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Monthly Archives: septembre 2017

Cyclones : un cycle en mode majeur

Par

 

Près de quatre ans après la série d’articles Cyclones et cycle que j’avais publiée à la suite du super typhon Haiyan, une mise à jour s’impose avec Irma. Cette série concluait qu’en dépit du réchauffement climatique il y avait moins de cyclones dans le monde mais plus de super cyclones. Cela n’a pas changé.

 

 

Ce 16 septembre 2017 à 10h50 EDT (Eastern Daylight Time : heure de la côte Est des États-Unis), 14h50 UTC, Jose qui est né… le 5 septembre ! est toujours un cyclone de catégorie 1 tandis que la tempête tropicale Lee vient de naître au Sud-Ouest de l’archipel du Cap Vert et que la tempête tropicale Maria ne devrait plus tarder à naître (croix rouge), en tant que quinzième phénomène baptisé de la saison, et pourrait menacer de nouveau les Antilles ! (© NOAA / NHC)

 

 

Elle indiquait également que si le nombre de cyclones et de jours cycloniques était en baisse sur le globe, ce n’était pas le cas sur l’Atlantique Nord qui avait connu une augmentation sur la période 1970-2005, avec une accélération entre 1990 et 2006, en dépit d’une grande variabilité. Les années 1955-2005 avaient vu un nombre moyen de phénomènes cycloniques baptisés de 10 par an, mais il pouvait varier de 2 à 27 selon les années, comme en 2005 (13 tempêtes tropicales et 14 ouragans) où, en plus des 21 prénoms prévus pour l’année, on avait dû utiliser l’alphabet grec pour les six derniers phénomènes d’une saison record (depuis 1933) qui ne s’était achevée que début janvier 2006 !

 

Cette variabilité de la saison cyclonique sur l’Atlantique Nord a continué depuis onze ans puisque selon la National Oceanic and Atmospheric Administration des États-Unis (NOAA) dont on peut consulter le tableau ici l’on a dénombré 10 phénomènes baptisés en 2006, 15 en 2007, 16 en 2008, 9 en 2009, 19 en 2010, 19 en 2011, 19 en 2012, 14 en 2013, 8 en 2014, 11 en 2015 et 15 en 2016, soit 155 en 11 ans donc une moyenne de 14.1 par an, très supérieure à la moyenne sur 1955-2005 (voir ci-dessus) et à celle de la période 1968-2016 qui est de 11.8. Cette accélération est vraisemblablement due pour une grande partie à la hausse de la température de la mer en surface (29 °C à 30.5 °C dans le cas d’Irma), elle-même liée au réchauffement climatique.

 

D’ores et déjà, la saison 2017 sur l’Atlantique Nord qui a commencé très tôt, le 19 avril (alors qu’une saison cyclonique court officiellement du 1er juin au 30 novembre mais cela n’a plus beaucoup de sens…), et qui a été réévaluée à la hausse début août par la NOAA, s’affiche comme peu banale, ne serait-ce que parce qu’on a vu conjointement pas moins de trois cyclones en activité.

 

 

Le 8 septembre 2017 à 18h00 UTC : Irma (au centre, son oeil de près de 50 kilomètres de diamètre est au Nord de la République dominicaine et au Sud des Bahamas, ce cyclone est grand comme les deux tiers de la France métropolitaine, il génère des rafales supérieures à 300 km/h (360 km/h auraient été relevés à Barbuda soit 194 noeuds !), des vagues de 12 mètres et une surcote de 3 à 5 mètres au moins selon les endroits), Jose (à l’Est de l’arc antillais qu’il va tangenter et épargner) et Katia (dans le golfe du Mexique). L’image d’une saison en mode majeur. (© Météo-France)

 

 

Cependant, le paramètre essentiel pour une comparaison pertinente est l’ACE. Pour l’expliciter, il me faut reprendre presque mot pour mot ce que j’écrivais dans le deuxième article de la série précitée : l’indice ACE (Accumulated Cyclone Energy ou Énergie accumulée d’un cyclone) est calculé en élevant au carré le vent soutenu maximal en surface ayant été relevé sur une période de six heures entre les heures synoptiques principales (00h00, 06h00, 12h00 et 18h00 UTC). Cela est répété aussi longtemps que le phénomène affiche un vent soutenu suffisant pour qu’il mérite d’être baptisé, c’est-à-dire un vent soutenu supérieur à 34 noeuds.

