Skip to Content

Monthly Archives: novembre 2012

RIPAM boum

Par

 

Ce boum d’incipit fait moins allusion au bruit de deux coques qui s’entrechoquent qu’à la déflagration que constituerait l’interdiction de la course en solitaire. Car tel est bien le risque dont veulent se prémunir à juste titre tous les organisateurs de ces compétitions potentiellement menacées, fussent elles aussi prestigieuses que le Vendée Globe.

 

Neuf skippers y ont pris des libertés avec le Dispositif de séparation du trafic du cap Finisterre, figurant comme tout DST (TSS en anglais pour Traffic Separation Scheme) dans les documents nautiques, en magenta sur les cartes marines officielles. Ils ont été sanctionnés pour cela par le jury international de l’épreuve (voir le résumé des pénalités ici, le jugement complet, le 20 novembre, de la réclamation de Alex Thomson et du comité de course ici, l’examen de la demande de réouverture, le 22 novembre, ici et les règles de pénalités ici). Tout cela intervient alors que Marc Guillemot est par ailleurs poursuivi en Grande-Bretagne pour une infraction de même nature lors de son record autour des îles Britanniques.

 

 

L’étendue du DST du cap Finisterre (ici en magenta) est évidemment considérable (la diagonale de cette image couvre 63,54 milles) et l’éviter limite le jeu stratégique et tactique. Cependant, la règle étant la même pour tous, il reste quand même de la place à côté, par exemple à terre. Cela peut être dangereux voire très dangereux dans certaines conditions météorologiques. Y compris quant aux risques de collision… (© Olivier Chapuis / MaxSea Time Zero / MapMedia)

 

Nombre de commentaires que l’on a pu lire depuis sur la Toile sont aussi navrants que les propos de certains coureurs tendant à oublier qu’ils sont certes emblématiques d’un ultime espace de liberté mais qu’ils sont aussi censés donner l’exemple. En l’espèce respecter les instructions et les règles de course et surtout, le Règlement international pour prévenir les abordages en mer (RIPAM) émanant de l’Organisation maritime internationale (OMI). Celui-ci s’impose toujours à celles-là.

 

En effet, contrairement à une idée reçue, le RIPAM (qui peut être téléchargé gratuitement ici sur le site du SHOM) s’applique à tout voilier en régate vis-à-vis d’un autre navire qui n’y participe pas. Aucune priorité n’existe donc pour un compétiteur, sauf dans une zone spécifique définie en France par un arrêté du préfet maritime. C’était le cas pour le départ du Vendée Globe et c’est la raison pour laquelle on trouve dans les Instructions de course la mention suivante concernant le 10 novembre :

 

1. REGLES.

La régate sera régie par :

1.1 Les règles telles que définies dans Les Règles de Course à la Voile 2009-2012.

1.2 Les prescriptions nationales s’appliquant aux concurrents étrangers précisées en annexe “ Prescriptions ” jointe à l’avis de course.

1.3 La partie B, section II du RIPAM (COLREG) qui remplace les règles du chapitre 2 des RCV à partir de 17h30, heure légale française le jour du départ. ” 

À 17h30, quatre heures vingt-huit minutes après le coup du canon libérateur, les bateaux étaient considérés au large et leurs skippers redevenaient des “ justiciables ” comme tout un chacun.

 

 

Pour changer son cap de seulement quelques degrés, un gros bâtiment marchand – comme un pétrolier ou un porte-conteneurs – a besoin de nombreuses minutes. (© Olivier Chapuis)

 

 

Concernant les DST, le RIPAM stipule (je ne retiens ici que ce qui concerne directement la navigation de plaisance, que ce soit en croisière ou en course) :

PARTIE B — RÈGLES DE BARRE ET DE ROUTE.

SECTION I — CONDUITE DES NAVIRES DANS TOUTES LES CONDITIONS DE VISIBILITÉ.

Règle 10.

Dispositifs de séparation du trafic.

