Skip to Content

Monthly Archives: novembre 2017

Rencontre du troisième type

Par

 

Son regard lumineux fixe le grand homme. De Gaulle salue Éric Tabarly, vainqueur de la Transat anglaise mil neuf cent soixante-quatre : “ Comment allez vous ? Je suis heureux de vous voir à la fin des fins et de vous féliciter de tout mon coeur ! ” L’enseigne de vaisseau de répondre “ Merci mon général ” et le chef de l’État de poursuivre : “ C’était magnifique, tout le monde a admiré ça, et cela a fait grand effet [...], je vous remercie pour tout le monde. ”. Et le skipper des Pen Duickpas encore amoureux – de réitérer : “ Merci mon général ! ”.

 

Toujours sous l’oeil clair du grand brun au troisième plan, voici de Gaulle qui – après une ultime adresse à Tabarly pour le gratifier d’un gentil “ Ça va bien ? ”, s’attirant un “ Très bien merci ”… rencontre au sommet de deux expansifs -, se penche sur le petit homme du milieu. Celui-ci ne boude ni sa fierté ni son plaisir, “ Voilà Monsieur Maupas ” reprend le Général, “ Lacombe ! ” corrige quelqu’un, “ Ah, c’est Lacombe qui a été sur son petit bateau. ” rebondit le président, et de le complimenter tout aussi chaleureusement.

 

En ce 9 janvier 1965, de Gaulle visite le Salon nautique au CNIT de La Défense, grande voile de béton posée au milieu de nulle part, à deux pas du bidonville de Nanterre, ébauche du quartier d’affaires que planifie l’aménagement du territoire. Le jour même, le journal télévisé de l’ORTF (Office national de radiodiffusion télévision française) diffusera un reportage que l’on peut encore visionner sur le site de l’Institut national de l’audiovisuel (INA).

 

 

Éric Tabarly, Jean Lacombe et Alain Maupas face au Général. (© DR)

 

 

Alain Maupas, le troisième homme de la photo, est rarement cité par la presse de l’époque. Son entretien avec le président de la République sera d’ailleurs coupé au montage du J.T. de treize heures. Pourtant, si Jean Lacombe a lui aussi disputé l’OSTAR, il le doit en partie à Maupas. Le petit bateau évoqué par de Gaulle est un Golif, le premier croiseur construit en polyester (par Jouët), conçu par Alain Maupas et quelques proches.

 

Des petits bateaux pour aller au grand large, Maupas a fait sa ligne de foi. Il est l’un des fondateurs du Groupe des croiseurs légers (1962), ce fameux GCL (qui se dissoudra en 1969 dans l’Union nationale pour la course au large, UNCL), vivier novateur dont découleront nombre de voiliers de croisière (Herbulot, Harlé, Finot et tant d’autres) et dont la Mini-Transat sera une héritière indirecte en France.

 

Cependant, c’est en tant que champion du RORC 1964 (sur Pénélope II, version polyester du Pen ar Bed II de Pierre Lemaire visible dans le film précité, comme le Golif, tous deux sur le stand Jouët, leur constructeur) – alter ego de Tabarly pour avoir dominé les Anglais -, qu’Alain Maupas est ici présenté au Général. Le 13 novembre dernier, à 89 ans, ce grand précurseur de la plaisance moderne a appareillé pour son ultime traversée.

 

O.C.

 

P.S. Intitulé Alain Maupas, le Groupe des croiseurs légers ou la course à tout prix, illustré de documents rares, un article lui avait été consacré par Éric Vibart dans Voiles & voiliers n° 416, octobre 2005, p. 118-123.

 

Pour commenter un billet, lorsque vous êtes dans le défilement du blog, cliquez sur Commentaires en bas à droite de l’article concerné. Dans la lecture d’un billet en particulier, utilisez directement l’espace Commentaires au bas de celui-ci. Les commentaires sont librement ouverts à tous.

Pour rechercher des mots dans ce blog, utilisez la commande Recherche en haut à droite de l’écran. Ce moteur de recherche est indépendant de celui du site www.voilesetvoiliers.com.

La diagonale du fou

Par

 

C’est fou comme tout a l’air facile pour ce garçon. S’attaquant à l’époustouflant record du tour du monde en solitaire, porté le 25 décembre 2016 par Thomas Coville (Sodebo Ultim’) à 49 jours 3 heures 4 minutes 28 secondes (18,35 noeuds sur la route théorique du tour du monde, 21 639 milles), François Gabart (Macif) vient d’enchaîner deux performances superbes après avoir raccourci en un rien de temps la latte numéro trois de sa grand-voile.

