Deux kilos six, 330 X 250 mm, 400 pages, plus de 300 oeuvres inédites (contrairement aux autres chiffres, je ne les ai pas comptées, je cite ici l’éditeur), 39,90 euros. Retour à Tombouctou, remarquablement mis en page et imprimé sur d’excellents papiers, arrive en librairie ce 29 octobre, sous une belle reliure de carton rouge et une jaquette sublime. Une fois n’est pas coutume, la quatrième de couverture résume bien le propos : « Reprendre le fil de l’histoire de ces peuples touaregs, arabes, songhay, arma et peuls que j’ai bien connus et tant aimés au siècle passé. Retourner au Mali, partir en Mauritanie, au Niger, au Burkina Faso où ils sont réfugiés par centaines de milliers. Pour comprendre moi-même et ainsi mieux dépeindre une situation dramatique qui se répète comme si les balbutiements de la destinée étaient la marque du genre humain. » (© Titouan Lamazou, Retour à Tombouctou, Gallimard 2015)

 

 

Alertez les bébés. Ceux désormais à la barre, dans le sillage de l’aîné qui les a fait rêver. Et tous les autres, qu’ils portent un joli prénom venu du Rif marocain ou qu’ils suivent simplement la carrière de l’artiste. Titouan Lamazou, le vainqueur du premier Vendée Globe, sort un nouveau livre.

 

 

Ici au portrait d’Assietou welet Mahandou (image suivante), Titouan Lamazou (60 ans l’été dernier) maîtrise des techniques aussi différentes que le dessin (essentiellement à la mine), l’acrylique (parfois mélangée au sable) mais aussi la gouache et le pastel, le tout sur papier, l’huile sur papier ou sur toile, la photographie, le mélange de ces deux dernières, etc. (© Titouan Lamazou, Retour à Tombouctou, Gallimard 2015)

 

 

Mais attention, hein, pas une énième déclinaison de ses portraits de femmes. Ils avaient fini par me lasser un peu, comme ces ouvrages sur les phares encombrant les librairies à chaque retour des guirlandes dans les arbres exfoliés de nos villes (je parle des mauvais, il y en a des bons).

 

 

Invitation au voyage, le visage est un paysage sous le pinceau de Titouan. Assietou welet Mahandou, 2013. Kel Doukaray, région de Tombouctou. Acrylique sur papier, 56 X 43 cm. (© Titouan Lamazou, Retour à Tombouctou, Gallimard 2015, p. 15)

 

 

Non, un superbe livre bilan pour lui-même et pour ce Mali qu’il avait connu avant l’islamisme et la guerre. Et dont les habitants ont essaimé alentour, de la Mauritanie et des confins de cet Atlantique que le marin a tant sillonné, jusqu’au Niger et au Burkina Faso. Réfugiés en des camps qui deviennent villes à force d’être provisoires, villes bidon, bidonvilles.

 

 

Les chercheurs d’or, 2014. Agadez, Niger. Huile et photographie sur toile, 62 X 95 cm. (© Titouan Lamazou, Retour à Tombouctou, Gallimard 2015, p. 252-253)

 

 

Et Titouan, soulignant l’effort considérable consenti par ces deux derniers pays, d’ajouter : “ Au même moment, des migrants envahiraient, paraît-il, le territoire de notre Union européenne comptant plus de 500 millions de ressortissants, comparativement beaucoup mieux nantis que les habitants du Sahel. En regard de l’accueil des réfugiés au Sud, l’affolement général des décideurs au Nord de la Méditerranée prêterait à rire. Seulement, leurs mesures, sécuritaires plutôt qu’humanitaires, faisant du migrant un clandestin, ont des conséquences tragiques. L’Europe, et spécialement la France, semble ignorer les responsabilités qui lui incombent. Après notre coup de force en Libye, nous ne sommes pas étrangers à la déstabilisation de toute la sous-région et à l’afflux de déplacés tous azimuts. ” (page 206)

 

 

Bataysa welet Ehya, 2015. De retour de Saagniognogo. Chez Haloulou ag Agali (oncle de Mohammed Ali et Aïcha). Acrylique et huile sur papier, 73 X 104 cm. (© Titouan Lamazou, Retour à Tombouctou, Gallimard 2015, p. 334-335)

 

 

Ralentis ta vie, prends ton élan. Titouan a repris le fil de la sienne et de tous ceux qu’il avait visités. Que vous dire d’autre, sinon que moi qui n’y suis jamais allé, je suis retourné à Tombouctou avec Lamazou.

 

O.C.

 

 

Au large de Tombouctou (Mali) en 2014, sous la protection de l’opération française Serval. L’ouvrage comporte des annexes très intéressantes par des historiens, des géographes, des anthropologues, des linguistes et des musicologues, notamment sur les Touaregs et le mythe qu’ils incarnent en Occident mais aussi sur l’Azawad (Nord Mali) et son mouvement de libération, très présents dans le livre. Dommage que les échelles ne figurent pas sur les cartes joliment dessinées : elles sont ainsi amputées d’une donnée essentielle à la compréhension de ces espaces immenses. (© Titouan Lamazou, Retour à Tombouctou, Gallimard 2015)

 

 

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Made in China (sous la tente de réfugiés), 2013. Camp UNHCR de Mentao, Burkina Faso. Huile sur toile, 104 X 146 cm. Il y a du Gauguin ici comme on trouve un hommage à Van Gogh dans les quatre versions de La nuit étoilée à Tiguidit. (© Titouan Lamazou, Retour à Tombouctou, Gallimard 2015, p. 68-69)