Skip to Content

Category Archives: Animaux

Rochers saignants

Par Olivier Chapuis

 

Parfois, les rochers saignent. Je ne fais pas ici dans le gore en évoquant le souvenir de marins perdus corps et biens au pied d’une falaise déchiquetée par les vagues. Ces roches se meuvent étrangement, n’étant autre chose que des cétacés, souvent blessés. Les confusions avec un écueil inconnu n’étaient pas rares dans l’ancien temps, comme en témoignent nombre de rapports de mer que j’ai pu lire dans les archives.

 

 

La baleine est souvent confondue avec un écueil lors de l’atterrissage. Même si les cétacés ne sont plus guère chassés au large de l’Europe occidentale à cette époque. Mais des cadavres dérivent et des baleines circulent, seules ou en troupeaux. La confusion intervient surtout lorsque l’estime incertaine rend encore plus angoissante l’entrée dans les atterrages alors que la mesure de la longitude n’est pas encore maîtrisée. Certes, l’observation des oiseaux et de la couleur de l’eau, ainsi que l’usage répété de la sonde, sont les moyens utilisés pour prévenir l’approche de la côte, au retour d’Amérique ou des Antilles. Mais les erreurs de latitude elles-mêmes peuvent être parfois considérables, la marge d’incertitude pouvant atteindre la distance entre Brest et la Loire, voire même jusqu’à Bayonne ! Blessés, les cétacés flottant en surface sont alors sources d’effroi, pour peu que la visibilité soit mauvaise. (© DR)

 

Au siècle des Lumières, de telles ténèbres répondaient encore au nom de vigies. Sur les cartes, ces dangers du large y étaient portés suivant les dires des marins les ayant aperçus, à commencer par ces hommes nichés dans les nids de pie, les vigies. Jusque vers 1775 au moins, les cartographes répugnaient à les supprimer, même lorsqu’il apparaissait vraisemblable qu’ils n’existaient finalement pas. Ils préféraient alors ajouter la mention « très douteuse » à un trait de plume… lourd de conséquences si l’écueil devait s’avérer bien réel !

 

Les documents nautiques étaient ainsi encombrés d’un nombre conséquent de lieux imaginaires que dénoncèrent les officiers savants, en pointe dans la solution du problème de la longitude, au cours des années mil sept cent soixante-dix. Tel fut le cas de Charles-Pierre Claret de Fleurieu avec le voyage de l’Isis autour de l’Atlantique pour l’expérimentation des montres marines (1768-1769).

 

Dix ans plus tard, en 1778, la publication du récit de l’expédition de la Flore en ce même océan (1771-1772), fait l’inventaire des erreurs relevées par Jean-Charles de Borda, Alexandre-Gui Pingré et Jean-René de Verdun de la Crenne sur les cartes du Dépôt des cartes et plans de la Marine, dressées en majorité sous la responsabilité de Jacques-Nicolas Bellin (1703-1772), ingénieur hydrographe en chef du 1er août 1741 au 21 mars 1772.

 

Nombre de vigies mentionnées par ce dernier se révèlent des mirages aux origines bien fragiles, comme l’indique le témoignage suivant. Il concerne une zone du golfe de Gascogne bien connue de tous les navigateurs d’hier et d’aujourd’hui : « La roche, dite la Chapelle, est marquée sur la carte [de l’Atlantique Nord ou océan Occidental] de 1766 [...]. Il y est dit qu’elle a été vue en 1764. [...].

