Skip to Content

Monthly Archives: janvier 2018

Trafic

Par

 

Un marin pêcheur tué au large de Hong Kong suite à la collision de son bateau avec un voilier en course. L’événement est suffisamment grave, tragique et rare (vraisemblablement inédit) pour que certaines questions se posent tout en restant d’autant plus prudent que l’enquête en cours ne laisse quasiment rien filtrer.

 

 

Au moteur, après avoir participé aux recherches et au sauvetage toute la nuit, Vestas 11th hour Racing arrive à Hong Kong, le 20 janvier au matin, avec une brèche importante et assez basse sur l’avant/bâbord. (© DR)

 

 

Le 20 janvier 2018 vers 01h18 heure locale (le 19 janvier à 17h18 UTC), donc de nuit, Vestas 11th Hour Racing (en course sur la Volvo Ocean Race) et un bateau de pêche dont les caractéristiques n’ont pas été communiquées à ce jour (24 janvier au matin, heure française) entrent en collision à trente milles au large de Hong Kong, non loin de l’île Waglan. Le voilier progressant à plus de vingt noeuds, le choc est sans doute très violent même si aucun équipier du VO65 n’est blessé.

 

À 17h23 UTC, la direction de course reçoit un premier message et elle est informée par Vestas 11th Hour Racing treize minutes plus tard, un mayday ayant été envoyé entre-temps par celui-ci, au nom du bateau de pêche dont il contribue à assister les marins tandis que leur navire coule. Dérouté par le Maritime Rescue Coordination Center (MRCC) de Hong Kong (HKMRCC), un bâtiment de commerce récupère neuf d’entre-eux, un dixième étant transporté à l’hôpital en hélicoptère après avoir été sorti de l’eau par l’équipage de Vestas 11th Hour Racing. Malheureusement, il ne survivra pas.

 

Sans proportion mais tout de même, c’est un coup très dur, psychologiquement, pour les équipiers du voilier et pour leur sponsor Vestas, dont le nom avait déjà défrayé la chronique lors de l’édition précédente (avec un autre équipage et dans des circonstances n’ayant rien à voir). De même pour la Volvo Ocean Race (Volvo appartient à un groupe chinois), au moment où Sun Hung Kai/Scallywag remportait l’étape à domicile, dans la liesse, ayant coupé le fromage dans un Pot-au-Noir très collant et fait la cuiller à toute la flotte. Longtemps bon dernier – après avoir un peu cafouillé devant un récif -, il avait eu aussi un homme à la mer qu’il avait récupéré rapidement et en bon état. On ne dira jamais assez combien les VO65 sont dangereux, par les tonnes d’eau qu’ils prennent sur le pont, et combien il est miraculeux qu’on ne déplore aucun mort, outre les nombreuses blessures dans l’étape du Sud.

 

 

À 17h14 UTC le 19 janvier 2017, alors qu’il est à 31.9 milles de la ligne d’arrivée, Vestas 11th hour Racing est pointé à 21.2 noeuds en vitesse fond (un peu plus en vitesse surface), tribord amures à 126° du vent réel qui est de 23.5 noeuds au 062°. Dans quatre minutes environ, vers 17h18 UTC lorsqu’on rejoue le suivi cartographique de la course, il va entrer en collision. Dongfeng qui arrive du Sud-Est proposera de participer aux recherches mais il ne sera pas dérouté par la direction de course. (© Volvo Ocean Race)

 

 

Mais je reviens sur l’essentiel, ce dramatique accident. Pour peu qu’ils existent et qu’ils soient allumés (aucune information à ce sujet concernant le bateau de pêche à propos duquel il n’y a rien à préjuger de plus qu’à propos de Vestas), les feux de navigation sont d’autant plus difficiles à distinguer qu’ils sont bas sur l’eau et qu’ils sont sur un fond éclairé par la lune, les lumières de la côte ou les autres navires.

 

L’Automatic Identification System (AIS) qui fait l’objet d’un dossier dans le numéro 564 (février 2018) de Voiles et voiliers actuellement en kiosque est de mon point de vue un faux ami sur lequel il est dangereux de se reposer (aucune information sur sa présence éventuelle à bord du bateau de pêche). Non seulement parce qu’il n’est pas exhaustif – compte tenu du nombre de petits bâtiments qui n’en disposent pas (pêcheurs, plaisanciers…) et de tous ceux qui l’éteignent pour diverses raisons, plus ou moins avouables -, mais aussi parce que l’alarme ne cesse de sonner quand le trafic est saturé de routes de collision potentielles.

