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Monthly Archives: mai 2010

Je vous écris…

Par

« Je pars tranquillement avec mes projets, je ne m’engage à rien et n’attends rien, et j’aime tout ». Lorsque l’écrivain américain Jack Kerouac écrit cette lettre à l’été 1942, il est revenu en sa ville natale de Lowell dans le Massachusetts. Il a vingt-deux ans. Il sort de Columbia University, New York. Où il a renoncé au football professionnel, sur blessure. Celle-là même qui lui vaudra bientôt d’être refusé dans l’US Navy, tandis que les États-Unis sont entrés en guerre depuis six mois, dans le fracas de Pearl Harbor. Ce sera donc la Marchande, deux ans durant. Pour l’heure, ses pensées vont à Norma. Et le futur auteur de Sur la route (1957) de conclure par la phrase précitée ce courrier qu’il ne lui enverra jamais.

 

 

 

Lettres océanes est une jolie anthologie réalisée par Gwenaëlle Abolivier au fil de ses recherches en bibliothèque pour ses émissions de France-Inter. (© Glénat)

 

 

Celle-ci figure dans le livre Lettres océanes que Gwenaëlle Abolivier publie aux éditions Glénat, en partenariat avec France-Inter (205 X 190 millimètres, 432 pages, 29,95 euros). Depuis quinze ans, la journaliste y est productrice d’émissions consacrées aux voyages, univers auquel elle fut formée par Claude Villers, une grande voix d’Inter. Ayant ainsi mis en ondes nombre de correspondances, l’auteure s’est aperçue de la place centrale que la mer y occupe (ne serait-ce que par la force des choses, puisque la plupart des grands voyages s’effectuaient au moins partiellement en bateau jusqu’à la veille de la Seconde guerre mondiale).

 

Classées thématiquement, ces lettres – dont beaucoup sont connues et déjà publiées mais dont certaines sont inédites – ont néanmoins des tonalités très diverses. Tantôt intimes, tantôt professionnelles, souvent composites à l’aune des préoccupations des voyageurs, elles relèvent d’une sélection subjective, revendiquée et assumée. L’émotion y surnage parfois comme l’humour, l’angoisse, l’argent, l’autodérision, l’ambition, le contentement de soi, la colère, la médiocrité, l’amour, le manque, le dégoût, la vie. « En vous écrivant, je suis encore stupide : j’ai le roulis du bateau dans la tête ; vous m’excuserez n’est-ce pas ? » écrit Balzac à sa bonne amie Madame Hanska.

 

 

 

« Le 15 septembre 1840, vers six heures du matin, la Ville de Montereau, près de partir, fumait à gros tourbillons devant le quai Saint-Bernard » : le fameux incipit de L’Éducation sentimentale a bien évolué entre l’édition originale publiée le 17 novembre 1869, et la dernière édition parue du vivant de Flaubert, en novembre 1879. Ici, la première page du manuscrit de l’édition originale : elle confirme combien Gustave travaille son texte ! (Ces informations ne sont pas dans l’anthologie qui ne propose aucune légende à cette image…). (© Glénat)

 

 

Flaubert sera plus gaillard, quatre ans plus tard, lorsqu’il s’embarquera pour l’Orient, à l’automne 1849, avec son ami Maxime du Camp. « Il n’en est pas de même de Maxime [...] qui [a] piqué une assez grande quantité de renards ! [Comprenez qu’il a passé son temps penché sur le bastingage] Quant à moi, promenades sur le pont, dîners avec l’état-major, stations sur la passerelle, entre les deux tambours dans la compagnie du commandant, où je me piète dans les attitudes de Jean Bart, la casquette sur le côté et le cigare au bec. Je m’instruis en marine, je m’informe des manoeuvres, etc. Le soir, je contemple les flots et je rêve, drapé dans ma pelisse comme Childe Harold [personnage de Byron]. Bref, je suis un gars. Je ne sais pas ce que j’ai, mais je suis adoré à bord. Ces messieurs m’appellent papa Flaubert, tant, à ce qu’il paraît, ma boule est avantageuse sur l’élément humide. » Monsieur Beuverie, c’est lui !

