Depuis quand utilise-t-on “ Pot-au-Noir ” en français et quelle est son origine ? Après les limites des océans et des mers, c’est une nouvelle question posée à l’occasion du Vendée Globe qui franchit cette zone de convergence intertropicale (ZCIT) entre les deux hémisphères météorologiques. Le mot m’intéresse autant que le phénomène, les deux étant étroitement liés dans sa perception (distincte de l’explication physique) et son image… mais pas nécessairement dans l’usage lexical. Feuilleton en trois épisodes : après le premier dévolu aux mythes des origines et aux idées reçues d’aujourd’hui, le deuxième est ici consacré aux louvoyages du vocabulaire et à l’apprivoisement de la chose, du XVIIe siècle au milieu du XIXe siècle.

 

La toute première apparition de l’expression “ pot au noir ” dans la langue française intervient à la fin du XVIIe siècle, dans une acception encore éloignée de la climatologie et de la navigation. “ Gare le pot au noir ! ” La formule est lancée dans le jeu de colin-maillard, lorsque celui qui a les yeux bandés risque de se cogner. Cet usage figuré est attesté dès 1690 dans le fameux dictionnaire d’Antoine Furetière.

 

 

Errer à l’aveugle au milieu des obstacles : gare au pot au noir ! Consacrée au colin-maillard, cette estampe de Gabriel Perelle (1602-1677) est gravée quelques années avant l’entrée de l’expression dans les dictionnaires. (© DR)

 

 

La même époque retient un emploi concret, dans la première livraison du Dictionnaire de l’Académie françoise (1694). On y lit (je modernise l’orthographe) : “ Noir à noircir. Espèce de poudre noire ou de fumée épaissie dont on noircit les cuirs & autres choses. Une boîte de noir à noircir, le pot au noir. ” Cette variante dévolue au cuir sera usitée jusqu’à la fin du XIXe siècle. Elle n’a avec notre affaire qu’un très lointain rapport. Disons qu’à force de fatigues accumulées entre calmes et grains fous, on peut finir par y tomber quelque peu dans le… cirage.

 

Revenons au jeu du foulard. On le trouve ensuite dans tous les glossaires, depuis le début du XVIIIe siècle jusqu’à nos jours. Philibert-Joseph Le Roux précise dans son Dictionnaire comique, satyrique, critique, burlesque, libre et proverbial (1735) qu’un tel amusement finit souvent avec les “ yeux pochés au beurre noir ”. D’où la mise en garde susmentionnée :)

 

Dès le siècle des Lumières, le dictionnaire de l’Académie française (ici la quatrième édition de 1762) ajoute la précision suivante à cette histoire de colin-maillard : “ On dit au figuré, gare le pot au noir, pour avertir qu’on se détourne d’un piège dont on est menacé. On dit aussi, il a donné dans le pot au noir, pour dire il a donné dans le piège. ”

 

Piège, nous y voilà ! Celui-ci peut même s’avérer fort dangereux. Saint-Simon ne dit pas autre chose lorsqu’il note dans ses Mémoires (1739-1750) : “ Le nom de jansénisme est un pot au noir de l’usage le plus commode pour perdre qui on veut ”. Tout au long du XVIIIe siècle, “ donner dans le pot au noir ” s’emploie aussi bien à propos d’un faux problème que d’un danger bien réel. Notre Pot-au-Noir climatologique se rapproche sérieusement.

 

 

Pétole molle et ciel d’encre, marmite bouillante et humidité saturée… Bertrand de Broc a bel et bien donné dans le Pot-au-Noir ! (© Bertrand de Broc / Votre nom autour du monde avec EDM Projets / Vendée Globe)

 

 

La science est pourtant loin de s’en emparer, à l’image de L’Encyclopédie, sous la direction de Diderot et d’Alembert (1751-1765). Celle-ci ne dit rien du Pot-au-Noir aux articles Pot, Noir, Calme, Torride, Vent (avec les vents variables), ni même à Alizé. Le phénomène n’est traité nulle part. Plus exactement ses symptômes car, à l’époque, la connaissance des lois de l’atmosphère est loin de pouvoir en fournir l’explication. Certes, la partie maritime de L’Encyclopédie est notoirement faible à l’instar de ce vieux pays de labourage et de pâturage où les choses de la mer sont si mal connues des terriens… Mais d’ordinaire plus pertinent sur le maritime, son supplément Panckoucke (1783-1789) ne fait pas mieux en l’espèce.