 

 

En jaune, la diagonale de Macif qui coupe le fromage au plus près de l’orthodromie (pointillé long) et de l’anticyclone de Sainte-Hélène, bien décalé dans l’Est. Un an auparavant, presque jour pour jour, Sodebo Ultim’ (en rouge) avait été contraint de faire le tour de la paroisse. (© Macif)

 

 

D’abord, le record des 24 heures en solo qu’il a pulvérisé avec 851 milles (sous réserve de validation par le World Speed Sailing Record Council, WSSRC) entre les après-midi des 13 et 14 novembre, soit 35.46 noeuds. Le précédent lui appartenait sur ce même bateau, depuis l’an dernier, avec 784 milles (32.67 noeuds). Mine de rien, Gabart vient de faire plus de la moitié du chemin vers le record absolu qui appartient depuis 2009 à Pascal Bidégorry et à l’équipage de Banque populaire V (aujourd’hui Spindrift) soit 908.2 milles (37.84 noeuds).

 

Ensuite, son temps entre Ouessant et le cap des Aiguilles (ou Cape Agulhas par 20° 00’ E, séparation entre l’Atlantique et l’océan Indien, voir l’article S-23 sur les délimitations officielles des mers et des océans) doublé ce 16 novembre 2017 à 08h25 (heure française) : 11 jours 22 heures 20 minutes (sous réserve de validation WSSRC). C’est tout simplement le meilleur chrono jamais réalisé puisque le temps de référence appartenait jusqu’ici à Loïck Peyron, avec l’équipage de Banque populaire V lors du Trophée Jules Verne 2011-2012, en 11 jours 23 heures 49 minutes 18 secondes.

 

 

Macif franchit la longitude 20° 00’ E du cap des Aiguilles à 08h25 (heure française) ce 16 novembre. À l’équateur, il comptait 3 heures 34 de retard sur Sodebo Ultim’ (en rouge) auquel il reprend donc près de deux jours et demi en Atlantique Sud ! Mais en traversant ce même Atlantique Sud entre l’équateur et le cap des Aiguilles en 6 jours 1 heure 35 minutes, François Gabart établit un nouveau record absolu alors que l’équipage de Banque Populaire V avait mis 6 jours 8 heures 54 minutes 8 secondes en 2011. (© Macif)

 

 

Gabart améliore ainsi ce chrono de 1 heure 29 minutes grâce à l’Atlantique Sud qu’il a coupé au plus court (VMC remarquable, proche de l’orthodromie). Il a en effet bénéficié d’une position très à l’Est de l’anticyclone de Sainte-Hélène, relativement peu étendu avec une dépression en provenance d’Amérique du Sud sur son flanc Ouest et une mer assez plate en bordure des hautes pressions. Le skipper de Macif a ainsi réitéré ce qu’avait fait Francis Joyon en 2007, déjà avec Jean-Yves Bernot au routage.

 

Pour info, le 20 novembre 2016, Thomas Coville avait mis 14 jours 4 heures 43 minutes 48 secondes au cap de Bonne-Espérance. En 11 jours 20 heures 10 minutes au même cap, François Gabart possède donc une avance de 2 jours 6 heures 33 minutes. Avance potentiellement éphémère compte tenu de ce qui l’attend et de l’excellente deuxième moitié d’océan Indien que Coville avait réalisée, avec à la clé un record de 8 jours 12 heures 19 minutes entre le cap des Aiguilles et le cap Sud de la Tasmanie par 146° 49’ E (baptisé South East Cape, il est en réalité bien au centre de la côte Sud de l’île). La diagonale subira-t-elle un peu de flou ? À moins que ce jeune homme pressé prenne à nouveau la tangente !

 

O.C.

 

 

En 2007, également routé par Jean-Yves Bernot, Francis Joyon (en rouge) avait réussi la même diagonale du fou que François Gabart, tandis que Thomas Coville (en orange) devait faire beaucoup plus de milles en 2016 même s’il avait quand même 1 jour 5 heures 14 minutes d’avance sur Joyon au cap de Bonne-Espérance, tant les bateaux et les hommes ne cessent de progresser. (© Sodebo)

 

 

Pour commenter un billet, lorsque vous êtes dans le défilement du blog, cliquez sur Commentaires en bas à droite de l’article concerné. Dans la lecture d’un billet en particulier, utilisez directement l’espace Commentaires au bas de celui-ci. Les commentaires sont librement ouverts à tous.

Pour rechercher des mots dans ce blog, utilisez la commande Recherche en haut à droite de l’écran. Ce moteur de recherche est indépendant de celui du site www.voilesetvoiliers.com.