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Category Archives: Littoral

AMP

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L’objectif est atteint. Et même dépassé, depuis le début de cette année, puisqu’il s’agissait de classer vingt pour cent des onze millions de kilomètres carrés (*) d’eaux sous juridiction française en aires marines protégées (AMP), d’ici à 2020 (* dix millions dans la Zone économique exclusive, ou ZEE, et un million pour ce qu’on appelle l’extension du plateau continental).

 

 

En métropole, les eaux françaises de Méditerranée sont couvertes par les AMP à 45 %, à 30 % en Manche et mer du Nord, et à 12 % en Atlantique. Essentiellement le long des côtes même si des zones Natura 2000 vont prochainement être définies au large. La légende détaille les huit catégories d’AMP de notre pays au titre du code de l’environnement. (© Agence française pour la biodiversité)

 

 

Depuis que la réserve naturelle des Terres australes et antarctiques françaises (TAAF) a été élargie à la majeure partie de sa ZEE, vingt-deux pour cent des eaux françaises sont ainsi placées sous la protection de feu l’Agence des aires marines protégées, qui est depuis le premier janvier dernier une composante de l’Agence française pour la biodiversité. En kilomètres carrés, cela donne la répartition suivante des AMP, en pourcentages décroissants des eaux françaises (arrondis, d’où un total très légèrement supérieur à cent pour cent) :

 

 

Polynésie française dans le Pacifique (47 %), Îles subantarctiques (TAAF) de l’océan Indien (16 %), Nouvelle-Calédonie dans le Pacifique (14 %), Îles éparses de l’océan Indien dont Tromelin (6 %), métropole (4 %), Clipperton dans le Pacifique (4 %), La Réunion dans l’océan Indien (3 %), Wallis et Futuna dans le Pacifique (3 %), Antilles françaises dans l’Atlantique (1 %, avant la création du parc naturel marin de Martinique confirmée il y a peu), Guyane française dans l’Atlantique (1 %), Mayotte dans l’océan Indien (1 %) et Saint-Pierre-et-Miquelon dans l’Atlantique (0,12 %).

 

 

À lui seul, le sanctuaire Pelagos de Méditerranée représente la moitié de l’étendue des AMP de métropole. Mais il ne concerne que les cétacés (ici des rorquals communs d’environ 16 mètres). Il y a encore du travail… (© Olivier Chapuis)

 

 

Cette répartition cache des disparités importantes puisque si les AMP couvrent plus de 95 % de la ZEE en Nouvelle-Calédonie, à Mayotte et aux Antilles, 36 % dans les TAAF, ou plus de 23 % en métropole, c’est moins de 10 % ailleurs (en moyenne) et il n’en existe pas partout. Voilà pour les chiffres. Il reste à éviter les effets pervers d’une financiarisation de l’océan et à se doter des moyens pour en appliquer les principes. À la lettre.

 

 

O.C.

 

 

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Maréevolution

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Point de sous-entendu électoral à ce néologisme capillotracté. C’est bien de marée qu’il s’agit ici. Sans crier au loup, elle pourrait vivre sinon une révolution (qu’elle connaît déjà et pour cause), du moins une évolution. Telle est la conclusion d’une étude menée par des chercheurs du Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) dont les résultats viennent d’être publiés dans la revue Continental Shelf Research (on peut lire l’article en ligne ou le télécharger ici).

 

 

L’augmentation du niveau moyen global des océans modifie la marée. Ici, dans le golfe du Morbihan, au Passage, à l’embouchure de la rivière de Noyalo. (© Olivier Chapuis)

 

 

La hausse du niveau moyen de la mer due au réchauffement climatique aurait ainsi des effets divers sur les côtes européennes de l’Espagne à la Norvège. Dans certaines régions, le marnage serait renforcé, par exemple du Cotentin au Pas-de-Calais. Pour d’autres, il diminuerait, notamment en baie du Mont-Saint-Michel. Ces modifications de la hauteur de la pleine mer et de la basse mer par rapport au niveau moyen pourraient être de l’ordre de 15 % de la remontée du niveau marin, soit 15 centimètres en plus ou en moins si la mer montait d’un mètre.

 

 

Les courants de marée seraient eux aussi modifiés et la sédimentation avec eux. (© Olivier Chapuis) 

 

 

Mais ces valeurs seraient fortement influencées par les caractéristiques du littoral et des fonds côtiers d’où l’importance de prendre en compte les modélisations étudiées par les auteurs de l’article dans la définition des stratégies de défense du trait de côte contre l’érosion. Le risque de submersion serait lui aussi concerné. De quoi nourrir l’indispensable révolution des mentalités dans l’aménagement du littoral.

