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Monthly Archives: juillet 2012

Osée Joséphine

Par

 

Joséphine eut sa partie de golfe. Maigre consolation pour celle qui n’était plus impératrice depuis sa répudiation par Napoléon. Eut-elle connaissance de la première carte (à peu près) complète de l’Australie publiée dès 1811 ? Cela importe peu au regard de la guerre des noms que se livrèrent dans le Pacifique les deux grandes puissances de l’époque, Grande-Bretagne et France.

 

 

Première planche de l’atlas du Voyage de découvertes aux terres australes [...] pendant les années 1800 [à...] 1804 – qui paraît en 1812 -, la Carte générale de la Nouvelle-Hollande dressée par Louis-Claude de Freycinet est à l’échelle 1 : 6 667 200 (à 25° 00′ S) pour un format original de 50 X 75,5 cm. Parue en feuille dès 1811, c’est la première carte de l’Histoire qui présente l’Australie à peu près complète. Notez le cartouche agressif en bas à gauche : l’aigle impérial tient entre ses serres le titre de la carte, tout en regardant les terres de Leeuwin et de Nuyts (et au loin, la terre de Van Diemen, aujourd’hui la Tasmanie), d’un oeil perçant, destiné à impressionner l’Anglais… (© Collection Olivier Chapuis)

 

 

Excellent cartographe de l’expédition Baudin (1800-1803) – qui explora la Nouvelle-Hollande (c’était alors la dénomination de l’Australie) dans le sillage de d’Entrecasteaux -, Louis-Claude de Freycinet (1779-1842) fut chargé, le 9 décembre 1805, de rédiger la partie géographique du voyage, sous le contrôle de Beautemps-Beaupré et de Rossel (Freycinet commandera une nouvelle expédition autour du monde, de 1817 à 1820 ; parmi ses officiers, il y aura Louis-Isidore Duperrey).

 

Si l’atlas qu’il établit est daté de 1812 – il y a donc deux cents ans – il ne sera dans le commerce qu’à la fin de 1814, avec le volume Navigation et géographie du Voyage de Baudin. Cependant, ses travaux sont diffusés en feuilles dès 1811. À commencer par la première carte de l’Histoire figurant l’Australie telle que nous la connaissons aujourd’hui (ou presque).

 

 

Sur la côte Sud de l’Australie, l’expédition Baudin (comme celle de Flinders) emprunte le sillage de l’expédition d’Entrecasteaux, passée là plus de dix ans auparavant. Mais Baudin va beaucoup plus loin vers l’Est (ici le site des Douze apôtres) quand d’Entrecasteaux avait quitté à mi-côte pour rallier la Tasmanie. (© Olivier Chapuis)

 

 

Trois ans avant celle du Britannique Matthew Flinders (1774-1814), qui est pourtant l’inventeur de la circumnavigation de l’île continent (de décembre 1801 à mai 1803, en incluant le temps des levés cartographiques). Mais, pour faire valoir ses découvertes avant les Français, Flinders – à juste titre, marin le plus célébré par les Australiens, devant James Cook -, est libéré trop tardivement de sa détention abusive à l’île de France. Du 16 décembre 1803 au 13 juin 1810, celle-ci aura duré 6 ans et 178 jours ! C’est là un des épisodes honteux de la rivalité cartographique des deux Grands de l’époque. L’autre versant, moins tragique et plutôt comique, a donc trait à Joséphine et à quelques autres.

 

Pour complaire à l’Empereur et à Decrès, son ministre de la Marine, François Péron (1775-1810) – le naturaliste de l’expédition Baudin -, revoit la toponymie des cartes levées et dressées par Louis-Claude de Freycinet, ce dernier ayant été assisté de Charles-Pierre Boullanger (l’ingénieur hydrographe en titre du voyage), Pierre Faure (ingénieur géographe sur le Naturaliste), son frère Louis-Henri de Freycinet, Bernier (astronome à bord du Géographe) et de quelques officiers de l’expédition.

