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Category Archives: Environnement

Antarctique

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La plus grande aire marine protégée (AMP) du monde a été créée en mer de Ross. C’est le moment d’en parler tandis que la flotte du Vendée Globe est étalée autour de l’Antarctique, de l’entrée de l’océan Indien au milieu du Pacifique avec des écarts inédits dans l’histoire de la course !

 

 

Le 16 décembre 2016 au matin, les vingt-deux skippers du Vendée Globe s’étalent en longitude de 130° W à 50° E environ, le long de l’Antarctique. (© Vendée Globe)

 

 

Le 28 octobre 2016, à Hobart (Tasmanie), la Commission pour la conservation de la faune et la flore marines de l’Antarctique (Commission for the Conservation of Antarctic Marine Living Resources ou CCAMLR) a décidé la création d’une AMP de 1,55 million de kilomètres carrés dont l’entrée en vigueur sera effective en décembre 2017.

 

C’est l’aboutissement de négociations qui auront duré plus de six années, la proposition de la mer de Ross ayant été formulée par la Nouvelle-Zélande et les États-Unis et finalement acceptée par les vingt-cinq membres (vingt-quatre états et l’Union européenne). Petit bémol, cette AMP n’est établie que pour une durée de trente-cinq ans.

 

 

La mer de Ross occupe une baie immense de l’Antarctique. L’essentiel du continent blanc sur le Pacifique est ainsi concerné entre la longitude de la Nouvelle-Zélande et celle du milieu du Grand océan en direction du cap Horn, de part et d’autre de l’antiméridien (en bleu). La diagonale de la capture d’écran couvre 5 062 milles. (© MaxSea Time Zero)

 

 

La mer de Ross doit son nom à l’explorateur britannique James Clark Ross (1800-1862) qui – un an après Dumont d’Urville en Terre Adélie -, fit une reconnaissance fondamentale du continent Antarctique autour de l’antiméridien, découvrant en janvier 1841 la mer qui porte aujourd’hui son nom.

 

Ross était descendu au-delà de 77 degrés Sud avant d’être arrêté par la barrière de glace qui serait également baptisée de son patronyme. Sept ans plus tard, Ross commanderait l’une des innombrables expéditions de secours envoyées à la recherche de John Franklin, l’homme qui mangea ses bottes dont on vient de retrouver le second navire.

 

 

En Péninsule antarctique (à l’extrême Est sur la carte précédente, en vis-à-vis du cap Horn), survolée ici le 10 décembre 2016 par un DC8 de la Nasa, la plateforme glaciaire Larsen C (glace continentale) est parcourue d’une faille longue de 110 kilomètres, large de 90 mètres et profonde de… 530 mètres ! Elle témoigne du réchauffement climatique. Un iceberg d’au moins 5 000 kilomètres carrés s’en détachera un jour ou l’autre (quelques années quand même). Cela ferait monter le niveau moyen des mers de 3 centimètres et devrait poser pas mal de problèmes aux futures navigations dans les mers australes ! Dans le même temps, le déficit observé de la banquise (glace de mer) est de 2 millions de kilomètres carrés en Antarctique pour novembre 2016 par rapport à la moyenne du même mois sur la période 1981-2010… (© Nasa)

 

 

La mer de Ross est l’une des dernières zones maritimes du monde encore intactes. Elle accueille des populations considérables de pingouins d’Adélie, de manchots empereurs, de pétrels d’Antarctique et de phoques de Weddell. Mais la menace est à sa porte tandis que les hautes latitudes australes ne sont plus préservées des pollutions, notamment en plastiques.

 

Plus que les glaces (compte tenu de la zone d’exclusion du Vendée Globe), autour de l’Antarctique comme dans l’océan Atlantique, les collisions avec les OFNI et autres animaux marins font ainsi partie des risques majeurs pour les skippers actuellement en course (voir mon article OFNI soit qui mal y pense et le dernier commentaire posté à ce sujet).

 

 

Ce zoom sur la mer de Ross montre qu’elle est bordée à l’Ouest par la Terre de Victoria et à l’Est par la Terre Marie Byrd, du 70ème Sud au Nord jusqu’à la Barrière de Ross vers 80 degrés Sud. La diagonale de la capture d’écran couvre 2 744 milles. (© MaxSea Time Zero)

 

 

Avec une superficie de 1,55 million de kilomètres carrés (presque trois fois la France métropolitaine), l’AMP de la mer de Ross est donc la plus grande du monde à ce jour. De peu, puisqu’après le quadruplement de sa surface annoncé par les États-Unis, le 26 août 2016, celle de Papahanaumokuakea au Nord-Ouest d’Hawaii dans le Pacifique comptera 1,51 million de kilomètres carrés contre 1,3 million de kilomètres carrés pour le Parc naturel de la mer de Corail (Nouvelle-Calédonie), fondé en avril 2014, la troisième AMP du monde en superficie (672 969 kilomètres carrés pour celle en cours d’extension des Terres australes et antarctiques françaises).

 

La décision d’Obama sera-t-elle remise en cause par Trump ? Pour contourner le Congrès républicain, hostile, Barack Obama avait retenu la formule originale du National Monument (Antiquities Act de 1906, loi sur les monuments anciens) qu’il a d’ailleurs utilisée récemment dans l’Atlantique Nord… non loin de l’endroit où les États-Unis balancent leurs métros à l’eau !

