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Monthly Archives: janvier 2016

Dans les Annales

Par

 

Il y a deux cents ans, en janvier 1816, naissait la première revue nautique française, les Annales maritimes et coloniales. On la doit à Louis-Marie Bajot (1775-1855 environ). Grâce à son initiative, cet administrateur sera chargé des bibliothèques de la Marine dès 1821. Il sera officiellement nommé conservateur de celle du ministère, en 1837, en cet Hôtel de la MarineMaupassant s’ennuiera tant, entre la rue Royale et la place de la Concorde. L’état-major vient d’en partir pour Balard. Bajot y supervisera toutes les autres bibliothèques de la Marine et des Colonies en France, avant d’en être promu conservateur général en 1843. Il sera mis à la retraite en 1848.

 

La revue se composait d’emblée de deux volumes in-octavo par année. Le premier en était la “ partie officielle ”, publiée annuellement jusqu’au 31 décembre 1847, date de la dernière parution (il y eut deux volumes officiels en 1827 et en 1830). Pour la période 1809-1815, un récapitulatif fut publié rétroactivement en 1818, faisant suite au Recueil des lois relatives à la Marine et aux Colonies qui avait traité des années 1789-1808.

 

 

Frontispice du premier volume (partie officielle) des Annales maritimes et coloniales paru en janvier 1816. (© DR)

 

 

Cette partie officielle des Annales maritimes et coloniales rassemble les “ lois et ordonnances royales, règlements et décisions ministérielles ”. Elle constitue un instrument irremplaçable pour toute recherche relative aux législations et réglementations concernant la marine au sens large, dans la première moitié du XIXème siècle. Des tables récapitulatives en ont été publiées, en 1843, pour la période 1809-1841, et en 1851, pour les années 1842-1847. À partir de 1848, la partie officielle des Annales maritimes et coloniales sera remplacée par le Bulletin officiel de la Marine.

 

Mais c’est surtout la partie non officielle des Annales maritimes et coloniales que l’on peut considérer comme la première véritable revue nautique française diffusée à l’échelle nationale. Pendant toute la première moitié du siècle, elle dispense de l’information maritime en général – d’un point de vue “ encyclopédique ” selon le souhait de son rédacteur -, et des renseignements pour la navigation en particulier, tels que des Instructions nautiques ou des Avis aux navigateurs.

 

Même si les articles ne sont pas des communications du gouvernement (contrairement à la partie officielle), l’État encourage la diffusion de la partie non officielle auprès des navigateurs de la Marine marchande et de la pêche, par le biais des chambres de commerce en France et des consuls de France à l’étranger. Outre des récits maritimes – que l’on pourrait assimiler au “ Ça vous est arrivé ” de Voiles et voiliers et dont j’ai déjà donné des extraits à propos d’un orage dantesque -, les mutations scientifiques et techniques constituent l’essentiel des sujets (y compris les plus triviales comme le branle-bas). Ils fournissent des indications précieuses, non seulement sur le développement des théories et des pratiques par les élites, mais aussi sur leur utilisation par la masse des marins.

 

 

Le tout premier article du premier volume de la partie non officielle des Annales maritimes et coloniales de janvier 1816 est la reproduction des Instructions du génial et considérable Fleurieu à Lapérouse, datées du 26 juin 1785. Cela témoigne du traumatisme qu’a laissé dans les mémoires la perte de l’expédition, survenue vers le 10 juin 1788. Même si Louis XVI n’a probablement pas demandé des nouvelles de Lapérouse au pied de l’échafaud, la Révolution française n’a pas effacé le souvenir de cette catastrophe nationale. (© DR)

 

 

Jusqu’au 31 décembre 1847 inclus, date de sa dernière parution, cette partie non officielle – dont la parution est mensuelle en fascicules -, se compose chaque année d’un volume in-octavo, doublé en 1822 puis triplé après 1843 (voire quadruplé ou quintuplé), soit un total de soixante-huit volumes (tables exclues). Des tables analytiques existent mais elles sont incomplètes. La première est parue en 1844, pour la période 1816-1841, et la seconde en 1851, pour les années 1842-1847.

 

À partir du 1er juillet 1843, la partie non officielle est séparée en deux sections, respectivement intitulées Sciences et arts et Revue coloniale. La première de ces sections est réactivée dès 1849 : l’éditeur Paul Dupont décide d’en reprendre le principe afin d’évoquer tout ce qui touche à la marine et à la navigation. Ainsi naissent au début de 1849 les Nouvelles annales de la Marine et des Colonies. Leur périodicité est mensuelle et les articles sont reliés en deux volumes chaque année. En 1859, elles deviennent Nouvelles annales de la Marine et revue coloniale (jusqu’en 1862) puis Nouvelles annales de la Marine en 1863-1864, l’ensemble totalisant trente-deux volumes sans table.