 

O.C.

 

 

Comme le faisaient les anciens qui ne construisaient pas en zone inondable, l’aménagement du littoral doit intégrer cette modification de la marée par la hausse du niveau moyen de la mer. (© Olivier Chapuis)

 

 

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Plastique tragique

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La tragédie est d’autant plus odieuse qu’elle pourrait être facilement évitée par des mesures simples et immédiates, à l’instar de l’interdiction des sacs de caisse à usage unique depuis le 1er juillet dernier. Pourtant, le problème des matières plastiques qui étouffent littéralement la vie sur la planète est non seulement loin d’être réglé mais il continue d’empirer, y compris en Europe.

 

 

Le drapeau grec flotte fièrement sur une décharge à ciel ouvert comme il en existe encore tant en Europe. (© Olivier Chapuis)

 

 

Plutôt que des mots, voici des photos prises il y a quelques jours dans une perle des îles grecques de la mer Égée (je ne la nomme pas parce que ce problème de la gestion des déchets est récurrent dans la plupart des îles et pas seulement en Grèce). Cela ne se passe évidemment pas sur la côte bleu azur de l’île mystérieuse – où le prétendu respect de l’environnement s’affiche à grands renforts de com’ pour le développement durable… -, mais dans un secteur de l’intérieur où les touristes ne vont pas.

 

 

Il suffirait de quelques centaines d’euros pour que le grillage soit hermétique sur les côtés et au-dessus de la décharge où les trous n’ont pas été réparés. Des milliers de plastiques s’envolent ainsi quotidiennement et échouent dans la Méditerranée. Plutôt que de financer des équipements à l’intérêt parfois douteux, l’Union européenne ferait mieux de veiller en priorité à la qualité de ces installations de traitement des déchets. (© Olivier Chapuis)

 

 

Ce scandale à ciel ouvert illustre comment ce qui est laissé à tout vent sur le continent finit dans l’océan (idem pour les cours d’eau qui vont à la mer). À commencer par ces poubelles sans couvercle qui débordent et bayent aux corneilles voraces quand le simple bon sens et la responsabilité individuelle des citoyens et des élus pourrait résoudre le problème immédiatement, pour un coût ridicule et un bénéfice immense.

 

 

À quelques centaines de mètres de la décharge, les plastiques en transit vers la Grande bleue s’accrochent tant bien que mal au maquis. (© Olivier Chapuis)

 

 

Au lieu de cela – comme ce blog l’a souvent évoqué ici ou , ou encore ici et -, les eaux et les abysses portent les traces indélébiles d’à peine plus d’un demi-siècle d’incurie. Une goutte d’eau dans l’histoire du globe mais une goutte de poison. Toxique plastique.

 

 

La responsabilité n’est pas seulement collective et politique mais aussi individuelle : n’utilisez pas de plastiques pour protéger vos équipements ! Ils se déchirent en quelques mois, se décomposant en particules – visibles ou non à l’oeil nu – qui mettront des siècles à disparaître. (© Olivier Chapuis)

 

 

O.C.

 

 

La faune – poissons et cétacés notamment (ici, un dauphin au large de l’île concernée) -, ingère ces particules que nous mangeons ensuite. La boucle est bouclée. (© Olivier Chapuis)

 

 

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Palimpsestes

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Bluffant, le site Remonter le temps l’est totalement par sa fluidité, sa vitesse et son ergonomie. Cette nouvelle réalisation de l’Institut national de l’information géographique et forestière (IGN) – déjà auteur de l’excellent Géoportail qui n’a rien à envier à Google Maps, bien au contraire -, permet de comparer des cartes actuelles et anciennes et de visualiser un territoire à diverses époques.

 

Les cartes anciennes concernées sont deux séries fameuses dont la couverture est nationale, la carte de Cassini et la carte d’état-major, auxquelles s’ajoutent la carte IGN au 1 : 50 000 de 1950 et les photographies aériennes de la période 1950-1965. Elles peuvent être comparées à volonté entre elles et avec les cartes IGN actuelles (à toutes les échelles existantes) ou encore avec les toutes dernières photos aériennes disponibles.

