Chez les Lunven, la Solitaire du Figaro est sinon génétique, du moins culturelle. Certes, il est d’autres familles comparables. Yann Eliès, le second du Figaro 2009, est ainsi le fils de Patrick, vainqueur en 1979. Mais Nicolas Lunven qui a désormais inscrit son nom – et son prénom – au fronton de la 40ème édition, marquée par un plateau exceptionnel de cinq anciens vainqueurs et une meute de prétendants, est le fils de Bruno et le neveu de Dominique. Ces deux là animèrent brillamment l’épreuve dans les mêmes années que Patrick Eliès, lorsqu’elle s’appelait encore la Course de l’Aurore (créée en 1970). Ce n’est donc pas un hasard si le 5 septembre, Nicolas et Yann disputeront ensemble le Tour de Bretagne sur Generali

 

 

 

À 26 ans, Nicolas Lunven remporte la Solitaire du Figaro pour la quarantième édition de la reine des courses en solo que son père et son oncle animèrent à ses débuts, dans les années 1970 (© Jean-Marie Liot / CGPI).

 

 

Je connais un peu et apprécie beaucoup la famille Lunven qui m’a fait le plaisir de m’offrir son amitié et de m’ouvrir sa maison vannetaise à moult reprises. La voile et les voiliers y hantent les recoins des nombreuses bibliothèques, jusque dans la chambre de Nicolas, bien entendu (il s’est depuis installé à Port-La-Forêt lorsqu’il intégra Finistère/Course au large en janvier 2006). Né à Vannes en 1948, Bruno, son père, appartient à une famille de marins, quatre garçons et deux filles dont cinq naviguent. Leur père, Xavier, les a initiés très tôt aux subtilités du golfe du Morbihan, dans lequel ils ont côtoyé notamment André Viant et sa tribu.

 

Après plusieurs saisons du RORC, avec les frères Costantini de La Trinité-sur-Mer – constructeurs du Pen Duick II, d’Éric Tabarly, vainqueur de la Transat 1964 – Bruno embarquait pour la première course autour du monde en équipages (la Whitbread 1973), sur le Grand Louis des Viant. Au retour, le cap-hornier participa à cinq éditions de l’Aurore (il avait couru sa première en 1972 et il avait terminé 5ème), où il retrouvait son frère Dominique, engagé sur Colombine, le Super-Arlequin paternel (2ème en 1973, 9ème en 1974). Comme Dominique, Bruno y réalisa de fort belles prestations puisqu’il termina 2ème en 1974 et 3ème en 1975, lui aussi sur un Super-Arlequin, prêté par le chantier Paillard.

 

 

 

C’est à bord du Sun Rise 35 Chimère bleue de ses parents, Catherine et Bruno, que Nicolas (ici en ciré rouge en 2001) a découvert la croisière et la voile, après ses premiers pas sur le Centurion 32 que Bruno possédait auparavant, son premier voilier de croisière ayant été un Cognac (© Olivier Chapuis).

 

 

En 1977, à 29 ans, après une cinquième place sur un half-tonner dessiné par Doug Peterson (il avait fait 17ème en 1976), Bruno raccrochait le Figaro pour se consacrer au cabinet familial d’experts en assurance qu’il partagea avec ses frères, à Vannes, jusqu’à sa retraite toute récente. Mais, il naviguera toujours beaucoup en solitaire dans les courses de quadras (Vieux safrans, Course des Îles, Transquadrasolo) qu’il dominera ou animera encore au début des années 2000.

 

En 2001, lorsque j’ai connu les Lunven à l’occasion d’un bilan Voiles & voiliers de Chimère bleue, leur Sun Rise 35, Bruno et sa femme Catherine pratiquaient beaucoup la croisière en compagnie de leurs enfants, Isabelle et Nicolas (aujourd’hui, ils continuent, suivant notamment les Figaro de leur fils). Le futur vainqueur de la Solitaire n’avait alors que 18 ans (il est né le 28 novembre 1982). Il passait son bac mais il rêvait plutôt de course au large, de Mini-Transat notamment, tout en régatant assidûment, ce qu’il n’a cessé de faire depuis.

 

 

 

En juin 2001, Bruno, Dominique et Nicolas (de gauche à droite) naviguaient ensemble dans la bonne brise de la baie de Quiberon pour le bilan du Sun Rise 35 Chimère bleue que j’effectuais pour Voiles & voiliers. Nico passait son bac et rêvait alors de la Mini-Transat (© Olivier Chapuis).

 

 

Ses parents veillèrent en même temps à ce qu’il fît de bonnes études (il est titulaire d’un master 2 de Commerce et de vente spécialisé dans le développement commercial des PME). Elles lui ont notamment permis de s’occuper de la promotion du tissu à voiles à fibres orientées TriLam (2006) après avoir travaillé pour la voilerie All Purpose (2004). Outre ses brillantes prestations sur de nombreux supports, en particulier au Tour de France à la voile avec Défi partagé / Marseille (2ème en 2004, 2005 et 2006), l’apprentissage en solitaire de l’équipier (très recherché) a été quasi immédiat puisqu’il a remporté le classement des bizuths de la Solitaire du Figaro en 2007. Il avait alors bénéficié de l’aide de Charles Caudrelier qui lui confia la barre de Bostik, avant de gagner ensemble le Tour de Bretagne 2007.

 

Ce n’est pas la première fois qu’un skipper enlève le Figaro à sa troisième participation. Parmi quelques exemples fameux, citons Christophe Auguin en 1986, Michel Desjoyeaux en 1992 et surtout, Laurent Bourgnon qui avait triomphé lors de son unique engagement en 1988 (il n’avait que 22 ans !). Mais d’autres parrains prestigieux ont détecté le talent en progression fulgurante de Nicolas Lunven puisque c’est Alain Gautier et Michel Desjoyeaux qui lui offrirent l’an dernier le stick de Foncia (17ème au général) !

 

 

 

Après des années de régate en équipage sur tous supports, la progression en solitaire de Nicolas Lunven – depuis ses véritables débuts solo en 2007 – est au niveau de celles des très grands skippers (© François Van Malleghem / jmliot.com / CGPI).

 

 

Tous les vainqueurs de la Solitaire du Figaro n’ont pas fait une même carrière par la suite. Mais comme je l’écrivais déjà dans Voiles & voiliers ces dernières années, il y a fort à parier que l’on entendra longtemps parler de Nicolas sur la planète bleue. Et que le nom des Lunven n’a pas fini de briller au firmament de la course au large. Il y a du ténor dans ce garçon là, aussi tueur en mer qu’il est bien élevé, gentil et aimable à terre. Catherine et Bruno peuvent être aussi fiers et heureux de cette modestie qu’ils lui ont transmise que de cette très grande victoire qu’il leur offre aujourd’hui. Figaro ci, Figaro là…

 

O.C.