 

 

Dans le volume de 1828 de la partie non officielle des Annales maritimes et coloniales paraissent les toutes premières nouvelles de la découverte des restes de l’expédition Lapérouse à Vanikoro par le Britannique Peter Dillon, en septembre/octobre 1827. Quarante ans après le naufrage, le sujet passionne encore tous ceux qui s’intéressent à la mer. Nombre d’articles suivront dans les Annales maritimes et coloniales sur ce feuilleton à rebondissements qui occupe toujours la presse et l’édition de nos jours. (© DR)

 

 

Quant à la Revue coloniale, apparue à l’arrêt des Annales maritimes et coloniales, elle survit jusqu’en 1858, avant de devenir la Revue maritime et coloniale en 1861 puis, après 1896, la Revue maritime jusqu’en 1971. Ces titres successifs masquent une revue généraliste de marine.

 

Enfin, la cartographie marine est traitée, dès 1848, par les Annales hydrographiques, après l’avoir été dans la section Sciences et arts de la partie non officielle des Annales maritimes et coloniales. Une première série comprend les volumes I-XLI, de 1848 à 1878 (les Avis aux navigateurs en sont détachés en 1856). Une deuxième série va de 1879 à 1916 et comporte des volumes numérotés de I à XXXVI. Une troisième série commence en 1917 et une quatrième en 1950. Le Service hydrographique et océanographique de la Marine (SHOM) continue de les éditer aujourd’hui et l’on peut les lire en ligne ici ainsi que les sommaires de nombre des volumes d’archives des Annales maritimes et coloniales. Celles-ci ont été numérisées intégralement et j’espère que le SHOM les mettra prochainement à disposition du public dans leur totalité.

 

O.C.

 

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Vous avez dit Pacifique ?

Par

 

El Niño oblige, l’année 2015 a été celle de tous les records en matière de cyclones dans l’océan Pacifique. Depuis la mi-décembre, le phénomène est arrivé à pleine maturité sur le Pacifique équatorial, le centre de celui-ci étant tout particulièrement surveillé. Cette zone est appelée “ boite Niño 3.4 ” par les climatologues et les océanographes. L’anomalie de température de la mer en surface y a temporairement dépassé +3 °C à la fin novembre, pour une moyenne sur le mois de +2.9 °C. Alors qu’il devrait commencer à décroître, El Niño version 2015-2016 est ainsi au niveau record de l’édition 1997-1998, jusqu’ici la plus intense depuis qu’on a commencé les mesures dans les années 1950.

 

 

Cette carte montre l’anomalie de température de surface de l’océan (Sea surface temperature ou SST) pour le mois de novembre 2015, en degrés Celsius (échelle de couleur allant de -4 °C à +4 °C pour cette anomalie par rapport à la normale). El Niño est parfaitement visible dans l’Est et le centre du Pacifique, à cheval sur l’équateur. La boite Niño 3.4 sert à la surveillance du phénomène. (© Mercator Océan)

 

 

El Niño évoquait à l’origine l’incursion d’eau chaude que l’on  observa très tôt dans l’Histoire, à Noël (au solstice de l’été austral), le long des côtes du Pérou et de l’Équateur, El Niño désignant en Espagnol l’enfant Jésus. Lorsqu’on a su l’expliquer, le terme a ensuite été utilisé pour nommer plus largement le phénomène climatique correspondant au réchauffement accentué des eaux de surface le long de l’Amérique du Sud, là où agissent en temps normal les remontées d’eau froide (upwelling).

 

Celles-ci sont d’autant plus actives que l’alizé de Sud-Est est bien établi sur la face septentrionale de l’anticyclone de l’île de Pâques. Les eaux chaudes à la surface du Pacifique Sud sont alors entraînées vers l’Ouest et remplacées le long du Pérou et du Nord du Chili par des eaux venues des profondeurs. Si le phénomène est particulièrement marqué et que sévit au-dessus des eaux anormalement froides et sur la côte proche un air descendant et sec, on parle de La Niña, par opposition à El Niño.

 

Lorsque l’anticyclone de l’île de Pâques s’affaiblit, l’alizé s’essouffle voire se renverse. Les eaux chaudes de surface, réchauffant un air ascendant qui donne nuages et précipitations, refluent de l’Ouest vers l’Est. Ce phénomène qui se produit selon un cycle irrégulier allant de 2 à 7 ans, commence en milieu d’année lorsque le soleil est au zénith sur l’équateur et il peut durer de 6 à 18 mois même s’il atteint son apogée vers Noël, d’où le maintien du nom. Les derniers épisodes d’El Niño ont eu lieu en 1997-1998, 2002-2003, 2004-2005, 2006-2007, 2009-2010 et 2015-2016 en cours.

