Haiyan est-il le typhon le plus puissant jamais observé ? Questions corollaires, enregistre-t-on de plus en plus de cyclones, et ceux-ci sont-ils plus violents, en relation avec le cycle actuel du réchauffement climatique ? Comment mesure-t-on d’ailleurs cette notion de “ violence ” ? C’est ce que nous verrons dans cette nouvelle série.

 

 

Le 7 novembre 2013 à 04h25 UTC, le super typhon Haiyan, en approche des Philippines, est photographié dans le spectre visible par le satellite Aqua. Dix heures plus tard, le vent soutenu maximal en surface sera de 165 noeuds (voir définition « vent soutenu » ci-dessous) et les rafales atteindront plus de 200 noeuds, générant des vagues de 15 mètres de hauteur significative (hauteur moyenne du tiers des vagues les plus hautes observées, pendant un temps donné). La vitesse de déplacement du typhon est de 22 noeuds vers l’Ouest. (© NASA / Goddard / MODIS Rapid Response Team)

 

 

“ Ouragan ” (hurricane en anglais) est le nom générique du cyclone en Atlantique Nord, dans l’Est du Pacifique Nord (par rapport à l’antiméridien), tout le Pacifique Sud et le Sud-Est de l’océan Indien, entre Indonésie et Australie. Tandis que “ typhon ” (typhoon en anglais) est le terme retenu dans l’Ouest du Pacifique Nord (où la Météo japonaise est performante) et que “ cyclone ” (hurricane en anglais) est employé dans le Sud-Ouest de l’océan Indien.

 

L’homme – qui a besoin de classer – le fait en la matière comme pour l’hydrographie. La subdivision géographique des appellations cycloniques et les nuances liées à la force du vent varient ainsi suivant les bassins océaniques (le tableau proposé par le lien précité confirme implicitement que Haiyan peut clairement être qualifié de “ super typhon ”). Dans tous les cas, quelle que soit la répartition mondiale (www.voilesetvoiliers.com vous en avait montré une belle carte de synthèse ici et une impressionnante image satellitaire de Haiyan là), cela recouvre un même phénomène… bien souvent baptisé “ cyclone ” en français, de façon générique, à commencer par l’Atlantique.

 

 

De Mindanao (au Sud) à Luzon (au Nord), l’archipel des Philippines constitue une barrière contre le Pacifique sur 800 milles en latitude. Notez l’extraordinaire remontée des fonds (isobathes resserrées à l’Est des îles)  qui a renforcé la hauteur des vagues, alors que le niveau de la mer est monté de plusieurs mètres du fait de la dépression (je reparlerai de cette surcote dans un prochain article ainsi que de la pression atmosphérique dans l’oeil de Haiyan). (© MaxSea Time Zero / Olivier Chapuis)

 

 

Un petit rappel de physique simplifiée que tous les lecteurs avertis voudront bien me pardonner. Les rayons solaires étant réfléchis vers l’espace ou filtrés par l’atmosphère, une partie seulement est absorbée par le sol qui la restitue. L’incidence des rayons augmentant des pôles vers l’équateur, la quantité d’énergie reçue augmente, pour une même surface, lorsque la latitude diminue. D’où les climats et les échanges thermiques qui régulent la température du globe.

 

Ces derniers sont assurés par convection, grâce aux masses d’air et aux courants marins. La régulation passe par des déséquilibres – qui peuvent être les perturbations à l’échelle synoptique ou les nuages et autres mouvements convectifs à l’échelle locale – suivis de retours à l’équilibre. Dans certains cas, ces processus prennent des proportions extrêmes. Aux latitudes intertropicales, ce sont notamment les cyclones. Ils permettent de dissiper le trop-plein de chaleur des zones chaudes.

 

Si l’inertie thermique de la mer est importante, l’océan est néanmoins capable d’emmagasiner beaucoup d’énergie, aux basses latitudes, sous l’effet de la forte incidence des rayons solaires. Lorsque sa température de surface dépasse 27 °C, tandis que survient au-dessus, de l’air relativement froid, générant une très forte instabilité dans de l’air déjà très humide (dû notamment à une forte évaporation), les conditions de la formation d’un cyclone sont réunies.

 

D’énormes cumulonimbus se forment ainsi au-dessus de l’océan. Ils transportent la chaleur en altitude par convection. La forte humidité y assure une condensation qui libère de la chaleur. D’où un gradient de pression d’origine thermique, entre l’extérieur et l’intérieur du nuage. Ainsi naît une dépression à centre chaud. Sous l’effet conjugué de la force de Coriolis, un tourbillon se forme au coeur de la colonne nuageuse, créant une importante force centrifuge, compensée par une nouvelle baisse de pression, d’origine dynamique, encore plus forte.

