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Monthly Archives: novembre 2010

Poubelle l’abysse

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On n’en aura jamais fini avec les boîtes de Pandore. Comme je le soulignais dans un précédent billet, voici un peu moins d’un an, il y aurait près de dix mille conteneurs perdus en mer chaque année. Enfin, perdus… pas pour tout le monde ! Les petits bateaux, essentiellement ceux des pêcheurs et des plaisanciers, en sont les premières victimes (et non les mastodontes qui abandonnent ces énormes boîtes dans leur sillage !). Au point que la collision avec un objet flottant non identifié (OFNI) est aujourd’hui le principal risque au large, notamment en course.

 

 

 

Le Maersk Sembawang quelques heures avant son arrivée au Havre. On note cinq rangées (en hauteur) qui se sont écroulées mais, plus en avant, le chargement atteint sept rangées au-dessus du pont… (© Marine nationale)

 

 

Dernier événement en date, parmi tant d’autres, la mésaventure survenue au porte-conteneurs Maersk Sembawang lors de la tempête du lundi 8 novembre. Celle-ci a engendré une mer monstrueuse à l’ouvert du golfe de Gascogne, comme je l’avais annoncé dans mon précédent article. Dès le lendemain, mardi 9 novembre, le commandant du navire – long de 319 mètres, large de 40 mètres, d’un déplacement en charge de 85 000 tonnes et d’une capacité de 6 478 EVP (Équivalent vingt pieds) pour un équipage de 25 marins, en provenance de Colombo (Sri Lanka) et à destination de Zeebrugge (Belgique) – avait signalé la perte de conteneurs et la rupture de saisines sur une autre partie du chargement. La préfecture maritime de la Manche et de la mer du Nord avait alors mis en demeure l’armateur – le géant danois Maersk, leader mondial du secteur – de faire cesser ce danger avant que son bâtiment n’atteigne le détroit du Pas-de-Calais.

 

Le Maersk Sembawang s’est ainsi dérouté sur Le Havre où il est arrivé le 10 novembre. Une inspection a aussitôt permis d’établir qu’il avait perdu vingt-six conteneurs à la poupe, à ajouter aux innombrables déchets flottants qui constituent autant de pièges potentiellement mortels pour les navigateurs et autant de sources de pollution. Quarante-sept autres conteneurs ont été sérieusement endommagés.

 

 

 

Sur cette image datant de 2009, le Maersk Sembawang (lancé en 2007) affiche un chargement qui atteint huit rangées au-dessus du pont ! (© Michael Bender) 

 

 

Très délicat, compte tenu de l’équilibre peu stable des « boîtes » concernées, le déchargement de celles-ci a commencé le mercredi 17 novembre. Avec le souci de ne pas faire écrouler le reste de la pile. Cela fait des années qu’on le déplore, les porte-conteneurs sont de plus en plus gros et leur cargaison monte de plus en plus haut. Va-t-on jouer encore longtemps aux dominos, au nom de la sacro-sainte rentabilité, et transformer ainsi l’océan en champ de mines ? Poubelle l’abysse.

 

O.C.
 

Traquenard pour Dimitar

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Il a peut-être vu le monstre dans la gueule duquel il allait se jeter ? Actuellement dans le Sud-Ouest de l’Irlande – très au-dessus de l’orthodromie entre Saint-Malo et Pointe-à-Pitre… – le Bulgare Dimitar Topalov, concurrent de la Class 40 qui ferme la marche de la Route du Rhum, était encore cap au 300 en début de matinée de ce vendredi 5 novembre. Quatre heures plus tard, il avait viré tribord amures.

 

 

 

Sur la base du réseau du 4 novembre à 12h00 UTC, la prévision américaine à 96 heures, pour le lundi 8 novembre à 12h00 UTC, prévoit sur l’Irlande une dépression à 953 hPa, qualifiée « Hurricane Force » c’est-à-dire de la force d’un ouragan. (© NOAA)

 

 

Bien lui en a pris. Car la dépression qui arrive sur l’Europe, lundi 8 novembre, s’annonce dévastatrice – en tout cas au large entre l’Ouest de l’Irlande et le Nord-Ouest de l’Espagne – comme le montre notre Photo à la hune (je la reprends ci-dessus, cadrée sur le phénomène).

