Après avoir présenté en exclusivité et en avant-première, deux semaines avant l’arrivée de Michel Desjoyeaux, la nouvelle version personnalisée de MaxSea Time Zero que le vainqueur du Vendée Globe utilisait (voir L’arme fatale du Vendée Globe, épisode 4), voici un nouveau feuilleton consacré à son système de pilote automatique NKE (j’emploie l’expression « système de pilote » car on verra qu’il s’agit d’un réseau beaucoup plus complexe qu’un simple pilote automatique standard, fut-ce avec un compas gyroscopique).

 

Contrairement à ce qui a été dit un peu partout – y compris par Desjoyeaux lui-même qui le croyait – le vainqueur du Vendée Globe n’était pas le seul à en disposer. Roland Jourdain et Vincent Riou bénéficiaient en effet de la même configuration complète NKE (le Gyropilot HR avec le GPS haute cadence : j’y reviendrai dans les prochains épisodes). Disons que Mich’ Desj’ est celui qui en a fait incontestablement le meilleur usage JJJ en exploitant au mieux cet outil exceptionnel pour pousser son bateau plus vite et plus longtemps que les autres !

 

 

 

Pour attaquer en toute confiance sous pilote automatique avec beaucoup de toile, tout en consommant peu d’énergie et en ne risquant pas un départ au tas dont les conséquences matérielles pourraient être lourdes – jusqu’au démâtage – la rapidité et la précision du système de pilote sont essentielles (© Gilles Martin-Raget / Team Foncia – Sea & Co).

 

 

Même si ce n’est pas ici le sujet, l’enjeu commercial est évidemment essentiel pour la société française NKE face à son concurrent britannique B&G, tant pour le marché de la course que pour celui de la croisière rapide. En ce qui concerne l’électronique des pilotes stricto sensu (cela peut varier pour la centrale de navigation et pour les vérins des pilotes), les deux marques étaient à égalité au départ du Vendée Globe avec treize bateaux chacune sur les trente au départ (ces bateaux étant équipés à des degrés très divers de sophistication dans les gammes respectives des deux firmes). Deux concurrents supplémentaires étaient dotés de pilotes des deux sociétés, tandis que Raymarine équipait un skipper (Raymarine fournissait aussi nombre de pilotes de secours, non comptabilisés ici) et Navman un autre.

 

Au classement du Vendée Globe, Michel Desjoyeaux et Armel Le Cléac’h – deux piliers NKE – occupent les deux premières places, la troisième étant partagée entre Marc Guillemot qui est équipé B&G et le classé par réparation, Vincent Riou, qui est en NKE, comme la quatrième Samantha Davies. Un joli tir groupé pour la société bretonne basée à Hennebont (Morbihan), très largement majoritaire en Minis 6.50 et en situation de monopole en Figaro Bénéteau où elle est fournisseur officiel de la classe, suivant la décision des coureurs.

 

Pour en finir avec cet aspect des choses, depuis le lancement du Gyropilot NKE en 1994, tous les vainqueurs du Vendée Globe en étaient équipés. Dans les prochains épisodes, je reviendrai sur les grandes évolutions successives de ce pilote car elles témoignent bien du formidable développement de l’électronique embarquée. Celui-ci est non seulement dû à la hausse exponentielle de la puissance des processeurs, pour le calculateur du pilote, mais aussi à l’énorme expérience accumulée par les skippers. En ce qui concerne NKE, citons Roland Jourdain (avec Gaël Le Cléac’h qui fut déjà évoqué pour son rôle dans le développement d’Adrena : voir L’arme fatale du Vendée Globe, épisode 1), Michel Desjoyeaux, Vincent Riou ou Armel Le Cléac’h (il y en a d’autres)… Le retour éclairé qu’ils apportent aux développeurs est fondamental pour l’évolution du système, le Vendée Globe étant un banc d’essai inégalé.

 

 

 

En deuxième position du Vendée Globe depuis le Pacifique avant le cap Horn jusqu’à son abandon contraint aux Açores, suite à sa collision avec un cétacé, Roland Jourdain fut l’un des premiers à développer le Gyropilot avec NKE dans la seconde moitié des années 1990 (© Benoît Stichelbaut / Veolia Environnement).

 

 

Il y a beaucoup de GPS à bord des 60 pieds IMOCA du Vendée Globe, d’une part les récepteurs dédiés spécifiquement à la nav et d’autre part, tous ceux intégrés aux équipements de navigation, de sécurité ou de communication. Pourtant, ce fut un vieux modèle embarqué par Desjoyeaux qui attira mon attention. Je l’avais aperçu sur une image vidéo fugace pendant la course et je n’en étais donc pas certain.

Aussi ai-je attendu l’arrivée et la visite guidée exclusive que Michel Desjoyeaux a accordée à notre journal (voir la vidéo ici) pour en avoir le coeur net. Cette photo – prise par mon camarade Loïc Le Bras à bord de Foncia après son retour aux Sables d’Olonne (publiée dans Voiles & voiliers de mars 2009, n° 457, pages 76-77) – me confirma que Desjoyeaux, l’homme des solutions innovantes, avait embarqué son vieux GPS MLR FX 412.

 

 

 

Photographié par mon camarade Loïc Le Bras lors de sa visite détaillée de Foncia aux Sables d’Olonne avec Michel Desjoyeaux au lendemain de sa victoire, voici le panneau des instruments avec le GPS MLR FX 412 en haut à gauche (à gauche du répétiteur NKE bâbord, juste au-dessous du boîtier gris)… parmi beaucoup d’autres choses intéressantes sur lesquelles je reviendrai (© Loïc Le Bras). 

 

 

Ce modèle n’est plus fabriqué depuis plus de cinq ans (il l’était par la société française MLR qui fut absorbée par Thales Navigation) mais il est d’une fiabilité remarquable et l’ensemble MLR/NKE/MaxSea fut longtemps un must en course au large à la fin des années 1990 et au début des années 2000, les trois équipements communiquant parfaitement, comme je l’avais rappelé en début de feuilleton précédent (voir L’arme fatale du Vendée Globe, épisode 1).

 

Au-delà de cette anecdote – qui n’en est pas totalement une car elle souligne combien Michel Desjoyeaux aime autant les solutions éprouvées que les innovations high-tech – pourquoi parler de GPS en préambule à cette série ? On verra dans les prochains épisodes que les différents capteurs (dont le GPS mais pas celui que j’évoque ci-dessus, j’y reviendrai) alimentant le calculateur du pilote automatique sont fondamentaux. Tous contribuent en effet à mieux définir en permanence un paramètre essentiel à la bonne marche d’un voilier… le vent réel. D’où le titre de cette série.

 

O.C.