 

 

Haiyan est encore sur le Pacifique : la Papouasie/Nouvelle-Guinée est au Sud-Est (en bas à droite de l’image) et la philippine Mindanao est la grande île juste à l’Ouest-Sud-Ouest de l’oeil du typhon. Pour donner l’échelle, l’équateur tangente la côte Nord de la Nouvelle-Guinée tandis que le 20° N passe juste au-dessus de l’île philippine de Luzon en haut à gauche de l’image (où l’on aperçoit la pointe Sud de Taiwan). Parallèles et méridiens étant ici gradués tous les 5°, Haiyan couvre ainsi 1 200 milles en latitude et quasiment autant en longitude ! Dans le mauve (environ 600 milles Nord/Sud) autour de l’oeil, la température au sommet des cumulonimbus est de -63° C selon cette image infrarouge. Les orages et les précipitations y sont d’une intensité considérable. (© NASA / JPL / Ed Olsen)

 

 

Le problème est que si on sait parfaitement identifier les conditions permettant leur création, on ne peut pas encore prévoir les cyclones à l’avance. Mais on en suit la formation puis la trajectoire ce qui n’est déjà pas si mal par rapport à l’époque d’avant les satellites ! Cela commence par une dépression tropicale (maximum du vent moyen – notion qui connaît une variante importante en matière cyclonique aux États-Unis, voir ci-dessous – inférieur à 34 noeuds) laquelle peut devenir une tempête tropicale (maximum du vent moyen entre 34 et 64 noeuds) puis un cyclone (maximum du vent moyen supérieur à 64 noeuds, voir ci-dessous pour le vent moyen).

 

Seules ces deux dernières catégories constituent les phénomènes cycloniques baptisés, selon la terminologie définie pour la zone intertropicale. Ils sont désignés par un prénom, suivant l’ordre alphabétique au cours de chaque saison dans un bassin océanique donné, et complétés par l’alphabet grec lorsque leur nombre dépasse 26 dans l’année. En philippin, Haiyan signifie Yolanda (ce qui n’est pas un cadeau pour les femmes portant ce prénom). La liste des noms d’ores et déjà prévue pour les prochaines années a été établie – pour les seuls bassins océaniques relevant des États-Unis – par le National Hurricane Center (NHC) de la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA).

 

Quant à l’intensité des cyclones, elle est mesurée par différentes échelles dont la plus connue est celle de Saffir-Simpson (mise au point en 1971, pour ceux touchant les eaux américaines de l’Atlantique et du Pacifique, îles comprises, par les ingénieurs Saffir et Simpson, celui-ci étant à l’époque directeur de la NHC). Celle-ci les classe en cinq catégories, selon la force du vent et les dommages qu’il peut causer (le site de la NHC propose à cet égard une animation édifiante).

 

 

Le 8 novembre 2013 à 05h10 UTC, le super typhon Haiyan passe sur le coeur de l’archipel de Philippines, toujours photographié ici dans le spectre visible par le satellite Aqua. De Mindanao (au Sud) à Luzon (au Nord), ce sont 800 milles qui sont affectés par la masse nuageuse colossale et 700 milles vers l’Ouest en direction de l’Indonésie et de la Malaisie (en bas à gauche de l’image, la frontière étant tracée ici). La plus touchée est l’île de Leyte (en bas à gauche à l’intérieur du tracé rouge) tandis que Samar (l’île occupant tout l’Est du tracé rouge) a été la première frappée par Haiyan. (© NASA / Goddard / MODIS Rapid Response Team) 

 

 

Il ne s’agit pas ici du vent moyen tel qu’on l’utilise dans la plupart des pays pour tous les documents météorologiques en surface (c’est-à-dire au niveau moyen de la mer, Mean Sea Level Pressure en anglais, Surface en américain), suivant les recommandations de l’Organisation météorologique mondiale (OMM). Celui-ci est le vent moyenné sur dix minutes à dix mètres de hauteur. Or, Saffir-Simpson utilise le sustained wind (“ vent soutenu ”) qui est le vent moyenné sur une minute.

 

La catégorie 1 regroupe ainsi les cyclones dont le vent soutenu est entre 119 et 153 km/h (arrondi à la fourchette 64-82 noeuds), la catégorie 2 entre 154 et 177 km/h (83-95 noeuds), la catégorie 3 entre 178 et 208 km/h (96-112 noeuds), la catégorie 4 entre 209 et 251 km/h (113-136 noeuds) et la catégorie 5 au-dessus de 252 km/h (137 noeuds).

 

Les variations d’arrondis entre les unités viennent de la liste officielle, laquelle a été révisée en 2012 par les États-Unis ; d’où les limites légèrement différentes avec le tableau de Météo-France. Quoi qu’il en soit, la catégorie 5 est celle des “ super cyclones ”. Haiyan y appartient, bien sûr, comme nous le verrons dans les prochains épisodes.

 

O.C.

 

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