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Monthly Archives: février 2017

Noir c’est noir

Par

 

Parfois, on aimerait plus de souplesse… Échoué sur les Pierres Noires, en mer d’Iroise, le 22 mai 2014, en tentant de secourir l’équipage d’un voilier en détresse, le chalutier Célacante avait été vidé de son gas-oil cinq jours plus tard mais il avait coulé par dix mètres de fond lors de la tentative de déséchouement, le 12 juillet suivant.

 

 

Le lendemain de l’échouement, le Célacante gît sur le flanc, contre les roches des Pierres Noires. (© Alain Monot / Marine nationale)

 

 

Le Parc naturel marin d’Iroise avait alors déposé au tribunal administratif une contravention de grande voirie pour occupation illicite ! La Préfecture maritime de l’Atlantique avait ensuite pris acte du coût trop élevé d’un renflouement mais avait mis en demeure l’armement Porcher de retirer les équipements polluants à l’occasion du beau temps de la mi-septembre.

 

L’armateur Jean Porcher (14 navires) n’était peut-être pas exempt de tout reproche à cet égard et le Parc était certes dans son rôle mais aurait-on voulu dissuader des marins de porter secours qu’on ne s’y serait pas pris autrement… Faute d’action de Porcher, la Marine nationale avait déclenché d’office la dépollution, le 17 septembre 2014.

 

Tout avait commencé vers 15 heures, le 21 mai précédent, à 80 milles dans l’Ouest de la pointe de Bretagne. Le Grand Soleil 43 New Nénette (13 mètres), immatriculé à Lorient et quasi neuf, mené par deux personnes dont l’une semblait peu expérimentée, avait demandé assistance après avoir cassé l’une de ses deux barres à roue dans un violent empannage, par 20 à 25 noeuds de vent.

 

Vers 16 heures, à la requête du CROSS Corsen, le chalutier Célacante de Saint-Brieuc (25 mètres, 6 hommes d’équipage) prenait le voilier en remorque et mettait le cap sur Le Conquet. À 22 heures 45, la remorque cassait et se prenait dans l’hélice du chalutier qui partait à la dérive sur les roches des Pierres Noires, à deux milles sous le vent.

 

 

Le pompage du carburant est encadré par la Marine nationale cinq jours après l’accident. (© Marine nationale)

 

 

Trois quarts d’heure plus tard, le chalutier touchait les récifs sans avoir pu mouiller. En combinaison de survie, l’équipage mettait les deux radeaux à l’eau mais l’un se retournait, les deux occupants étant hélitreuillés par un hélicoptère de la Marine nationale qui récupérait deux autres marins. Le patron et le mécanicien étaient quant à eux pris en charge par la vedette SNSM du Conquet.

 

À bord du voilier dont l’hélice était elle aussi engagée, malgré la légère blessure de l’un des deux équipiers, l’ancre avait pu crocher à temps, près d’un danger au Sud de Béniguet, grand-voile arisée encore hissée et foc partiellement déroulé, faseyants. C’est là que la vedette SNSM de Molène le prenait en remorque vers minuit, le ramenant au Conquet où l’accostage était compliqué par les voiles toujours en l’air.

 

Au final, hormis une blessure légère sur Nénette, aucun dégât humain n’était à déplorer, notamment grâce au professionnalisme des sauveteurs, Marine nationale et Société nationale de sauvetage en mer (SNSM). Mais le chalutier de cinq ans d’âge, dont l’armateur saluait le sang-froid de l’équipage, était en perte totale pour une valeur de 2 millions d’euros.

 

Le 24 février 2017, l’armement a demandé au tribunal administratif de Rennes d’annuler deux titres de perception de l’État qui réclame 122 000 euros pour le pompage du gas-oil et la dépollution du site. Le rapporteur public reconnaît la qualité de “ collaborateur occasionnel du service public ” de l’armateur car le Célacante est intervenu à la demande du Centre régional opérationnel de surveillance et de sauvetage (CROSS).

 

 

Le Célacante n’a pas résisté à la tentative de déséchouement du 12 juillet 2014. (© Marine nationale)

 

 

Mais Kafka s’en mêle puisque juridiquement, Porcher doit payer ses créances vis-à-vis de l’État… même s’il fait ensuite une demande pour son préjudice. Et l’avocat de l’armateur de déplorer que son client soit “ traité comme un délinquant ”, tout en pointant ce qu’il estime être un “ désengagement croissant de l’État dans les secours en mer ”.

 

“ Lorsque l’État est défaillant, ceux qui assurent le service public à sa place ne peuvent avoir de créance envers lui ” ajoute le défenseur. La décision du tribunal a été mise en délibéré. Si l’armateur est condamné, y aura-t-il encore de l’espoir pour la solidarité des gens de mer ?

 

O.C.

 

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Minute !

