Dumont d’Urville l’avait bien vu. La Nouvelle-Zélande l’en loue encore, conservant le nom de son bateau à ce récif de l’Astrolabe. À 12,5 milles de la côte, dans la baie de Plenty au large de Tauranga, ladite roche affleure à marée basse par des fonds d’une soixantaine de mètres alentour (le tombant, réputé pour les plongeurs du cru, est lui-même de 37 mètres). Non balisée mais parfaitement connue et cartographiée, elle constitue l’un des très nombreux dangers qui, côté Pacifique, bordent l’île Nord ou “ pays du long nuage blanc ”.

 

 

Le récif de l’Astrolabe, à 12,5 milles au Nord-Est de Tauranga, est ici au milieu de la carte (juste au Nord de l’île de Motiti, en bas à gauche de « Bay of Plenty »), non loin de l’isobathe bleue des 100 mètres. (© MaxSea / MapMedia)

 

 

La Nouvelle-Zélande n’en finit pas de maudire le commandant du porte-conteneurs Rena qui s’est échoué dessus, le 5 octobre dernier. Par peur des représailles – ou du ridicule -, son avocat a demandé l’anonymat pour ce capitaine philippin de 44 ans. Certains conteneurs renfermaient des produits très dangereux et la pollution due au pétrole a rapidement souillé cette côte magnifique (à bord, il y avait 1 700 tonnes de fuel lourd et 200 tonnes de gas-oil). Long de 236 mètres de long, avec un tirant d’eau de 12 mètres en charge, le bâtiment abritait 1 368 conteneurs pour une capacité de 3 351 EVP (Équivalent vingt pieds).

 

 

Le Rena s’est échoué sur le récif de l’Astrolabe, le 5 octobre 2011, par beau temps. Il a aussitôt pris de la gîte sur bâbord. Sa coque s’est fracturée sur tribord à mi-longueur mais ne s’est pas cassée en deux. (© Maritime New Zealand)

 

 

En mer ouverte, l’épave a basculé d’une gîte bâbord à une gîte tribord sous l’effet du mauvais temps qui a suivi l’accident. Près de cent conteneurs sont ainsi passés à la mer, malgré les moyens importants mis en oeuvre pour tenter de contenir les dégâts. Durant les deux premiers mois suivant l’échouement, la même quantité a été débarquée par des barges, à la faveur des périodes de beau temps du printemps austral. L’essentiel du pétrole qui ne s’est pas déversé dans la mer a été pompé des cuves. Mais le travail est encore considérable et la facture promet d’être salée…

 

 

Sous l’effet du mauvais temps qui a suivi l’échouement, le Rena a basculé sur tribord. Cela en dit long quant aux effets des vagues sur l’épave empalée sur la roche. Près de cent conteneurs sont partis à la mer, dont certains contenant des produits très dangereux. (© Maritime New Zealand)

 

 

Lors de son premier tour du monde en tant que commandant (1826-1829), Jules-Sébastien-César Dumont d’Urville (1790-1842) est passé là. Le 16 février 1827, il a eu la sagacité – ou la chance – de voir ce brisant. L’homme n’en était pas à son premier coup. Sept ans plus tôt, en 1820, l’enseigne de vaisseau avait fait une autre découverte au cours de la campagne hydrographique de la Chevrette, en mer Égée et en mer Noire, sous les ordres de Pierre-Henri Gauttier (1816-1820). Jules y vit pour la première fois celle qu’on venait de découvrir et qu’on n’appellerait plus désormais que la… Vénus de Milo. Elle fut enfermée au Louvre dans le cadre d’une archéologie de prestige et de pillage.

 

 

Ces dernières semaines, une centaine de conteneurs ont été débarqués, en priorité ceux contenant des substances nocives et ceux ayant partiellement basculé à l’arrière. (© Maritime New Zealand)

 

 

Lieutenant de vaisseau en août 1821, Dumont d’Urville est le second de Louis-Isidore Duperrey (1786-1865), sur la Coquille, pour un tour du monde de trois ans (1822-1825). Notre homme, qui a fait des études d’histoire naturelle, rapporte un herbier remarquable, trois mille plantes et onze mille insectes largement inconnus. Capitaine de frégate en novembre 1825, il reçoit le commandement de cette même Coquille (rebaptisée Astrolabe) avec laquelle il confirme l’identification des vestiges de l’expédition Lapérouse à Vanikoro.

 

Agaçant l’Académie des sciences – et une partie de la Marine comme Bougainville -, Dumont d’Urville a le goût de la gloire personnelle. Il faut bien porter ce troisième prénom de César ! Pour narrer et cartographier ses voyages (ses cartes sont excellentes, il a été formé par Gauttier à la méthode Beautemps-Beaupré), il goûte les publications aussi prestigieuses que coûteuses. Elles font encore le bonheur des lecteurs et des bibliophiles, comme l’illustre merveilleusement le superbe Trésor des livres de mer que vient de faire paraître Michèle Polak chez Hoëbeke (un article de huit pages lui est consacré dans le numéro de décembre 2011 de Voiles et voiliers).

 

 

Jules-Sébastien-César Dumont d’Urville est le découvreur du récif de l’Astrolabe, du nom de son bateau lors de son premier tour du monde (1826-1829). (© À la mer comme au ciel par Olivier Chapuis, éditions Presses de l’université de Paris-Sorbonne)

 

 

Promu capitaine de vaisseau en août 1829, il est néanmoins autorisé à réarmer l’Astrolabe, avec la Zélée, pour sa troisième circumnavigation (1837-1840), la seconde comme chef d’expédition (non moins remarquables cartes de l’ingénieur hydrographe Clément-Adrien Vincendon-Dumoulin qui améliore la méthode de levés sous voiles de l’expédition d’Entrecasteaux).

 

Le 21 janvier 1840, il aperçoit le continent Antarctique, en une portion qu’il baptise “ terre Adélie ”, du nom de sa femme (la base française y porte le nom de Dumont d’Urville). Contre-amiral en décembre 1840, l’enfant de Condé-sur-Noireau (Calvados) mourra avec sa bien aimée et leur fils, dans la première catastrophe ferroviaire française, le 8 mai 1842 à Meudon. Pas ridicule Jules, moderne.

 

O.C.

 

 

Le 21 janvier 1840, Dumont d’Urville débarque sur ce qu’il nomme la terre Adélie. Michèle Polak reproduit l’illustration originale de cet épisode du voyage, en couverture de son superbe Trésor des livres de mer qui vient de paraître. (© Hoëbeke)

 

 

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