[...]

b) Les navires qui naviguent à l’intérieur d’un dispositif de séparation du trafic doivent :

i) suivre la voie de circulation (cette expression est parfois remplacée par “ couloir de circulation ” dans certains ouvrages français) appropriée dans la direction générale du trafic pour cette voie ;

ii) s’écarter dans toute la mesure du possible de la ligne ou de la zone de séparation du trafic ;

iii) en règle générale, s’engager dans une voie de circulation ou en sortir à l’une des extrémités, mais lorsqu’ils s’y engagent ou en sortent latéralement, effectuer cette manoeuvre sous un angle aussi réduit que possible par rapport à la direction générale du trafic.

c) Les navires doivent éviter autant que possible de couper les voies de circulation mais, s’ils y sont obligés, ils doivent le faire en suivant un cap qui soit autant que possible perpendiculaire à la direction générale du trafic.

d) i) Les navires ne doivent pas utiliser une zone de navigation côtière lorsqu’ils peuvent en toute sécurité utiliser la voie de circulation appropriée du dispositif adjacent de séparation du trafic. Toutefois, les navires de longueur inférieure à 20 mètres, les navires à voile et les navires en train de pêcher peuvent utiliser la zone de navigation côtière ;

[...]

h) Les navires qui n’utilisent pas un dispositif de séparation du trafic doivent s’en écarter aussi largement que possible.

[...]

j) Les navires de longueur inférieure à 20 mètres ou les navires à voile ne doivent pas gêner le passage des navires à propulsion mécanique qui suivent une voie de circulation. 

 

Dans l’article “ DST ? DSQ ! ”, j’avais déjà attiré l’attention sur cette épée de Damoclès qui pèse depuis longtemps (pour ne pas dire depuis toujours) sur l’exercice très français qu’est le solo. Voici trois ans, c’était un autre DST qui avait défrayé la chronique, celui assurant l’organisation des rails de navigation au large d’Ouessant (lequel est actuellement au coeur d’une autre polémique, voir nos actualités dans Voiles et voiliers 503 de janvier 2013). Il avait fait l’objet d’un rappel à la règle à l’issue de la Solitaire du Figaro 2009 et les concurrents de la Transat Jacques Vabre en double s’étaient vus interdire les DST des Casquets et d’Ouessant.

 

 

Jean Le Cam fait partie de ceux ayant traversé le DST sous un angle inapproprié et qui l’assument. (© Vendée Globe)

 

 

Concernant les collisions survenues au Vendée Globe, même s’il existe bien des défauts de veille avérés sur des cargos ou des bateaux de pêche, il est vain d’ergoter sur la responsabilité puisque le simple fait de naviguer en solo interdit de facto la possibilité d’une veille permanente. D’un point de vue juridique, la navigation en solitaire est indéfendable. À ne pas lire le RIPAM, rira bien…

 

“ PARTIE B —RÈGLES DE BARRE ET DE ROUTE.

SECTION I — CONDUITE DES NAVIRES DANS TOUTES LES CONDITIONS DE VISIBILITÉ.

Règle 5.

Veille.

Tout navire doit en permanence assurer une veille visuelle et auditive appropriée, en utilisant également tous les moyens disponibles qui sont adaptés aux circonstances et conditions existantes, de manière à permettre une pleine appréciation de la situation et du risque d’abordage. 

 

En des temps où il est énervant (parfois exaspérant) de ne plus pouvoir faire grand chose en dehors des clous, la tentation est évidemment forte de… dérailler plus ou moins, que ce soit avec la colère si humaine de Jean Le Cam le 22 novembre ou avec le sens des responsabilités de Mike Golding le 28 novembre (évoquée par Golding, l’absence de constat d’infraction par les autorités espagnoles souligne… en creux que les directions de course sont particulièrement attentives à prévenir tout incident, en devançant les réactions officielles ; à juste titre !).

