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Monthly Archives: mars 2011

Tsunami (suite)

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Seize minutes. C’est le temps qui s’est écoulé entre le début du tremblement de terre du vendredi 11 mars 2011 à 14h46 (heure locale), et l’arrivée, à 15h02, sur la côte Nord-Est de l’île japonaise de Honshu, de la première vague du tsunami évoqué dans mon précédent billet. Compte tenu de la vitesse de propagation de l’onde – environ 600 km/h sur les profondeurs de 1 000 à 200 mètres, puis dix fois moins sur les fonds moindres à l’approche de la côte – il lui aurait fallu 8 minutes pour couvrir les 130 kilomètres entre l’épicentre et la côte. Le train d’ondes se serait formé à peu près 8 minutes également après le début du séisme sous-marin.

 

 

 

Le marégraphe d’Ofunato ne répond plus depuis l’ultime enregistrement que j’ai publié dans mon précédent billet. Celui le plus proche (avec celui d’Omaezaki sur Honshu, non loin de Tokyo) – à Hanasaki sur l’île d’Hokkaido par 43° 28’ N et 145° 57’ E -, montre bien que le niveau de la mer n’est redescendu aussitôt que ponctuellement… avant de connaître de très nombreuses répliques pendant 18 heures (le 11 mars, ici en heures UTC, ajouter 8 heures pour l’heure locale). Le pic de la moyenne atteint ici 2,60 mètres au-dessus du zéro hydrographique mais à Ofunato, c’était 3,80 mètres pour une vague de 10 mètres. (© IOC)

 

 

Au cours de ce quart d’heure, l’alarme a bien été donnée par sirènes et haut-parleurs mais très peu de gens ont eu la possibilité de monter sur les hauteurs ou au sommet des rares immeubles en béton. La plupart des constructions sont en bois dans la région de Sendai. Ce matériau souple est logique quand on n’a pas les moyens, comme à Tokyo, de construire parasismique. Mais il n’est pas du tout adapté à un raz-de-marée. Montée d’un niveau moyen de presque quatre mètres au-dessus du zéro hydrographique, comme le montre la courbe publiée dans mon précédent billet (hors service, le marégraphe d’Ofunato ne répond plus depuis cet ultime enregistrement, la ville d’Ofunato étant dévastée), l’eau s’est engouffrée dans les terres avec la puissance née de l’onde de choc si proche, beaucoup trop proche pour fuir ! Son déplacement a certes été affaibli par le frottement à l’approche du littoral mais il a été renforcé ensuite par des effets de site (goulets d’étranglement) et des lignes de pentes favorables. D’où ces images terrifiantes qui tournent en boucle sur les médias du monde entier :

 

 

 

 

 

 

Sur des centaines de kilomètres de littoral, la vague initiale et ses suivantes ont ainsi utilisé la topographie locale pour pénétrer dans les terres jusqu’à cinq kilomètres ! Comme l’eau l’avait fait, toutes proportions gardées, lors de la tempête Xynthia, le 28 février 2010, et comme elle pourrait le faire lorsqu’un tsunami frappera un jour la côte méditerranéenne de notre pays (cela dit sans catastrophisme aucun) d’où l’importance d’une bonne modélisation du terrain avec Litto 3D. Afin de permettre enfin un  aménagement du territoire qui laisse la place à la Nature. Ce que l’homme dit « civilisé » a oublié depuis le triomphe de la Révolution industrielle et plus encore depuis le début de notre ère technologique.

 

 

 

Le marégraphe d’Hanasaki témoigne des innombrables répliques sismiques – près de quatre cents en quatre jours ! -, qui se traduisent sur le niveau de l’eau, même s’il n’y a pas eu de nouveau tsunami. (© IOC)

 

 

Quand la mer a retrouvé son niveau normal – ce qu’elle a mis dix-huit heures à faire et encore, avec beaucoup de flux et de reflux liés aux centaines de répliques sismiques (heureusement sans nouveau tsunami pour l’instant), même si le surplus de la vague initiale s’est retiré beaucoup plus vite -, l’eau a regagné son lit, laissant la mort, le désespoir et la boue dans son sillage. Outre des milliers de corps – le bilan pourrait dépasser les dizaines de milliers de victimes imputables au seul tsunami, compte tenu de l’ampleur des disparitions -, elle a aussi emporté quelques survivants accrochés aux débris de leurs maisons flottantes.

 

 

 

Combien de malheureux disparus – dans les ruines ou en mer – pour ce miraculé, à cheval sur une poutre du toit de sa maison ? Deux jours après le tsunami, il a été sauvé par une patrouille à huit milles au large, dans un océan de débris. (© AP / Japanese Navy)

 

 

Un homme a ainsi été repêché au large, quarante-huit heures plus tard. Pour combien d’autres naufragés désormais perdus dans le Pacifique ? Quant à l’île de Honshu – la plus grande de l’archipel nippon, vaste comme 40 % de la France métropolitaine, mais avec une population de 101 millions (pour cette seule Honshu) contre 63 millions dans notre pays (en métropole), cette très haute densité de population étant affolante si l’on songe à la tragédie nucléaire en marche -, les relevés de la géodésie sont éloquents : l’île entière s’est déplacée de 2,40 mètres lors de la secousse !