 

Rappelons que le vent soutenu (sustained wind) qui est utilisé par l’échelle de Saffir-Simpson est le vent moyenné sur une minute. Il ne s’agit donc pas du vent moyen tel qu’on l’utilise dans la plupart des pays pour tous les documents météorologiques en surface (au niveau moyen de la mer, Mean Sea Level Pressure en anglais, Surface en américain), suivant les recommandations de l’Organisation météorologique mondiale (OMM). Celui-ci est le vent moyenné sur dix minutes à dix mètres de hauteur. C’est par exemple celui des fichiers Grib.

 

Parce qu’il combine une intensité et une durée sur toute la durée de vie du phénomène, l’ACE est un indice plus pertinent que la seule force du vent, y compris pour appréhender son activité globale et son pouvoir potentiel de destruction s’il passe sur des lieux habités avec des côtes basses (très vulnérables à la surcote) et à l’aménagement du territoire hasardeux…

 

Cet indice ACE a pour unité 104 N2 (où N est en noeuds). Exemple : sur un épisode de 6 heures avec un vent soutenu maximal de 60 noeuds, cela donne 602 = 3 600 noeuds2, auquel on applique pour en simplifier la lecture un coefficient multiplicateur de 10-4,ce qui donne donc un ACE de 0.36 noeuds2. Pour l’ACE total d’un cyclone, on additionne les valeurs obtenues par tranches de six heures. Supposons que le vent soutenu maximal ait atteint 60 noeuds sur 16 périodes de 6 heures et 80 noeuds sur 8 autres périodes de 6 heures, l’ACE global serait ainsi de (0.36 X 16) + (0.64 X 8) = 5.76 + 5.12 = 10.88 noeuds2.

 

 

Irma, Jose et Katia, trois cyclones en activité conjointement sur l’Atlantique Nord ! Jose pourrait avoir un ACE assez élevé compte tenu de sa longévité (11 jours au 16 septembre !). (© NOAA / NHC)

 

 

Irma qui est le premier cyclone de l’Atlantique Nord observé avec les moyens satellitaires (c’est-à-dire depuis 1966) à être resté un peu plus de trois jours consécutifs en catégorie 5 sur l’échelle de Saffir-Simpson (vent soutenu supérieur à 137 noeuds) affiche un ACE de 67.5. Parmi ceux observés par satellite, un seul cyclone avait été plus puissant en Atlantique Nord : Ivan avec un ACE de 70.4 en 2004. Le record absolu dans le monde est le super typhon Ioke qui a sévi dans l’Ouest du Pacifique Nord du 19 août au 5 septembre 2006 avec un ACE de 82. Quant à Haiyan, il n’affichait qu’un ACE de 36.82, prouvant qu’un ACE relativement “modeste” peut être destructeur en passant au mauvais endroit (les Philippines en l’occurrence) au mauvais moment (le plus fort de son intensité comme Irma sur Saint-Martin et Saint-Barthélémy notamment).

 

L’ACE est également utilisé sur une saison entière sur un secteur donné (et sur le globe in fine) en ajoutant les indices de chaque cyclone, alors en corrélation avec le nombre de phénomènes baptisés de ladite saison (tempêtes tropicales et cyclones), leur durée et leur intensité. Là aussi, c’est plus pertinent que le simple décompte d’ouragans par bassin océanique. Pour l’Atlantique Nord, l’ACE moyen annuel sur la période 1968-2016 est de 95.4 (l’année record de l’ère satellitaire étant 2005 avec un ACE de 250). L’on voit ainsi qu’Irma a développé à lui seul 70 % de l’énergie accumulée en moyenne chaque année par tous les phénomènes baptisés de l’Atlantique des années 1968-2016 !

 

Une saison proche de la normale affiche un ACE dans la fourchette 66-111. Une saison au-dessous de la normale a un ACE inférieur à 66 et une saison au-dessus de la normale a un ACE supérieur à 111 (associés à d’autres conditions liées à l’écart à la médiane et au nombre de phénomènes classés par types qui sont à voir ici, sachant qu’un major hurricane recouvre les catégories 3 à 5 Saffir-Simpson tandis qu’on parle de super cyclone pour la seule catégorie 5 ou pour celle-ci et le haut de la catégorie 4 avec un vent soutenu supérieur à 130 noeuds). Dans le grand cycle des cyclones, il y a fort à parier que l’année 2017 sera une saison en mode majeur.

