Elle a mauvaise réputation, sans doute le syndrome d’un certain radeau… Entre Sahara et Atlantique, sous les Canaries et presque en face de l’archipel du Cap Vert, la côte mauritanienne ne dispose pas d’abri. Mais un vaste haut-fond en protège les abords, sur des dizaines de milles.

 

Dans son ouvrage Le banc d’Arguin en Mauritanie – Récits de paysages, Simon Nancy donne la parole aux habitants, essentiellement les Imraguen. (© Le banc d’Arguin en Mauritanie – Récits de paysages, Grandir/FIBA)

 

 

De sinistre mémoire pour la Marine française, le banc d’Arguin est une chance pour l’écosystème local et les Imraguen qui vivent là. Adossés au désert, ces pêcheurs sillonnent le Parc national du banc d’Arguin sur leurs lanches à voile, au milieu d’une faune exceptionnelle.

 

 

 

Le banc d’Arguin est une vaste zone de hauts-fonds au Sud du cap Blanc en Mauritanie. (© Le banc d’Arguin en Mauritanie – Récits de paysages, Grandir/FIBA)

 

 

Installé à Nouakchott depuis 2008 et co-fondateur du collectif « En haut ! » qui pratique la photographie aérienne par cerf-volant, le géographe Simon Nancy leur donne la parole dans un fort beau livre, Le banc d’Arguin en Mauritanie – Récits de paysages qui vient de paraître en coédition Grandir / FIBA (220 X 290 millimètres, 182 pages, 23 euros).

 

 

 

Importées par des charpentiers de marine des Canaries, voici plusieurs siècles, les lanches (ici un exemplaire en construction au Sud de la région) sont bien adaptées à la navigation locale, en eaux peu profondes comme au large. (© Le banc d’Arguin en Mauritanie – Récits de paysages, Grandir/FIBA)

 

 

Comme le précise Nancy, ce sont les Portugais qui nomment le banc d’Arguin, vers 1442, dans le cadre de leur exploration des côtes d’Afrique. Ils empruntent le toponyme à une tribu berbère de pêcheurs locaux, les Azenegues. Bien connu des marins, dès cette époque, comme étant une vaste zone à éviter, le danger devient célèbre en France et dans toute l’Europe avec le naufrage de la Méduse le 2 juillet 1816.

 

 

 

Les lanches ne sont pas toutes en état de naviguer mais elles servent alors de gabarits et de formes pour les nouvelles unités. (© Le banc d’Arguin en Mauritanie – Récits de paysages, Grandir/FIBA)

 

 

Cette tragédie sera immortalisée par le tableau de Théodore Géricault, Le radeau de la Méduse, présenté le 25 avril 1819. J’ajoute une anecdote concernant le banc d’Arguin à l’entrée du bassin d’Arcachon, bien loin des Maures. Le nom de ce banc – connu depuis des siècles -, n’apparaît pas sur les cartes anciennes. Même pas sur le bon Plan du bassin d’Arcachon levé en 1813 par Ange-Marie-Aimé Raoul, compagnon de l’hydrographe Beautemps-Beaupré dans l’expédition d’Entrecasteaux à la recherche de Lapérouse. Ce plan paraît en 1817, un an après le naufrage.

 

 

 

La pêche à la voile reste l’activité principale des Imraguen. (© Le banc d’Arguin en Mauritanie – Récits de paysages, Grandir/FIBA)

 

 

Mais en 1835, lorsque l’ingénieur hydrographe Paul Monnier (1794-1843) lève son excellente carte du bassin d’Arcachon, suivant les nouvelles méthodes de l’hydrographie moderne mises au point par Beautemps-Beaupré, il donne au haut-fond des passes le nom de « banc d’Arguin ». Monnier est sorti de l’École polytechnique et il est entré au Dépôt général de la Marine (l’ancêtre du Service hydrographique et océanographique de la Marine, le SHOM) l’année même du naufrage de la Méduse. Frappé comme tant d’autres par cet événement très médiatisé, il associe la dangerosité du banc sablonneux qui fait face à la dune du Pyla à celle du désormais fameux banc bordant le Sahara.

 

 

 

Cette vue spectaculaire du « port » de pêche de Nouakchott donne une idée de la pression à laquelle échappe le banc d’Arguin grâce à la création du parc national en 1976. (© Le banc d’Arguin en Mauritanie – Récits de paysages, Grandir/FIBA)

 

 

Pour revenir à la Mauritanie et au livre de Simon Nancy – fort joliment mis en pages, remarquablement illustré de photographies, de dessins et de cartes, et très bien imprimé -, cet ouvrage, attachant et profond, inscrit dans un écrin rude et riche le récit des petits riens du quotidien et des techniques ancestrales d’un peuple du désert et de la mer. Aux rives d’Arguin, la présence humaine – hommes, femmes, enfants – a la luminosité de l’eau et du sable qu’elle habite. Elle est éblouissante.

 

O.C.

 

 

 

Les hommes, les femmes et les enfants occupent une place centrale sur ce territoire et dans ce beau livre. (© Le banc d’Arguin en Mauritanie – Récits de paysages, Grandir/FIBA)