 

 

La vigie de La Chapelle figure encore sur cette Carte réduite de l’océan Occidental [océan Atlantique] contenant partie des côtes d’Europe et d’Afrique depuis le 51ème degré de latitude septentrionale jusqu’à l’équateur et celles de l’Amérique qui leur sont opposées (1766). Celle-ci constitue la quatrième édition de la carte de l’océan Atlantique du Dépôt des cartes et plans de la Marine (après celles de 1738, 1742 et 1756, les trois dernières étant publiées sous la direction de Bellin). « La roche, dite la Chapelle, est marquée sur la carte de 1766, par 47 d. 24′ de latitude & par 9 d. 32′ de longitude » précisent Borda et ses coauteurs. Il est intéressant de constater que cette position de 1766 est meilleure en longitude (6’ d’erreur) qu’en latitude (12’ d’erreur). Sur la carte actuelle du SHOM, ce haut fond est situé par 47° 38′ N et 7° 20′ W de Greenwich (9° 40′ 14″ W de Paris), soit à un peu moins de 120 milles dans l’W de la pointe de Penmarc’h et à une latitude très légèrement plus méridionale. Notez que la carte  (ici un extrait de son angle Nord-Est) figure tous les principaux méridiens de référence (Tenerife – mais pas l’île de Fer – Lizard, Londres et Paris), elle comporte encore de très nombreuses vigies, dont nombre sont imaginaires (telles les deux étoiles visibles ici au large du golfe de Gascogne et de l’Espagne), tandis que les lacunes et les imprécisions sont énormes par ailleurs. D’autres vigies voisines auront d’ailleurs la vie dure jusqu’au milieu du XIXe siècle, même parmi certains navigateurs éclairés. (© Olivier Chapuis, À la mer comme au ciel, Presses de l’université de Paris-Sorbonne, 1999)

 


Nous avons trouvé au Dépôt le détail suivant au sujet de ce prétendu écueil : le jour du Mardi-gras 1695, sur les quatre heures du soir, le sieur La Chapelle-Richard a vu une roche à la portée du pistolet, à trente-six lieues d’Ouessant, par la latitude de Penmarc’h [la lieue marine de 20 au degré, parfois appelée lieue marine de France et d’Angleterre, vaut 3 milles marins soit 5 556 mètres : il s’agit donc ici de 108 milles pour l’estimation en distance par rapport à Ouessant].

 

La roche paraissait de quinze pieds sur l’eau. Il fit sonder sans trouver fond à cent trente brasses [soit 211,12 mètres, ce qui prouve qu’il était au delà de la ligne des 200 mètres, donc à l’Ouest ou au Sud du banc de la Chapelle qui porte toujours son nom aujourd’hui]. Nous avons fait toutes les recherches possibles, soit au Dépôt, soit chez la veuve du sieur Bellin, soit ailleurs, pour découvrir sur quel fondement ce géographe a marqué sur sa carte de 1766, que l’écueil de la Chapelle avait été vu en 1764. Nous n’avons pu nous procurer aucune lumière à cet égard. Nous serions en conséquence assez portés à croire que c’est une faute du dessinateur ou du graveur. [...].


[Et les trois auteurs de l’ouvrage paru en 1778 de poursuivre avec bon sens] : Ainsi, l’existence de la roche de la Chapelle n’est fondée que sur le rapport du sieur de La Chapelle-Richard, rapport qui ne nous paraît pas mériter la plus grande confiance. C’était le jour du Mardi-gras, en 1695, à quatre heures du soir. Il y a quelque lieu de présumer qu’on n’était pas alors tout à fait de sang froid. S’il existait dans un parage aussi fréquenté [...] une roche, élevée de quinze pieds au dessus de l’eau [...], serait-il possible qu’il s’écoulât une seule année sans qu’aucun bâtiment en eût connaissance ? »

 

 