 

Depuis l’océan, d’autres auteurs n’oublient guère qu’ils sont entrepreneurs et rentiers, les affaires sont les affaires… Au printemps 1867, Jules Verne embarque avec son frère Paul, sur le Great Eastern, pour un voyage aller-retour vers New York. Ce paquebot mixte à voiles et à vapeur est alors, de très loin, le plus grand du monde, avec ses 211 mètres de long. Dessiné par Isambard Kingdom Brunel en 1854, lancé le 31 janvier 1858, le géant de 32 000 tonnes en charge est propulsé par dix chaudières qui alimentent une machine à vapeur actionnant elle-même une hélice de 7,30 mètres de diamètre. Une autre machine commande les roues à aubes de 17,50 mètres.

 

 

 

Un an avant que Jules Verne ne traverse à son bord, le Great Eastern en 1866. Cette image ne figure pas dans le livre évoqué ici. (© DR)

 

 

Six mâts et 5 430 mètres carrés de voilure complètent le monstre, connu par son roulis effroyable et ses problèmes à répétition qui l’empêchent d’embarquer les 4 000 passagers pour lesquels il a été conçu. Ce n’en est pas moins une merveille technologique (le livre n’en parle pas). De cette expérience forte – au-delà de ses espérances – Jules Verne tirera le roman Une ville flottante. Celui-ci paraîtra en feuilleton dans le Journal des débats, du 9 août au 6 septembre 1870.

 

Le 9 avril 1867, en vue de l’Hudson, l’écrivain rédige à la hâte cette missive à son célèbre éditeur Hetzel. « Ah ! si vous étiez venu avec nous, votre coeur eût palpité plus d’une fois, car les incidents, et malheureusement les accidents, ne nous ont pas manqué pendant ce voyage. Je crois que mon livre sur le Great Eastern sera plus varié que je ne l’eusse voulu, grâce aux épreuves par lesquelles nous sommes passés depuis quinze jours. Nous avons eu des coups de vent épouvantables : le Great Eastern malgré sa masse, dansait comme une plume sur l’océan ; son avant a été emporté par un coup de mer. C’était effrayant. Mon frère avoue n’avoir jamais vu une mer plus mauvaise. J’ai fait la provision d’émotions pour le reste de mes jours. [...].

 

Notre traversée a duré quatorze jours par suite du mauvais temps, c’est-à-dire quatre jours de plus que les traversées moyennes du Great Eastern [lequel n’avait pas besoin de ravitailler en charbon, vu sa taille]. [...]. Que fait-on en France, que devient-on ? L’exposition est-elle ouverte ? [L’Exposition universelle de 1867 a été inaugurée le 1er avril. Elle présente notamment le phare des Roches-Douvres, jumeau du phare Amédée]. Les journaux apportés hier soir à bord par le pilote nous donnent la rente française à 66 francs. C’est 3 francs de baisse depuis notre départ de Liverpool. Qu’est-ce qui se passe donc ? Est-ce qu’on se bat en Europe ? » Que Jules se rassure. Pour rester dans l’acception météorologique, ce n’est qu’une dépression très passagère… La vraie tempête sera pour dans trois ans.

 

 

 

« Le bateau avance ! [...]. Je suis amoureux de cet assemblage de clous et de planches [il s’agit en fait de tôles d’acier], comme on l’est à vingt ans d’une maîtresse. » (© Glénat)

 

 

Rester en fonds pour ne pas toucher le fond. C’est un souci que beaucoup de nos épistoliers partagent… même si leurs étiages ne sont pas tous du même niveau, loin s’en faut. Après sa période Pont-Aven, Paul Gauguin – 250 milles à l’Ouest de Sydney – s’inquiète auprès de sa femme Mette, le 4 mai 1891. Avec quelque mépris pour les petits fonctionnaires coloniaux, ces « très braves gens qui n’ont qu’un tort, assez commun du reste, d’être parfaitement médiocres. [...] Malgré toutes ces remarques amères, je suis obligé d’avouer que ce peuple anglais est vraiment extraordinaire pour coloniser et improviser des grands ports. Grandiose dans le burlesque. [...] Je suis vraiment bien étrangement seul avec mes cheveux longs. [...]

