On n’en aura jamais fini avec les boîtes de Pandore. Comme je le soulignais dans un précédent billet, voici un peu moins d’un an, il y aurait près de dix mille conteneurs perdus en mer chaque année. Enfin, perdus… pas pour tout le monde ! Les petits bateaux, essentiellement ceux des pêcheurs et des plaisanciers, en sont les premières victimes (et non les mastodontes qui abandonnent ces énormes boîtes dans leur sillage !). Au point que la collision avec un objet flottant non identifié (OFNI) est aujourd’hui le principal risque au large, notamment en course.

 

 

 

Le Maersk Sembawang quelques heures avant son arrivée au Havre. On note cinq rangées (en hauteur) qui se sont écroulées mais, plus en avant, le chargement atteint sept rangées au-dessus du pont… (© Marine nationale)

 

 

Dernier événement en date, parmi tant d’autres, la mésaventure survenue au porte-conteneurs Maersk Sembawang lors de la tempête du lundi 8 novembre. Celle-ci a engendré une mer monstrueuse à l’ouvert du golfe de Gascogne, comme je l’avais annoncé dans mon précédent article. Dès le lendemain, mardi 9 novembre, le commandant du navire – long de 319 mètres, large de 40 mètres, d’un déplacement en charge de 85 000 tonnes et d’une capacité de 6 478 EVP (Équivalent vingt pieds) pour un équipage de 25 marins, en provenance de Colombo (Sri Lanka) et à destination de Zeebrugge (Belgique) – avait signalé la perte de conteneurs et la rupture de saisines sur une autre partie du chargement. La préfecture maritime de la Manche et de la mer du Nord avait alors mis en demeure l’armateur – le géant danois Maersk, leader mondial du secteur – de faire cesser ce danger avant que son bâtiment n’atteigne le détroit du Pas-de-Calais.

 

Le Maersk Sembawang s’est ainsi dérouté sur Le Havre où il est arrivé le 10 novembre. Une inspection a aussitôt permis d’établir qu’il avait perdu vingt-six conteneurs à la poupe, à ajouter aux innombrables déchets flottants qui constituent autant de pièges potentiellement mortels pour les navigateurs et autant de sources de pollution. Quarante-sept autres conteneurs ont été sérieusement endommagés.

 

 

 

Sur cette image datant de 2009, le Maersk Sembawang (lancé en 2007) affiche un chargement qui atteint huit rangées au-dessus du pont ! (© Michael Bender) 

 

 

Très délicat, compte tenu de l’équilibre peu stable des « boîtes » concernées, le déchargement de celles-ci a commencé le mercredi 17 novembre. Avec le souci de ne pas faire écrouler le reste de la pile. Cela fait des années qu’on le déplore, les porte-conteneurs sont de plus en plus gros et leur cargaison monte de plus en plus haut. Va-t-on jouer encore longtemps aux dominos, au nom de la sacro-sainte rentabilité, et transformer ainsi l’océan en champ de mines ? Poubelle l’abysse.

 

O.C.