 

O.C.

 

PS. Mondialisation de la médiatisation oblige, le seul à se réjouir du cataclysme qui frappe le Japon est sans doute Kadhafi qui peut massacrer le peuple libyen en toute tranquillité et en toute impunité.

 

PS2. Sous réserve d’apprendre quelques fortunes de mer de plaisanciers ou de pêcheurs au mouillage sur des atolls isolés qui n’auraient pas été informés à temps, la propagation du tsunami dans le Pacifique ne semble pas avoir fait de victimes ni même de gros dégâts. À moins que ne survienne un nouveau raz-de-marée, il y a désormais beaucoup plus à craindre des rejets radioactifs dans la haute atmosphère. Un porte-avions américain en route vers le Japon en a déjà mesuré d’importants.

Tsunami

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Alerte majeure au tsunami sur le Pacifique. À 05h46 UTC, ce vendredi 11 mars 2011, s’est produit au large du Japon l’un des tremblements de terre les plus violents jamais enregistrés par les moyens actuels, à 8,9 sur l’échelle de Richter. L’épicentre en est à 130 kilomètres (70 milles) à l’Est de la ville de Sendai, sur l’île de Honshu. Il se situe à 24,4 kilomètres de profondeur sous l’écorce terrestre, dans une zone d’un peu plus de 1 000 mètres de profondeur mais très proche d’une fosse à plus de 7 000 mètres. Cette bathymétrie vertigineuse traduit bien l’intensité de la tectonique régionale, la plaque Pacifique passant ici sous celle du Japon, d’où les énergies colossales que la Terre y libère.

 

 

 

L’épicentre du tremblement de terre survenu ce vendredi 11 mars 2011, à 05h46 UTC, est situé par 38,3° N / 142,4°, à 70 milles à l’Est de Sendai, sur l’île de Honshu, et à 202 milles au Nord-Est de Tokyo. Notez la bathymétrie impressionnante liée à la faille Sud-Sud-Ouest/Nord-Nord-Est qui borde la fosse. À l’Est de l’épicentre (point rouge), les fonds passent de 2 000 à 7 000 mètres en seulement 37 milles ! (© Olivier Chapuis / MaxSea / MapMedia / SHOM) 

 

 

Selon les premières mesures GPS, cette faille aurait cassé sur 500 kilomètres de long (Nord/Sud) et 150 kilomètres de large (Ouest/Est). Hélas pas jusqu’à son extrémité Sud, ce qui pourrait menacer Tokyo lors d’un nouveau séisme, alors que ce tremblement de terre a été fortement ressenti dans la capitale (à 370 kilomètres de l’épicentre). La catastrophe a cependant été surtout terrible au Nord-Est de l’île où les installations industrielles auraient subi des dégâts considérables, des centrales nucléaires pouvant être touchées.

 

Tandis que de très nombreuses répliques d’intensité supérieures à 6 sur l’échelle de Richter ont été depuis enregistrées, le nombre de morts dans le pays est déjà évalué à plusieurs centaines (à 15h00 UTC). Ne serait-ce que parce qu’il y a beaucoup de disparus, dont un ferry et un train, il sera hélas bien supérieur, malgré le calme impressionnant des Japonais qui sont habitués à ces phénomènes et dont les constructions antisismiques sont réputées les meilleures du monde.

 

 

 

La fiche officielle du tremblement de terre par le Pacific Tsunami Warning Center de la National Oceanic and Atmospheric Administration. (© NOAA)

 

 

Car le bouleversement du fond marin génère un raz-de-marée ou tsunami, en l’occurrence une onde de choc, d’où un train d’ondes. Celui-ci s’est traduit par une vague de dix mètres – suivie de beaucoup d’autres, moins hautes mais énormes -, sur la côte Nord-Est de l’archipel nippon, quelques minutes seulement après le tremblement de terre. On aurait ainsi retrouvé des centaines de corps sur les plages autour de Sendai.

 

Ces ondes se déplacent sur tout le Pacifique et ses nombreux atolls submersibles, jusqu’aux Philippines et en Indonésie vers le Sud-Sud-Ouest, en Australie, Nouvelle-Calédonie et Nouvelle-Zélande vers le Sud/Sud-Est, et en Amérique via Hawaï vers l’Est.

