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Monthly Archives: avril 2014

Zéro initial (1/2)

Par

 

Un kilo sept, ça peut paraître déraisonnable pour une monographie. Mais quand on aime on ne compte pas. C’est donc le poids de l’ouvrage que publie Alain Coulomb aux Presses des Ponts. Il est intitulé Le marégraphe de Marseille. Son sous-titre souligne l’importance des applications : De la détermination de l’origine des altitudes au suivi des changements climatiques, 130 ans d’observation du niveau de la mer.

 

 

Le marégraphe de Marseille : 1,70 kilo, 240 X 170 millimètres, 640 pages, 90 euros (la passion a quand même un prix…). (© Presses des Ponts)

 

 

On l’a compris, il s’agit d’un travail pointu. Son auteur n’est pas pour rien directeur du département en charge du Nivellement général de la France au sein de l’Institut national de l’information géographique et forestière (IGN). À ce titre, il est responsable de la surveillance du niveau de la mer à Marseille, avec le Service hydrographique et océanographique de la Marine (SHOM). Mais on peut être ingénieur divisionnaire des travaux géographiques et cartographiques de l’État et apprécier les pointus.

 

Si bien que le livre, illustré d’assez nombreuses images (hélas bien petites), est écrit de façon claire et accessible à tous. Mieux, Alain Coulomb n’est pas seulement imprégné du sujet, il est visiblement tombé sous le charme de son environnement. Je laisserai aux lecteurs le plaisir de découvrir absolument tout ce qui concerne l’histoire de la mesure du niveau de la mer à Marseille et ses conséquences sur celle du relief terrestre de la France, autrement dit sur le nivellement et sur le long flottement du zéro topographique. Pour n’en rien déflorer, c’est d’un autre zéro que je vais parler ici… aux antipodes hexagonaux de Marseille.

 

À la demande de l’Académie des sciences, une série d’observations de marée avait été réalisée dans le port de Brest dès le début du XVIIIe siècle, pendant six années consécutives. Les résultats furent publiés ultérieurement par l’astronome Joseph-Jérôme Le Français de Lalande (1732-1807). En pleine Terreur, Thévenard supervisa des mesures ordonnées par le ministre Monge, conseillé par Lalande.

 

 

C’est au pied du château – au fond à gauche sur cette Vue de l’intérieur du port de Brest par Jean-François Hue (1793) – , qu’est placée en 1806 l’échelle de marée. Mais comme le dénoncera Laplace, les mesures se déplaceront malheureusement dans le port… (© Musée national de la Marine)

 

 

Sous l’Empire, c’est l’astronome, mathématicien et physicien Pierre-Simon de Laplace (1749-1827) qui prie à son tour “ le gouvernement, d’ordonner à Brest, une nouvelle suite d’observations, pendant une période entière du mouvement des noeuds de l’orbite lunaire. ” Elles démarrent le 1er juin 1806 et ne cesseront plus jusqu’en juillet 1815.

 

À propos de ces observations, Laplace écrit dans son ouvrage Sur le flux et le reflux de la mer (1815) : “ Elles laissent encore beaucoup à désirer. Elles ne se rapportent ni au même endroit du port, ni à la même échelle. Les observations des cinq premières années ont été faites au lieu qu’on nomme la Mâture. Les autres l’ont été près du bassin. J’ai reconnu que ce changement n’a produit que de très légères différences. Mais il eût mieux valu sans doute faire toutes les observations au même endroit, et sur la même échelle. Il est temps, enfin, d’observer ce genre de phénomènes, avec le même soin que les phénomènes astronomiques. ”

 

 

Cet extrait provient d’une page du cahier de levés de Charles-François Beautemps-Beaupré, lors de la reconnaissance du mouillage de la Chambre, le 11 septembre 1829, à Bréhat. Le croquis du haut figure les échelles de marée qui restent en place d’un équinoxe à l’autre, afin de déterminer le point le plus bas auquel parvient le niveau de la mer en ces lieux. Celui du bas montre notamment l’emplacement des balises placées à terre pour les relèvements des roches et des points de station des sondes. Ces croquis sont faits à la mine de plomb, et non à l’encre, afin de ne pas souffrir d’éventuels embruns. Notes et dessins sont destinés à mémoriser tous les éléments nécessaires aux constructions des plans, mais aussi à alimenter les légendes des cartes et les futures Instructions nautiques, notamment en toponymes. Enfin, cette feuille illustre bien que dans les redoutables parages de Bréhat, comme dans la plupart des autres points des côtes de France, le balisage principal et secondaire découle directement des levés des ingénieurs hydrographes (en l’occurrence de l’emplacement de leurs signaux géodésiques). Ici, les bâtiments de commerce venant de l’Ouest pour Saint-Brieuc, Saint-Malo et Granville disposent désormais d’un chenal praticable, de jour comme de nuit, avec le courant de flot (ou de jusant à l’inverse) permettant d’éviter les innombrables roches isolées et les très dangereux plateaux des Roches-Douvres et des Minquiers. (© Olivier Chapuis, À la mer comme au ciel, Presses de l’université de Paris-Sorbonne, 1999)