 

 

 

Dans son journal Noa Noa, Gauguin dessine plus qu’il n’écrit. (© Glénat)

 

 

Voilà trente et quelques jours que je mange, bois et le reste, regardant stupidement l’horizon. Les marsouins sortent quelquefois des lames pour nous dire bonjour et c’est tout. Heureusement que je pense quelquefois à vous, toi et les enfants, je m’assure à regarder les photos et je n’ose penser que cela un jour me repoussera peut-être. Question de monnaie. »

 

Certaines escales s’annoncent moins sombres. Du moins peut-on apprendre de l’épreuve des grands devanciers, à l’instar de Victor Segalen, relâchant à Aden en mai 1909, sur la route de la Chine. « Mon passage ici est tout plein de Rimbaud, qui y séjourna longtemps et y souffrit beaucoup. La vie et la mort de Rimbaud seraient une belle leçon de désespoir, si on ne la fait tourner à rebours en leçon d’énergie. J’espère en tirer ma seconde prose. Rimbaud est une perpétuelle image qui revient de temps à autre dans ma route. [...]. Au paquebot, je t’emmène ma toute bien-aimée qui s’attache à toutes mes pensées. »

 

 

 

La correspondance de Victor Segalen, poète, médecin de Marine, ethnographe et archéologue. (© Glénat)

 

 

Illustré par des fac-similés de lettres originales ou des photographies, ce livre est d’une main agréable. Il y manque néanmoins un appareil critique, digne de ce nom, qui réponde aux principales questions pouvant se poser au lecteur. Heureusement, une bibliographie indique clairement la source de chaque correspondance. C’est d’autant plus important qu’une anthologie réussie, comme celle-ci, est une baie ouverte sur le vaste monde. Elle invite à passer le cap pour naviguer dans les oeuvres évoquées.

 

O.C.
 

Ah mais oui… Amédée !

Par

C’était trop tôt pour le Trocadéro. Le nouveau Dépôt des Phares et balises ne serait inauguré sur la colline de Chaillot qu’en 1869. Destiné à l’îlot Amédée de Nouvelle-Calédonie – où l’océan Pacifique se brise sur une barrière de corail, redoutable pour les navires – le phare en métal de quarante-cinq mètres serait pourtant monté à blanc dans les ateliers proches du canal Saint-Martin. La fête à La Villette en cette année 1862.

 

 

 

Le nouveau Dépôt du Service des phares est inauguré sur la colline de Chaillot, en 1869, à la fin du Second Empire. (© École des Ponts in Le phare Amédée par Vincent Guigueno et Valérie Vattier)

 

 

Exceptionnel, le spectacle n’avait pourtant rien d’unique. Le frère jumeau d’Amédée serait ainsi exposé grandeur nature à l’Exposition universelle de 1867, sur le Champ de Mars, avant d’être hissé sur les Roches-Douvres, en Manche (ce phare sera détruit à la fin de la Seconde guerre mondiale, son remplaçant étant visible de nos jours). Le Paris du Second Empire était alors la capitale mondiale des phares, construits en bord de Seine avant de gagner les côtes de tous les océans.

 

Le montage d’Amédée dans la cour des établissements Rigolet, sis rue de la Butte Chaumont, n’avait en réalité rien d’un spectacle. Il s’agissait surtout de vérifier que tout était bien en place, avant de refermer les 1 265 caisses qui descendraient la Seine et embarqueraient au Havre, en mai 1864. Trois cent quatre-vingt dix tonnes qui transiteraient à bord d’un clipper. La mise en service du phare serait annoncée dans un Avis aux navigateurs du 3 décembre 1865, quatre ans à peine après la décision fondatrice.