 

 

 

À 06h15 UTC, ce qui témoigne de l’activité sous-marine avant le tremblement de terre, le marégraphe le plus proche de l’épicentre, celui du port d’Ofunato, par 39° N et 141,75° E, a enregistré – comme tous ceux de la région – une baisse (points rouges isolés un peu avant 06h00 UTC, ce phénomène de retrait préalable de l’eau est classique) puis une élévation soudaine du niveau de la mer. Celle-ci atteint près de 4 mètres au-dessus du zéro hydrographique mais il s’agit ici du niveau moyen. Les vagues sont bien au-dessus, la plus grande qui a frappé la région a atteint 10 mètres ! (© IOC) 

 

 

Grâce au Pacific Tsunami Warning Center de la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA) qui est justement basé dans l’archipel américain d’Hawaï, le système d’alerte a parfaitement fonctionné sur l’ensemble du plus grand océan du monde. Quinze minutes après le tremblement de terre, tous les services nationaux adéquats avaient été avertis.

 

Moins de trois quarts d’heure plus tard, la magnitude de 7,9 était corrigée à 8,9 (ce qui est important car le phénomène est exponentiel), les heures d’arrivées estimées des trains de vagues ayant été transmises dans tous les pays. Cela a permis aux autorités d’évacuer les populations littorales et d’ordonner aux navires de prendre le large où le tsunami ne présente aucun danger dès qu’on est sur des fonds de plusieurs centaines de mètres de profondeur (sauf dans la zone de sa naissance où se forme comme un gigantesque tourbillon).

 

 

 

L’alerte au tsunami a été effective sur l’ensemble de l’océan Pacifique dans les quinze minutes qui ont suivi la détection du tremblement de terre. (© NOAA)

 

 

La vitesse de déplacement des ondes de tsunami est d’autant plus élevée que la hauteur d’eau est importante. Par 4 000 mètres de profondeur, elle atteindrait 750 à 800 km/h (soit 400 à 430 noeuds environ). À titre d’exemple, pour toucher Los Angeles de l’autre côté du Pacifique Nord à 4 280 milles, il a donc fallu à peine plus de 10 heures. En Nouvelle-Calédonie, à 3 710 milles, les premières vagues sont arrivées 9 heures après le tremblement de terre.

 

Au grand large, l’onde ne se sent quasiment pas et il n’y a pas de risque. Mais lorsque les fonds remontent, elle se ralentit par frottement. Pourtant, le danger véritable est à la côte, avec des effets de site très variables et parfois redoutables, même à des milliers de kilomètres (il faut attendre l’arrivée au Chili pour connaître le bilan sur le Pacifique, soit vers 04h45 UTC le 12 mars, pour une progression moyenne à 400 noeuds sur les 9 200 milles de sa diagonale vers le Sud-Est). La vague enfle en s’élevant sur les hauts-fonds (exemple : quarante centimètres au large peuvent donner un mètre à la côte) puis elle déferle avec une énergie horizontale considérablement renforcée. Elle s’ajoute alors à la marée et à sa surcote éventuelle liée notamment à une dépression atmosphérique, sans oublier l’état de la mer totale, conjonction des vagues dues au vent sur zone (mer du vent) et à celui ayant soufflé ailleurs (houle).

 

 

 

Pour couvrir les 3 710 milles séparant l’épicentre du séisme de la côte Nord de la Nouvelle-Calédonie, il a fallu seulement 9 heures à la première vague, à 415 noeuds de moyenne ! (© Olivier Chapuis / MaxSea / MapMedia / SHOM)

 

 

D’où l’importance de mesurer le niveau de la mer en temps réel, non seulement à cause des tsunamis, mais aussi du réchauffement climatique. Surtout quand tant d’îles et de littoraux sont vulnérables parce qu’ils sont presque au niveau de la mer, alors que le peuplement des zones côtières ne cesse de progresser dans le monde. Autant de raisons de surveiller de façon plus étroite le niveau de l’océan.

 

Si celui-ci est observé depuis longtemps, c’est un véritable réseau d’alerte en temps réel qui se renforce, depuis le tsunami du 26 décembre 2004 en Asie du Sud-Est. Dévolus à la mesure de la marée et à la surveillance des raz-de-marée, les marégraphes de 91 organismes nationaux sont ainsi connectés au site de l’Intergovernmental Oceanographic Commission (IOC), autrement dit la Commission océanographique intergouvernementale de l’UNESCO.

 

 

Voici le début du bulletin d’alerte diffusé à 13h32 UTC (il y en avait eu d’autres avant) par le Pacific Tsunami Warning Center pour l’ensemble de l’océan Pacifique. Sur un voilier, disposer d’un Navtex peut s’avérer vital lorsqu’on est mouillé dans un atoll solitaire sans autre moyen d’information… à condition de le consulter à temps pour lever l’ancre et filer au large ! (© NOAA)

 

 

Cela dit, ce n’est pas sur ce site proprement dit que s’exerce la véritable alerte. Mais sur des sites régionaux comme celui de la NOAA pour le Pacifique, ou celui que la France va lancer en 2012 pour la Méditerranée occidentale qui est une zone à haut risque ! Les données observées ce 11 mars jusqu’au moment de boucler ces lignes en milieu d’après-midi heure française montrent que le tsunami n’a heureusement pas été trop important sur les côtes éloignées du Japon… même si quelques dizaines de centimètres en plus peuvent suffire à noyer des habitations sur des atolls menacés du Grand océan.

 

O.C.