 

 

Comme me l’a raconté mon camarade Hervé Hillard, lors de l’ultime briefing des skippers aux Sables d’Olonne, François Gabart a interrogé Denis Horeau en lui demandant de communiquer aux coureurs les coordonnées géographiques de tous les DST autour du monde qui sont concernés par le parcours du Vendée Globe. Le directeur de course lui a répondu fort à propos que ces informations figurent sur les documents nautiques, dont les cartes, et que c’était aux coureurs de faire ce travail. Gabart a visiblement retenu la leçon puisqu’il fait partie de ceux qui n’ont pas commis d’infraction. Quoi qu’il en soit, cette surprenante demande témoigne du fait que certains compétiteurs auraient tendance à placer au second plan la réglementation maritime. Tel n’est heureusement pas le cas de la direction de course ni du jury ! (© Jean-Marie Liot / DPPI / Vendée Globe) 

 

 

Nonobstant les problèmes stratégiques et de sécurité météorologique que cela posera, il faudra contourner désormais les rails des DST dont l’interdiction pure et simple devrait être intégrée à toutes les courses au large, en solo ou pas. S’ils ne veulent pas que le solitaire – culturellement si français et si décrié dans le monde anglo-saxon même si les Britanniques y sont revenus en force -, ne bénéficie plus de la très fragile tolérance qu’on lui accorde au plan international, les organisateurs devront expliciter avec force ce qui est déjà implicite puisque nul n’est censé ignorer la loi (et explicite malgré tout, voir la règle 1.3 des Instructions de course citée ci-dessus). Ce sera un petit boum pour éviter un grand krach.

 

O.C.

 

PS. DST ou pas, le risque de collision existe comme l’ont rappelé les deux abordages avec des pêcheurs, sans oublier les objets flottants non identifiés (OFNI), que j’évoque régulièrement dans ce blog, ici, et ici ou et encore tout récemment. Nous reviendrons sur la vaste question de la veille anti collision appliquée à la plaisance – et sur la conduite à tenir en cas de voie d’eau -, dans un dossier complet du numéro 503 de Voiles et voiliers (janvier 2013), disponible au Salon nautique dès le vendredi 14 décembre, en kiosque dès le début de la semaine suivante.

 

Pour commenter un billet, lorsque vous êtes dans le défilement du blog, cliquez sur Commentaires en bas à droite de l’article concerné. Dans la lecture d’un billet en particulier, utilisez directement l’espace Commentaires au bas de celui-ci. Les commentaires sont librement ouverts à tous.

Pour rechercher des mots dans ce blog, utilisez la commande Recherche en haut à droite de l’écran. Ce moteur de recherche est indépendant de celui du site www.voilesetvoiliers.com.

 

CEP vs GFS

Par

 

Pour les vingt concurrents, ce sont les deux véritables stars du Vendée Globe. L’américain GFS et l’européen CEP sont les modèles numériques de prévision les plus utilisés autour du monde, leur couverture étant globale pour des échéances à moyen et long terme (les autres modèles globaux sont limités à la courte échéance, à l’instar d’Arpège de Météo-France dont j’avais présenté la nouvelle version voici deux ans et demi).

 

 

En abscisse, la période 1984-2011. En ordonnée, le taux moyen de corrélation d’anomalie du niveau 500 hPa de l’atmosphère (pour la définition de ceci, voir le billet Austral de rattrapage), pour les prévisions à 5 jours dans l’hémisphère Nord. On voit que le modèle CEP (ici ECMWF en vert) est de loin le plus performant depuis 1985 et qu’il atteint en 2011 un coefficient remarquable de 0,9. Il devance non pas GFS mais le modèle de l’UKMO, le Met Office britannique (en mauve), dont la performance se détache de celle de GFS (en bleu), depuis 2006. Devant le modèle canadien (CMC en bleu clair), celui de l’US Navy (FNOMC en orange) et celui du CDAS (Climate Data Assimilation System en rouge) qui n’est plus mis à jour depuis longtemps. Le tout dans l’hémisphère Nord uniquement. (© NCEP/NOAA)

 

 

Parce que GFS et CEP divergent souvent et qu’il faut alors trancher entre eux, il est intéressant d’en connaître les performances mesurées a posteriori. À titre purement statistique… car cela ne saurait remplacer d’une part les connaissances pratiques qu’ont accumulées à leur sujet les navigateurs les plus pointus ni le fait qu’une moyenne est évidemment démentie sur des situations particulières.