 

O.C.

 

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Tambora

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Un été pourri, une année pourrie, une année sans été. L’année sans été n’est pas seulement une expression pour désigner l’an 1816 aux États-Unis, c’est aussi le titre du passionnant livre de Gillen D’Arcy Wood qui vient de paraître à La Découverte (24 X 15 cm, 304 p, 22 €). Il est sous-titré Tambora, 1816. Le volcan qui a changé le cours de l’histoire, ce qui est peut-être un tout petit peu excessif. L’édition originale, parue à Princeton University Press en 2014, s’intitule Tambora. The Eruption that Changed the World : c’est plus exact puisque cet événement changea bel et bien sinon l’Histoire, du moins le monde, temporairement, en l’occurrence le climat d’une bonne partie du globe pendant près de trois années.

 

 

Le beau livre de Gillen D’Arcy Wood revisite l’histoire des dérèglements climatiques consécutifs à l’explosion du Tambora en avril 1815. (© La Découverte)

 

 

Il faudra attendre la mise au point d’instruments capables de mesurer les retombées radioactives au temps des essais nucléaires intensifs de la Guerre froide pour que l’on commence à quantifier les aérosols d’origine volcanique dans l’atmosphère, en l’occurrence les sulfates filtrant le soleil. Le 5 avril 1815, dans l’île indonésienne de Sumbawa, le volcan Tambora entre en éruption puis explose, projetant une quantité considérable de particules en altitude jusque dans la stratosphère. Les magmas s’écoulant vers la mer intensifient les nuages lorsque les laves brûlantes entrent au contact de l’eau.

 

La plus dévastatrice éruption volcanique – digne de l’Atlantide et du Vésuve dans les mémoires (celle, pourtant fameuse, du Krakatoa en 1883, aura une magnitude deux fois moindre que celle du Tambora) -, fait environ cent mille morts alentour dans les semaines suivantes. Les conséquences plus lointaines donnent tout autant le vertige, même si elles ne seront expliquées qu’avec les carottes glaciaires pratiquées à partir des années mil neuf cent soixante. L’on découvrira alors qu’une autre éruption majeure d’un volcan resté inconnu avait chargé l’atmosphère de sulfates en 1809 et qu’avec celle de 1815, les années 1810-1819 furent ainsi les plus froides jamais enregistrées avec une baisse de 1 °C de la température sur cette décennie pour l’ensemble du monde, en plein petit âge glaciaire (1250-1850).

 

 

Weymouth Bay est peinte par John Constable (1776-1837) en 1816. Cette huile sur toile (203 X 247 mm) reflète bien l’ambiance crépusculaire de l’année 1816 où le soleil apparaît rarement derrière les amas nuageux, une image romantique par excellence. (© Victoria and Albert Museum)

 

 

Les conséquences climatiques du Tambora furent multiples un peu partout dans le monde, l’ouvrage reconstituant a posteriori la connexion entre autant d’événements et le volcan. En Europe, l’année 1816 fut ainsi marquée par une météo particulièrement tempétueuse (en ce qui concerne la France, non évoquée dans ce livre, où les ingénieurs hydrographes débutent en 1816 leurs levés des côtes dans des conditions bien mauvaises, voir le très intéressant article de Météo-France). Bien que documentés, certains exemples de l’ouvrage de D’Arcy Wood n’échappent pas à des assimilations manifestement abusives, un cumulonimbus dantesque par ci ou un coup de sirocco par là. Les mêmes réserves peuvent à mon avis être apportées à la mise en avant du choléra (né de l’humidité au Bengale, elle-même due aux conséquences de l’éruption) dans les révolutions européennes du XIXème siècle dont les causes sont autrement nombreuses et complexes, tandis que les famines aux quatre coins du monde sont bel et bien en relation directe avec les effets climatiques de l’éruption.

 

Fort pertinent est le parallèle fait par l’auteur, spécialiste de l’art et de la littérature de la période, entre des créations telles que les ciels chargés de William Turner ou le Frankenstein de Mary Shelley (1818) et le caractère crépusculaire de l’année 1816. Les artistes le subissent comme les autres, sinon un peu plus puisqu’ils ont la chance de voyager et qu’ils constatent ainsi le même dérèglement climatique dans les Alpes suisses, en Italie ou en Grande-Bretagne.

 

 

William Turner (1775-1851) sera profondément marqué par l’atmosphère trouble des années suivant l’éruption du Tambora, ici une étude de ciel vers 1816-1818, aquarelle sur papier, l’une des nombreuses contenues dans son carnet d’études de ciel (125 X 247 mm). (© Tate)

 

 

Les météores observés à cette époque sont une aubaine pour la météorologie moderne en train de naître (même s’il faudra encore attendre un peu). Mais il n’est pas exact de considérer que le mauvais temps issu du Tambora en est le déclencheur, les besoins croissants à satisfaire tandis que la révolution industrielle décolle en Grande-Bretagne et que les sciences et techniques sont en plein essor y suffisent amplement. C’est là l’écueil que n’évite pas le livre, tout revisiter à l’aune de son sujet, par un prisme nécessairement réducteur.