« Dressée sur les observations astronomiques les plus exactes et, à leur défaut, d’après les latitudes observées à la mer avec l’octant et des déterminations de longitude telles que les ont données les horloges marines de M. Ferdinand Berthoud dans le voyage qui a été fait en 1768 et 1769 pour éprouver ces machines en mer », cette carte de 1772 est insérée, l’année suivant sa parution, au récit du voyage de l’Isis, entrepris sous la responsabilité scientifique de Fleurieu et de Pingré. Publié en 1773, le livre est suivi d’un appendice intitulé Instructions sur la manière d’employer les horloges marines à la détermination des longitudes en mer & de vérifier dans les ports la régularité de ces machines. C’est une véritable « bible » du point à la mer (longitude par les horloges marines mais aussi latitude, sondes en profondeur, magnétisme…). L’ouvrage concerne non seulement la navigation astronomique mais aussi la réfection des cartes permise par les horloges. Les planches du Dépôt des cartes et plans de la Marine y sont ainsi passées au crible. Bien que d’un aspect encore vieillot, du fait de sa surcharge en rhumbs, la carte de Fleurieu présentée ici (coupée sur son bord occidental qui se prolonge jusqu’en Nouvelle-Angleterre et aux Grandes Antilles) a le mérite de corriger nombre de positions essentielles (par rapport aux méridiens de Paris et de Greenwich) et de proposer pour la première fois les dimensions à peu près exactes de l’Atlantique Nord, d’Est en Ouest. À cette époque où les horloges marines ne sont encore à l’essai que sur les bâtiments de pointe de la Marine et où la quasi totalité des navigateurs ne peuvent pas calculer leur longitude, une traversée entre l’Amérique et la France se solde assez souvent par une erreur d’estime de trois jours… d’où l’importance de guetter les signes avant-coureurs de la terre dès le talus continental. À condition que ce soit à une latitude où celui-ci est large : une telle erreur est beaucoup plus dangereuse à la latitude de Brest, du fait des dangers de la mer d’Iroise, ou de Bayonne à cause de l’étroitesse du plateau continental, qu’à la latitude du banc de la Chapelle… loin au large des rochers des Glénan, bien réels ceux-là ! (© Olivier Chapuis, À la mer comme au ciel, Presses de l’université de Paris-Sorbonne, 1999)

 

 

En 1764 comme en 1695, une mer qui lève immanquablement sur la bordure très proche du plateau continental peut suffire à tromper un équipage fatigué ou anxieux, surtout dans la boucaille d’une fin d’après-midi d’hiver, à la nuit tombante… Il faut donc attendre le rationalisme des officiers savants pour qu’on envisage la suppression des « rochers saignants » des cartes du Dépôt des cartes et plans de la Marine, sans qu’ils cessent pour autant de hanter les imaginaires marins !

 

Ces « bordées de l’esprit » ne sont pas réservées aux zones reculées du monde. Il est ici question de parages fréquentés au large des côtes de France. Le banc de La Chapelle est bien un haut fond du golfe de Gascogne, à un peu moins de 120 milles dans l’Ouest de la pointe de Penmarc’h. Mais il culmine à 144 mètres au-dessous de la surface.

 

S’il peut donner l’impression qu’il affleure à un guetteur épuisé, c’est que par gros temps, la houle du large atlantique y lève dangereusement en parvenant sur ce talus continental, dans une zone de profondeur moyenne de 150 à 160 mètres, mais immédiatement en deçà de la ligne des 200 mètres, elle même très proche de celles des 500 et des 1 000 mètres (le rebord du plateau continental est appelé le talus continental : il est matérialisé par l’isobathe des 200 mètres et le plateau continental couvre donc toute la zone entre cette isobathe des 200 mètres et la côte).

 

En trouvant 90 brasses sur son point culminant (146 mètres environ), Le Saulnier de Vauhello réalisera une excellente mesure à la ligne de chanvre et au plomb de sonde, en 1828 et 1829. Avec des moyens autrement rudimentaires que ceux de l’hydrographie high-tech que j’évoque dans le numéro d’avril 2012 de Voiles et voiliers. Il reportera cette sonde en 1832 sur sa Carte générale des sondes d’atterrages des côtes occidentales de France. Au moins aura-t-il endigué cette hémorragie là.

 

O.C.

 

Pour commenter un billet, lorsque vous êtes dans le défilement du blog, cliquez sur Commentaires en bas à droite de l’article concerné. Dans la lecture d’un billet en particulier, utilisez directement l’espace Commentaires au bas de celui-ci. Les commentaires sont librement ouverts à tous.

Pour rechercher des mots dans ce blog, utilisez la commande Recherche en haut à droite de l’écran. Ce moteur de recherche est indépendant de celui du site www.voilesetvoiliers.com.