 

 

 

Ce vendredi 5 novembre à 07h40 (heure française), Dimitar Topalov est encore en route fond au 301. À 8,9 noeuds, il se jette dans la gueule du monstre… (© Route du Rhum/La Banque Postale)

 

 

Cette prévision en surface de la National Oceanic and Atmospheric Administration – à quatre jours (donc à prendre au conditionnel même s’il y a convergence avec les modèles numériques de prévision européens) sur la base du réseau du jeudi 4 novembre à 12h00 UTC, pour le lundi 8 novembre à 12h00 UTC – montre une dépression sur l’Irlande creusée à 953 hPa, assez ramassée géographiquement, avec un gradient de pression très élevé, déjà dotée de son qualificatif d’ouragan (« Hurricane Force ») par le prévisionniste américain de la NOAA.

 

 

 

Ce vendredi 5 novembre à 11h40 (heure française), Dimitar Topalov a viré au 250 à 6,8 noeuds. Mais à 15h40, sa vitesse fond n’est que de 3,8 noeuds. Il faut qu’il dégage de cette zone ! (© Route du Rhum/La Banque Postale)

 

 

En météo marine, l’ouragan désigne tout vent moyen supérieur à 64 noeuds, c’est-à-dire atteignant la force 12 Beaufort. En dehors des zones tropicales et subtropicales, comme dans notre pays (en métropole), le mot ouragan est couramment employé pour désigner une tempête très violente, à l’instar des cataclysmes de décembre 1999 (alors que Xynthia a surtout frappé par la conjonction avec une grande marée haute).

 

 

 

Pour le lundi 8 novembre à 12h00 UTC, par 52° 30’ N et 17° 30’ W (point cliqué pour afficher les données dans l’étiquette en haut à droite), le modèle Arpège de Météo-France, sur la base du réseau de ce vendredi 5 novembre à 00h00 UTC, prévoit un vent moyen soufflant du 334°, à 54 noeuds avec des rafales à 81 noeuds. Rappelons qu’un modèle numérique de prévision sous-estime généralement le vent moyen, parfois dans des proportions importantes… (© Météo-France/Navimail/Olivier Chapuis) 

 

 

Les isobares étant particulièrement comprimées, sur le flanc Ouest de la dépression, par l’anticyclone et sa dorsale qui devraient gonfler au Nord des Açores, c’est peut-être la péninsule ibérique et l’ouvert du golfe de Gascogne qui devraient être les plus violemment frappés, d’autant plus que la perturbation pourrait avoir une trajectoire plus Sud que Est.

 

 

 

Pour le lundi 8 novembre à 12h00 UTC, autour de 52° N et 18° W (point cliqué pour afficher les données dans l’étiquette en haut à droite), le modèle Arpège Vagues de Météo-France, sur la base du réseau de ce vendredi 5 novembre à 00h00 UTC, prévoit une mer totale moyenne de 15,90 mètres avec des creux pouvant atteindre… 30 mètres ! Avec une période moyenne, très brève, de 16,8 secondes. (© Météo-France/Navimail/Olivier Chapuis)

 

 

Enfin, alors que les Haïtiens subissent à partir de ce vendredi 5 novembre le cyclone Tomas – à ciel ouvert puisqu’ils n’ont plus de toit depuis le tremblement de terre du 12 janvier 2010 – c’est aussi l’activité tropicale qui doit être surveillée de l’autre côté de l’Atlantique. Certaines arrivées du Rhum pourraient être mouvementées…

 

O.C.
 

Un coup de Rhum dans The Race

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Après la théorie, la pratique. En voile, rien ne remplace la confrontation directe et celle-ci peut mettre à mal en quelques minutes des mois de cogitations et de plans sur la carène. Dimanche 31 octobre à Saint-Malo, dans des conditions légères qui ne lui étaient pas spécialement favorables, en tout cas théoriquement moins qu’à Gitana 11, on a vu Franck Cammas (Groupama 3) dominer son sujet et la flotte. De là à prétendre que le Rhum était plié, comme on avait pu se le dire à Valence dès le premier bord de la première régate de la Coupe de l’America , il y a un océan que je ne me risquerais pas à franchir, même pas ce mardi 2 novembre où l’option Sud de Cammas semble d’une grande limpidité.

