Pour un fou de nav, ce fut une belle journée de pilotage. La brise était légère. La mer d’Iroise n’était parcourue que de quelques frissons striant cette respiration profonde dont elle ne se départit jamais, histoire de rappeler qu’elle est bien vivante.

 

 

 

Le phare des Pierres Noires, sur la chaussée éponyme en mer d’Iroise, à la pointe de Bretagne. (© Olivier Chapuis) 

 

 

Nous avions tranché la chaussée des Pierres-Noires, à raser le phare rayé de rouge et de blanc, parant Le Boufouloc et le très méchant brisant dans son Est. Puis nous avions renvoyé vers la passe de la Chimère, entre Trielen et Quéménès, prenant garde à la roche du Nègre au Sud de la Vieille Noire. On se croyait dans un album de Tintin… L’Île Noire forcément !

 

 

 

Entre la pointe Saint-Mathieu et Ouessant, la chaussée des Pierres-Noires (en bas) et l’archipel de Molène. (© SHOM / MaxSea / MapMedia / Olivier Chapuis)

 

 

La nuit était tombée, et la brume avec elle, lorsque nous avions doublé la Basse Lost Ar Gog, pour venir mourir sur notre erre dans l’Est de Molène dont les lumières se devinaient à grand peine. La pioche avait sombré dans une mer d’encre.

 

 

 

L’île Trielen et ses ruines, dans l’archipel de Molène. (© Olivier Chapuis)

 

 

Égrenant des noms de navires du vaste monde, Ouessant Trafic ajoutait à l’ambiance extraordinaire d’un mouillage perdu entre des cailloux de pleine mer. Le genre d’endroit où l’iode vous pénètre par tous les pores, où les cornes lugubres font vibrer l’échine. Au jour, la marée basse avait révélé notre ancre, crochetée à d’amples lanières, opale et or. Nous avions marné, suspendus à de grandes laminaires.

 

O.C.