 

D’un point de vue météorologique, on trouve pourtant quelques occurrences dévolues au noir. En 1709, le Nouveau dictionnaire françois de Pierre Richelet (auteur du premier dictionnaire français monolingue en 1680) évoque un “ temps noir ” pour désigner un grain sombre qui approche. Bientôt, il “ pleuvra des prêtres ” : si l’habit ne fait pas le moine, il qualifie au moins la couleur du ciel…

 

Cependant, les marins ne s’approprient toujours pas le terme. Lapérouse ne parle que des “ parages orageux ” là où Bougainville ne cite même pas le phénomène en Atlantique (témoignant ainsi de sa banalité) mais le désigne dans le Pacifique, en mai 1768, sous le qualificatif des “ mauvais temps ” où “ il nous fallait cheminer à tâtons, changeant de route, lorsque l’horizon était trop noir devant nous. La disette d’eau, le défaut de vivres, la nécessité de profiter du vent, quand il daignait souffler, ne nous permettaient pas de suivre les lenteurs d’une navigation prudente et de passer en panne ou sur les bords le temps de ténèbres. ” On voit que si la lettre n’est pas encore au pot, l’esprit est déjà bien noir.

 

En Atlantique, Lapérouse passe l’équateur très à l’Est, par 18° de longitude Ouest du méridien de Paris, sur une route étonnamment proche de celle de Magellan (attention, toutes les longitudes citées dans cet épisode 2, se rapportant aux navigateurs français du XVIIIe siècle, sont données par rapport au méridien de Paris qui est à 2° 20’ 14” à l’Est du méridien de Greenwich ; cette valeur est donc à retrancher de toute longitude Ouest de Paris pour trouver la longitude par rapport à Greenwich, afin de pouvoir la comparer avec une position d’aujourd’hui ; Lapérouse passe donc l’équateur par 15° 40’ W de Greenwich).

 

La zone de calmes est pourtant déjà bien localisée entre 3° N et 10° N et 15° W et 30° W (par rapport à Greenwich) par le Britannique Edmund Halley (il sera aussi le premier à tracer les isogones du magnétisme terrestre sur une carte, en 1701). Halley est l’auteur d’un article des Philosophical transactions, intitulé An historical account of the trade-winds and monsoons (1686-1687). Accompagnant le texte, sa carte du monde figure les alizés (1686) et montre clairement le Pot-au-Noir à la position précitée, sous la mention “ Calms and tornados ”.

 

 

Cet extrait de la carte du monde sous les alizés, par Edmund Halley (1686), montre l’état de la connaissance du régime des vents entre les tropiques, à la fin du XVIIe siècle. On voit que l’hémisphère Nord reste mieux connu que l’Atlantique Sud où, indépendamment des positions moyennes qui varient de façon importante entre l’hiver et l’été australs, la présence de l’alizé est très exagérée en latitude et prend mal en compte l’anticyclone de Sainte-Hélène (non encore conceptualisé). Notez les « vents variables » au Nord de la carte : ils correspondent moins à l’anticyclone des Açores (dont la notion n’est encore formulée que comme un « calme ») qu’à la manière dont sont alors appelés les vents de la zone tempérée (dominants de secteur Ouest mais objectivement variables au gré des perturbations et des dorsales se succédant, phénomènes non encore appréhendés). Ces « vents variables » étant largement utilisés à propos des calmes équatoriaux, on voit qu’un mot dédié à ceux-ci serait bien utile… À ce propos, le Pot-au-Noir est ici clairement dessiné et localisé sous l’appellation « Calms and tornados ». À l’Est, les vents virant au Sud-Ouest témoignent que l’ouvert du Golfe de Guinée est un piège connu depuis le XVe siècle (voir l’épisode 1). De l’autre côté de l’Atlantique, tenter de passer au-delà de 30° W entraînerait une forte dérive vers l’Ouest, due à l’action conjuguée du vent et du courant, empêchant de franchir la pointe Nord-Est du Brésil (au-delà de 35° W, le risque est aussi d’être rejeté vers l’Ouest-Nord-Ouest par le courant ; et de toute façon, en étant trop à l’Ouest, l’angle serait surtout trop serré contre l’alizé de Sud-Est pour pouvoir se dégager de la côte brésilienne). Pourtant, même si la carte de Halley ne distingue pas l’épaisseur variable en latitude du Pot-au-Noir, suivant sa longitude (elle ne représente pas plus la diagonale NE/SW de la ZCIT), elle montre de fait un étroit passage possible entre 27° et 30° W de Londres (l’observatoire de Greenwich vient d’être construit en 1675)… vraisemblablement involontairement ! Tout au long du XVIIIe siècle, malgré le précédent de Cabral (voir l’épisode 1), le dogme sera encore de passer le Pot-au-Noir entre 13° 40’ W et 15° 40’ W de Greenwich (soit 16° et 18° du méridien de Paris, voir ci-dessous). C’est notamment ce que fait Lapérouse en 1785. (© Collection Olivier Chapuis)