 

O.C.

 

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Irma la dure

Par

 

La saison cyclonique s’accélère en Atlantique Nord. Harvey à peine évacué, voici le cyclone Irma en approche des Antilles où il pourrait être aussi dangereux que Luis (1995 à Saint-Martin) et Hugo (1989 à la Guadeloupe). L’occasion d’insister une nouvelle fois sur les documents remarquables que le National Hurricane Center (NHC) du National Weather Service (NWS) de la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA) met à la disposition de tous (outre ses bulletins de textes non moins remarquables) :

 

 

Le 5 septembre 2017 à 02h27 EDT (Eastern Daylight Time : heure de la côte Est des États-Unis), 06h27 UTC, Irma est le seul cyclone en activité sur l’Atlantique Nord mais deux croix oranges sont d’autant plus à surveiller que celle que je vous signalais en légende de la première image de mon précédent article, au Sud de l’archipel du Cap Vert, allait donner Irma qui fut baptisé dès le lendemain, 30 août, à environ 270 milles à l’Ouest des îles précitées. Mais revenons à la présente carte : si vous cliquiez sur la croix orange en plein Atlantique par 10° N / 37° W vous verriez que cette zone de basses pressions orageuse présente 60 % de risques de formation d’un cyclone sous 48 heures. Il suivrait Irma de près. Quant à la croix orange au Sud-Ouest du golfe du Mexique, elle annonce un risque de 50 % d’une évolution en cyclone sous 48 heures ce qui serait dramatique pour la région. L’un et l’autre seraient alors baptisés Jose et Katia d’après la liste officielle consultable ici. (© NOAA / NHC)

 

 

En passant le curseur sur l’icône du cyclone, l’étiquette en donne les paramètres fondamentaux le 5 septembre 2017 à 02h00 AST (Atlantic Standard Time), 06h00 UTC : catégorie 4 sur l’échelle de Saffir-Simpson, vent soutenu maximal prévu à 125 noeuds, pression de l’oeil à 939 hPa, déplacement vers l’Ouest à 11 noeuds… (© NOAA / NHC)

 

 

Toujours pour l’avis n° 23A du 5 septembre à 02h00 AST (le n° 24 sera édité trois heures plus tard), la trajectoire prévue de l’oeil (rond noir avec lettre M pour ouragan majeur avec un vent soutenu supérieur à 110 miles par heure), avec les échéances, et du cône au sein duquel elle est susceptible d’évoluer, sur les 3 prochains jours (fond plein) et 2 jours supplémentaires (fond pointillé). Attention, cela ne représente pas l’extension du cyclone comme le précise l’avis du bandeau noir en haut (même si pour la position courante, le beige clair représente à peu près la surface de la tempête tropicale et le brun soutenu celle du cyclone. Les terres en rouge sont celles où l’avis de cyclone (ouragan) est effectif et en bleu pour l’avis de tempête tropicale (c’est le cas de la Guadeloupe ici). (© NOAA / NHC)

 

 

Sur la base du 4 septembre à 20h00 AST, cette carte montre les pourcentages de probabilités d’un vent soutenu (sustained wind) – vent moyenné sur une minute – de plus de 63 km/h correspondant à celui d’une tempête tropicale (jusqu’à 117 km/h, soit entre 34 et 63 noeuds inclus). C’est aussi ce seuil d’un vent soutenu à 34 noeuds (63 km/h) qui donne l’accès au phénomène cyclonique baptisé. La Guadeloupe était alors entre 40 % (Sud) et 60 % (Nord) de risque. (© NOAA / NHC)

 

 

La même carte que ci-dessus avec en surimpression les isochrones de la progression prévue du cyclone. (© NOAA / NHC)

 

 

O.C.

 

P.S. 05/09/17 17:30:00. Irma est passée en catégorie 5 avec un vent soutenu maximal de 155 noeuds… Et Jose est né, la croix en plein Atlantique évoquée en légende de la première image ci-dessus étant devenue une tempête tropicale qui va suivre à peu près la même trajectoire avec trois jours de décalage… et le risque qu’elle devienne aussi un cyclone… Une situation potentiellement catastrophique.

 

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