Ça a chauffé ces derniers temps dans le rail d’Ouessant. À l’occasion du départ de la Transat Jacques Vabre, révélons qu’il y a même eu du soufflage dans les bronches de certains skippers par les Affaires maritimes, suite à quelques errements au milieu des cargos, notamment lors d’une édition récente de la Solitaire du Figaro.

 

 

 

Les croisements dans le rail d’Ouessant peuvent être très délicats pour les gros bâtiments de commerce. Ceux-ci sont beaucoup moins manoeuvrants qu’un voilier, lequel doit respecter scrupuleusement le Règlement international pour prévenir les abordages en mer (© Olivier Chapuis).

 

 

Le nouveau Dispositif de séparation du trafic (DST) est entré en vigueur au large d’Ouessant le 1er mai 2003. Il vise à accroître la sécurité à l’entrée occidentale de la Manche, zone parmi les plus fréquentées du monde (près de 150 navires empruntent chaque jour le rail d’Ouessant en se signalant au CROSS Corsen, le Centre régional opérationnel de surveillance et de sauvetage). Par rapport à la configuration précédente qui avait été mise en place suite à la catastrophe de l’Amoco Cadiz en 1978, le principe des trois voies reste valable, mais l’ensemble a été éloigné de 6 milles en moyenne, afin de laisser un peu plus de marge aux remorqueurs en cas d’avarie sur un bâtiment.

 

Pour éviter les croisements aux extrémités et adopter la même circulation à droite qu’aux Casquets (à la pointe du Cotentin) et au cap Finisterre (en Espagne), la voie descendante vers le golfe de Gascogne, balisée par une bouée Racon au Nord-Est, est désormais à l’extérieur du dispositif, large de 5 milles et à 34 milles du Stiff. La voie montante, balisée par une bouée Racon au Sud-Ouest, est au milieu, à 24 milles de la tour radar. Une voie à double sens, est établie à l’intérieur du « virage », à 10 milles d’Ouessant et réservée aux caboteurs, sauf ceux transportant des matières dangereuses ou polluantes.

 

 

 

L’actuel Dispositif de séparation du trafic (DST) d’Ouessant date du 1er mai 2003. Il s’étend jusqu’à 34 milles au large du sémaphore du Stiff (© SHOM).

 

 

Afin d’empêcher que les errements précités se reproduisent et parce que cela fait bien longtemps que dans les milieux de la Marine marchande et de la Marine nationale, d’aucuns poussent en ce sens, le briefing sécurité de la Transat Jacques Vabre qui s’est tenu le 4 novembre au Havre a fait l’objet d’une intervention de l’officier de liaison du CROSS Jobourg.

 

 

Le briefing sécurité de la Transat Jacques Vabre s’est tenu au havre le 4 novembre. Il a été annoncé aux coureurs qu’ils n’ont désormais plus le droit de naviguer dans les DST des Casquets et d’Ouessant (© Alexis Courcoux).

 

 

Cette fois, il est purement et simplement interdit aux concurrents de naviguer dans les dispositifs de séparation de trafic (DST) des Casquets et d’Ouessant. Pour changer sa route de dix degrés, un gros bâtiment marchand comme un pétrolier ou un porte-conteneurs a besoin d’une quinzaine de minutes. C’est beaucoup trop long par rapport à la vitesse des voiliers de compétition, surtout lorsque leur préoccupation première n’est pas le respect au pied de la lettre du RIPAM, le Règlement international pour prévenir les abordages en mer. De là à envisager une DSQ pour un DST sous le contrôle de feu la DST…

 

O.C.

 

PS. En réalité, au-delà du DSQ qui sonnait bien pour le titre, il ne s’agira pas d’une disqualification. Les Instructions de course prévoient aux articles 18.3 et 18.4 une pénalité en temps de 12 à 24 heures pour toute incursion dans ces zones interdites. Ce sont néanmoins des sanctions lourdes qui peuvent largement coûter la victoire. L’autre conséquence sera de marquer obligatoirement les options : à la côte donc à la corde mais avec des courants de marée violents ou loin au large.