 

 

La pointe occidentale de la presqu’île de Crozon avec la carte d’état-major à gauche et la carte de Cassini à droite. Cliquer ici pour accéder directement à l’image sur le site Remonter le temps. Vous verrez que le zoom est d’une rapidité impressionnante avec une grande fluidité et une synchronie totale entre les deux cartes dont on peut varier la présentation avec les outils de la colonne de droite, la répartition à l’écran se gérant avec le curseur en bas. Attention au dépassement de l’échelle (overzoom) qui intervient un peu avant pour Cassini (1 : 86 400) par rapport à l’état-major (1 : 80 000). (© IGN / Remonter le temps)

 

 

La Carte générale et particulière de la France – plus connue sous le nom de carte de Cassini – fut commandée par Louis XV en 1747 et privatisée en une société de la carte de France en 1756, année de la parution de sa première feuille. Elle fut forte de vingt-sept ingénieurs dès l’année suivante, sous les ordres de César-François Cassini, et ils seront quatre-vingt-trois à y travailler jusqu’en 1780, les publications continuant après 1815 (voir ci-dessous).

 

L’échelle de la carte est d’une ligne pour cent toises c’est-à-dire 1 : 86 400, supérieure à celle des cartes de provinces de cette époque, mais un peu trop petite (pas assez détaillée) pour qu’on puisse la qualifier de véritable carte topographique. La topographie se définit comme la figuration du détail d’un lieu, par opposition à la chorographie qui décrit l’ensemble d’une partie de la terre, d’un pays, d’une région ou d’une province. Par extension, la topographie englobe toute cartographie terrestre à grande ou à moyenne échelle d’une portion de territoire (et non seulement l’image de son relief).

 

 

Toujours la pointe occidentale de la presqu’île de Crozon avec une photo aérienne actuelle à gauche et la carte d’état-major à droite. Cliquer ici pour accéder directement à l’image sur le site Remonter le temps. (© IGN / Remonter le temps)

 

 

Le point fort de cette première carte géométrique de l’ensemble du territoire métropolitain réside dans sa triangulation. Elle repose sur des objets géodésiques aussi importants que les clochers, véritables amers à l’intérieur des terres et sur les côtes. Comme je l’ai montré dans mon livre Cartes des côtes de France, ces triangles ne débordent pas sur le domaine maritime, ses auteurs ne s’étant pas aventurés au-delà de l’estran.

 

La carte de Cassini néglige les éléments de la topographie, comme la petite voirie, les usages du sol et le trait de côte. Des signes conventionnels sont bien utilisés, mais jusqu’à très tardivement, avec l’apparition des derniers tableaux d’assemblage, il n’y aura pas de légende propre à la carte.

 

 

Zoom sur Camaret avec une photo aérienne actuelle à gauche – on voit nettement les pontons du port de plaisance – et une vue de 1952 à droite. Cliquer ici pour accéder directement à l’image sur le site Remonter le temps. (© IGN / Remonter le temps)

 

 

Aussi, du 15 septembre au 15 novembre 1802, une commission se réunit-elle à Paris, sous la direction de Nicolas-Antoine Sanson (1756-1840), directeur du Dépôt de la Guerre et d’Alexandre Berthier, le fils du célèbre Jean-Baptiste. Elle doit définir les signes et conventions en usage dans les cartes topographiques, en présence de représentants des divers dépôts cartographiques, dont Pierre-Nicolas Le Roy (1737-1815) qui est à cette époque le spécialiste du dessin au Dépôt général de la Marine, l’ancêtre du Service hydrographique et océanographique de la Marine (SHOM).

 

En substituant des symboles abstraits, mais étalonnés et quantifiables, à des modes de représentations purement figuratifs, cette assemblée – passée à la postérité sous le nom de Commission de topographie de 1802 -, instaure une référence en matière de signes conventionnels, en se souciant de leur simplification et de leur uniformisation, ce que n’avait pas fait Cassini.

 

 

Marseille vue par Cassini (à gauche) et par la carte d’état-major (à droite) dont on voit qu’en dépit de son échelle à peine plus grande, elle est nettement plus riche en détails, notamment grâce à une gravure plus fine. Cliquer ici pour accéder directement à l’image sur le site Remonter le temps. (© IGN / Remonter le temps)

 

 

Parmi les décisions les plus spectaculaires de la Commission de 1802 figurent la promotion du système métrique au détriment des anciennes mesures de l’Ancien régime (avec bien des exceptions pour les cartes marines), l’orientation des cartes au Nord, l’adoption du nivellement au niveau de la mer, l’abandon de la vue en perspective (sauf pour les vues de côtes), en tout cas le refus de la mélanger à la vue en plan, la normalisation des écritures en fonction de l’échelle et enfin, la création de signes conventionnels. Ces décisions sont immédiatement effectives en topographie.