 

Développé par le National Centers for Environmental Prediction Central Operations (NCEP), dépendant du National Weather Service de la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA) des États-Unis, le modèle GFS (Global Forecast System) calcule une prévision toutes les 6 heures, aux heures synoptiques principales, soit 00h00, 06h00, 12h00 et 18h00 UTC (avec des performances différentes, les meilleures étant celles de 00h00 et 12h00 UTC). Sa maille horizontale est de 27 kilomètres (14,58 milles) jusqu’à 192 heures (8 jours ; pour cette maille affinée, il n’y a pas de visualisation graphique mais seulement une forme numérique type Grib) et de 70 kilomètres (37,80 milles) jusqu’à 384 heures (16 jours), par pas de 3 heures et sur 64 niveaux verticaux (sommet à 0,2 hPa).

 

La résolution la plus fine est de 0,5 degré pour les fichiers Grib qui sont disponibles ici (étant gratuits, ils sont également proposés par nombre d’autres serveurs dans le monde, souvent beaucoup plus ergonomiques). Ils sont mis en ligne quatre fois par jour, cinq heures après les heures synoptiques principales, avec des pas de 3 heures jusqu’à 8 jours (16 jours sur une grille de 2,5 degrés).

 

 

En abscisse, la période 1984-2011. En ordonnée, le taux moyen de corrélation d’anomalie du niveau 500 hPa de l’atmosphère (pour la définition de ceci, voir le billet Austral de rattrapage), pour les prévisions à 5 jours dans l’hémisphère Sud. On voit que le modèle CEP (ici ECMWF en vert) est ici encore le plus performant, depuis 1993 seulement, et qu’il atteint en 2011 un coefficient remarquable de 0,89. Il devance non pas GFS mais le modèle de l’UKMO, le Met Office britannique (en mauve), dont la performance se détache encore plus de celle de GFS (en bleu), toujours depuis 2006. Également devant le modèle canadien (CMC en bleu clair), celui de l’US Navy (FNOMC en orange) et celui du CDAS (Climate Data Assimilation System en rouge) qui n’est plus mis à jour depuis longtemps. Pour un Vendée Globe qui passe une très large partie du temps dans l’hémisphère Sud, on voit que le modèle américain est statistiquement très au-dessous du modèle européen et ce depuis toujours, à l’exception de 1994. (© NCEP/NOAA)

 

 

Développé par le Centre européen pour les prévisions météorologiques à moyen terme (CEPMMT) – European Centre for Medium-Range Weather Forecasts (ECMWF) - le modèle IFS (Integrated Forecast System) est couramment appelé modèle européen ou modèle CEP en France. Il calcule une prévision toutes les 12 heures – à 00h00 et 12h00 UTC – suivant une maille horizontale de 16 kilomètres (8,64 milles, interpolée à 7,5 milles sur Navimail), par pas de 12 minutes jusqu’à 240 heures (10 jours) et sur 91 niveaux verticaux (sommet à 0,01 hPa).

 

Payantes, ses données Grib sont disponibles à 08h00 et 20h00 UTC, notamment par Navimail de Météo-France (toutes les caractéristiques données dans ce billet sont celles en vigueur à la date de celui-ci : les choses évoluent régulièrement en la matière).

 

 

Sur les deux schémas du haut, on trouve en abscisse les échéances de 0 à 240 heures (10 jours). En ordonnée, le taux de corrélation d’anomalie du niveau 500 hPa de l’atmosphère (pour la définition de ceci, voir le billet Austral de rattrapage), moyenne calculée pour toute l’année 2011. On voit que le modèle CEP (ECM en rouge) est ici encore le plus performant, puisque sa courbe de corrélation est celle qui décroît le moins vite au fur et à mesure que l’échéance augmente. C’est vrai dans l’hémisphère Nord (à gauche) comme dans l’hémisphère Sud (à droite). Jusqu’à 144 heures (6 jours), c’est bien UKMO (UKM en orange) qui est second dans les deux hémisphères, devant GFS (en noir), CMC (en vert), FNOMC (en bleu) et CDAS (en violet). On voit que la courbe de GFS atteint la ligne de 0,6 – celle du seuil minimal d’un taux de corrélation correspondant à une prévision acceptable – au bout de 8 jours dans l’hémisphère Nord et de 7,8 jours dans l’hémisphère Sud. Cela confirme l’Austral de rattrapage évoqué dans un précédent billet. (© NCEP/NOAA)