 

L’un des chapitres les plus riches est consacré au passage du Nord-Ouest. En effet, la quête effrénée d’une route maritime plus courte vers l’Asie devient centrale à l’Amirauté britannique juste après la fin des guerres de l’Empire, pendant que le Tambora fait neiger dans le Nord-Est des États-Unis les 6 et 7… juin 1816 ! Au même moment, l’Arctique radoucit à la faveur de la circulation globale thermohaline qui réchauffe les eaux autour du Groenland – la circulation méridienne de retournement Atlantique (AMOC pour Atlantic Meridional Overturning Circulation) -, plus intense après l’éruption (sans que l’auteur, soit très clair ni très convaincant sur les liens de causalité, n’y aurait-il pas également une concomitance dans le cycle de l’AMOC ?). Quoi qu’il en soit, la banquise connaît une débâcle aussi soudaine que prometteuse. Dans les colonnes de la prestigieuse Quarterly Review, le télescopage, au sens propre comme au sens figuré, de la propagande pour les expéditions polaires et de la critique virulente de Frankenstein est à cet égard l’un des rapprochements savoureux de ce livre qui en comporte d’autres.

 

 

Bien après les années Tambora, Turner restera le peintre du soleil couchant dans un ciel chargé en particules, ici vers 1840 : Sun Setting over a Lake, huile sur toile, 911 x 1 226 mm. Il sera ainsi non seulement l’inspirateur de l’impressionnisme (notamment de Claude Monet) mais aussi d’une quasi abstraction, comme avec ce coucher de soleil sur un lac. (© Tate)

 

 

Ironie tragique de l’histoire, l’ouverture provisoire de cette fenêtre dans les glaces de l’Arctique aura des conséquences fâcheuses dès qu’elle se refermera à la fin des années 1810 et jusque trente-sept ans plus tard pour l’homme qui mangea ses bottes. Ces pages sont d’autant plus passionnantes à lire au regard du réchauffement climatique en cours et de l’ouverture du passage du Nord-Ouest (à condition de ne pas verser dans l’anachronisme, jamais très loin). L’auteur conclut judicieusement en rappelant les projets de la géo-ingénierie visant à modérer le réchauffement climatique à coups d’aérosols de sulfate injectés artificiellement dans la stratosphère. Les apprentis sorciers feront-ils autant de bruit que le Tambora quand il explosa ?

 

O.C.

 

P.S. Il a construit en bois et composite époxy le trimaran sur lequel il a réalisé un tour de l’Atlantique avec sa compagne, après une belle carrière de Ministe (il avait entre autres terminé quatrième de la Mini-Transat 1997 sur le proto Pierre Rolland, construit en contreplaqué/époxy par Ollivier Bordeau, qu’Alessandro di Benedetto avait ensuite modifié pour son incroyable tour du monde en solo par les Quarantièmes, en 2009-2010). Pierre-Marie Bourguinat, ancien rédacteur en chef adjoint de Voiles et voiliers, a entamé une nouvelle vie débutée par un passage à la prestigieuse école Boulle. Allez voir le site élégant et sobre de sa nouvelle société Craft (ébénisterie créative et agencements sur mesure). Outre le petit bateau qu’il pourrait vous construire, ses meubles et ses aménagements sont superbes. Pierre-Marie a de l’or dans les mains.

 

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Plastique tragique

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La tragédie est d’autant plus odieuse qu’elle pourrait être facilement évitée par des mesures simples et immédiates, à l’instar de l’interdiction des sacs de caisse à usage unique depuis le 1er juillet dernier. Pourtant, le problème des matières plastiques qui étouffent littéralement la vie sur la planète est non seulement loin d’être réglé mais il continue d’empirer, y compris en Europe.

 

 

Le drapeau grec flotte fièrement sur une décharge à ciel ouvert comme il en existe encore tant en Europe. (© Olivier Chapuis)

 

 

Plutôt que des mots, voici des photos prises il y a quelques jours dans une perle des îles grecques de la mer Égée (je ne la nomme pas parce que ce problème de la gestion des déchets est récurrent dans la plupart des îles et pas seulement en Grèce). Cela ne se passe évidemment pas sur la côte bleu azur de l’île mystérieuse – où le prétendu respect de l’environnement s’affiche à grands renforts de com’ pour le développement durable… -, mais dans un secteur de l’intérieur où les touristes ne vont pas.

 

 

Il suffirait de quelques centaines d’euros pour que le grillage soit hermétique sur les côtés et au-dessus de la décharge où les trous n’ont pas été réparés. Des milliers de plastiques s’envolent ainsi quotidiennement et échouent dans la Méditerranée. Plutôt que de financer des équipements à l’intérêt parfois douteux, l’Union européenne ferait mieux de veiller en priorité à la qualité de ces installations de traitement des déchets. (© Olivier Chapuis)

 

 

Ce scandale à ciel ouvert illustre comment ce qui est laissé à tout vent sur le continent finit dans l’océan (idem pour les cours d’eau qui vont à la mer). À commencer par ces poubelles sans couvercle qui débordent et bayent aux corneilles voraces quand le simple bon sens et la responsabilité individuelle des citoyens et des élus pourrait résoudre le problème immédiatement, pour un coût ridicule et un bénéfice immense.

 

 

À quelques centaines de mètres de la décharge, les plastiques en transit vers la Grande bleue s’accrochent tant bien que mal au maquis. (© Olivier Chapuis)

 

 

Au lieu de cela – comme ce blog l’a souvent évoqué ici ou , ou encore ici et -, les eaux et les abysses portent les traces indélébiles d’à peine plus d’un demi-siècle d’incurie. Une goutte d’eau dans l’histoire du globe mais une goutte de poison. Toxique plastique.

