C’est une réalité qu’il est impossible d’ignorer lorsqu’on navigue en Méditerranée. Dans l’ombre de l’Italie submergée par les migrants, essentiellement économiques, la Grèce fait face depuis le début de l’année 2015 à un afflux de réfugiés fuyant principalement la guerre en Syrie.

 

 

Dans l’île de Samos (Sporades de l’Est), aux confins orientaux de la mer Égée face à la Turquie. Des dizaines de gilets de sauvetage laissés à l’ombre d’une pinède par des migrants arrivés dans des conditions précaires. En témoignent les innombrables vêtements trempés qui ont été abandonnés là, y compris de précieuses chaussures de marche. Pourtant, la route sera encore terriblement longue et semée d’embûches jusqu’à l’Europe de l’Ouest ou du Nord en passant par les Balkans (Macédoine, Serbie) puis la Hongrie. (© Olivier Chapuis)

 

 

L’Agence des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR) en recense désormais plus de 1000 par jour pour un total de 77 100 personnes entre le 1er janvier et le 3 juillet 2015, dont 60 % de Syriens et 40 % d’Afghans, d’Irakiens, d’Érythréens et de Somaliens.

 

Pas une île grecque de l’Est de la mer Égée – parmi celles situées juste en face des côtes turques – qui ne reçoive son lot quotidien de migrants ayant tenté qui une traversée sur un engin de fortune, type pédalo ou pneumatique de plage, qui via des passeurs.

 

Et cela se termine parfois très mal, comme le 7 juillet dernier, lorsqu’un bateau a chaviré au Sud de l’île d’Agathonisi avec 40 personnes à bord dont 5 n’ont pas survécu avant l’arrivée des secours organisés par les Grecs et les Turcs, 19 autres ayant été portées disparues.

 

 

Un pédalo à demi submergé sans aucune trace de vie alentour, à vingt milles de la côte turque, au Sud de l’île grecque d’Agathonisi (entre les Sporades de l’Est et le Dodécanèse). Un cas de plus en plus fréquent malgré les moyens déployés par la Grèce. (© Olivier Chapuis)

 

 

Les passeurs n’appartiennent pas nécessairement à un réseau mafieux tant il est évident que nombre d’individus se reconvertissent dans ce nouveau métier en plein boom. Les voiliers de plaisance n’échappent d’ailleurs pas à cette activité d’autant plus lucrative que les bateaux font ici de multiples allers-retours, de jour comme de nuit, sur des distances infiniment plus courtes qu’en Méditerranée occidentale, allant d’à peine plus d’un mille à guère plus d’une dizaine.

 

De toutes ces îles, ce sont ainsi des centaines de personnes qui embarquent chaque jour vers le Pirée, débarquant à Athènes au coeur d’un pays en proie à la crise que l’on sait. Les chiffres officiels communiqués le 9 juillet dernier par le Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) donnent le vertige, témoignant que la Grèce n’est encore confrontée qu’au trop-plein débordant d’une Turquie aux premières loges.

 

Sur près de 22,5 millions de Syriens en 2011 – au début de la répression des manifestations par le gouvernement de Bachar el-Assad -, plus de 4 millions ont aujourd’hui fui leur pays. L’exode s’accélère à cause de Daech, 1 million d’habitants ayant gagné l’étranger dans les 10 derniers mois.

 

 

Échantillons d’embarcations plus ou moins improbables saisies par les coast-guards de Samos. Notez le pneumatique de plage. Quelques voiliers de plaisance ont également été confisqués aux passeurs. (© Olivier Chapuis)

 

 

L’ONU y voit ainsi “ la plus importante population de réfugiés générée par un seul conflit en une génération ”, situation inédite depuis vingt-cinq ans, sans compter les 7,6 millions de personnes déplacées à l’intérieur de la Syrie. Au total, un Syrien sur deux ne vit plus chez lui tandis que la guerre aurait fait plus de 230 000 morts depuis mars 2011 selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH) dont 69 500 civils (parmi eux, 11 500 enfants).

 

À elle seule, la Turquie accueille 45 % des réfugiés syriens, soit 1,8 million, le Liban en recueillant 1,17 million, la Jordanie 630 000, l’Irak 250 000, l’Égypte 132 000 et l’Afrique du Nord 24 000. Plus de 270 000 demandes d’asile déposées en Europe par des Syriens ne sont pas inclues dans ces statistiques.

 

 

Tous les jours, les coast-guards grecs sauvent des dizaines de personnes. Comme celles parvenues saines et sauves dans les îles par leurs propres moyens ou par le biais des passeurs, elles sont enregistrées par la police locale avant d’être dirigées vers les ferries qui rallient le Pirée. Athènes en crise marque le début d’une nouvelle traversée, celle de l’Europe, après celle de la Syrie en guerre et celle de la Turquie. Sans doute parce que les conditions de ces traversées sur des petits bateaux restent dures (embarquements et débarquements dans l’eau), nombre de réfugiés sont des hommes entre 15 et 35 ans : ils sont les plus visés par les enrôlements des différents camps et beaucoup d’entre-eux ont vraisemblablement déjà combattu. Même s’il n’est pas impossible que d’anciens membres de Daech (voire des membres toujours actifs) se cachent dans la masse, on ne peut rester insensible à la volonté de ces jeunes d’échapper à un pays détruit et au fanatisme quand d’autres jeunes quittent l’Europe pour faire le chemin inverse. (© Olivier Chapuis)

 

 

La Commission européenne propose d’accueillir sur deux ans 60 000 demandeurs d’asile syriens (et érythréens fuyant la dictature en Érythrée), sur lesquels la France en recevrait… 9 127. Même si le contexte n’est guère favorable pour le dire, comment ne pas souligner que c’est une goutte d’eau pour un continent et notre pays dont l’histoire est aussi faite d’exodes tragiques ?

 

O.C.

 

Pour commenter un billet, lorsque vous êtes dans le défilement du blog, cliquez sur Commentaires en bas à droite de l’article concerné. Dans la lecture d’un billet en particulier, utilisez directement l’espace Commentaires au bas de celui-ci. Les commentaires sont librement ouverts à tous.

Pour rechercher des mots dans ce blog, utilisez la commande Recherche en haut à droite de l’écran. Ce moteur de recherche est indépendant de celui du site www.voilesetvoiliers.com.