 

 

Ce qui précède concerne les prévisions déterministes de l’état de l’atmosphère (et de l’état de la mer avec un modèle de vagues d’une maille de 28 kilomètres affinée à 10 kilomètres dans les eaux européennes). Cependant, IFS utilise aussi la prévision d’ensemble (Ensemble Prediction System ou EPS en anglais) qui est une méthode probabiliste.

 

Pour évaluer le degré de confiance d’une prévision, la méthode des ensembles consiste à réaliser plusieurs simulations à partir d’états initiaux légèrement différents, représentatifs de l’incertitude due aux erreurs d’observation, d’analyse et de modélisation. Car à partir d’états initiaux très proches, les écarts de la prévision peuvent être importants.

 

En pratique, les modèles GFS et CEP sont utilisés pour des sorties déterministes (telles qu’on les utilise à courte échéance, jusqu’à 3 ou 4 jours) ou probabilistes (on dit aussi ensemblistes).

 

 

En abscisse, la période de mai 2006 à mars 2010. En ordonnée, le taux moyen de corrélation d’anomalie du niveau 500 hPa de l’atmosphère (pour la définition de ceci, voir le billet Austral de rattrapage), pour les prévisions à 3 jours sur la France. Ici encore, le CEPMMT caracole en tête. (© Météo-France)

 

 

Ainsi, pour CEP la prévision d’ensemble compte 51 intégrations du même modèle. Cette méthode probabiliste travaille sur une maille de 30 à 60 kilomètres pour l’atmosphère (tandis que le modèle de vagues a une grille horizontale de 55 kilomètres) avec 62 niveaux verticaux, toujours avec deux prévisions par jour, à 00h00 et 12h00 UTC, allant jusqu’à 15 jours.

 

Plus délicates à utiliser et à interpréter mais pouvant apporter des hypothèses intéressantes lorsque la situation est particulièrement instable, ces sorties sont également disponibles sous la forme de fichiers Grib (le format Grib 2 permet notamment de coder les sorties EPS, lesquelles utilisent Grib API).

 

Les conditions initiales des prévisions déterministes ou probabilistes sont fournies par un système d’assimilation de données atmosphériques mettant en oeuvre une analyse variationnelle quadridimensionnelle (4D-Var) travaillant sur deux fenêtres de 12 heures, plus deux fenêtres supplémentaires de 6 heures par période de 24 heures. Ce système assimile les données d’environ 50 instruments satellitaires.

 

 