 

 

La responsabilité n’est pas seulement collective et politique mais aussi individuelle : n’utilisez pas de plastiques pour protéger vos équipements ! Ils se déchirent en quelques mois, se décomposant en particules – visibles ou non à l’oeil nu – qui mettront des siècles à disparaître. (© Olivier Chapuis)

 

 

O.C.

 

 

La faune – poissons et cétacés notamment (ici, un dauphin au large de l’île concernée) -, ingère ces particules que nous mangeons ensuite. La boucle est bouclée. (© Olivier Chapuis)

 

 

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Fourmis

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Le sujet avait été prévu par le texte préparatoire des négociations mais aucune mention n’en avait été faite dans l’accord final de Paris concluant la COP21. La limitation des émissions de gaz à effet de serre par les navires n’en est pas moins l’un des thèmes évoqués depuis un certain temps par l’Organisation maritime internationale (OMI, IMO en anglais pour International Maritime Organization), encore ces derniers jours lors de la 69ème session de son Marine Environment Protection Committee (MEPC).

 

 

À un instant T de l’année 2012, l’état du trafic maritime mondial pour les types de navires les plus importants. Où l’on confirme notamment que la route de Suez entre la Chine et l’Europe est une autoroute. (© UCL Energy Institute)

 

 

On a beau savoir que le transport maritime assure 80 % du volume du commerce mondial, visualiser celui-ci sur un planisphère est intéressant, y compris pour prendre la mesure de sa pollution atmosphérique potentielle. C’est ce que vient de réaliser l’UCL Energy Institute en compilant les données AIS (Automatic Identification System) de l’année 2012 sur une carte interactive (il faut un navigateur internet récent et ne bloquant pas WebGL).

 

 

L’objectif de l’opération – en tout cas quant à son financement… -, est entre autres de quantifier le CO2 émis par les navires. (© Olivier Chapuis)

 

 

Ces 250 millions de données – on peut parler de big data -, permettent non seulement de suivre à la trace ces fourmis sur les océans du monde mais aussi d’estimer un certain nombre de paramètres liés à ces déplacements, notamment le CO2 émis. Cela dit, avant de ne plus croiser des navires fumant leurs soutes, la tâche promet d’être titanesque. Un travail de fourmi.

 

 

La collecte des données a été réalisée à partir de l’Automatic Identification System (AIS), ici à Gibraltar sur MarineTraffic le 27 avril 2016 à la mi-journée. (© MarineTraffic)

 

 

O.C.

 

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La dernière frontière

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Sera-t-elle un jour soumise à des règles, hormis celles déjà existantes qui se rapportent essentiellement à la sauvegarde de la vie humaine ? Du 28 mars au 7 avril, la haute mer est au coeur des discussions au siège de l’ONU, plus précisément la protection et l’usage durable de sa biodiversité. L’objectif du Comité préparatoire, établi par la résolution 69/292 du 19 juin 2015, est de présenter un rapport auprès de l’assemblée générale des Nations unies en 2017, avec en ligne de mire un traité international d’ici cinq à dix ans, si tout va bien.

 

Outre la surexploitation par la pêche industrielle et la collecte des nodules polymétalliques ou autres richesses minières, sans oublier les ressources génétiques, les enjeux sont considérables pour la protection des océans soumis à rude épreuve (voir notamment ici et ) tandis que les technologies progressent à grande vitesse. Au-delà des espaces soumis aux juridictions nationales ou au contrôle des pays sur leurs plateaux continentaux, la colonne d’eau, le sol et le sous-sol restent à protéger même si l’on a déjà proclamé “ patrimoine commun de l’humanité ” la Zone internationale des fonds marins.

 

 

La haute mer couvre près des deux tiers des océans soit un peu moins de la moitié de la surface du globe. (© Olivier Chapuis)

 

 

Suivant la Convention des Nations unies sur le droit de la mer – dite Convention de Montego Bay parce qu’elle fut signée à Kingston (Jamaïque), le 10 décembre 1982 -, l’espace maritime international, autrement dit la haute mer d’un point de vue juridique, englobe tout ce qui se trouve au-delà des 200 milles des lignes de base, donc de la Zone économique exclusive (ZEE) de chaque état (voir les définitions ici ; ou là en ce qui concerne les dénominations et les délimitations des mers et des océans).

 

La haute mer attise bien des convoitises qui ne se situent pas toujours là où on les attendrait. Déjà très impliquées dans la création et la gestion des Aires marines protégées (AMP), des fondations prétendument désintéressées voient dans la financiarisation des océans un nouvel eldorado où certaines ONG (organisations non gouvernementales) deviennent des conseillères en placement pour de grandes multinationales qui soignent ainsi leur image à peu de frais tout en achetant du crédit carbone. La dernière frontière n’est pas seulement indigo. Elle tient aussi du jade, celui du roi dollar.

 

O.C.

 

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Indigestion

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Tout ce qui va à la mer nous revient en pleine gueule. Si l’ampleur de ce que nous y déversons n’a d’égale que la diversité des cochonneries dont nous nous débarrassons, l’omniprésence des plastiques dans les océans est désormais bien établie. L’axiome concerne au premier chef les poissons que nous mangeons.

