Les statistiques du Vendée Globe évoquées dans le précédent billet doivent être élargies à l’ensemble de la flotte afin de situer cette sixième édition dans l’histoire de l’épreuve. Examinons les chiffres (une fois n’est pas coutume j’utilise des caractères rouges pour mettre en valeur les plus marquants). Tout en préjugeant – espérons que cela ne soit pas à tort – que les cinq concurrents toujours en mer connaîtront le bonheur de parvenir aux Sables d’Olonne.

 

D’un point de vue qualitatif, le bilan final est assez sévère même s’il ne faut pas oublier que jusqu’à la mi-course au moins, la régate a été sans équivalent autour du monde en solo. Derrière Michel Desjoyeaux qui a mené sa barque à un pourcentage très proche de son potentiel optimal en solitaire, Armel Le Cléac’h qui s’en est tenu – avec autant d’efficacité que de constance – à sa ligne de conduite d’un novice du Grand Sud, et Samantha Davies qui a poussé avec le sourire le vainqueur des deux dernières éditions à une belle cadence… seuls trois nouveaux bateaux sont aujourd’hui arrivés.

 

 

 

Armel Le Cléac’h a mené Brit Air comme il l’avait annoncé et cela lui a plutôt bien réussi compte tenu de la casse… des autres (© Benoît Stichelbaut / Brit Air). 

 

 

 

Les avaries n’expliquent pas tout. Marc Guillemot – bien avant qu’il entre dans une autre dimension avec le sauvetage de Yann Eliès – et Brian Thompson n’avaient jamais véritablement animé la tête de course, ayant déçu dès la descente de l’Atlantique eu égard au potentiel de leurs bateaux respectifs. Quant à Dee Caffari, en dépit d’un proto aussi affûté, elle avait l’objectif de terminer et de devenir ainsi la seule femme à avoir fait le tour du monde en solitaire sans escale dans les deux sens. Contrat rempli… à une place inespérée compte tenu des abandons !

 

Bien sûr, la sécheresse du classement ne dit pas toutes les performances des uns et des autres avant la casse mais telle est la compétition. Dura lex sed lex. À un Atlantique du Capitole pour Bilou, seul à pouvoir donner la réplique à César Desjoyeaux Imperator après le Horn… si la Roche tarpéienne n’avait pris la forme d’une baleine. Mais la vitesse et la limpidité de la trajectoire de Foncia laissaient-elles encore place à une quelconque contestation ?

 

Quantitativement, l’analyse est également impitoyable. Au vu de la qualité inégalée du plateau, on envisageait une régate planétaire jusqu’aux Sables. Le plus faible écart de la course entre un vainqueur et son dauphin - 6 heures et 32 minutes d’avance pour Vincent Riou sur Jean Le Cam en 2004-2005 – était en sursis. Au lieu de quoi, le podium 2009 est le plus écartelé temporellement depuis la création de l’épreuve, avec 5 jours, 6 heures, 30 minutes et 27 secondes entre Michel Desjoyeaux et Armel Le Cléac’h et 11 jours, 10 minutes et 28 secondes entre Desjoyeaux et Marc Guillemot (une fois appliqué son temps rendu pour l’assistance à Yann Eliès).

 

 

 

Vincent Riou – ici avec Jean Le Cam après le sauvetage magnifique de celui-ci, au cours duquel Vincent a endommagé le gréement de PRB, ce qui a ensuite entraîné son démâtage – est classé troisième du Vendée Globe aux côtés de Marc Guillemot (© Vincent Riou / PRB). 

 

 

 

Certes, l’écart le plus important entre un vainqueur et son dauphin demeure bien celui créé par Christophe Auguin au détriment de Marc Thiercelin en 1996-1997, avec 7 jours, 11 heures et 55 minutes d’avance mais Hervé Laurent, troisième, n’était alors pointé que 32 heures et 17 minutes après le deuxième, au jeu des bonifications accordées pour la recherche de Gerry Roufs (Hervé était en réalité arrivé avant Marc).

 

À condition que les cinq marins en mer finissent bien, tout en incluant Vincent Riou dans le classement, il y aurait 12 skippers à terminer classés ce Vendée Globe pour 30 solitaires au départ, soit 40 % des concurrents classés. Ce n’est pas le taux le plus bas de l’histoire de l’épreuve puisqu’en 1996-1997, il y avait eu 6 classés sur 16 partants soit 37,5 % des concurrents classés.

 

Si Vincent Riou - qui figure au classement 2008-2009 au titre de la réparation donnée pour le sauvetage de Jean Le Cam – était sorti des arrivées effectives, le taux de cette édition serait le plus bas. Il passerait à 36,67 %. Les autres pourcentages de concurrents classés étaient respectivement de 65 % en 2004-2005 (13 classés sur 20 partants), 62,50 % en 2000-2001 (15 classés sur 24 partants), 53,80 % en 1989-1990 (7 classés sur 13 partants) et 50 % en 1992-1993 (7 classés sur 14 partants).

 

Enfin, en 84 jours, 3 heures, 9 minutes et 8 secondes, Michel Desjoyeaux a parcouru 28 303 milles à 14,02 noeuds au cumul des pointages satellitaires. Sur la route géographique (distance théorique la plus courte) de 24 840 milles, retenue pour cette édition suite à la remontée des portes des glaces, la moyenne du vainqueur est de 12,30 noeuds. Le précédent recordman – Vincent Riou, vainqueur en 2004-2005 en 87 jours, 10 heures, 47 minutes et 55 secondes – avait couvert 26 714 milles à 12,73 noeuds, soit 11,28 noeuds sur les 23 674 milles du parcours officiel 2004 (avec le même bateau, encore optimisé depuis, Samantha Davies a tenu 10,87 noeuds sur la route théorique 2008-2009).

 

Rapporté à la route géographique, le gain est de 1,02 noeud. Il est ainsi de près du double de ce qu’était l’amélioration entre les deux éditions précédentes puisque Vincent Riou l’avait alors accrue de 0,59 noeuds par rapport aux 10,69 noeuds de Michel Desjoyeaux, vainqueur en 2000-2001 sur les 23 896 milles du parcours théorique. Une accélération qui confirme, s’il en était besoin, la manière dont Michel Desjoyeaux a surnagé et fait exploser en vol ce sixième Vendée Globe…

 

O.C.

 

PS. Voir l’analyse détaillée des causes des abandons dans Voiles & voiliers de mars 2009, n° 457, pages 82 à 87.

 

PS2. Qu’il n’y ait pas de malentendu sur l’explosion en vol. Je ne suis pas de ceux qui considèrent que Mich’ Desj’ a imprimé un rythme trop élevé à la course et que celle-ci en aurait souffert. Les avaries sont pour beaucoup survenues indépendamment de cela et sans qu’elles soient toujours liées à la façon de mener les bateaux. La course a donc explosé d’elle-même…