 

 

Comme cela se fait déjà au XVIIIe siècle, Nicolas Baudin appelle la zone “ les vents variables ” : “ Le [24 novembre 1800] le vent alizé de Nord-Est nous quitta et nous ne pûmes atteindre celui du Sud-Est que le [11 décembre 1800], étant alors par 1° 18’ 45” de latitude Nord et 23° 27’ 1” de longitude Ouest [21° 07’ W de Greenwich]. ” Où l’on voit que le passage du Pot-au-Noir s’effectue un peu plus vers l’Ouest, qu’il est bien dans l’hémisphère Nord à cette saison, et que la navigation astronomique gagne en précision. Où l’on voit aussi que le passage de la qualification “ calmes ” à celle de “ vents variables ” marque à la fois une tentative d’analyse et une progression dans la compréhension du phénomène.

 

Tant que nous fûmes retenus dans les parages des vents variables, nous éprouvâmes toutes sortes de contrariétés : les calmes, la pluie, la chaleur et quelquefois le tonnerre nous chagrinèrent tour à tour ; mais ce qui nous était le plus désagréable, c’est que le bâtiment, entraîné par un fort courant qui portait à l’Ouest et au Nord, perdait souvent du chemin au lieu d’avancer. ” Baudin éprouve ainsi ce qui fut la crainte principale et parfois excessive depuis les Portugais (voir l’épisode 1), la dérive vers l’Ouest-Nord-Ouest.

 

Dix ans auparavant, lors de son remarquable tour du monde (14 décembre 1790-14 août 1792), Étienne Marchand entre dans le Pot-au-Noir le 21 janvier 1791, par 8° 41’ N et 23° 13’ W. Il ne nomme pas la zone mais la qualifie de “ temps fort embrumé et très chaud ”. Après des pluies et des orages répétés générant des grains entre les calmes, il en sort le 2 février par 0° 12’ N et 23° 15’ W.

 

Au retour en Atlantique, le 21 juin 1792, en plein solstice, il repasse l’équateur en direction du Nord par 25° 19’ W. Cette fois, la galère ne dure “ que ” quatre jours, la sortie étant par 8° 15’ N et 28° 49’ W (ce qui est une chance à cette saison où le Pot-au-Noir peut monter jusqu’à 15° N, voire 20° N en août). Et Marchand de parfaitement résumer ce qui va marquer une nette évolution du passage du Pot-au-Noir au XIXe siècle : “ J’attribuai le peu de variétés [vents variables] et de calme que nous trouvâmes dans ce parage, à ce que nous avions coupé la ligne plus à l’Ouest qu’on ne le fait ordinairement. Mon avis pour éviter les calmes, serait de la couper, tant en allant qu’en venant de l’Inde, par les 25° à peu près [22° 40’ W de Greenwich], quoi qu’en dise M. d’Après de Mannevillette dans son Neptune oriental qui prétend qu’on doit diriger sa route pour la passer par les 16° ou 18° [13° 40’ W ou 15° 40’ W de Greenwich]. ” (pour un navire qui n’irait pas doubler directement le cap de Bonne-Espérance mais irait relâcher au Brésil, sur la route historique de Cabral, d’Après de Mannevillette recommande 25° à 26° W de Paris, soit 22° 40’ W ou 23° 40’ W de Greenwich).

