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Monthly Archives: septembre 2010

Un grain de sable pour une goutte d’eau

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L’Atlantique au Sahel. Rechercher un otage dans le désert, c’est comme localiser un naufragé dans l’océan. Sauf qu’il y a généralement une balise de détresse positionnant l’homme à la mer quand les ravisseurs font tout pour ne pas se faire repérer. Ce qui n’est pas évident… à moins de ne passer aucun coup de fil et de n’émettre aucune source de chaleur dans la nuit froide du Sahara.

 

Les sept personnes enlevées par Al-Qaïda au Maghreb islamique, au Niger le jeudi 16 septembre, dont cinq Français travaillant pour Areva à l’extraction de l’uranium – stratégique pour l’industrie nucléaire civile et l’armement atomique français – sont ainsi essentiellement recherchées (outre les satellites espions, les Mirage F1 et le renseignement à terre) par au moins deux avions Atlantique 2 (ATL2) de la flottille 23F de l’aéronautique navale, basée à Lann-Bihoué, près de Lorient. Dès le vendredi 17 septembre, ils ont été acheminés à Niamey (Niger) avec cinq équipages complets, aptes à se relayer nuit et jour (l’aéronautique navale a cent ans en cette année 2010 ; Lann-Bihoué accueille les flottilles 4F, 23F, 24F et 28F et en 2011, la 21F – jumelle de la 23F – quittera Nîmes-Garons, qui fermera, pour Lann-Bihoué où travailleront alors 2 000 personnes).

 

 

 

À la recherche des otages et de leurs ravisseurs, l’Atlantique 2 délaisse l’océan pour la mer de sable. (© Bruno Arribard / Marine nationale)

 

 

Armé par deux pilotes et un mécanicien, un officier coordinateur tactique, cinq opérateurs électroniciens, plus un à trois observateurs selon le type de mission, l’Atlantique 2 est un avion dédié à la recherche et au sauvetage en mer, pour lequel il embarque des chaînes SAR (Search and Rescue) largables (la flottille 23F est en alerte permanente, capable de faire décoller un avion au maximum deux heures après le déclenchement d’une balise), à la surveillance maritime des approches de nos côtes, par exemple contre les pollutions (notamment les dégazages) ou pour la surveillance des pêches, mais aussi contre le trafic de drogue ou la piraterie. À cet effet, des appareils sont notamment détachés à Dakar (Sénégal), en Atlantique tropical (21F), et à Djibouti, en océan Indien. Forte de deux cent cinquante marins dont cent-quinze techniciens, la flottille 23F dispose de huit Atlantique 2, sur un total de vingt-sept du même type dans la Marine nationale.

 

Une autre de leurs missions, la plus secrète et sans doute la plus essentielle pour cet aéronef militaire, est la lutte anti sous-marine, en particulier pour la protection des quatre sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE) – le Triomphant, le Téméraire, le Vigilant et bientôt le Terrible (prolongeant la longue histoire de la Marine nationale, leurs noms sont en adéquation avec les armes monstrueuses qu’ils transportent) – lesquels assurent à tour de rôle la permanence de la dissuasion nucléaire française sous l’égide de la Force océanique stratégique (FOST).

 

 

 

Derrière les deux pilotes, l’Atlantique 2 abrite jusqu’à dix opérateurs pour servir toute l’électronique embarquée. Notez les observateurs dans le nez de l’appareil (© Bruno Arribard / Marine nationale)

 

 

Successeur du célèbre Breguet Atlantic, l’Atlantique 2 est entré en service en 1990. Capable de patrouiller jusqu’à 11 heures et 600 nautiques (les milles des aviateurs) de sa base, en capacité maximale (ou 8 heures et 1 000 nautiques), volant alors entre 270 et 500 km/h, son autonomie avec réserves supplémentaires peut être portée à 18 heures pour une traversée de 9 000 kilomètres, à une vitesse de croisière de 600 km/h. Ces performances en font un excellent instrument de recherche, apte à voler du ras des flots (ou du sable) jusqu’à 30 000 pieds (9 144 mètres).

 

Ce sont surtout ses instruments qui sont sollicités dans le cas présent. Le système de combat de l’Atlantique 2 est composé d’un ordinateur central, alimenté par des capteurs tactiques. Son traitement acoustique est ainsi capable de suivre les bouées qu’il largue pour traquer un sous-marin en plongée. Son radar à compression d’impulsion peut détecter des cibles de très faibles dimensions, en l’occurrence un simple périscope perdu dans une mer forte ! Quant à sa détection d’émission radar à très large bande de veille, elle intercepte des émissions extrêmement brèves.

 

 

 

La principale mission militaire de l’Atlantique 2 est la lutte contre les sous-marins. (© Marine nationale) 

 

 

S’y ajoutent un détecteur magnétique pour localiser avec précision et reconnaître des sous-marins. Plus un détecteur infrarouge pour identifier à grande distance, de jour comme de nuit, tout objet ou être humain en surface. Avec ses nombreux moyens d’imagerie (photo et vidéo) et d’interception des communications radio, c’est à cette capacité de renseignement de l’Atlantique 2 que l’on fait actuellement appel dans le Sahara. Plutôt que, jusqu’à preuve du contraire, à ses divers moyens de combat, tels que les fameux missiles Exocet.

 

O.C.
 

Marner dans les laminaires

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Pour un fou de nav, ce fut une belle journée de pilotage. La brise était légère. La mer d’Iroise n’était parcourue que de quelques frissons striant cette respiration profonde dont elle ne se départit jamais, histoire de rappeler qu’elle est bien vivante.

 

 

 

Le phare des Pierres Noires, sur la chaussée éponyme en mer d’Iroise, à la pointe de Bretagne. (© Olivier Chapuis) 

 

 

Nous avions tranché la chaussée des Pierres-Noires, à raser le phare rayé de rouge et de blanc, parant Le Boufouloc et le très méchant brisant dans son Est. Puis nous avions renvoyé vers la passe de la Chimère, entre Trielen et Quéménès, prenant garde à la roche du Nègre au Sud de la Vieille Noire. On se croyait dans un album de Tintin… L’Île Noire forcément !

 

 

 

Entre la pointe Saint-Mathieu et Ouessant, la chaussée des Pierres-Noires (en bas) et l’archipel de Molène. (© SHOM / MaxSea / MapMedia / Olivier Chapuis)

 

 

La nuit était tombée, et la brume avec elle, lorsque nous avions doublé la Basse Lost Ar Gog, pour venir mourir sur notre erre dans l’Est de Molène dont les lumières se devinaient à grand peine. La pioche avait sombré dans une mer d’encre.

 

 

 

L’île Trielen et ses ruines, dans l’archipel de Molène. (© Olivier Chapuis)

 

 

Égrenant des noms de navires du vaste monde, Ouessant Trafic ajoutait à l’ambiance extraordinaire d’un mouillage perdu entre des cailloux de pleine mer. Le genre d’endroit où l’iode vous pénètre par tous les pores, où les cornes lugubres font vibrer l’échine. Au jour, la marée basse avait révélé notre ancre, crochetée à d’amples lanières, opale et or. Nous avions marné, suspendus à de grandes laminaires.

 

O.C.