 

 

 

Jumeau du phare Amédée, le phare des Roches-Douvres fut exposé à l’Exposition universelle de 1867, sur le Champ de Mars à Paris. (© Bibliothèque Bernheim in Le phare Amédée par Vincent Guigueno et Valérie Vattier)

 

 

Racontant cette passionnante aventure humaine et technique par le prisme de la lentille – faisant ici office de grand bout de la lorgnette :) – c’est un très beau livre d’histoire totale que nous proposent Vincent Guigueno et Valérie Vattier. Le phare Amédée. Lumière de Paris & de Nouvelle-Calédonie (360 X 255 millimètres, 144 pages, 35 euros) vient de paraître en coédition des Éditions Point de vues et du Musée de l’histoire maritime de Nouvelle-Calédonie.

 

Valérie Vattier est la directrice de celui-ci, depuis 2003. Elle a notamment participé à la grande exposition Lapérouse que le Musée national de la Marine a présentée à Paris en 2008. Quant à Vincent Guigueno, ancien élève de l’École polytechnique et des Ponts et chaussées, c’est un remarquable connaisseur du balisage, auquel il a consacré sa thèse (Au service des phares, Presses universitaires de Rennes, 2001) avant de devenir chargé de mission pour le patrimoine Phares et balises à la direction des Affaires maritimes.

 

 

 

Le phare Amédée. Lumière de Paris & de Nouvelle-Calédonie paraît en coédition des Éditions Point de vues et du Musée de l’histoire maritime de Nouvelle-Calédonie. (© Le phare Amédée par Vincent Guigueno et Valérie Vattier)

 

 

Trop fréquemment, les livres sur les phares sont comme ceux sur les pirates. Ils pullulent et sont souvent médiocres. Mais il est des exceptions confirmant la règle. En choisissant d’écrire une monographie sur un site unique, les auteurs nous livrent un travail passionnant qui nous parle de toute une époque, de Paris et des colonies, d’hommes et de techniques, de cartographie et de navigation, d’architecture et d’industrie, de capitalisme et de service public.

 

Reconnu depuis longtemps comme un vrai spécialiste, Vincent Guigueno est un historien au regard critique et distancié, pas du genre collé à la lanterne. Avec Valérie Vattier, il tord aussi le cou à quelques légendes tenaces bien qu’anecdotiques. Non, Amédée n’est pas l’oeuvre de Gustave Eiffel. Non, le phare n’a pas été livré par erreur à Port-de-France (aujourd’hui Nouméa) au lieu de Fort-de-France en Martinique…

 

 

 

Le phare Amédée est aujourd’hui un haut lieu du tourisme en Nouvelle-Calédonie. (© Frank Guillaume in Le phare Amédée par Vincent Guigueno et Valérie Vattier)

 

 

Enfin, leur livre très documenté (souvent aux sources de première main) est un bel objet, joliment maquetté, illustré d’images parfois rares, toujours intéressantes, et d’un format approprié à l’élancement du sujet. De la belle ouvrage, solide comme du vrai charpenté riveté ! Ou plutôt boulonné, puisqu’Amédée avait été conçu en prévoyant une maintenance simplifiée.

 

Il était si loin de tout. Aux antipodes de Paris… phare d’un empire qui ne se connaissait alors pour seule rivale que Londres. Si la guerre coloniale était perdue depuis longtemps – en dépit de quelques « jolies » prises, somme toute assez récentes, telle que la Nouvelle-Calédonie justement – le balisage restait l’un de ces domaines où l’ingénierie française éclairait le globe.

 

O.C.
 

Coup de mer

Par

Il ne faisait pas bon déambuler sur la Promenade des Anglais hier après-midi. Ce mardi 4 mai 2010, Cannes faisait son festival avant l’heure, tandis que le coup de vent du large et surtout, le coup de mer qui l’accompagnait, causaient de gros dégâts aux plages de la Côte d’azur et à certaines infrastructures. À Saint-Raphaël et à Hyères notamment, des bateaux ont également été endommagés ou ont coulé.

 

Cette tempête avait bien été prévue par Météo-France, tant pour le vent que pour l’état de la mer. Cependant, à l’Est de notre littoral méditerranéen, l’ampleur et l’intensité de la rotation au Sud ont peut-être été un petit peu sous-estimées, sinon dans les sorties de modèles, du moins dans certains bulletins. Surtout en ce qui concerne l’effet de la mer totale à la côte (mer du vent et houles).