 

 

Dressée par Beautemps-Beaupré en 1797, sous le contrôle de Fleurieu, puis gravée en 1798, cette carte générale du voyage de Marchand porte la trace de celui-ci (il s’agit bien d’une carte du monde mais pour la rendre lisible, je ne présente ici que le seul extrait centré sur l’Atlantique). Attention, comme pour les observations du navigateur, les longitudes sont ici rapportées au méridien de Paris qui est 2° 20’ 14″ à l’Est du méridien de Greenwich. Néanmoins, la trace de Marchand est hélas mal positionnée par rapport à son journal de bord (dont ne disposaient pas Fleurieu et Beautemps-Beaupré qui utilisèrent celui de Chanal, second de Marchand). C’est le cas au passage de l’équateur : elle est figurée trop à l’Ouest à l’aller (ici par 27° W alors que le passage de la ligne se fait par 23° 27’ W) et surtout au retour (ici par 18° W alors que le passage de la ligne se fait par 25° 19’ W). La trajectoire est quand même respectée pour ce qui est de la longue diagonale dans ce qu’on appellera plus tard l’anticyclone de Sainte-Hélène, l’île éponyme ayant été une escale, les 4 et 5 juin 1792, pour faire de l’eau (la carte est en accord avec le journal de bord à ce sujet). Dans l’hémisphère Nord, la volta par les Açores est plus qu’une petite volta (voir l’épisode 1), étant très prononcée jusqu’à 35° 59’ N / 47° 56’ W (45° 36’ W de Greenwich), le 12 juillet 1792 (le point du 10 juillet indiqué sur la carte n’est donc pas le plus extrême). Notez à l’Est du méridien 60° W, les « rochers pris pour les Bermudes » qui témoignent de ces vigies imaginaires traînant encore sur les cartes de la fin du XVIIIe siècle. (© Collection Olivier Chapuis)

 

 

Paru en 1745 et réédité en 1775, le Neptune oriental de Jean-Baptiste d’Après de Mannevillette est le principal ouvrage d’instructions nautiques et atlas de cartes marines (qu’on appelle un neptune) pour la navigation vers l’océan Indien. Cartographe officiel de la Compagnie des Indes, installée à Lorient, l’auteur est non seulement le meilleur hydrographe français de cette époque, mais il s’intéresse aussi à la climatologie et à l’océanographie. Ses recommandations pour la longitude du franchissement du Pot-au-Noir – proches de celles des Portugais jusqu’à Magellan (et même moins à l’Ouest que leurs routes les plus occidentales, en tout cas beaucoup moins que celle hors normes de Cabral) – sont ainsi suivies par la plupart des capitaines au long cours et des officiers de la Marine royale de la seconde moitié du XVIIIe siècle.

 

La remise en cause de ce dogme privilégiant la distance la plus courte sur une route climatologique permettant de gagner beaucoup de temps est donc l’oeuvre de Marchand. Même si une fois l’équateur franchi, c’est bien la grande volta – existant depuis trois siècles – qui continue à prendre le relais. Cette contestation de la doxa va être amplifiée par Fleurieu le visionnaire, dans son très important ouvrage publié en 1797-1800 sous le titre Voyage autour du monde pendant les années 1790, 1791 et 1792 par Étienne Marchand (voir mon livre À la mer comme au ciel ; Fleurieu s’y fait aussi le pionnier de la division hydrographique moderne du globe).

 

Bien avant les pilot charts, cela va changer la manière dont le Pot-au-Noir, toujours pas nommé, sera désormais envisagé dans les Instructions nautiques du XIXe siècle. Du moins dans les françaises… car, depuis les dernières décennies du siècle des Lumières, les Britanniques de l’East India Company passent l’équateur autour de 30° W (par rapport à Greenwich).

 

Dans un mémoire manuscrit du 28 novembre 1829, l’ingénieur hydrographe Pierre Daussy (au Dépôt général de la Marine, ancêtre du SHOM, alors que la météorologie n’est pas encore institutionnalisée) recommande la stratégie suivante à Laplace pour son tour du monde (décembre 1829 – avril 1832) : “ La manière de se diriger pour passer le plus promptement possible de l’hémisphère septentrional dans l’hémisphère méridional est actuellement bien connue. Le plus grand obstacle qui retarde ce passage est causé par les vents variables très faibles [...] toujours précédés et suivis par des intervalles de calme assez longs. Ces vents variables commencent quelquefois au parallèle de 8 ou 9° de latitude N et s’étendent jusqu’au parallèle de 2°.

