La mer deviendrait-elle une route comme les autres ? Je vois bien le caractère iconoclaste de la question, s’agissant d’un milieu mouvant qui n’est justement pas réductible. Mais force est de constater que certains comportements accréditent l’hypothèse. On y voit de tout et de plus en plus n’importe quoi.

 

Une fois n’est pas coutume, je cite in extenso le communiqué de la préfecture maritime de l’Atlantique qui en donne une illustration parmi tant d’autres (encore n’est-on pas en Méditerranée où le délire atteint traditionnellement son apogée à cette saison).

 

“ Brest, le 13 août 2012. Samedi et dimanche, le CROSSA d’Étel [Centre régional opérationnel de surveillance et de sauvetage pour l’Atlantique] a reçu de très nombreux appels de secours sur l’ensemble du littoral. Ces appels concernaient en majorité des comportements inconscients de personnes ne maîtrisant pas leur embarcation et ne respectant pas les règles élémentaires de sécurité.

 

 

 

Le CROSS Étel a fort à faire ces jours-ci à cause de comportements totalement irresponsables et inciviques. (© DR)

 


Ainsi, dimanche vers 23h00, dans l’estuaire de Saint-Nazaire (Loire-Atlantique), trois hommes en état d’ivresse à bord d’un pêche-promenade, ont lancé un appel de détresse vers les pompiers. Ils étaient complètement perdus et incapables d’allumer leurs feux de navigation. Leurs propos incohérents ainsi que leur incapacité à naviguer n’ont pas permis de les retrouver rapidement. Le CROSS a mis des moyens importants avec des embarcations des pompiers et de la SNSM pour les localiser au bout de trois heures de recherche.

 

Une autre affaire sérieuse, qui elle aussi aurait pu finir dramatiquement, concerne une famille avec quatre enfants en bas âge. Les adultes ne disposaient d’aucune connaissance de navigation, d’aucun matériel de sécurité ou GPS et cartes, ne savaient pas se servir de la radio VHF, ni allumer leurs feux de navigation. Cette famille se trouvait à bord d’un voilier type Mousquetaire de 6,5 mètres, au large de Damgan (Morbihan). Il a fallu plus de deux heures et demie pour les localiser et les mettre en sécurité.

 

Le CROSS Étel a traité quarante-trois affaires samedi avec de nombreux cas de personnes ne maîtrisant pas la navigation, ne connaissant pas leur navire, ne respectant pas les règles de sécurité (possession et utilisation du matériel de sécurité ou de navigation) ou n’étant pas en état de naviguer (alcool).

 

Toutes ces interventions au profit de personnes faisant preuve d’inconscience mettent en oeuvre des moyens humains, nautiques et aériens très importants, font prendre des risques aux sauveteurs, alors que le simple respect des règles de sécurité et un minimum de bon sens suffiraient à éviter ces opérations. ”

 

Tout est dit. Et l’on pourrait parler de la dramatique collision entre un semi-rigide et un voilier, survenue le 11 août au Sud de Groix. Elle a causé la mort du skipper de ce dernier, sous les yeux de son fils. Ou des alertes concernant plusieurs véliplanchistes sortis en mer dans la nuit du 9 au 10 août, alors que la pratique de la planche à voile n’est autorisée que de jour à moins de deux milles d’un abri.

 

Dans un autre genre, la préfecture maritime de Brest doit actuellement faire face à un problème sérieux. Victime d’une explosion dans un conteneur puis d’un incendie – le 14 juillet en plein Atlantique (hors de portée hélico), entre Charleston (États-Unis) et Anvers (Belgique) -, le porte-conteneurs MSC Flaminia a perdu deux marins (un tué et un disparu) avant l’évacuation des vingt-et-un autres membres d’équipage, dont trois blessés, et des deux passagers présents sur ce bâtiment de 299 mètres de long.