 

Parfois, les rochers saignent. Je ne fais pas ici dans le gore en évoquant le souvenir de marins perdus corps et biens au pied d’une falaise déchiquetée par les vagues. Ces roches se meuvent étrangement, n’étant autre chose que des cétacés, souvent blessés. Les confusions avec un écueil inconnu n’étaient pas rares dans l’ancien temps, comme en témoignent nombre de rapports de mer que j’ai pu lire dans les archives.

Au siècle des Lumières, de telles ténèbres répondaient encore au nom de vigies. Sur les cartes, ces dangers du large y étaient portés suivant les dires des marins les ayant aperçus, à commencer par ces hommes nichés dans les nids de pie, les vigies. Jusque vers 1775 au moins, les cartographes répugnaient à les supprimer, même lorsqu’il apparaissait vraisemblable qu’ils n’existaient finalement pas. Ils préféraient alors ajouter la mention « très douteuse » à un trait de plume… lourd de conséquences si l’écueil devait s’avérer bien réel !

Les documents nautiques étaient ainsi encombrés d’un nombre conséquent de lieux imaginaires que dénoncèrent les officiers savants, en pointe dans la solution du problème de la longitude, au cours des années mil sept cent soixante-dix. Tel fut le cas de Charles-Pierre Claret de Fleurieu avec le voyage de l’Isis autour de l’Atlantique pour l’expérimentation des montres marines (1768-1769).

Dix ans plus tard, en 1778, la publication du récit de l’expédition de la Flore en ce même océan (1771-1772), fait l’inventaire des erreurs relevées par Jean-Charles de Borda, Alexandre-Gui Pingré et Jean-René de Verdun de la Crenne sur les cartes du Dépôt des cartes et plans de la Marine, dressées en majorité sous la responsabilité de Jacques-Nicolas Bellin (1703-1772), ingénieur hydrographe en chef du 1er août 1741 au 21 mars 1772.

Nombre de vigies mentionnées par ce dernier se révèlent des mirages aux origines bien fragiles, comme le révèle le témoignage suivant. Il concerne une zone du golfe de Gascogne bien connue de tous les navigateurs d’hier et d’aujourd’hui : « La roche, dite la Chapelle, est marquée sur la carte [de l’Atlantique Nord ou océan Occidental] de 1766 [...]. Il y est dit qu’elle a été vue en 1764. [...].

Nous avons trouvé au Dépôt le détail suivant au sujet de ce prétendu écueil : le jour du Mardi-gras 1695, sur les quatre heures du soir, le sieur La Chapelle-Richard a vu une roche à la portée du pistolet, à trente-six lieues d’Ouessant, par la latitude de Penmarc’h [la lieue marine de 20 au degré, parfois appelée lieue marine de France et d’Angleterre, vaut 3 milles marins soit 5 556 mètres : il s’agit donc ici de 108 milles pour l’estimation en distance par rapport à Ouessant].

La roche paraissait de quinze pieds sur l’eau. Il fit sonder sans trouver fond à cent trente brasses [soit 211,12 mètres, ce qui prouve qu’il était au delà de la ligne des 200 mètres, donc à l’Ouest ou au Sud du banc de la Chapelle qui porte toujours son nom aujourd’hui]. Nous avons fait toutes les recherches possibles, soit au Dépôt, soit chez la veuve du sieur Bellin, soit ailleurs, pour découvrir sur quel fondement ce géographe a marqué sur sa carte de 1766, que l’écueil de la Chapelle avait été vu en 1764. Nous n’avons pu nous procurer aucune lumière à cet égard. Nous serions en conséquence assez portés à croire que c’est une faute du dessinateur ou du graveur. [...].

