Le lieu est d’une poésie inouïe. En aval de Nantes, le canal de La Martinière – ou canal maritime de la Basse-Loire – servit de cimetière aux derniers grands voiliers français. Après des temps industrieux où leurs mâtures avaient tutoyé les nuages et leurs étraves fendu tous les océans du monde, ils y reposèrent des décennies dans la vase de l’après Première guerre mondiale. En 2007, l’écluse verrouillant le canal sur le fleuve séduisit l’artiste autrichien Erwin Wurm. Pour la biennale Estuaire, il y a réalisé une oeuvre extraordinaire intitulée Misconceivable.

 

 

 

 

« Échoué » à l’écluse qui ferme le canal de La Martinière sur la Loire, Le bateau mou - le Misconceivable d’Erwin Wurm – anime le site depuis bientôt deux ans (© Olivier Chapuis).

 

 

 

 

Inconcevable, cette installation le fut hélas pour beaucoup. Bel et bien solide – ni mou ni ardent bien qu’il ait l’ardeur des oeuvres provocantes J – on l’appelle volontiers Le bateau mou. Le bateau ivre c’était déjà pris… La sculpture dont l’étrave incline à retrouver son élément tandis que la coque se cambre au bord de l’écluse suscita la controverse dès que se posa la question de sa pérennité. Entre-temps, promeneurs et visiteurs, toujours plus nombreux, se sont appropriés l’oeuvre qui s’est intégrée au paysage. Pourtant, certains amoureux du site classé ne le voient pas de ce coup d’oeil !

 

 

 

Le bateau mou a été installé en 2007 sur l’écluse du canal de La Martinière (dont on voit le départ à gauche de la carte) en rive Sud de Loire sur la commune du Pellerin (© SHOM).

 

 

 

Les autorités (ministères de l’Environnement et de la Culture, commission nationale des Sites, architecte des Bâtiments de France, commission départementale des Sites, perspectives et paysages, direction régionale de l’Environnement… n’en jetez plus !) ont décidé en décembre dernier que Le bateau mou serait déséchoué, autrement dit viré comme un malpropre… sauf pendant les deux éditions à venir de la biennale artistique (cet été 2009 et en 2011).

 

 

 

 

Son équilibre sera-t-il stable ou instable ? Le bateau mou est au coeur de la bataille de l’estuaire de la Loire (© Olivier Chapuis).

 

 

 

Cependant, la résistance s’organise en pays de Retz – population et élus bord à bord – pour conserver à l’éphémère guimauve un équilibre pérenne, à cheval sur son parapet. Les bateaux n’ont d’ailleurs pas fini de faire parler d’eux sur l’estuaire d’Estuaire. Rien de surprenant pour un lieu qui se prête à tant d’histoires d’eau. Cette année, le Muscadet n° 103, sorti du chantier Aubin en 1966, est ainsi mis en vedette par le plasticien nantais François Delagnes. Mais c’est une autre aventure, celle d’un petit voilier enfoui sous les sables de la Loire…

 

O.C.