Y a pas pire que la vie de pirate ? Faut voir. Certains n’y renonceraient pas pour un empire. D’autres se rangent des sabords dès que le butin s’avère assez rondelet pour une reconversion. Maisonnée coquette, vie bourgeoise et tutti quanti. Car voilà une économie partageuse où les bénéfices profitent à tous. L’intéressement avant l’heure, la participation à l’entrepont.

 

 

 

Pirates au jour le jour : un sujet que Jean-Pierre Moreau connaît parfaitement depuis son premier ouvrage (© Tallandier)

 

 

Le système perdure sur un arrière-plan de mafias, c’est notre époque qui veut ça. Dans son dernier livre, Pirates au jour le jour (éditions Tallandier, 215 X 145 millimètres, 186 pages, 18 euros) l’historien et archéologue Jean-Pierre Moreau évoque la fin du XVIIe siècle et le début du XVIIIe siècle. L’âge d’or du métier, c’est le cas de le dire :) .

 

Encore une publication sur la piraterie penseront certains, dont je suis, déplorant le manque d’imagination des éditeurs qui semblent ne connaître que les phares ou les pirates. Fort heureusement, Moreau n’est pas de ceux qui s’improvisent spécialistes pour livrer le énième opus banal sur la question (il est déjà l’auteur d’un excellent Pirates, paru en 2006 chez Tallandier ; épuisé, il est disponible en Points/Seuil).

 

 

 

La trogne du pirate est une figure quelque peu éculée que l’ouvrage de Jean-Pierre Moreau s’efforce de démystifier. (© ADAGP 2001 / Musée national de la Marine)

 

 

Les clichés, Jean-Pierre Moreau leur tord le cou, que dis-je, il leur tranche la gorge à grands coups de sabre d’abordage. Mais voilà que je m’emporte, le grappin à la pogne… Fort bien documenté, puisant aux sources de première main plutôt que de recopier les mêmes poncifs éculés comme font tant d’autres sur la question, l’auteur ne se contente pas d’esquisser des trognes et de décrire la vie quotidienne des pirates des Caraïbes, du Brésil, du Pacifique ou de l’Indien (il le fait avec clarté et précision : son travail s’adresse à tous).

 

 

Le trésor – et son île comme sur cette carte du journal de bord de Francis Drake qui n’était pas pirate mais corsaire (voir ici) - est bien sûr l’élément central de la mythologie du pirate. (© BNF)

 

 

Ne cassant pas pour autant le rêve, puisque la réalité dépasse parfois la fiction en matière de pavillon noir, Moreau taille donc en pièces les images d’Épinal qui ont essaimé dans trop de livres médiocres, écrits dans le sillage du génial mais quelque peu fantasque Daniel Defoe, l’auteur de Robinson Crusoé, et véhiculées depuis par Hollywood. Le concret du jour le jour, Jean-Pierre Moreau l’avait joliment souligné dans son remarquable ouvrage consacré au journal manuscrit d’Un flibustier français dans la mer des Antilles (1618-1620). Un classique édité par l’auteur en 1984, réédité chez Seghers en 1990 et dans la Petite bibliothèque Payot en 2002. À lire sans barguigner, ababouiné (*) dans son hamac de pirate.

 

O.C.

 

PS. « Ababouiné. De babouin, sot. Vient du bas latin babugus, baburrus, “qui reste sot, tout ébahi, tout surpris”. État d’un navire surpris par un calme subit. Terme particulier à la côte de Normandie. » Source : Jal (Augustin), Glossaire nautique. Répertoire polyglotte de termes de marine anciens et modernes, Paris : Firmin-Didot, mars 1848-mai 1850.