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Monthly Archives: septembre 2018

Terminateur

Par

 

Il mesure le vent au laser sur l’ensemble du globe, entre le sol et trente kilomètres d’altitude. Le satellite Aeolus de l’Agence spatiale européenne (European Space Agency ou ESA), construit par Airbus Defence and Space, a été lancé, le 22 août 2018, via une fusée Véga depuis Kourou en Guyane.

 

Placé sur une orbite quasi polaire (97° d’inclinaison) à 320 kilomètres d’altitude, Aeolus est – grâce au partenariat entre l’ESA, Airbus, Météo-France, le Centre européen pour les prévisions météorologiques à moyen terme et quelques autres partenaires essentiels -, le premier satellite à mesurer la vitesse et la direction du vent avec une télédétection par laser embarqué, au lieu du suivi satellitaire des mouvements des nuages ou de l’analyse de la rugosité de la surface de la mer.

 

 

Le 22 août 2018 à 21h20 UTC, la fusée Véga décolle de Kourou, en Guyane, son étage supérieur emportant le satellite Aeolus. (© Stéphane Corvaja / ESA)

 

 

Baptisé Aladin (Atmospheric Laser Doppler Instrument), son Lidar (Light detection and ranging : mesure de distance par détection de lumière dans laquelle la technologie française est mondialement reconnue) a été si complexe à mettre au point qu’il a fallu dix années de plus que prévu pour y parvenir. Aladin émet des impulsions lumineuses dans l’ultraviolet. Celles-ci sont rétrodiffusées par les molécules de l’atmosphère vers le télescope d’Aeolus et analysées par les capteurs très sensibles du bord.

 

Cette mesure s’effectue à la verticale du terminateur – ligne de démarcation séparant la partie éclairée de la partie obscure de la planète -, du côté de l’ombre de la Terre (aube ou crépuscule). La durée entre l’éclat et le retour indique l’altitude tandis que la variation de longueur d’onde du laser fournit, par effet Doppler, la vitesse du vent à cette altitude ainsi que sa direction.

 

Couvrant son orbite héliosynchrone entre quinze et seize fois par jour, Aeolus présente une période de sept jours (temps qu’il met pour accomplir sa révolution c’est-à-dire pour revenir au même point). Il alimentera ainsi en données les modèles numériques de prévision avec un apport appréciable dans l’hémisphère Sud où les stations météo sont moins nombreuses et dans la zone intertropicale où la pression atmosphérique ne permet guère de déduire le vent.

 

Aeolus comble surtout un déficit de données en altitude, là où se forment les centres d’action et la circulation atmosphérique. En effet, si l’on dispose de nombreuses mesures en surface, lorsqu’il existe des stations météorologiques terrestres ou maritimes (navires et bouées surtout), l’observation du vent en altitude est plus rare. Outre la méthode déjà évoquée du suivi satellitaire des nuages (avec des approximations en ce qui concerne leur altitude précise), elle est obtenue par radiosondages (ballons-sondes), limités dans le temps et dans l’espace, ou par des avions équipés de capteurs, mais uniquement sur les routes aériennes et à leur altitude de vol.

 

 

À 22h15 UTC, ce même 22 août 2018, le satellite Aeolus (4.60 X 1.90 X 2 mètres, 1 360 kilos) vient juste de se séparer du quatrième étage de la fusée Véga pour sa mise en orbite. Le contact sera établi quinze minutes plus tard depuis la station de Troll (Antarctique). (© ESA)

 

 

Or, les modèles numériques de prévision ont besoin de données d’assimilation à tous les étages de l’atmosphère. Cela devrait d’autant plus améliorer les prévisions qu’elles seront assimilées en temps quasi réel, les mesures étant transmises à la station de Svalbard (Norvège) dans les deux heures suivant chaque période orbitale de quatre-vingt-dix minutes.

 

Il y aura quand même des limites à ce programme, à commencer par la résolution horizontale limitée à quatre-vingt-dix kilomètres, pas assez fine pour les effets de site. Quant à la durée de la mission Aeolus, elle ne sera que de trois ans. Mais elle devrait valider la technologie Lidar des futurs satellites météorologiques, laquelle fournit aussi des informations sur les nuages et sur les aérosols, donc sur la qualité de l’air (poussières et autres particules).

 

Cependant, c’est bien la mesure du vent – essentiel pour la circulation générale de l’atmosphère et les échanges thermiques entre équateur et pôles -, qui importe non seulement à la météorologie mais aussi à la climatologie. Et, au grand terminateur potentiel qu’est le réchauffement climatique.

 

O.C.

 

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Anomalie

Par

 

La saison cyclonique devait être nettement moins active sur l’Atlantique Nord que l’an dernier. Tel était l’avis de la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA) lors de son bulletin prévisionnel du 9 août, lequel n’excluait pas pour autant que les phénomènes cycloniques baptisés pussent être encore nombreux.

 

 

Ce 11 septembre 2018 à 05h05 EDT (Eastern Daylight Time : heure de la côte Est des États-Unis), 09h05 UTC, il y a trois phénomènes cycloniques baptisés. Florence est un cyclone de catégorie 4 sur l’échelle de Saffir-Simpson qui devrait toucher la côte Est des États-Unis vendredi matin, en heure locale, entre la Caroline du Sud et la Virginie. Isaac, tempête tropicale appelée à devenir cyclone, passerait sur les Petites Antilles dans la journée de jeudi, toujours en heure locale. Hélène, cyclone de catégorie 2 actuellement (plutôt Nord dans l’Ouest de l’archipel du Cap Vert), frapperait les Açores dimanche matin, en l’état de la prévision. Quant aux deux croix jaunes, celle du golfe du Mexique indique un risque de formation de cyclone de 30 % sous 48 heures et celle par 40° N / 40° W un risque de 10 %. Comme Hélène, la perturbation qui en résulterait pourrait affecter les côtes occidentales de l’Europe. (© NOAA / NHC)

 

 

C’est bien le cas depuis hier 10 septembre avec pas moins de trois d’entre-eux simultanément, une situation qui n’est pas sans rappeler celle ayant précédé les ravages d’Irma voici tout juste un an. L’autre analogie tient dans l’anomalie de la température en surface de la mer particulièrement élevée à des latitudes tempérées.

 

 

Le 10 septembre 2018, par 40° N / 40° W, la température de surface (Sea surface temperature ou SST) dépassait les… 26 °C ! (© NOAA / NWS / NCEP / EMC)

 

 

Si bien que l’on voit Hélène menacer les Açores (puis le Royaume-Uni ou la France) et un risque de formation de cyclone par… 40° N et 40° W ! Cela rappelle ce qui s’est passé en octobre 2017 avec Ophélie. Alors que Florence devrait frapper la côte Est des États-Unis d’ici deux à trois jours et qu’Isaac devrait avoir touché les Antilles la veille, il est encore trop tôt pour dire ce que va devenir réellement la saison 2018. Mais une chose est sûre, l’anomalie de température de la mer en surface tend à devenir… dramatiquement normale.

 

O.C.

 

 

Le 10 septembre 2018, par 40° N / 40° W, l’anomalie de température de surface par rapport à la normale est dans la fourchette + 2.25 °C à + 4 °C ! (© NOAA / NWS / NCEP / EMC)

 

 

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