Il y a dix ans, le Sud a rattrapé le Nord. Il ne s’agit ni de développement ni de Sécession mais de prévisions météo. Et cela concerne tous les tours du monde, notamment le Vendée Globe dont le départ aura lieu le samedi 10 novembre. Ses vingt concurrents étaient présentés le 26 septembre lors d’un meeting – pardon, d’une conférence de presse :) -, à la Mutualité. L’édition 2004-2005 (remportée par Vincent Riou, seul vainqueur à repartir cette année pour tenter d’égaler le doublé de Michel Desjoyeaux) fut la première disputée après ce rattrapage.

 

 

Les vingt skippers du Vendée Globe étaient présentés à la presse, mercredi 26 septembre 2012, à la Mutualité. (© Vincent Curutchet / DPPI)

 

 

Celui-ci peut se mesurer au niveau 500 hPa de l’atmosphère. Pour continuer ma série de documents d’analyse statistique et qualitative des prévisions météo (voir Un jour en douze ans et Fusée modèle), un graphique du Centre européen pour les prévisions météorologiques à moyen terme (CEPMMT) illustre pour la période 1981-2003 (en abscisse) le pourcentage moyen de corrélation d’anomalie (en ordonnée) du niveau 500 hPa de l’atmosphère, pour les prévisions à 3 jours (en bleu), à 5 jours (en rouge) et à 7 jours (en vert), respectivement pour l’hémisphère Nord (trait gras supérieur de chaque aire) et l’hémisphère Sud (trait fin inférieur de chaque aire).

 

Le dit coefficient de corrélation d’anomalie mesure la capacité de simulation du modèle numérique de prévision, en analysant les divergences entre ses prévisions et ses analyses. À cet effet, il faut s’affranchir des valeurs normales du champ, liées au climat. Par exemple, dans l’hémisphère Nord, un champ de température décroît normalement du pôle vers l’équateur. Pour obtenir un score probant, il faut donc ôter ce signal évident, afin d’isoler les anomalies de la climatologie. Si on ne le fait pas, on va trouver une grande corrélation entre le champ prévu et le champ analysé, mais elle sera peu parlante puisque cette différence de température liée à la latitude est plus une donnée climatologique qu’une donnée météorologique.

 

 

En abscisse, la période 1981-2003. En ordonnée, le pourcentage moyen de corrélation d’anomalie du niveau 500 hPa de l’atmosphère, pour les prévisions à 3 jours (en bleu), à 5 jours (en rouge) et à 7 jours (en vert). L’hémisphère Nord correspond au trait gras supérieur de chaque aire et l’hémisphère Sud au trait fin inférieur de chaque aire. On voit que pour chaque échéance, ces courbes se rejoignent au début de l’année 2003. (© CEPMMT / Météo-France)

 

 

Notez enfin que, logiquement, plus la prévision est lointaine, plus elle fait des erreurs et plus la corrélation d’anomalie diminue. En 2003, le graphique montre ainsi une corrélation d’anomalie du niveau 500 hPa qui est en moyenne de 97 % pour une prévision à J+3, mais de 67 % pour une prévision à J+7. Outre les progrès importants réalisés depuis 1981 dans les deux hémisphères, le plus frappant est surtout la manière, dont pour les trois échéances, la courbe de l’hémisphère Sud rattrape celle de l’hémisphère Nord.

 

L’hémisphère Nord concentrant l’essentiel des terres émergées – avec l’Europe et les États-Unis, dont le rôle historique fut moteur pour le développement de la météorologie -, il bénéficie de beaucoup plus d’observations que l’hémisphère Sud, à commencer par d’excellents radiosondages. Cependant, la multiplication des données satellitaires assimilées (c’est-à-dire d’observations satellite entrées dans le modèle numérique de prévision) – celles-ci couvrant l’ensemble du globe de façon uniforme et leur utilisation dans les modèles étant d’une qualité croissante -, a permis à l’hémisphère Sud de combler son retard, en moyenne.

 

Cette évolution est notamment perceptible sur le Vendée Globe depuis 1989 et elle s’est confirmée sur les éditions 2004-2005 et 2008-2009. Cela dit, les prévisions à courte échéance restent meilleures dans l’hémisphère Nord, car la “ dilution ” de l’erreur par le modèle, sur tout le globe, est beaucoup moins sensible à J+1 qu’après quelques jours de circulation atmosphérique simulée. Si la prévision s’est encore améliorée ces dix dernières années dans l’hémisphère Nord, c’est également vrai pour l’hémisphère Sud, même si des différences subsistent sur J+1 et J+2 (non représentées ici). Le rattrapage austral n’en est pas moins significatif.

 

O.C.

 

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