 

 

Comme toutes les espèces marines, les oiseaux de mer ingurgitent des particules de plastique. (© Olivier Chapuis)

 

 

Encore plus récente que celle favorisant le réchauffement climatique, cette pollution majeure s’est réalisée en soixante-dix ans à peine, une nanoseconde de l’histoire du monde. Cela aura suffi à l’homme pour contaminer tous les océans jusqu’aux hautes latitudes de l’hémisphère Sud que l’on avait longtemps cru préservées. Toutes les espèces animales qui y vivent sont concernées.

 

C’est ce que confirme une nouvelle étude consacrée aux oiseaux marins, intitulée Threat of plastic pollution to seabirds is global, pervasive, and increasing (La menace de la pollution des plastiques sur les oiseaux de mer est mondiale, largement répandue et en hausse), qui vient de paraître dans les Proceedings of the National Academy of Sciences of the United States of America et que l’on peut lire en ligne ici, sous la plume de Chris Wilcox, Erik Van Sebille et Britta Denise Hardesty.

 

 

Les mers australes, ici en Tasmanie, sont de plus en plus touchées par la même pollution que dans l’hémisphère Nord. (© Olivier Chapuis)

 

 

Entre 1962 et 2012, la littérature scientifique établit que 59 % de 135 espèces, soit 80 espèces d’oiseaux de mer, avaient été affectées par de telles ingestions. Cela correspondait à 29 % des individus dans l’intestin desquels on avait effectivement retrouvé des particules de plastique. Les auteurs estiment que cela concernerait 90 % des individus si ces études étaient conduites aujourd’hui.

 

Se basant sur les publications existantes et les modèles numériques de prévision en océanographie et en écologie, ils concluent que si rien n’inverse la courbe exponentielle de cette pollution, 99 % des 186 espèces d’oiseaux marins prises en compte pour l’étude auront ingurgité des débris de plastiques en 2050.

 

 

Même en mangeant du poisson, les oiseaux ingurgitent du plastique. Comme l’homme. (© Olivier Chapuis) 

 

 

Tout l’océan Austral en bordure de l’Antarctique, serait alors le plus touché, ainsi que ses mers limitrophes, à commencer par la mer de Tasman, entre l’Australie et la Nouvelle-Zélande, comme le sont d’ores et déjà les eaux bordant les pays les plus industriels de l’hémisphère Nord. Il n’y a plus de sanctuaire sur la planète mer. Comme tout le reste, nos ordures sont mondiales.

 

O.C.

 

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Métro, à l’eau, crado

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Métro blues… On veille à ne rien jeter à l’eau, dégoûté de croiser des détritus de toutes tailles dans la moindre baie ou au grand large, et puis on découvre ces images sur le site du photographe américain Stephen Mallon. Depuis des années, la Metropolitan Transportation Authority (MTA) de New York balance dans l’Atlantique des rames entières de son métro, soit plus de 2 500 wagons à ce jour.

 

 

Les wagons de ce genre sont balancés dans l’Atlantique au prétexte de protéger les poissons… L’économie de dépollution et de recyclage est en réalité considérable pour la MTA de New York. (© Stephen Mallon / www.stephenmallon.com)

 

 

Stockés sur des barges, ils sont immergés au large, à la verticale de fonds de sable où ils sont censés faire office de récifs artificiels afin d’y attirer les poissons et de les protéger. Bref, le cynisme n’ayant pas de limites, l’opération est soi disant un modèle écologique favorisant la reconstitution d’un écosystème sous-marin. No comment, comme ils disent !

 

Les petits poissons profiteraient donc de l’amiante dont sont encore truffées les voitures au moment de leur immersion pour se réchauffer ? Et pour s’éclairer, ils peuvent remercier la MTA de leur laisser des câbles électriques ? Ça ferait bien rigoler Zazie. Autant de polluants qui seront renvoyés à l’envoyeur comme le sont les plastiques que l’homme ingère dans son alimentation maritime. Comme s’il n’y avait déjà pas assez des conteneurs et autres objets “ perdus ” par dessus bord au nom de la rentabilité que l’on déguise trop souvent en fortunes de mer.

 

 

 

Comme dans cette voiture, l’amiante est omniprésente et n’est pas retirée avant l’immersion. On peut d’ailleurs s’interroger sur la sécurité des ouvriers manipulant les wagons. (© Stephen Mallon / www.stephenmallon.com

 

 

Ces pratiques sont interdites et plus ou moins stoppées en Europe. Même si les marines militaires ont encore la possibilité d’envoyer par le fond des coques pour tester leurs armes. Et si certaines autorités y recourent parfois, à l’instar du préfet de la Martinique récemment, avec le cargo Cosette, sur la base de l’article L218-45 du Code de l’environnement, considérant qu’il y avait un péril grave et imminent, ce qui a été contesté. Mais retournons outre Atlantique ou plutôt restons-y puisque nous étions à Fort-de-France.