[Et les trois auteurs de l’ouvrage paru en 1778 de poursuivre avec bon sens] : Ainsi, l’existence de la roche de la Chapelle n’est fondée que sur le rapport du sieur de La Chapelle-Richard, rapport qui ne nous paraît pas mériter la plus grande confiance. C’était le jour du Mardi-gras, en 1695, à quatre heures du soir. Il y a quelque lieu de présumer qu’on n’était pas alors tout à fait de sang froid. S’il existait dans un parage aussi fréquenté [...] une roche, élevée de quinze pieds au dessus de l’eau [...], serait-il possible qu’il s’écoulât une seule année sans qu’aucun bâtiment en eût connaissance ? »

En 1764 comme en 1695, une mer qui lève immanquablement sur la bordure très proche du plateau continental peut suffire à tromper un équipage fatigué ou anxieux, surtout dans la boucaille d’une fin d’après-midi d’hiver, à la nuit tombante… Il faut donc attendre le rationalisme des officiers savants pour qu’on envisage la suppression des « rochers saignants » des cartes du Dépôt des cartes et plans de la Marine, sans qu’ils cessent pour autant de hanter les imaginaires marins !

Ces « bordées de l’esprit » ne sont pas réservées aux zones reculées du monde. Il est ici question de parages fréquentés au large des côtes de France. Le banc de La Chapelle est bien un haut fond du golfe de Gascogne, à un peu moins de 120 milles dans l’Ouest de la pointe de Penmarc’h. Mais il culmine à 144 mètres au-dessous de la surface.

S’il peut donner l’impression qu’il affleure à un guetteur épuisé, c’est que par gros temps, la houle du large atlantique y lève dangereusement en parvenant sur ce talus continental, dans une zone de profondeur moyenne de 150 à 160 mètres, mais immédiatement en deçà de la ligne des 200 mètres, elle même très proche de celles des 500 et des 1 000 mètres (le rebord du plateau continental est appelé le talus continental : il est matérialisé par l’isobathe des 200 mètres et le plateau continental couvre donc toute la zone entre cette isobathe des 200 mètres et la côte).

En mesurant 90 brasses sur son point culminant (146 mètres environ), Le Saulnier de Vauhello réalisera une excellente mesure à la ligne de chanvre et au plomb de sonde, en 1828 et 1829. Avec des moyens autrement rudimentaires que ceux de l’hydrographie high-tech que j’évoque dans le numéro d’avril 2012 de Voiles et voiliers. Il reportera cette sonde en 1832 sur sa Carte générale des sondes d’atterrages des côtes occidentales de France. Au moins aura-t-il endigué cette hémorragie là.

O.C.

Pour commenter un billet, lorsque vous êtes dans le défilement du blog, cliquez sur Commentaires en bas à droite de l’article concerné. Dans la lecture d’un billet en particulier, utilisez directement l’espace Commentaires au bas de celui-ci. Les commentaires sont librement ouverts à tous.
Pour rechercher des mots dans ce blog, utilisez la commande Recherche en haut à droite de l’écran. Ce moteur de recherche est indépendant de celui du site www.voilesetvoiliers.com.

Requins dormeurs ?

Par Olivier Chapuis

Tandis que certains s’entre-dévorent du côté de Valence, les espèces aux dents longues s’affichent sur grand écran. Océans de Jacques Perrin et Stéphane Cluzaud est aussi magnifique qu’il est plutôt sobre en coulées lacrymales. Alors que les larmes de crocodiles ou de… requins affairistes noient tant d’autres films « écologistes » récents sous les bons sentiments et les « faites c’que j’dis, surtout pas c’que je fais, bon j’vous laisse, j’ai mon hélico qui m’attend », vous voyez le genre ?

 

 

 

Lors de la présentation du livre Océans sur notre site le 25 novembre 2009, nous avions aussi montré les coulisses du tournage du film qui est sorti sur les écrans le 27 janvier 2010. (© Le Seuil)

 

 

Grâce à l’ingéniosité de l’équipe cinématographique, certaines scènes présentent des images inédites sous autant d’angles (des airs avec un hélico télécommandé à turbine électrique, depuis le ras de l’eau avec une caméra embarquée sur un pneumatique, stabilisée par gyroscope, et sous l’eau avec une torpille filmant les animaux de face alors qu’elle fuit devant eux sans les gêner). Le festin de sardines est ainsi un moment d’anthologie où oiseaux, baleines et cétacés, requins et autres poissons sont dans le même ballet. Comme la nage de centaines de dauphins faisant bouillonner l’eau, filmés au contact, à leur niveau et à leur vitesse.