 

Son ainsi inscrits sur les planches de l’atlas des patronymes de savants ou d’ingénieurs français liés à la géographie et à la Marine, de marins (vivants ou morts) ayant donné du fil à retordre aux Anglais (ou qui en donnent encore à l’époque de la rédaction), de grands hommes du passé ou du présent national et bien sûr – last but not least -, de membres de la famille Bonaparte au sens large…

 

 

Quinzième planche de l’atlas du Voyage de découvertes aux terres australes [...] pendant les années 1800 [à...] 1804, la Carte de l’île Decrès (à la terre Napoléon, Nouvelle-Hollande), dressée par Louis-Claude de Freycinet, est à l’échelle 1 : 217 880 (35° 45′) pour un format original de 50 X 75,5 cm. La longitude est définie au méridien de Paris et les traces des navires sont celles du Géographe (Baudin) en avril 1802 et de la Casuarina (Freycinet) en janvier 1803. Cette île Decrès (du nom du ministre de la Marine de Napoléon) n’est autre que Kangaroo Island où Baudin et Flinders se rencontrent le 8 avril 1802, dans Encounter Bay, au cours d’une brève trêve de la guerre cartographique. Pour ne parler que de l’île proprement dite, depuis la baie au Sud-Ouest et dans le sens des aiguilles d’une montre, la carte porte des noms de savants ou d’ingénieurs français liés à la géographie et à la Marine : Lacépède, Maupertuis, Borda, Prony, Cassini, Delambre, Sané et Bouguer. Sont aussi inscrits des noms de marins rivaux des Anglais : Bedout, Forbin, d’Estaing, Bougainville, Duguay-Trouin, d’Orvilliers, La Galissonnière, d’Estrées, Linois, Ganteaume, Vivonne, Kersaint et Ducouédic. Enfin, des grands hommes du passé (Vauban, Colbert…) ou du présent national (Decrès, dont le nom remplace celui de Borda donné initialement à l’île par Baudin…) ont les plus belles positions, après les golfes Joséphine et Bonaparte (au Nord-Ouest immédiat de cette carte)… qui baignent la terre Napoléon de la Nouvelle-Hollande. On ne saurait être plus clair ! Il subsiste aujourd’hui de cette débauche de nationalisme, les noms laissés par les Britanniques aux points non vus par Flinders sur les côtes Sud et Ouest de l’île, et trois noms seulement de sa côte Nord. Pour ce qui concerne cette seule île Kangaroo, Maupertuis, Borda, Cassini, Bouguer, Bedout, Forbin, d’Estaing, d’Estrées, Linois, Ganteaume, Vivonne, Kersaint et Ducouédic sauvent ainsi leurs noms jusqu’à nos jours. Mais la guerre toponymique est autant perdue que celle sur le terrain : la presqu’île Cambacérès redevient la Yorke Peninsula de Flinders, le détroit de Lacépède, l’Investigator Strait (du nom du navire de l’explorateur britannique), le golfe Bonaparte, Gulf of Saint-Vincent, et le golfe Joséphine, Spencer Gulf. La Fête impériale est bien finie… (© Collection Olivier Chapuis)

 

Avec la réédition de 1824, en pleine Restauration, les traces de l’Aigle déchu seront effacées (cette seconde édition de l’atlas révise onze cartes et plans). En fait, dès 1816, Freycinet a dû s’excuser auprès des Bourbons d’avoir abusé des noms de la belle famille de Joséphine… bien que le coupable fut surtout Péron, décédé entre-temps.

 

Au final, très peu subsisteront de cette débauche nationaliste. Même si l’Australie actuelle conserve nombre de toponymes évoquant la part rivale dans la reconnaissance du pays. La Grande-Bretagne fut-elle magnanime avec les miettes antipodes du grand Empire français ? Quelques noms sur une carte, quand on règne sur toutes les mers du globe, ça ne mange pas de pain.

 

O.C.

 

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Cahin-caha sous le pataras

Par

 

Ça faisait un moment qu’on s’observait. Des heures que l’on jouait à je te suis tu me fuis, je te fuis tu me suis. Ce vent oscillant nous faisait tourner girouettes.

 

Le changement c’est maintenant ? La main à peine posée sur la drisse, le voici qui revenait à de meilleures dispositions. On descendait boire un caoua… et patatras ! La belle stabilité – affichée du temps qu’on était sur le pont – volait en éclats.

 

 

De la psychologie du changement de voiles… ou pourquoi faire maintenant ce qu’il faudra défaire ensuite ? (© Olivier Chapuis)

 

 

Pas d’éclats de voix en tout cas. On se surprenait même à chuchoter pour échanger nos impressions. Et à aller au pied de mât, l’air de rien, lover une manoeuvre qui n’en avait pas besoin. Plutôt que de se jeter à l’eau, à renvoyer de la toile.

 

Cahin-caha, nous tergiversions. Procrastination vélique, voilà ce dont on souffrait. De la superstition du changement de voiles en milieu instable. Car on n’en doutait plus. Par delà le pataras, l’Oeil était sur l’onde et il nous regardait.

 

O.C.

 

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