Sir Robin a le spleen. La Clipper Round the World Race 2009-2010 – course autour du monde pour équipages amateurs, sur monotypes, dont Robin Knox-Johnston est le directeur/fondateur – vient de connaître une nouvelle fortune de mer, sans blessé ni perte humaine. Celle-ci est survenue lors de la cinquième étape de l’épreuve bisannuelle qui, le 3 janvier, avait quitté Geraldton (Australie occidentale) à destination de Singapour.

 

 

De nuit, alors que la flotte de la Clipper Round the World Race 2009-2010 régatait entre les îles et îlots de la mer de Java, après avoir passé le détroit de la Sonde en provenance de l’Ouest de l’Australie, Cork s’est échoué devant l’île de Gosong Mampango (point rouge) (© SHOM/MaxSea/MapMedia/Olivier Chapuis).

 

 

Le 13 janvier à 20h18 UTC (04h18 le 14 janvier en heure locale, donc de nuit), le concurrent irlandais Cork a talonné sur une patate de corail devant l’île de Gosong Mampango, dans la mer de Java, à environ 200 milles dans le Nord-Est de Djakarta. Le vent soufflait à 20 noeuds et le choc a été violent car les Clipper 68 – plans Ed Dubois de 20,80 mètres (construits à Shangai en Chine) – ne pèsent pas moins de 30 tonnes !

 

Aucun des seize membres d’équipage n’a été sérieusement blessé, mais le voilier s’étant rapidement couché sur le récif, sa coque endommagée, il a fallu l’évacuer avec les radeaux de survie pour gagner la plage. Deux autres bateaux de la course, Team Finland et California, ont alors chacun embarqué huit rescapés.

 

 

 

Cork a talonné sur une barrière de corail et il s’est rapidement couché sur le récif. L’équipage a pu gagner la plage avec les radeaux de survie (© Clipper Ventures PLC 2010).

 

 

Cork avait déjà causé un violent refus de tribord lors du départ du Cap. Il n’y avait pas eu de dommage corporel mais les deux bateaux avaient dû rentrer pour réparer des dégâts importants. Surtout pour Hull & Humber qui se remettait tout juste d’une sérieuse mésaventure.

 

Début novembre, entre Rio de Janeiro et Le Cap, lors de la troisième étape, Arthur Bowers (51 ans), était tombé à la mer. L’accident était survenu en Atlantique Sud, lorsque le monocoque avait été couché par une déferlante, à 1 400 milles de l’Afrique du Sud. Le marin était alors équipé de son gilet gonflable mais son harnais était démaillé tandis qu’il était en train de pénétrer dans la descente.

 

 

Au Cap, en Afrique du Sud, Cork refusait un tribord à Hull & Humber, lors du départ de l’étape traversant l’océan Indien vers l’Australie, par les Quarantièmes (© Clipper Ventures PLC 2010).

 

 

L’entraînement à la manoeuvre d’homme à la mer, réalisé avant la course, s’était révélé payant : Arthur avait été récupéré sain et sauf en dix-sept minutes, grâce à l’usage du moteur. Lors de l’édition précédente, un événement identique était survenu à bord de Glasgow, au cours d’un changement de voile d’avant, avec la même heureuse issue.

 

Cependant, le skipper de Cork, Richie Fearon (28 ans), a peut-être un peu de mouron à se faire pour la suite de sa carrière… La Clipper Round the World Race n’en reste pas moins une formidable école de course au large pour les skippers professionnels et d’apprentissage de la mer pour les équipiers amateurs. Ils sont plus de 1 750 hommes et femmes de très nombreuses nationalités (mais quasiment pas de Français) à être passés à bord des monotypes de Clipper Ventures, la société que Sir Robin a fondée en 1995.

 

 

Les dégâts de l’étrave de Cork sur la coque de Hull & Humber étaient spectaculaires : on ne pèse pas 30 tonnes impunément (© Clipper Ventures PLC 2010) !

 

 

Très prisées des Anglo-saxons, la formule a déjà donné le meilleur avec la course modèle, inventée par Chay Blyth dès 1992, le Global Challenge (qui se courait d’Est en Ouest contre les vents dominants). En sont notamment issus Mike Golding (deuxième en 1992-1993, vainqueur en 1996-1997), Pete Goss (troisième en 1992-1993) et Dee Caffari (promotion 2004-2005).

 

Businessman averti, fondateur de Challenge Business en 1989, l’un des grands pionniers outre-Manche en la matière, Sir Chay – le premier homme à avoir bouclé le tour du monde en solitaire et sans escale d’Est en Ouest (1970-1971) – n’en a pas moins jeté l’éponge fin 2006. Face à son rival Robin – vainqueur par KO du Golden Globe 1968-1969, la première course autour du monde en solitaire (d’Ouest en Est, également sans escale, dont Moitessier s’était retiré alors qu’il était en tête) – qui était venu piétiner son rail de fargue (mais Chay n’est pas un enfant de coeur non plus !). Il n’y a pas qu’en France que les egos surdimensionnés et les organisateurs de courses se tirent dans les quilles…

 

O.C.