Par

 

Elles ne représentent pour l’instant “que” dix pour cent du fonds papier du Service hydrographique et océanographique de la Marine (SHOM), lequel est évalué à… cent mille documents cartographiques. Dix mille archives datant de la fin du XVIIIème siècle à nos jours, couvrant non seulement la France métropolitaine mais aussi nombre de régions du monde, ont été numérisées dans le cadre du projet ARCHIPEL (Archives patrimoniales en ligne). Soit 3 300 cartes marines et 6 700 minutes hydrographiques (brouillons intermédiaires puis définitifs de la carte), nombre de ces dernières ayant été dressées sur des papiers extrêmement fragiles (calques notamment) qui en rendent la manipulation délicate.

 

Ces documents sont désormais accessibles gratuitement à tout un chacun. Pour y accéder, il faut aller sur data.shom.fr (ou sur l’espace Diffusion du SHOM) et sous l’onglet Données, sélectionner les Archives des minutes hydrographiques et des cartes marines. On verra dans le pas à pas suivant que ce n’est hélas pas d’une ergonomie aussi remarquable que sur le site Remonter le temps que j’avais présenté dans mon article Palimpsestes. Mais avec de la méthode, on peut disposer une fois pour toutes des documents sur son ordinateur.

 

J’ai passé des années avec ces sources aux Archives nationales, à la Bibliothèque nationale de France ou à l’EPSHOM, avec l’incomparable bonheur des sens que procure le papier ancien. Je ne vais donc pas bouder mon plaisir de pouvoir consulter désormais ces documents de travail sinon en ligne, du moins sur écran. Et même si l’installation demande quelques manipulations initiales, on n’est pas à une minute près !

 

 

Sur data.shom.fr, dans l’onglet Données, ouvrir la ligne Archives et sélectionner Archives minutes hydrographiques anciennes et Archives des cartes marines anciennes. (© SHOM)

 

 

 Zoomer dans la carte du monde pour afficher la zone souhaitée et visualiser les couches de données disponibles que l’on peut afficher ou non en utilisant l’icône Oeil dans le menu de gauche, pour chacune des catégories de données. (© SHOM)

 

 

Afin de visualiser les documents disponibles – qui ne le sont hélas pas directement dans data.shom.fr contrairement à Géoportail ou au site Remonter le temps de l’IGN -, cliquer dans la carte (point rouge) et utiliser la commande Interroger la couche (pour les minutes dans l’exemple ci-dessus). On aperçoit ici un fragment de la minute définitive de Beautemps-Beaupré pour les levés de Belle-Île au 1 : 14 400 en 1819. Figurent en effet les métadonnées associées (informations sur les documents : zone géographique, échelle, date, auteurs…), loin d’être complètes et nécessitant de se reporter, pour plus de précisions, aux catalogues ou aux études spécialisées, comme mon livre À la mer comme au ciel. Dans le cas présent, cette minute définitive date en réalité de la décennie 1850 pour sa mise au net. Le format en est considérable puisque le moindre fragment en mesure 248 X 195 centimètres. (© SHOM)

 

 

Même interrogation (par la commande de gauche) pour la couche cartographique proprement dite, c’est-à-dire les cartes publiées après réduction des minutes au format de publication (grand-aigle par exemple) en une minute définitive, gravure du cuivre d’après celle-ci, puis impression. (© SHOM)

 

 

Pour télécharger les archives concernant Belle-Île, un clic en haut à gauche de celle-ci et un autre en bas à droite définissent la zone de requête. Il y a 20 paquets d’archives disponibles pour la zone. Il suffit de répondre Oui puis d’entrer son adresse mél sans inscription préalable. (© SHOM)

 

 

Le mél automatique propose la liste des liens à cliquer pour télécharger les paquets correspondants identifiés par leurs cotes originales et leurs dates. (© SHOM)

 

 

Les paquets sont fournis dans un dossier compressé au format 7z pour lequel il faut utiliser un programme de décompression téléchargeable gratuitement, en l’occurrence 7-Zip, logiciel libre dont l’installation et l’utilisation sont immédiates et très simples. (© 7-Zip)

 

 

Les images fournies sont au format JPEG2000 (.JP2), ce qui nécessite un programme de lecture cartographique pour l’exploiter. Parmi différentes possibilités, IGNMap est téléchargeable gratuitement sur le site http://ignmap.ign.fr. Son installation ne pose pas de problème (sous Windows 7 / 64 bits en tout cas). (© IGN)

 

 

Pour ouvrir l’archive (toujours notre minute de Belle-Île, ici dans le secteur de la pointe des Poulains), il faut sélectionner Fichier/Importer une image dans IGNMap. L’avantage du format JPEG2000 (.JP2) est notamment qu’on peut zoomer dans l’image. (© IGN)

 

O.C.

 

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