 

Ainsi, la carte de Cassini présente une échelle en mètres, pour ses planches publiées après l’Empire, à l’instar de la Feuille n° 175 de la carte de France, imprimée en 1790 mais disponible pour le public après 1815. En effet, le 21 septembre 1793, les militaires avaient fait main basse sur les feuilles de Cassini qu’ils avaient transférées de l’Observatoire de Paris au Dépôt de la Guerre où elles furent interdites à la vente et le restèrent, partiellement ou totalement, jusqu’à la fin de l’Empire, afin d’éviter qu’elles puissent favoriser les descentes anglaises, tout un symbole ! Cette véritable nationalisation marquait l’assujettissement de la science au stratégique.

 

 

Bien que tardive dans l’histoire de la carte de Cassini, la légende est détaillée et le site de l’EHESS l’organise de façon très claire. Cliquer ici pour accéder directement à l’image sur le site Cassini de l’EHESS. (© EHESS)

 

 

La prise de pouvoir des militaires sera encore plus éclatante avec la carte de France au 1 : 80 000 – dite carte d’état-major parce qu’elle est levée par les officiers du corps d’état-major et publiée au Dépôt de la Guerre. Novatrice, elle est la première à être conçue directement avec une échelle métrique en fraction. Son canevas de méridiens et de parallèles est tracé toutes les dix minutes centésimales, la latitude et la longitude par rapport au méridien de Paris étant données d’une part en degrés et minutes, et d’autre part en degrés et en grades. Reprenant notamment le cadastre créé par Napoléon, ses levés commencent dès 1818 et dureront jusqu’en 1866. Les deux cent soixante-treize feuilles de la carte seront publiées de 1832 à 1880 avec une gravure très homogène.

 

La carte d’état-major était déjà disponible ici sur Géoportail, comme celle de Cassini ici. Mais cette dernière a également fait l’objet d’un remarquable site développé par l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS), par son Laboratoire de démographie et d’histoire sociale dans le cadre du projet collaboratif GeoHistoricalData. Avec le nouveau site Remonter le temps, le numérique permet de comparer les positions et les tracés qui ont été géoréférencés de la même manière. À l’écran, ces palimpsestes virtuels – d’autant plus virtuels qu’il ne s’agit pas de cartes manuscrites et qu’on ne les superpose pas -, sont la marque troublante d’un voyage dans l’espace et le temps de notre pays. Sans oublier la France de l’estran.

 

O.C.

 

 

L’île d’Ouessant telle qu’on peut la visualiser sur le site Cassini de l’EHESS. Comme je l’ai montré dans mon livre Cartes des côtes de France, l’absence de triangulation au-delà de l’estran explique le mauvais positionnement des îles et leur trait de côte aléatoire. Il faudra attendre pour cela les travaux des ingénieurs hydrographes à partir de 1816. Pour pouvoir juger de l’évolution du terrain dans le temps, il faut d’abord évaluer les cartes que l’on utilise afin d’isoler la part des évolutions liées à leur imprécision ou à leurs erreurs. Cliquer ici pour accéder directement à l’image sur le site Cassini de l’EHESS. (© EHESS)

 

 

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Coef

Par

 

Tout a déjà été écrit sur la marée du siècle de ce 21 mars 2015. Vous en trouverez ainsi le pourquoi du comment sous la plume de Dominic Bourgeois, ici, sans oublier les risques de surcote et de décote,  tels qu’on les a notamment connus avec Xynthia. Mais ce que l’on dit rarement, c’est d’où vient le sacro-saint coefficient de marée (119 ce 21 mars pour un maximum possible de 120). Il n’est d’ailleurs guère employé hors de France. Cela tient à l’histoire de la connaissance du phénomène.

 

 

Pierre-Simon de Laplace (1749-1827) en habit de chancelier du Sénat sous l’Empire (automne 1803). Huile sur toile de Jean-Baptiste Paulin Guérin (© RMN / Château de Versailles / Franck Raux)

 

 

Le coefficient de marée découle des travaux de l’astronome, mathématicien et physicien, Pierre-Simon de Laplace (1749-1827). Le savant compara les observations de la hauteur d’eau effectuées au port de Brest entre juin 1806 et juillet 1815 avec celles réalisées depuis un siècle (elles servirent à définir le premier zéro hydrographique de nos cartes marines comme je l’ai déjà raconté ici et ). Laplace fut le premier à envisager la marée comme un problème d’hydrodynamique et non plus un phénomène statique tel que l’avait pensé Newton (on trouvera ici un bon résumé de l’histoire de la connaissance de la marée et là, un survol de l’oeuvre pléthorique de Laplace, fondamentale dans l’histoire scientifique mondiale).

