D’où viennent les dénominations et les délimitations des mers et des océans ? Il est opportun de se poser la question à l’occasion du Vendée Globe et des passages des grands caps, comme le Horn ces jours ci. Y a-t-il eu des décisions internationales pour cela ?

 

 

Le parcours du Vendée Globe est un excellent prétexte pour se pencher sur la question de la dénomination et des délimitations des mers et des océans. (© Vendée Globe)

 

 

De même que l’antiméridien ne s’est imposé que parce que le méridien de Greenwich, dont il est l’antipode, est devenu le méridien zéro international en 1884 à Washington, c’est bien une conférence hydrographique internationale qui a statué sur la géographie maritime. Cela s’est passé à Londres en 1919, au lendemain de la Première guerre mondiale, dans la mouvance de la Conférence de la paix tenue à Paris la même année, dont le traité de Versailles aura quelques conséquences tragiques sur le XXe siècle mais c’est une autre histoire.

 

Cette conférence de Londres est surtout connue pour avoir décidé la création du Bureau hydrographique international (BHI) qui sera effective en 1921. Il deviendra en 1970 l’Organisation hydrographique internationale (OHI ou IHO en anglais pour International Hydrographic Organization ; grâce au rôle historique de la France en matière de cartographie marine, la langue de Molière y est officielle au même titre que celle de Shakespeare). Le BHI deviendra alors le siège permanent de l’OHI à Monaco (son directeur actuel est le Français Gilles Bessero, précédemment à la tête du Service hydrographique et océanographique de la Marine, le SHOM).

 

Toutes les décisions prises à Londres concernant la géographie maritime sont consignées dans la publication S-23 de l’OHI, intitulée Limits of oceans and seas. Sa troisième édition (1953) est toujours en vigueur même si on travaille à sa révision. C’est de cet ouvrage que j’extrais les données ci-dessous pour décortiquer, dans l’ordre du parcours du Vendée Globe, les différentes limites géographiques que franchissent les skippers.

 

 

La carte du monde renvoie à des zones numérotées dont la description figure dans le S-23, téléchargeable ici avec ses trois cartes. (© OHI)

 

 

La bordure occidentale du golfe de Gascogne est constituée d’une ligne joignant la pointe de Penmarc’h (47° 48’ N / 4° 22’ W) au cap Ortegal en Espagne (43° 46’ N / 7° 52’ W). Initialement, il s’étendait jusqu’à la pointe Ouest d’Ouessant (pointe de Pern) et pour le Nord, il fallait tirer le parallèle 48° 28’ N entre la pointe orientale de l’île (pointe Lédénès) et la côte bretonne du continent. Mais la mer Celtique a repris cette zone.

 

Si l’océan Atlantique Nord et l’océan Atlantique Sud sont évidemment séparés par l’équateur, la limite entre l’océan Atlantique Sud et l’océan Indien est le méridien 20° Est, entre le cap des Aiguilles (Afrique du Sud) et l’Antarctique. C’est bien cette longitude qui est retenue par le World Speed Sailing Record Council (WSSRC) pour l’enregistrement des temps intermédiaires sur les records autour du monde.

 

La séparation entre l’océan Indien et l’océan Pacifique Sud est officiellement sur la longitude 146° 55’ E, c’est-à-dire sur le méridien du cap Sud de la Tasmanie (baptisé South East Cape, il est en réalité bien au centre de la côte Sud de l’île) jusqu’à l’Antarctique. Mais la géodésie a fait bien des progrès depuis 1953 et le système GPS est passé par là. La vraie longitude du cap est 146° 49’ E, valeur que retient à juste titre le WSSRC, toujours jusqu’au sixième continent. Celui-ci est considéré par l’OHI comme la limite Sud des trois grands océans qui en font le tour.

 

Enfin, le passage entre l’océan Pacifique et l’océan Atlantique se fait sur le méridien du cap Horn (67° 16’ W), entre la Terre de Feu et l’Antarctique, dans le passage de Drake. Pour le Sud-Ouest de l’Atlantique Sud, il faut ajouter une ligne joignant le cap des Vierges (52° 21′ S, 68° 21′ W) au cap Espiritu Santo, entrée orientale du détroit de Magellan bien que le Chili et l’Argentine ne reconnaissent pas cette délimitation.

 

 

 Le complexe découpage des mers d’Asie (ici en Asie du Sud-Est) masque des frontières encore plus délicates, celles des zones se rattachant aux différents états, suivant les principes définis par la convention de Montego Bay. Celle-ci est loin d’être respectée à la lettre et la liste des conflits potentiels est longue. Bien d’autres régions du monde sont également concernées et le seront d’autant plus que l’exploitation des océans ne cesse de se développer. (© OHI)

 

 

Cela renvoie à la Convention des Nations unies sur le Droit de la mer, mise au point à Montego Bay (Jamaïque) en 1982, entrée en vigueur en 1994 et ratifiée par la France le 11 avril 1996. Cette convention a notamment défini la nature des différentes délimitations maritimes, autrement plus importantes et complexes pour les états côtiers.

 

Grâce à elle, la France dispose de la deuxième Zone économique exclusive (ZEE) au monde avec près de onze millions de kilomètres carrés, à peine moins que les États-Unis. Bréviaire du droit maritime international, Montego Bay n’empêchera pas pour autant l’explosion des bombes à retardement que constituent les conflits “ merritoriaux ” dans un monde qui n’en est qu’aux balbutiements de l’exploitation des océans.

 

O.C.

 

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