 

 

L’incendie a fait rage des jours durant sur le MSC Flaminia, interdisant l’accès à bord. (© SMIT Salvage)

 

 

Pris en remorque au bout de quatre jours et encadré par deux autres navires de sauvetage néerlandais affrétés par l’armateur – alors même qu’une seconde explosion se produisait et que la chaleur empêchait d’embarquer pour inspecter les cales -, il a erré ensuite dans les eaux internationales, au large des îles Britanniques et du golfe de Gascogne. Depuis, le convoi suit  des routes de sauvegarde (à très faible vitesse, tantôt vers l’Est, tantôt vers l’Ouest), afin d’éviter de rencontrer des vagues qui pourraient le briser.

 

Le risque est bien une dégradation de la météo même si ce navire lancé en 2001 dispose d’une double coque. Sa gîte avait fini par atteindre douze degrés, à cause de l’eau embarquée pour éteindre le feu. Cela a ainsi fait passer son tirant d’eau de 14,5 mètres à 17 mètres.

 

Un mois après le début de l’affaire, cette situation serait réglée ce mardi 14 août et l’assiette aurait été rétablie. C’est en tout cas ce qu’affirme l’armement du cargo allemand qui déplore ne toujours pas avoir le feu vert pour accéder à un abri. Le bâtiment serait actuellement à 240 milles au large, ce conditionnel étant dû au fait que son AIS (Automatic Identification System) n’est plus communiqué depuis le 26 juillet au soir, tandis que le préfet maritime ne donne pas quotidiennement la position du navire qu’il fait survoler régulièrement.

 

 

 Le 20 juillet après la seconde explosion, les dégâts étaient importants à bord du MSC Flaminia comme le montre cette photo prise depuis l’un des bateaux de la société de sauvetage néerlandaise. (© SMIT Salvage)

 

 

Or, parmi les 2 876 EVP (Équivalent vingt pieds) présents à bord, sur une capacité totale de 6 700 EVP, il y aurait 38 conteneurs qui contiendraient des produits chimiques dangereux. Même s’il est évidemment difficile de décider l’accueil d’une épave qui ne reprendra vraisemblablement plus la mer, il semble donc urgent d’attendre pour les autorités. Le ministère de l’Écologie déclarait dans son communiqué du 10 août qu’il n’était pas question d’accueillir pour l’instant le convoi.

 

L’armateur est pourtant une société solide qui devrait pouvoir faire face aux légitimes exigences des pouvoirs publics. Lesquels ont justement défini des ports refuges en décembre 2011, ceux de Brest, Cherbourg et Le Havre. Certains espèrent sans doute qu’un naufrage au grand large serait dilué dans l’actualité estivale comme dans les abysses atlantiques, tandis qu’une pollution visible à la côte serait symboliquement et objectivement pire ?

 

D’où le mécontentement de nombre de représentants des officiers de la Marine marchande européens et de défenseurs de l’environnement. Tel est le cas de l’association Mor Glaz, basée à Brest. Chaque jour ou presque, elle adresse des missives au gouvernement. De vrais coups de gueule.

 

O.C.

 

PS. Aux antipodes, le démantèlement du porte-conteneurs Rena devrait commencer. La proue qui émerge encore serait découpée en morceaux, lesquels seraient évacués par hélicoptère. Pour le reste de l’épave de 236 mètres, majoritairement immergée, ce sera un peu plus compliqué… Avant même le début de ces opérations, la facture serait déjà de 200 millions de dollars pour l’assureur.

 

Pour commenter un billet, lorsque vous êtes dans le défilement du blog, cliquez sur Commentaires en bas à droite de l’article concerné. Dans la lecture d’un billet en particulier, utilisez directement l’espace Commentaires au bas de celui-ci. Les commentaires sont librement ouverts à tous.

Pour rechercher des mots dans ce blog, utilisez la commande Recherche en haut à droite de l’écran. Ce moteur de recherche est indépendant de celui du site www.voilesetvoiliers.com.