualité. Faute de moyens sans doute, le prix du livre restant très raisonnable. Ces réserves mineures mises à part, une telle publication devrait intéresser nombre de ceux que la prévision du temps ne laisse guère indifférent. Autant dire pas mal de monde par les temps qui courent… Et par le temps qu’il fait !

 

O.C.