 

 

 

Comme le montre cette carte preiso, établie sur le réseau synoptique du mardi 4 mai 2010 à 00h00 UTC pour le même jour à 12h00 UTC, c’est une dépression sur le golfe du Lion qui a généré un bon coup de Nord sur sa bordure Ouest (il a neigé sur Carcassonne ce qui est rarissime un 4 mai !) et le coup de vent et de mer sur tout le Nord de la Méditerranée occidentale. (© Météo-France) 

 

 

Voici, dans son jus, le BMS Large pour le Nord de la Méditerranée occidentale :
« WHMQ41 LFPW 040350
NAVTEX MBI539
TXT
FFFF
ORIGINE METEO-FRANCE.
BMS LARGE NORD MEDITERRANEE NR 150 .
DU MARDI 04 MAI 2010 A 03H50 UTC .
COUP DE VENT LARGE A TEMPETE EN COURS POUR EST CABRERA, BALEARES,
MINORQUE, LION, PROVENCE, SARDAIGNE
SITUATION GENERALE ET EVOLUTION LE MARDI 04 MAI 2010 A 00 H UTC.
DEPRESSION 995 HPA SUR L’EST IMMEDIAT DE MAJORQUE, SE DECALANT VERS LE GOLFE DU LION EN SE CREUSANT, PREVUE 1000 HPA AU LARGE DE
LEUCATE LE 5 A 00H UTC PUIS SE COMBLANT EN JOURNEE DEMAIN.
NOUVELLE DEPRESSION PREVUE 1002 HPA SUR L’EST IMMEDIAT DES ILES
BALEARES DEMAIN A 06H UTC.
EST DE CABRERA : EN COURS AU 04 A 09 H UTC.
SECTEUR OUEST LOCALEMENT 8 SUR LE NORD. FORTES RAFALES.
BALEARES : EN COURS AU 04 A 09 H UTC.
NORD-OUEST PARFOIS 8 AU LARGE DU DELTA DE L’EBRE. FORTES RAFALES.
MINORQUE : EN COURS AU 04 A 15 H UTC.
NORD A NORD-OUEST 8 A 9 LOCALEMENT 10 SUR LE NORD MOLLISSANT
PROGRESSIVEMENT PAR LE SUD-OUEST EN JOURNEE. FORTES RAFALES. MER
DEVENANT GROSSE.
LION : EN COURS AU 05 A 06 H UTC.
NORD A NORD-OUEST 8 A 9 LA NUIT, PARFOIS 10 AU LARGE ET LOCALEMENT 11 PARAGES BEAR, DEVENANT DEPRESSIONNAIRE 8 A 9 CE SOIR, PUIS MOLLISSANT 8 LA NUIT. FORTES A VIOLENTES RAFALES. MER LOCALEMENT GROSSE SUR LE SUD.
PROVENCE : EN COURS AU 05 A 00 H UTC .
SECTEUR EST 8 LA NUIT LOCALEMENT NORD EST SUR L’OUEST, FRAICHISSANT 8 A 9 CE MATIN , PUIS MOLLISSANT SUR L’EST L’APRES MIDI MAIS DEVENANT DEPRESSIONNAIRE SUR L’OUEST. FORTES A VIOLENTES RAFALES.
NORD DE SARDAIGNE : EN COURS AU 04 A 15 H UTC.
SUD A SUD OUEST 8 A 9, VIRANT SECTEUR OUEST PARFOIS 8 EN JOURNEE.
FORTES RAFALES.
FIN. »

 

 

 

La photo satellitaire du 4 mai à 00h00 UTC montre bien la dépression, dont le centre – son oeil ! – est très localisé sur le golfe du Lion. Son formidable enroulement nuageux affecte une vaste zone depuis le Sud-Ouest de la France jusqu’à la Sicile et la Tunisie. (© Météo-France)

 

 