 

 

 

La dorsale qui s’étend vers la péninsule ibérique est ici bien visible avec Groupama 3 (en rouge) dans un flux ressemblant pour l’instant à de l’alizé modéré. (© Route du Rhum/La Banque Postale) 

 

 

Celle-ci est certes dictée par la situation météo qui a laissé une fenêtre s’entrouvrir, bien exploitée par Cammas et ses deux routeurs, Jean-Luc Nélias et Charles Caudrelier, pour passer juste avant le grossissement de l’anticyclone des Açores et de sa dorsale (que Michel Desjoyeaux traverse cet après-midi de mardi, seul concurrent IMOCA à faire ce choix avec Arnaud Boissières, le bateau neuf de Desjoyeaux n’étant peut-être pas étranger à cette décision, même s’il évoque pour unique raison la complexité de la situation météo sur la route directe) mais aussi par le fait que Franck Cammas n’avait aucune envie d’aller se faire branler au près sur une option Nord, où pour le coup, les choses auraient été plus favorables à ses trois concurrents sur des plans Irens/Cabaret. Car au débridé, avec la plus grande longueur à la flottaison et surtout la plus grande largeur, Cammas dispose d’une machine qui même sous-exploitée (ce qu’elle n’est pas comme l’a prouvé la façon dont il était toilé au départ), a le potentiel de tenir des moyennes très élevées en sécurité, le seul véritable risque pour son skipper étant de ne pas assez anticiper une manoeuvre de réduction, par exemple dans un grain, sans disposer des bras (et des jambes dans son cas) en nombre suffisant pour réduire à temps.

 

Au-delà du Rhum, cette supériorité du plan Van Peteghem/Lauriot-Prévost, logique du fait de ses dimensions, et désormais avérée alors que ces bateaux n’avaient jamais régaté les uns contre les autres – avérée, non à cause des dix noeuds plus vite de ce mardi alors que Groupama 3 file dans l’alizé portugais quand Coville tricote au près de l’autre côté de la dorsale, mais grâce à ce que Cammas a montré dimanche – n’est pas une bonne nouvelle pour Bruno Peyron et son projet de renaissance de The Race. En effet, avec un gréement rogné pour le solitaire, Groupama 3 affiche un potentiel au moins équivalent à celui de Sodeb’O, le plus véloce des trois quasi sister-ships Irens/Cabaret.

 

 

Franck Cammas (ici pendant le Trophée Jules Verne) exploite à merveille la puissance de Groupama 3 pour le pousser – en relative sécurité quant au risque de chavirage - grâce à sa grande largeur et à son gréement réduit pour le solitaire. Mais gare au grain non anticipé ! Il est vraisemblable qu’en situation d’instabilité météo, le radar tourne de nuit pour détecter les gros cumulus en approche… (© Team Groupama)

 

 

Les géants les plus récents conçus pour équipage (Banque populaire V, Groupama 3 et Orange 2) sont bel et bien beaucoup plus rapides que les 100/105 pieds pour solitaire (Sodeb’O, Idec et Oman Air, même si celui-ci a été dessiné pour l’équipage, mais ces plans supporteront moins la charge d’équipiers et de leur avitaillement). Pas sûr que cela motive leurs skippers à jouer les faire-valoir sur un tour du monde quand on voit que tant de médias généralistes ne parlent presque que des Ultime sur le Rhum, comme il fallait s’y attendre… En attendant de voir ce que va faire Banque populaire V sur le Trophée Jules Verne, le trimaran de Pascal Bidégorry ayant un potentiel encore supérieur à celui de Groupama 3 dans sa configuration équipage. Théoriquement :)

 

O.C.

 

PS. Le Rhum reste une affaire de skipper plus que de bateau et cela se vérifie dans toutes les catégories où la bagarre est époustouflante (notamment en IMOCA et en Class 40 où l’ambiance est au Figaro !). Ainsi, avec un trimaran Prince de Bretagne qui n’est sans doute pas le meilleur de sa catégorie, en tout cas pas le plus éprouvé en course, la trajectoire de Lionel Lemonchois est admirable. Il mène les Multi 50 de 55 milles. Après les 65 milles d’avance de Cammas sur Thomas Coville, c’est l’écart le plus important au sein de toutes les catégories. Et en proportion, eu égard aux potentiels des bateaux, ces milles là ont une sacrée valeur ! Même si Franck-Yves Escoffier, en passe de sortir de la dorsale, va sans doute faire parler la Crêpe au Sud… Whaou !