 

Admettons que l’amiante et le plastique soient en quantités infimes comme l’affirment certains. L’exemple pour le citoyen lambda n’en est pas moins dramatique. D’autant plus qu’il ne s’agit pas d’un cas isolé mais de la règle aux États-Unis qui ont une vieille tradition d’immersion, non seulement de leurs navires mais aussi de leurs biens de consommation tels que les voitures, les machines à laver ou les frigos…

 

 

Empilées sur la barge, ce sont des rames entières qui partent à la mer. Une tradition pour nombre d’équipements et de biens de consommation aux États-Unis. (© Stephen Mallon / www.stephenmallon.com)

 

 

Il paraît que certains pêcheurs amateurs sont ravis de ces spots artificiels où le poisson revient. Que leurs associations les encouragent même. C’est merveilleux ce qu’on est capable d’inventer au nom de la “ civilisation ” des loisirs. Je préfère encore mariner dans le métro que de manger de ce maquereau là.

 

O.C.

 

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Planète plastique, plastique pas net

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Pas une plage qui n’en soit tapissée pour peu qu’elle soit exposée. La mer ne rend ainsi à la terre qu’une toute petite partie de ce que nous lui “ donnons ”. Le plastique est partout dans l’océan, jusque dans les abysses. La nouveauté est qu’on en découvre aussi aux hautes latitudes de l’hémisphère Sud que l’on croyait préservées.

 

 

Densité des plastiques (nombre d’unités observées au kilomètre carré), classés en quatre catégories suivant leurs dimensions en millimètres. Les données proviennent de 1 571 stations dont 891 observations visuelles et 680 relevés au filet. (© Eriksen M, Lebreton LCM, Carson HS, Thiel M, Moore CJ, et al. (2014) Plastic Pollution in the World’s Oceans: More than 5 Trillion Plastic Pieces Weighing over 250,000 Tons Afloat at Sea. PLoS ONE 9(12): e111913. doi:10.1371/journal.pone.0111913)

 

 

Dans un article publié le 10 décembre 2014, la revue en ligne PLOS ONE estime que les océans comprennent actuellement 5,25 milliers de milliards de particules de plastiques pour 268 940 tonnes. Rapporté au volume des océans, ce n’est donc pas cette masse qui constitue le problème – ce n’est jamais que celle d’un très gros navire -, mais sa dissémination dans la chaîne du vivant (commentaire personnel).

 

La modélisation se base sur les données observées par 24 expéditions, entre 2007 et 2013, dans les cinq gyres océaniques des zones subtropicales (gigantesques tourbillons à la surface des océans, zones de convergence des courants), autour de l’Australie, dans le golfe du Bengale et en Méditerranée (où les concentrations sont considérables comme le confirme la dernière mission de Tara), soit une distance totale parcourue de 50 000 milles. Ces observations ont été visuelles pour les plus gros déchets et ont fait appel à des filets pour les plus petits.

 

 

La baie Vayia au Nord de l’île Fimaina (archipel grec des Fournoi), dans l’Est de la mer Égée, est très exposée au meltem. Ce vent dominant y ramène tous les déchets flottant en surface. Si bien que la plage et les fonds avoisinants sont tapissés de matières plastiques, ce que ne laisse pas deviner cette image idyllique. Un cache misère que l’on retrouve trop souvent en Méditerranée : cette mer fermée est proportionnellement la plus atteinte du globe. (© Olivier Chapuis)

 

 

Les plastiques viennent essentiellement de la terre, portés par les fleuves ou le vent, mais aussi des équipages de trop nombreux navires en tous genres qui continuent de les balancer par dessus bord, sans oublier les pertes de conteneurs. On peut avoir une idée vertigineuse de l’étendue des dégâts en consultant la carte interactive mise en ligne avec cette étude internationale pilotée par l’Institut 5 Gyres. Y a notamment contribué François Galgani de l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer) que l’on retrouvait déjà parmi les auteurs de l’article précédent consacré à la pollution des abysses.

 

Moins touchés qu’on ne l’a dit ces dernières années, les gyres attirent les plastiques au gré des courants mais ils finissent aussi par les rejeter à un stade plus ou moins avancé de dégradation. Outre qu’elles blessent ou tuent nombre d’animaux marins selon leur grosseur (poissons, oiseaux, tortues, mammifères…), ces particules touchent les organismes marins tels que les filtreurs, le zooplancton ou ceux qui vivent dans les sédiments. Ils concentrent aussi les polluants organiques et altèrent le fonctionnement des chaînes alimentaires. Enfin, ils transportent des organismes (bactéries ou espèces invasives) sur de très longues distances avec des conséquences encore mal connues.

 

 

Modélisation numérique de la densité des plastiques (nombre d’unités observées au kilomètre carré), classés en quatre catégories suivant leurs dimensions en millimètres. Cette modélisation est calée sur les données observées à l’image 1 du présent article. (© Eriksen M, Lebreton LCM, Carson HS, Thiel M, Moore CJ, et al. (2014) Plastic Pollution in the World’s Oceans: More than 5 Trillion Plastic Pieces Weighing over 250,000 Tons Afloat at Sea. PLoS ONE 9(12): e111913. doi:10.1371/journal.pone.0111913)

 

 

J’ajoute à l’étude que plus encore que ce bilan spatial, le facteur temps est préoccupant. Ces plastiques n’ont commencé à gagner les océans que depuis le milieu du XXème siècle et de façon massive il y a à peine plus de quarante ans. C’est une microscopique goutte d’eau à l’échelle de l’histoire de la planète bleue. Mais c’est une bombe à retardement dont l’allumage est déclenché depuis belle lurette si l’on songe à l’ingestion de ces plastiques par nombre d’échelons de la chaîne alimentaire… jusqu’à l’homme (qui en absorbe aussi via les produits cosmétiques, également pollués). L’effet en sera terriblement long puisqu’il faut plusieurs centaines d’années pour qu’un plastique se désagrège totalement.