 

 

À l’instar du 24 janvier à 08h00 UTC, le trafic est considérable devant Hong Kong. Et encore, cet écran AIS est loin d’identifier tout le monde… à commencer par les barques de pêche qui n’en possèdent pas toutes, loin s’en faut (sans préjuger de ce qu’il en était pour le bateau coulé après la collision avec Vestas). (© MarineTraffic)

 

 

Un radar bien réglé et bien interprété tend mieux à cette exhaustivité à condition qu’il n’y ait pas trop de mer et qu’il ne pleuve pas dru (“ tend ” parce qu’une coque en bois au ras de l’eau sans superstructure métallique ni réflecteur radar reste très difficile à détecter…). Quoi qu’il en soit, la veille visuelle sur le pont est un complément indispensable. Elle est fort difficile à réaliser derrière les voiles d’avant d’un voilier de course lancé à plus de vingt noeuds sous une lance à incendie… comme sur un bateau de pêche où l’on est pris par son travail.

 

Quelle que soit la conclusion de l’enquête, après l’interdiction des Dispositifs de séparation du trafic (DST) aux courses au large, la question sera vraisemblablement posée par les autorités maritimes locales et d’ailleurs : est-il bien raisonnable de faire arriver une course de bolides dans une zone au trafic aussi intense, tant pour la sécurité des coureurs eux-mêmes que pour les autres marins ? Hong Kong qui est le seizième port du monde par son trafic en tonnage est surtout la porte de la Chine où se concentrent dix autres des seize premiers ports mondiaux. Rien qu’à Hong Kong, la flotte enregistrée compte 18 500 bâtiments, dont 6 600 bateaux de pêche… Y entrent ou en sortent plus de… 1 250 navires par jour !

 

 

Sur cette image prise depuis l’hélicoptère des secours, on distingue Vestas à droite, vu de l’arrière, grand-voile presque intégralement affalée et sans voile d’avant, et au centre, ce qui ressemble à un radeau de survie percuté. (© Hong Kong Government Flying Service)

 

 

En dépit des statistiques du MRCC de Hong Kong qui tempèrent ce qui suit, le caractère hautement risqué de cette zone a été souligné par un autre accident mortel, survenu la nuit suivante (celle du 20 au 21 janvier), à 40 milles au Sud des îles Soko. Après une collision avec un cargo, un bateau de pêche a coulé et six marins ont été récupérés. Parmi eux, une femme de 46 ans n’a pu être ranimée et elle est décédée lors de son transport en hélicoptère dans le même hôpital que le marin décédé la veille. Sept autres pêcheurs sont portés disparus.

 

O.C.

 

Pour commenter un billet, lorsque vous êtes dans le défilement du blog, cliquez sur Commentaires en bas à droite de l’article concerné. Dans la lecture d’un billet en particulier, utilisez directement l’espace Commentaires au bas de celui-ci. Les commentaires sont librement ouverts à tous.

Pour rechercher des mots dans ce blog, utilisez la commande Recherche en haut à droite de l’écran. Ce moteur de recherche est indépendant de celui du site www.voilesetvoiliers.com.

 

TrackBack !

Par

 

TrackBack ! Le mode Retour – disponible sur un logiciel de navigation pour revenir dans sa trace GPS -, a été déclenché en catastrophe par le navigateur de Sun Hung Kai/Scallywag, Libby Greenhalgh, le 6 janvier 2018. À l’approche du banc de Landsdowne, le doute s’est instauré dans l’esprit du skipper David Witt, en constatant des différences entre les cartes papier et les cartes électroniques du bord…

 

 

Par 20° 20’ S / 160° 30’ E, vers 08h45 UTC ce 6 janvier, Sun Hung Kai/Scallywag a dû rebrousser chemin en catastrophe pour éviter une zone mal cartographiée et ses récifs potentiels. (© Volvo Ocean Race)

 

 

La Volvo Ocean Race régate actuellement au contact – une bagarre phénoménale ! -, dans la mer de Corail, l’une des zones les plus mal pavées du monde, entre l’Australie et la Nouvelle-Calédonie. Le souvenir de l’échouement le plus spectaculaire de ces dernières années en course au large, celui de Team Vestas, le 29 novembre 2014 au coeur de l’océan Indien, a sans doute pesé sur les nerfs de l’équipage.

 

 

À bord de Sun Hung Kai/Scallywag, Like Parkinson et Annemieke Bes avaient le sourire, la veille 5 janvier 2018, au coucher du soleil… (© Konrad Frost / Volvo Ocean Race)

 

 

Quoi qu’il en soit, si l’on en juge par le billet de Greenhalgh environ six heures avant l’incident, sa route ne semblait pas vraiment l’inquiéter. Il n’est pas impossible qu’il y ait eu une explication à bord entre le skipper et sa navigatrice ? À la décharge (?) de celle-ci  (soeur de Rob Greenhalgh qui est sur Mapfre et navigatrice de Team SCA dans la précédente Volvo), lorsqu’on regarde attentivement la cartographie du site de la Volvo Ocean Race, d’autres bateaux sont passés très près de différents dangers…

 

 