 

Parmi beaucoup d’autres rencontres inoubliables, François Sarano est en plongée aux côtés d’un énorme requin blanc, sans la traditionnelle cage. Le fameux ancien de chez Cousteau, docteur en océanologie, découvre ainsi, à l’occasion de ce tournage, qu’une telle chose est possible. De là à affirmer que les requins ne sont pas dangereux… Il y a sans doute un juste milieu entre les ravages causés par la mythologie, mouvance Dents de la mer, ou la triste réalité de la soupe à l’aileron de requin (rejeté vivant à l’eau sans ses nageoires, l’animal coule comme une pierre et agonise longtemps, l’homme est incontestablement le pire des sauvages mais ça, on le savait déjà), et des conclusions un peu trop « angéliques » qui seraient hâtivement tirées de l’attitude réfléchie d’un plongeur professionnel, spécialiste averti.

 

 

À l’occasion de ce tournage, François Sarano a découvert qu’il pouvait côtoyer sans cage un requin blanc. (© Océans)

 

 

Car certains requins s’acharnent jusque sur du métal, du gros parfois… tel un bulbe de quille qui de saumon n’a pourtant que le nom :) Lorsque je me baigne au grand large, je ne peux m’empêcher de jeter un oeil en arrière tout en jouissant de l’instant. En effet, le danger est surtout en surface, là où le brassage de l’eau peut valoir de tragiques méprises… Et si le squale recrache généralement, ses hypothétiques excuses nous feraient une belle jambe !

 

 

 

Nageoires baissées, ce requin-tigre semble beaucoup moins « placide » que le requin blanc de Sarano : allez voir la vidéo pour vous en convaincre ! (© Climate Shifts) 

 

 

 

Quand j’écris s’acharnent, regardez pour vous en convaincre cette vidéo (au bas de la page du présent lien) tournée par une caméra fixe australienne posée au fond de la mer. Le requin-tigre y revient sans cesse sur la perche métallique, suivant le même angle d’attaque et une obstination qui vous passe l’envie de barboter. Dès que la météo aura enfin permis aux régatiers de s’affronter, nul doute que les requins remettront le cap sur la cour de New York afin d’y déchiqueter leur adversaire. Bien réveillés. Faut se méfier de l’avocat qui dort.

 

O.C.

Les dents de la mer (version 6.50)

Par Olivier Chapuis

Faudrait pas prendre les quilles de Pogo pour des canards sauvages. Voilà ce que doit se dire le grand blanc dans la salle d’attente de son dentiste aquatique, tout en feuilletant Voici. Je vous narre l’affaire telle que l’a rapportée, photo à l’appui, l’Australien Simon Mc Goldrick (cet architecte naval de 29 ans est installé à La Ciotat depuis 2005), 22ème en série de la première étape de la Transat 6.50 Charente-Maritime/Bahia, course qui repart de Madère ce samedi.

 

 

Les traces sur le bulbe sont vraisemblablement celles d’un requin… dont la bévue a dû être douloureuse pour sa dentition (© Simon Mc Goldrick).

 

 

Dans la pétole blanche de la fin d’étape, Simon se repose au fond du cockpit de Compositeworks, son Pogo 2, lorsqu’il sent celui-ci ballotté de bâbord et de tribord. Pas du roulis, non, plutôt le genre secousses incontrôlées. Le temps d’émerger, il ne voit rien mais il devine que quelque chose ou quelqu’un s’en est pris à sa quille… Pas motivé pour aller voir de plus près, on ne l’en blâme pas J.

 

Bien lui en prend car la plongée qu’il a effectuée depuis dans le port de Funchal montre clairement des traces de… dents sur le bulbe. Un requin a vraisemblablement pris la torpille pour une proie facile, genre otarie. Le squale aura sans doute pété les plombs. Il en sera quitte pour quelques plombages.

 

O.C.