 

O.C.

 

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Au loup !

Par

 

Pas un jour sans qu’on entende les scientifiques crier au loup dans les médias. Le problème est que l’animal est déjà dans la bergerie depuis un moment, que tous les indices le confirment et qu’il n’y a plus guère de mammouth pour les contester. Mais l’effet amplificateur et démultiplicateur des réseaux crée accoutumance et indifférence en même temps que les nécessaires prises de conscience. Celles-ci se heurtent à beaucoup d’impuissance face à l’inertie de nos modes de vie. Pendant ce temps, le climat se réchauffe et l’océan avec lui.

 

Il ne faut pas pour autant se tromper d’échelle d’espace/temps et lire tout événement météorologique à l’aune du changement climatique, comme nous l’ont rappelé à bon escient les météorologues interrogés dans notre récent dossier “ Coup de chaud sur le climat ? ” (Voiles & voiliers n° 518, avril 2014). C’est pourtant ce qui se fait logiquement au quotidien, sous le diktat des images spectaculaires et anxiogènes tournant en boucle. On ne peut blâmer les victimes de ces météores, aux premières loges, de mélanger les phénomènes atmosphériques et l’incurie des hommes d’après 1960 dans l’aménagement du territoire, ainsi que le rappelle parmi tant d’autres exemples le procès Xynthia en cours.

 

 

Les images spectaculaires – telles que celles de Xynthia aux Sables d’Olonne, le 28 février 2010 -, frappent les imaginations et marquent les mémoires. Si elles témoignent de phénomènes hors normes, l’extrapolation du météorologique au climatique doit être faite avec beaucoup de prudence. (© Jacques Archambaud / SAEMSO Port-Olona)

 

 

Le message est brouillé mais la responsabilité en est largement diluée. Vous et moi d’abord. Si nous voulons vivre avec vue sur mer, il ne faut pas nous étonner que celle-ci s’invite de temps à autre dans notre salon, sans même attendre l’élévation du niveau des océans et sans que le recul du trait de côte ne soit obligatoirement en cause. Les politiques ensuite qui résistent mal (c’est un euphémisme) à la pression financière considérable accompagnant (ou appelant) ce mouvement démographique bien connu vers le littoral, un peu partout dans le monde.

 

Les scientifiques et les médias enfin. Il y a suffisamment de raisons de crier au loup, matin, midi et soir, pour ne pas en rajouter à des fins purement stratégiques, comprenez que laboratoires et ONG ont besoin d’alerter plus que de raison pour récupérer des crédits gouvernementaux et lever des fonds dans l’opinion. Et que les journalistes sont toujours preneurs de données qui les dépassent d’autant plus qu’elles sont nécessairement réduites à des simplifications extrêmes en bout de course.

 

Prenez le rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) – dont la synthèse de la cinquième livraison (2014) sera officiellement présentée à partir du 27 octobre -, il compte allègrement plus d’un millier de pages. On peut heureusement en trouver un résumé ici.

 

Prenez la Conférence scientifique publique mondiale sur la météorologie 2014 qui a eu lieu du 16 au 21 août dernier à Montréal. Elle est emblématique de la nécessité de s’ouvrir au plus grand nombre mais elle témoigne aussi des limites de l’exercice : le PDF des seuls résumés fait 920 pages (à télécharger ici), bien évidemment en anglais et surtout, à un niveau en réalité inaccessible aux non spécialistes.

 

Comment en extraire des conclusions significatives mais non caricaturales ou réductrices ? L’exercice est loin d’être évident, y compris pour les scientifiques eux-mêmes qui peinent souvent à synthétiser leurs travaux dont la nature s’y prête mal. Quand ils ne se laissent pas carrément emporter par leur enthousiasme (si je peux employer ce mot en matière de catastrophisme) comme cela est arrivé à certains d’entre-eux au Québec.

 

C’est ainsi qu’on a pu voir reprise dans la presse généraliste, “ l’information ” (c’est moi qui mets les guillemets) que les vagues feraient “ désormais 40 mètres là où 20 mètres étaient exceptionnels ”, les propos ayant bien été tenus par un universitaire américain. Sans préciser si on parle de leur hauteur significative qui correspond à la hauteur moyenne du tiers des vagues les plus hautes (H 1/3 : sur trente vagues consécutives, la hauteur moyenne des dix plus hautes donne la hauteur significative de ce train de vagues) ou de la hauteur des vagues scélérates… ce qui n’est pas la même chose !