Bien qu’ancien, ce graphique est intéressant. Pour la plupart des grands modèles numériques de prévision globaux (c’est-à-dire couvrant tout le globe) – ici figurés par des courbes de couleurs distinctes – il présente les moyennes glissantes annuelles (moyenne glissante pour s’affranchir des phénomènes saisonniers, un modèle est moins performant pendant l’hiver où le temps est plus perturbé), sur les périodes 2001-04/2002-03 à 2005-04/2006-03 (en abscisse), de l’erreur quadratique moyenne (EQM = écart type) du géopotentiel au niveau 500 hPa de l’atmosphère exprimé en mètres (en ordonnée), pour les prévisions à J+3. Ces prévisions des modèles sont comparées a posteriori à l’ensemble des observations recueillies par les radiosondages effectués sur le domaine Europe (25° N/70° N – 10° W/28° E). N’affichant qu’une erreur quadratique moyenne de 24 mètres, par rapport aux radiosondages, en moyenne annuelle entre avril 2005 et mars 2006 (2005-04/2006-03), le modèle européen IFS (trait vert) du CEPMMT est de loin le meilleur sur ces prévisions à 72 heures. Ce n’est guère surprenant puisque l’organisme européen est spécialisé dans la moyenne échéance. Ainsi, n’ayant pas les mêmes contraintes de mise à disponibilité de ses résultats que les modèles nationaux – lesquels servent avant tout à l’établissement des prévisions opérationnelles à courte échéance -, le modèle européen peut se permettre d’être disponible plus tardivement dans la journée. Il assimile donc plus d’observations très récentes et son analyse est ainsi mieux calée, ce surcroît de données demandant plus de temps de calcul au superordinateur, d’autant que la prévision est ici simulée sur 10 jours, contre 4 jours pour Arpège. Car l’objet du CEPMMT, organisme européen, est de fournir les services météo nationaux des pays membres en simulations à moyenne échéance. Parmi les modèles nationaux, soumis aux mêmes contraintes de sécurité civile à courte échéance, Arpège (trait plein bleu) est devenu en 2005 le meilleur mondial sur le domaine Europe, avec une EQM d’un peu moins de 28 mètres, en moyenne annuelle entre avril 2005 et mars 2006. Il est immédiatement suivi par sa version tropicale (pointillé bleu) qui a été modifiée pour les DOM-TOM. La maille d’Arpège est inégalement répartie sur le globe (on dit qu’elle est étirée). La résolution horizontale était à l’époque de 23 kilomètres sur la France mais elle était de 180 kilomètres aux antipodes (diamétralement opposées sur la sphère). Sur les DOM-TOM, on le faisait tourner avec une résolution d’Arpège intermédiaire entre les deux précitées. Le modèle de l’UKMO britannique (en rouge) vient juste après, devançant un groupe de trois, composé du modèle GFS (en magenta), du modèle japonais de la JMA (Japan Meteorological Agency) (en jaune) et du modèle canadien du CMC (en brun), devant le modèle allemand du Deutscher Wetterdienst (DWD en noir). Ce « classement » – qui ne concerne que les modèles globaux sur le domaine Europe – est différent dans d’autres parties du globe. (© Météo-France)

 

 

Au niveau des paramètres, CEP apparaît donc plus fin que GFS. Mais comment comparer de façon statistiquement fiable les deux modèles ? En regardant les données comparatives disponibles sur l’ensemble du globe, dans ses deux hémisphères, même si le rattrapage de l’hémisphère Nord par l’hémisphère Sud est avéré depuis dix ans.

 

Ici encore, c’est au niveau 500 hPa de l’atmosphère que ces données seront les plus significatives, comme pour le reste de la série de documents d’analyse statistique et qualitative des prévisions météo que j’ai déjà présentés sur ce blog (voir Un jour en douze ans et Fusée modèle).

 

Une nouvelle fois, on utilise le coefficient de corrélation d’anomalie (voir sa définition ici) qui mesure la capacité de simulation du modèle numérique de prévision, en analysant les divergences entre ses prévisions et ses analyses (toutes les comparaisons concernent ici les versions déterministes des modèles et non les ensemblistes). Dans les diagrammes proposés par la NOAA et qui sont présentés dans ce billet, un coefficient de corrélation de 0,6 constitue la limite au-dessous de laquelle une prévision à moyen terme n’est plus considérée comme performante.

 

Se pose alors la question de l’arbitre indépendant. Sauf à considérer que la NOAA se mettrait volontairement en position difficile pour demander des crédits au gouvernement fédéral, cette question tombe d’elle-même. Pas besoin de l’Organisation météorologique mondiale (OMM), dès lors que c’est le NCEP lui-même qui place systématiquement devant son concurrent européen du CEPMMT. CEP versus GFS, l’affaire est statistiquement entendue.

 

O.C.

 

Pour commenter un billet, lorsque vous êtes dans le défilement du blog, cliquez sur Commentaires en bas à droite de l’article concerné. Dans la lecture d’un billet en particulier, utilisez directement l’espace Commentaires au bas de celui-ci. Les commentaires sont librement ouverts à tous.

Pour rechercher des mots dans ce blog, utilisez la commande Recherche en haut à droite de l’écran. Ce moteur de recherche est indépendant de celui du site www.voilesetvoiliers.com.