 

 

Les travaux de Laplace sur les marées (découlant de ses recherches sur la mécanique céleste) n’empêchent évidemment pas une part d’empirisme, lorsqu’il s’agit d’observer en permanence et sur une longue période, une échelle graduée en un lieu donné, afin de déterminer le point le plus bas auquel les eaux sont parvenues. Ainsi, le zéro observé sur l’échelle de marée du port de Brest est retenu en 1816 comme zéro initial des côtes occidentales de France, autrement dit comme zéro hydrographique.

 

Dans les années suivantes, au fur et à mesure de la progression des ingénieurs hydrographes, chaque portion de littoral dispose de son propre zéro, correspondant aux plus basses mers d’un port de référence de la région. Ces zéros ont fait l’objet de corrections ultérieures, y compris récemment comme je l’ai rappelé dans notre dossier “ Coup de chaud sur le climat ? ” (Voiles & voiliers n° 518, avril 2014). Mais, pour suivre l’évolution du niveau moyen de la mer, il est quand même plus facile de le mesurer en un lieu où la marée se fait beaucoup moins sentir. En Méditerranée, plus précisément à Marseille, vous l’aviez compris.

 

O.C.

 

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So long Lord

Par

 

Le romantisme n’est pas mort, l’une de ses icônes a trépassé. Il y a cent quatre-vingt-dix ans, le 19 avril 1824, succombait Lord Byron à Missolonghi. Le poète était venu prêter main forte aux Grecs dans leur Guerre d’indépendance, lesquels n’en finissent pas de lui en savoir gré. Il ne devait pas résister aux fièvres des marais, sis à quelques milles d’un autre lieu symbolique, Lépante. La ville lui survécut deux ans avant de tomber aux mains des Ottomans et d’entrer dans l’Histoire et en art. Le charme ne s’est jamais rompu.

 

 

La baie d’Oxia, face au delta de l’Akheloos – à l’entrée Nord du golfe de Patras -, est à une quinzaine de milles dans l’Ouest de Missolonghi. (© Olivier Chapuis)

 

 

 

Une côte basse et marécageuse au pied de la montagne : tel est le littoral de Missolonghi. Notez le calme à la côte qui correspond d’ailleurs à une zone de hauts-fonds. (© Olivier Chapuis)

 

 

 

Le long chenal d’accès à Missolonghi traverse une vaste lagune. (© Olivier Chapuis)

 

 

 

Le chenal est bordé de maisonnettes et de cabanes de pêcheurs. (© Olivier Chapuis)

 

 

 

Missolonghi (cercle rouge) est sur la rive Nord du golfe de Patras (donnant lui-même accès au golfe de Corinthe, plus à l’Est que la carte), face à la grande île de Céphalonie en mer Ionienne (échelle : la diagonale couvre 95 milles). (© MaxSea Time Zero / Olivier Chapuis)

 

 

 

Lord Byron sur son lit de mort, huile sur toile de Joseph-Denis Odevaere (1826). À l’antique, forcément. (© Musée de Groningue, Bruges)

 

 

 

Si la chaleur peut y être étouffante en été, Missolonghi n’est plus insalubre comme au XIXe siècle. (© Olivier Chapuis)

 

 

 

Gare aux hauts-fonds qui bordent le chenal dont le balisage est parfois à fleur d’eau… (© Olivier Chapuis)

 

 

 

… Certains n’y ont pas résisté. (© Olivier Chapuis)

 

 

 

Un vaste plan d’eau enfoncé dans les terres. La marina de Missolonghi offre un excellent abri et sert de lieu d’hivernage à nombre de voiliers. (© Olivier Chapuis)

 

 

O.C.

 

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