 

Si l’influence d’El Niño est planétaire – tant au niveau climatologique que météorologique -, elle est immédiate et directe sur la formation des cyclones. Lorsque la température de surface de la mer dépasse 27 °C, tandis que survient au-dessus, de l’air relativement froid, générant une très forte instabilité dans de l’air déjà très humide (dû notamment à une forte évaporation), les conditions de la naissance d’un éventuel futur cyclone sont réunies (elles le sont par le bas, contrairement à une tempête de zone tempérée qui naît, par le haut, des perturbations d’écoulement des courants-jets).

 

D’énormes cumulonimbus se forment ainsi au-dessus de l’océan. Ils transportent la chaleur en altitude par convection. La forte humidité y assure une condensation qui libère de la chaleur. D’où un gradient de pression d’origine thermique, entre l’extérieur et l’intérieur du nuage. Ainsi naît une dépression à centre chaud. Sous l’effet conjugué de la force de Coriolis, un tourbillon apparaît au coeur de la colonne nuageuse, créant une importante force centrifuge, compensée par une nouvelle baisse de pression, d’origine dynamique, encore plus forte.

 

C’est ce qui arrive avec El Niño dans la moitié Est du Pacifique Nord dont l’activité annuelle suivie par la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA) est visible ici (tandis qu’avec seulement 11 phénomènes cycloniques baptisés, la saison a été modérée en Atlantique Nord dont on peut consulter le rapport d’activité de la NOAA ici pour l’annuel et là pour les rapports mensuels, la synthèse mensuelle des deux bassins étant ici). Les eaux chaudes en surface s’étendant vers l’Est du Pacifique équatorial, les tempêtes tropicales et les ouragans se forment alors beaucoup plus à l’Est qu’en temps normal.

 

En 2015, 26 ouragans majeurs – c’est-à-dire de catégorie 3 à 5 – ont existé pour tout le Pacifique, contre 13 en moyenne chaque année. Dans sa moitié Est (par rapport à l’antiméridien), on dénombre 18 phénomènes cycloniques baptisés, dont 13 cyclones parmi lesquels 9 sont devenus des ouragans majeurs (catégorie supérieure ou égale à 3), ce dernier chiffre étant une première depuis le début des statistiques de la NOAA en 1971.

 

 

La carte 2015 des phénomènes cycloniques baptisés pour l’Est du Pacifique Nord recense 18 trajectoires, du 28 mai au 28 novembre, chacune avec la position de l’oeil à 00h00 UTC (point noir) et 12h00 UTC avec la date (point blanc). En vert, le phénomène n’est encore qu’une dépression tropicale, en jaune il est devenu tempête tropicale, en rouge il se fait cyclone (ouragan, hurricane en anglais) et en magenta ouragan majeur. (© NOAA)

 

 

Même première dans le Pacifique central où l’on compte 14 phénomènes cycloniques baptisés, dont 8 cyclones parmi lesquels 5 sont devenus des ouragans majeurs. On a même vu trois de ces derniers sévir en même temps à l’Est de la ligne de changement de date (International Date Line) ! Cela n’avait jamais été enregistré dans les archives…

 

Rappelons que sur l’échelle de Saffir-Simpson, la catégorie 1 regroupe les cyclones dont le vent soutenu (vent moyenné sur une minute) est entre 119 et 153 km/h (arrondi à la fourchette 64-82 noeuds), la catégorie 2 entre 154 et 177 km/h (83-95 noeuds), la catégorie 3 entre 178 et 208 km/h (96-112 noeuds), la catégorie 4 entre 209 et 251 km/h (113-136 noeuds) et la catégorie 5 au-dessus de 252 km/h (137 noeuds).

 

Le doublement des ouragans majeurs par rapport à la moyenne de tout le Pacifique s’explique essentiellement par la part importante prise par l’Est de celui-ci. Or, indépendamment d’El  Niño et au niveau global des zones intertropicales de la planète, on sait que le réchauffement climatique n’entraîne pas une augmentation du nombre de cyclones mais bel et bien celui des super cyclones, ceux de catégorie 5 (voir la série Cyclones et cycle, épisodes 1, 2 et 3). Le Pacifique n’a pas fini de ne plus l’être.

 

O.C.

 

 

Le 23 octobre 2015 à 01h45 UTC, le super cyclone Patricia (n° 16 de la carte précédente) est par 16° 05′ N / 106° 10′ W. Avec un oeil à 879 hPa – contre 870 hPa pour le typhon Tip qui détient toujours le record -, et un vent soutenu maximal de 174 noeuds dépassant les 168 noeuds de Tip en 1979 dans le Pacifique Ouest, Patricia qui a frappé le Mexique est le plus puissant cyclone jamais mesuré dans l’Est du Pacifique. (© NOAA)

 

 

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