Et voici le BMS Côte émis au même moment. On y mesure mieux la rotation liée à la dépression très localisée sur le golfe du Lion qui explique aussi la soudaineté avec laquelle la mer s’est formée et avec laquelle le vent a ensuite molli.
« WHMQ46 LFML 040322
ORIGINE METEO-FRANCE AIX EN PROVENCE
BMS-COTIER NUMERO 183 DU MARDI 4 MAI 2010 A 03:08 UTC
ANNULE ET REMPLACE LE NUMERO 182
LANGUEDOC-ROUSSILLON : EN COURS JUSQU’AU MERCREDI 05 MAI A 03 UTC. VENT DE NORD-OUEST FORCE 8 A 9 AU SUD DU CAP D’AGDE, FRAICHISSANT
FORCE 9 A 10 EN FIN DE MATINEE, PARFOIS FORCE 11 VERS BEAR. FORTES A VIOLENTES RAFALES. VENT DE SECTEUR NORD FORCE 7 AU NORD DU CAP D’AGDE. FORTES RAFALES.
PROVENCE :
- DE PORT-CAMARGUE A FOS : EN COURS JUSQU’AU MERCREDI 05 MAI A 00 UTC . VENT DE SECTEUR NORD FORCE 7, TOURNANT EST A SUD-EST FORCE 7 A 8 EN SOIREE ET DEBUT DE NUIT. FORTES RAFALES.
- DE FOS A SAINT-RAPHAEL : EN COURS JUSQU’AU MARDI 04 MAI A 18 UTC. VENT DE SECTEUR EST FORCE 7 A 8, PARFOIS FORCE 9 VERS LES ILES HYERES, TOURNANT AU SECTEUR SUD L’APRES-MIDI, MOLLISSANT EN SOIREE. FORTES RAFALES. »

 

 

 

Issu du modèle Arpège Europe de Météo-France et affiché ici sur Navimail 2.1.0, le champ de vent (vent moyen à 10 mètres) – sur la base du réseau du 4 mai à 00h00 UTC pour le même jour à 15h00 UTC – illustre bien l’enroulement dépressionnaire. Et le vent de secteur Sud, levant la mer au large à l’assaut de la Côte d’azur. (© Navimail/Météo-France)

 

 

Enfin, il faut consulter le bulletin Côte régulier pour la partie orientale de la Côte d’azur afin de confirmer que la mer a été sous-évaluée à la côte (la « mer forte » évoquée ci-dessous correspond à une hauteur significative de 2,5 à 4 mètres). Même si le bulletin précise bien en préambule que « les vagues maximales [peuvent] atteindre deux fois la hauteur significative ». Rappelons que la hauteur significative des vagues correspond à la hauteur moyenne du tiers des vagues les plus hautes ou H 1/3 (sur trente vagues consécutives, la hauteur moyenne des dix plus hautes donne la hauteur significative de ce train de vagues).

 

« FQMQ43 LFML 040420
Origine METEO-FRANCE Aix en Provence
Bulletin côtier pour la bande des 20 milles entre Saint Raphaël et Menton le mardi 4 mai à 06:30 légales.
- Vent moyen selon échelle Beaufort. Mer: hauteur significative.
- ATTENTION: en situation normale, les rafales peuvent être supérieures de 40% au vent moyen et les vagues maximales atteindre 2 fois la hauteur significative.
1 – Avis de coup de vent à violente tempête numéro 183 sur Languedoc-Roussillon et Provence.
Fin de Validité : Mercredi 05 mai à 03 UTC.
2 – Situation générale le mardi 4 mai à 0000 UTC et évolution
Une dépression 991 hPa sur les Baléares se creuse rapidement et
remonte vers le golfe du Lion, prévue 988 hPa en cours d’après-midi. Vent violent sur le golfe du Lion et très fort sur la Provence.
3 – Prévision pour la journée du mardi 4 mai:
Vent : Nord-Est force 5 à 6 avec rafales. Tournant au secteur Sud
l’après-midi force 4 à 5.
Mer : agitée à forte.
Houle : de secteur Sud 1.5 à 2 m en soirée.
Temps : Couvert et pluvieux, parfois orageux.
Visi : Médiocre, localement mauvaise.
4 – Prévision pour la nuit du mardi 4 mai
au mercredi 5 mai:
Vent : Ouest force 3 à 4, tournant Nord force 2 à 3 en cours de nuit.
Mer : Agitée.
Houle : De Sud s’amortissant.
Temps : couvert et pluvieux, amélioration en cours de nuit.
Visi : médiocre à mauvaise.
5 – Tendance pour la journée du mercredi 5 mai:
Vent variable force 2 à 3, s’établissant Sud-Ouest force 3 à 4 à la mi-journée, mollissant la nuit. Mer peu agitée.
6 – A 5h légales , on observait:
Nice: NNE/10 Noeuds, Pression:1002hPa, Visi:4nm
7 – Phénomènes importants du jeudi 6 mai au vendredi 7 mai:
Néant. »