 

Cette dernière limite éprouve peu de déplacement. Mais la première est sujette à se rapprocher plus ou moins de l’équateur. Par conséquent, la zone des vents variables devient plus ou moins large [...]. La saison où ce passage est le plus difficile à franchir correspond à notre été, c’est à dire au temps où le soleil est dans l’hémisphère Nord [...]. La seule route que l’on soit contraint de suivre est celle qui fait couper le parallèle de 8 ou 9° de latitude N par 22 ou 23° de longitude occidentale [Marchand est entré dans le Pot-au-Noir par 23° 13’ W (voir ci-dessus)].

 

Rendu à ce point, tant que les vents le permettent, on doit continuer la route directement au Sud et du moment où ils deviennent contraires, il faut préférer la bordée qui fait le plus gagner dans cette dernière direction, mais il est essentiel d’observer que la bordée doit toujours être préférée à celle de l’Est-Nord-Est parce que cette dernière bordée rapproche de la côte d’Afrique à une certaine distance de laquelle les calmes sont plus fréquents et d’une plus grande durée. ”

 

 

Lors du Trophée Jules Verne 2011-2012, le trimaran Banque populaire V, mené par Loïck Peyron et son équipage, passe l’équateur au retour par 33° 20’ W (une valeur plus à l’Ouest que les standards actuels comme nous le verrons dans le prochain épisode ; l’équateur est un bon point de comparaison pour la longitude dans la mesure où la position et l’épaisseur en latitude du Pot-au-Noir varient au cours de l’année (d’un jour à l’autre en fait pour ne pas dire en quelques heures) ; en janvier, au large du Brésil, il est normalement juste au Sud de l’équateur et pas trop actif). Une dorsale barrant la route de l’Atlantique Nord, les polaires de vitesse du plus grand multicoque de course au monde permettent d’accentuer la volta dans des proportions inédites. Le 3 janvier 2012 au soir, Banque populaire V est ainsi par 35°N / 51° W, bien au-delà de la position de Marchand (voir l’image précédente) ! La comparaison s’arrête là, car c’est l’hiver pour les uns et l’été pour les autres, avec une position moyenne très différente pour l’anticyclone des Açores, mais aussi pour le Pot-au-Noir qui peut être très Nord en été (jusqu’à 15° voire 20° N en août). À la faveur de l’adonnante, Banque populaire V peut alors incurver sa route vers le Nord-Est (à partir du point précité, le plus occidental de la trace rose). Avant lui, la route la plus longue était celle de Bruno Peyron sur Orange 2 en 2005 qui, le plus à l’Ouest des récents détenteurs du Trophée Jules Verne, était passé par 30°N / 44° W, tandis que Franck Cammas sur Groupama 3 (ici en vert) réalisait la diagonale parfaite depuis 27° N. (© BPCE / Trophée Jules Verne 2011-2012)

 

 

Une dernière chose n’ayant rien à voir avec le Pot-au-Noir… si ce n’est que cela permettrait de l’éviter en beaucoup de circonstances. Dans le Voyage [de] Marchand, au-delà des détours climatologiques, Fleurieu souligne que son rapide tour du monde est moins dû aux qualités de son bâtiment, médiocre marcheur, qu’à la qualité de sa trajectoire suivant les routes les plus courtes, grâce à une excellente navigation astronomique. Néanmoins, en couvrant 42 984 milles (il s’agit d’une circumnavigation beaucoup plus longue qu’un “ simple ” tour de l’Antarctique ajouté à un aller-retour en Atlantique), il fait le double de la circonférence de la terre à l’équateur (21 600 milles, chiffre cité par Fleurieu en lieues marines soit 7 200 lieues). On pourrait, ajoute-t-il, raccourcir le tour du monde de moitié en perçant un canal entre l’Asie et l’Afrique d’une part, entre les deux Amériques d’autre part.

 

Soixante ans avant le début du creusement du canal de Suez par Lesseps (et plus encore avant Panama), voici relancée une idée fort ancienne, à la mode alors que l’expédition d’Égypte de Bonaparte vient d’avoir lieu. Mais la vapeur n’est pas encore opérationnelle. Par une ironie dont l’Histoire a le secret, tandis qu’elle permettra de s’affranchir des calmes équatoriaux, l’époque de son essor sera également celle de l’adoption à la mer du vocable Pot-au-Noir. Tel sera le sujet du troisième et dernier épisode.

 

O.C.

 

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