 

 

La hauteur exceptionnelle des vagues scélérates deviendra-t-elle la norme en matière de hauteur significative lors des tempêtes ? (© DR)

 

 

L’objet de ce congrès de Montréal était surtout de faire l’état d’avancement des technologies pour l’élaboration des prévisions météorologiques et d’établir leur programme de développement à long terme. Peut-être parce qu’il s’agissait d’une conférence ouverte d’un genre nouveau, celle-ci a dérivé singulièrement entre les présentations scientifiques (dont les résumés sont disponibles dans le document précité) et leur communication à la presse et au grand public, toute rigueur ayant été débarquée dans l’alarmisme ambiant…

 

Parfois, le message est moins flou. On vient de le voir avec la Conférence des parties, organe directeur de la Convention sur la diversité biologique de l’ONU. Sa dernière édition s’est tenue le 6 octobre en Corée du Sud et elle alerte à juste titre sur l’acidification des océans. D’ici à 2100, celle-ci augmenterait de près de 170 % par rapport à ce qu’elle était avant les débuts de l’industrialisation du monde au XIXème siècle. Due à la hausse des rejets de gaz carbonique dans l’atmosphère, liée pour l’essentiel aux activités humaines, cette acidité s’est accrue d’un tiers en 200 ans.

 

Là encore, c’est l’accélération phénoménale qui frappe puisque ce phénomène serait d’une amplitude inédite depuis cinquante-six millions d’années et d’une vitesse jamais vue depuis trois cents millions d’années. Ce changement de pH ferait disparaître 70 % des organismes marins dans lesquels le calcaire est présent et qui sont de véritables marqueurs climatiques.

 

Le problème est donc d’être concret avec des hypothèses qui si elles sont de plus en plausibles n’en sont pas moins issues de modèles numériques de prévision en climatologie, avec des marges d’erreur plus ou moins importantes. À cet égard, le site Drias, réalisé par Météo-France, vous propose de sélectionner des paramètres de modélisation pour une visualisation pragmatique des scénarios de changements climatiques, à l’échelle du territoire français.

 

Quant aux suppositions désormais certaines et avérées (exemple : il y a moins de cyclones mais plus de super cyclones ; voir la série Cyclones et cycle, épisodes 1, 2 et 3), elles n’en sont donc plus et rejoignent ainsi l’actualité. Celle des catastrophes dites bien rapidement “ naturelles ” quand leurs effets dévastateurs sont souvent liés à des aménagements tout ce qu’il y a de plus artificiels et criminels.

 

Exemple quasi quotidien en période de précipitations intenses : les constructions dans des zones inondables qui n’étaient pas bâties par nos ancêtres (certes en des temps où la densité de population n’avait rien à voir avec celle d’aujourd’hui) et qui sont encore plus submersibles que par le passé parce que les sols bitumés et les haies arrachées ne freinent plus l’écoulement de l’eau (errements qui n’ont rien à voir avec le réchauffement climatique et sur lesquels l’homme a une prise directe, sinon immédiate du moins beaucoup plus rapide que pour diminuer ses rejets de CO2 dans l’atmosphère). On devrait alors parler de faits divers. Quand “ au loup ” rime avec “ au fou ” ou - même si la rime est beaucoup moins riche :) -, avec “ au flouze ”…

 

O.C.

 

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Pour mémoire

Par

 

Tandis que s’ouvre aux Sables d’Olonne, ce 15 septembre 2014, le procès non de Xynthia mais de l’aménagement du territoire, voici une revue de liens rappelant les articles – sur ce blog et sur le site de Voiles & voiliers -, consacrés à la submersion du littoral, qu’elle soit d’origine météorologique (surcote) ou sismique (raz-de-marée).

 

 

Le 28 février 2010, Xynthia frappe le littoral atlantique, essentiellement en Vendée et en Charente-Maritime, et cause la mort de 53 personnes. (© Jacques Archambaud / SAEMSO Port-Olona) 

 

 

Chronologiquement, c’est le tsunami du 26 décembre 2004 dans l’océan Indien (confirmé depuis par celui de mars 2011 au Japon, ici et ) qui a accéléré la prise de conscience des pouvoirs publics sur la nécessité d’un système d’alerte des raz-de-marée en France métropolitaine, notamment en Méditerranée. Cela a favorisé la mise au point d’outils cartographiques de modélisation du terrain comme Litto 3D alors que la prise en compte de l’importance du suivi du niveau de la mer dans la durée était déjà une longue histoire.

 

Puis, la tempête Xynthia du 28 février 2010 a été rapidement suivie de la création de la vigilance Vagues-submersion – dont nous réclamions le principe alors que la première vigilance rouge concernant le vent avait été déclenchée le 24 janvier 2009, soit un peu plus de sept ans après le lancement de la carte de vigilance en octobre 2001, suite aux tempêtes de décembre 1999 -, et qui a été activée un nombre considérable de fois l’hiver 2013-2013 par Météo-France.

 

 

Avec la tempête d’octobre 1987 et les deux tempêtes de décembre 1999, Xynthia est celle dont les effets ont le plus marqué les esprits. (© Jacques Archambaud / SAEMSO Port-Olona)

 

 

Gonflée par la surcote, une dépression (notamment un cyclone : voir la série Cyclones et cycle, épisodes 1, 2 et 3) favorise les inondations à marée haute, lesquelles s’ajoutent ainsi à la submersion par la mer et les vagues qui partent alors de plus élevé et détruisent d’autant plus le littoral.

 

D’où le recul du trait de côte qui s’est manifesté de façon spectaculaire au cours de ces mêmes tempêtes de l’hiver dernier. Je montrais dans ce dernier article combien les errements de l’aménagement du littoral des cinquante dernières années, liés à la pression démographique et financière, avaient non seulement perdu le bon sens mais aussi – pourtant étayée par au moins sept siècles d’archives -, la mémoire de ce bon sens.

 

O.C.

 

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