 

 

 

Issu du modèle Arpège Europe Vagues de Météo-France et affiché ici sur Navimail 2.1.0, le champ de vagues (mer totale) – sur la base du réseau du 4 mai à 00h00 UTC pour le même jour à 15h00 UTC – affiche bien sur la Côte d’azur une hauteur significative de 4 mètres. Cela implique que les vagues les plus hautes atteignent au moins 8 mètres. (© Navimail/Météo-France) 

 

 

Si l’on observe les données de la bouée Côte d’azur de Météo-France (indicatif 61001), mouillée par 2 300 mètres de fond à une quinzaine de milles au Sud d’Imperia (Italie) et à trente-quatre milles dans l’Est de Nice (dans une zone déjà moins affectée par le coup de mer), on constate que la hauteur significative maximale enregistrée par la bouée fut de 4,10 mètres à 15h00 UTC (soit 17h00 locale), soit deux fois plus que dans le bulletin. Ainsi, les vagues les plus hautes ont vraisemblablement atteint 8 mètres, voire 10 mètres, sur le littoral, en tenant compte de l’effet amplificateur du plateau continental, très proche de la côte.

 

L’autre observation frappante – confirmée par les témoins sur la côte entre Hyères et la frontière – est que l’intensité maximale de ce coup de mer a été très limitée dans le temps : six heures au maximum pour la période correspondant à une hauteur significative supérieure à trois mètres, comme le montre l’analyse des données de la bouée Côte d’azur.

 

 

 

Le site des bouées météo de Météo-France permet de visualiser les mesures effectives enregistrées dans le golfe du Lion et au large de l’Est de la Côte d’azur. (© Météo-France)

 

 

Logiquement, l’état de la mer avait été beaucoup plus longuement affecté à l’Ouest, là où la dépression a sévi le plus durablement (avec l’enroulement classique du vent et de la mer du vent autour de son centre). Dès le matin, la bouée Golfe du Lion de Météo-France (indicatif 61002), également mouillée par 2 300 mètres (mais plus loin de la côte), avait ainsi enregistré une hauteur significative à 5,40 mètres et supérieure à 5 mètres pendant 8 heures. Toujours avec une période moyenne du tiers des vagues les plus hautes (T 1/3) qui n’était que de l’ordre de 8,5 secondes. Cela témoigne d’une mer très courte comme sur la Côte d’azur l’après-midi… à la différence que celle-ci venait alors du large.

 

Une situation rare mais pas inédite à la « belle saison ». En Méditerranée, comme sur la façade Ouest de notre pays où on l’a vu récemment avec Xynthia, l’aménagement du littoral doit prendre en compte ces phénomènes bien naturels liés à la mer, fut-ce une Grande bleue ! On le sait fort bien « en haut lieu », notamment du côté de Nice où le remblai de l’aéroport a déjà connu de sérieux problèmes et du côté de Monaco où il existe des projets d’extension sur le domaine maritime… alors que le risque de tsunami (bien réel celui-là, le terme - employé par certains à propos de la tempête d’hier - étant erroné, aussi forte fut-elle) est avéré et inéluctable… Seule l’échéance précise en est inconnue.

 

O.C.