Le banc de Landsdowne est l’un des très nombreux hauts-fonds incomplètement hydrographiés de la mer de Corail. Après avoir un peu cafouillé en perdant pas mal de milles, sans doute le temps de se remettre de ses émotions, alors qu’il était déjà bien distancé par le reste de la flotte, l’équipage de Sun Hung Kai/Scallywag a finalement fait le tour du récif Néreus en le rasant à sa pointe Nord-Ouest sur la sonde à 12 mètres. Le plus étonnant est qu’en zoomant dans la présente carte scannée (Raster) du Shom (jusqu’à l’échelle de la carte soit 1 : 650 000, autrement dit deux fois plus grande qu’ici où la diagonale d’écran couvre 230 milles), la zone de « fonds moindres » se révèle finalement limitée et laisse des passages importants au Nord-Ouest ou au Sud-Est… Greenhalgh avait-elle cette carte (en version Raster ou papier) ou seulement un routier à très petite échelle et des cartes vectorielles moins fiables (Vector) ? En tout cas, Team Brunel est passé en plein sur le banc, juste au Nord-Ouest de ces « fonds moindres », comme le montre la comparaison en WGS 84 de la présente carte et de la trace jaune sur l’image suivante. Il n’est pas impossible qu’on ait peut-être un peu perdu le Nord sur Sun Hung Kai/Scallywag mais c’est facile à écrire à son bureau quand on n’est pas en mer… et je me garderai bien de leur jeter du corail ! (© Olivier Chapuis / MaxSea Time Zero / Shom)

 

 

Pour bien comprendre où l’on est, ce court extrait de mon article L’île des jours d’antan : “ Les devoirs et les risques d’une expédition de découvertes – dont l’honneur est de s’écarter des routes connues comme le soulignait déjà Lapérouse [disparu aux îles Salomon vers lesquelles navigue la Volvo Ocean Race] – n’empêchent pas l’ivresse des sens, lorsque la grosse brise portante gonfle les voiles à rompre les écoutes : ”Vendredi 12 avril 1793 [il s’agit en fait du 16 avril au soir, la découverte ayant lieu le 17 avril au matin]. Le temps couvert et de la pluie. Grand frais. La mer fort grosse. Sur le soir, le ciel s’est nettoyé. À 6 h, la Recherche en mettant sous les 2 huniers avec 2 ris, nous a donné les ordres ordinaires, c’est a dire la cape s’il fraîchissait. Cependant, j’observerai qu’à l’instant où l’on parlait ainsi, les frégates filaient 5 noeuds 1/2 et que dans le cours de la nuit, elles en ont fait jusqu’à 7 1/2 sans qu’on ait discontinué de courir [au bas mot dix noeuds de moins que sur la Volvo actuellement]. Je ne m’étonne plus de tout ceci depuis que j’ai entendu le chef assurer que dans ces campagnes, il ne faut que du bonheur. Il a sans doute ses raisons pour parler ainsi.

 

 

Cette capture d’écran montre que Sun Hung Kai/Scallywag n’a pas refait exactement sa trace mais une route parallèle à celle-ci légèrement plus au Nord, loin vers l’Ouest-Sud-Ouest. Le navigateur s’est ensuite ressaisi car le point d’incurvation de sa route sur le 20ème parallèle (du Nord-Nord-Ouest vers le Nord-Nord-Est) correspond exactement au haut-fond à 12 mètres sur l’image précédente. Autant dire que le récif émergé a été enroulé à la corde ce qui était effectivement le meilleur moyen d’être sûr de sa position. (© Volvo Ocean Race) 

 

 

Est-ce sa fin imminente qui amène Jean-Michel Huon de Kermadec [le commandant du second bâtiment de l’expédition d’Entrecasteaux] à rechercher une ultime et grisante sensation, au fil de l’eau ? L’attrait de terres inconnues et le danger corollaire renforcent probablement cette jouissance. Peu de temps après, celle-ci manque d’être fatale à toute l’expédition : “ Nous approchions avec précaution des côtes de la Nouvelle-Calédonie [...]. Quelques heures avant le jour, nos bâtiments se trouvèrent entourés d’une multitude d’oiseaux de mer. On se hâta [...] de mettre en panne et les premières lueurs de l’aube nous montrèrent à peu de distance une chaîne de récifs, sur laquelle nous eussions infailliblement été nous briser, si nous avions poursuivi quelques instants de plus notre route.Tout est dit. Arrière toute !

 

O.C.

 

Pour commenter un billet, lorsque vous êtes dans le défilement du blog, cliquez sur Commentaires en bas à droite de l’article concerné. Dans la lecture d’un billet en particulier, utilisez directement l’espace Commentaires au bas de celui-ci. Les commentaires sont librement ouverts à tous.

Pour rechercher des mots dans ce blog, utilisez la commande Recherche en haut à droite de l’écran. Ce moteur de recherche est indépendant de celui du site www.voilesetvoiliers.com.