 

Afin de comparer les marnages des ports, Laplace a inventé l’unité de hauteur qu’il définit – ainsi que le rapporte Bernard Simon, grand spécialiste de l’histoire de la marée au Service hydrographique et océanographique de la Marine (SHOM) -, comme “ la valeur moyenne de l’amplitude (demi marnage) de la plus grande marée qui suit d’un jour et demi environ l’instant de la pleine lune ou de la nouvelle lune, vers les syzygies d’équinoxe ”.

 

 

En France, dès le XVIIe siècle, nombres de cartes font référence aux plus basses mers d’équinoxe pour l’établissement des sondes, « comme il parait de basse mer dans les plus grandes des marées ». Tel est le cas de cette Carte topographique de l’Aunis, l’île de Ré, partie de l’île d’Oléron et des entrées de la Charente par Pierre Massiac de Sainte-Colombe (1676), manuscrite à l’encre, seulement rehaussée de bleu sur la mer (1 : 46 965, 1 470 X 1 140 millimètres). Contrairement à ce que son titre pourrait laisser croire, c’est une remarquable carte marine. Elle est ainsi l’une des premières à figurer la fosse de Chevarache comme le montre cet extrait consacré à l’île de Ré (la fosse est juste au-dessus de la rose des vents, le Nord est en bas comme l’indique la fleur de lys). Elle donne aussi des indications précises sur la nature des fonds. Non seulement les bancs présentant un danger pour la navigation, mais aussi les grands fonds du large, où l’auteur, soucieux que le plomb suiffé aide la navigateur à se positionner, distingue le « gros sable rouge », le « sable vazard », la « vase noire », la « vase ferme », etc. Il mentionne aussi plusieurs fois des « grouails d’huîtres » et il est ainsi l’un des premiers à évoquer l’exploitation de l’espace maritime. (© Olivier Chapuis, Cartes des côtes de France, Chasse-marée/Glénat, 2ème éd., 2009 pour le texte / Bibliothèque nationale de France pour l’image)

 

 

La notion de coefficient de marée découle de cette définition afin de caractériser les variations du marnage, donc de l’amplitude. En attribuant par convention le coefficient 100 au marnage moyen des vives-eaux qui suivent la syzygie d’équinoxe, le coefficient est égal à la différence entre la hauteur de la pleine mer au-dessus du zéro hydrographique et la hauteur du niveau de mi-marée au-dessus de ce même zéro, divisée par l’unité de hauteur, le tout étant multiplié par cent.

 

On obtient ainsi des coefficients de 20 (marées de morte eau les plus faibles) à 120 (marées de vive eau les plus fortes), lesquels n’ont jamais été atteints depuis qu’on utilise la référence des coefficients. Cela souligne le caractère exceptionnel du 119 de ce 21 mars 2015 que l’on n’avait pas revu depuis le 10 mars 1997.

 

Le coefficient permet de calculer la hauteur à la pleine mer dans un port dont on connaît l’unité de hauteur. Elle est égale à la hauteur du niveau de mi-marée au-dessus du zéro hydrographique que l’on ajoute au produit de l’unité de hauteur par le coefficient, ce produit étant divisé par cent. Pour la hauteur de la basse mer, on retranche ce même produit divisé par cent de la hauteur du niveau de mi-marée au-dessus du zéro hydrographique.

 

 

En 1693, le Neptune françois – ici un extrait concernant la baie de Douarnenez de la 5ème carte particulière des costes de Bretagne contenant les environs de la rade de Brest (1693), due à Denis de La Voye (1 : 100 000, 600 X 805 millimètres, carte gravée coloriée) – marque la volonté de définir des symboles, légendés dans des Remarques (à droite). C’est l’origine des signes conventionnels actuels. La dernière ligne précise que « Les chiffres marquent les brasses d’eau dans la basse mer aux plus grandes marées » (© Olivier Chapuis, À la mer comme au ciel, Presses de l’université de Paris-Sorbonne, 1999)

 

 

Le succès de la notion de coefficient de marée dans notre pays vient du fait qu’il est calculé pour Brest. C’est en effet le port où l’on a observé le phénomène en France depuis le plus longtemps, en l’occurrence depuis le règne de Louis XIV (soutenue en 2008, la thèse de doctorat de Nicolas Pouvreau – l’un des meilleurs experts du SHOM qui est le référent national pour l’observation du niveau de la mer – y fait référence avec son titre Trois cents ans de mesures marégraphiques en France ; elle peut être téléchargée gratuitement ici).

 

Or, ce coefficient peut être utilisé avec une précision correcte (quant au coefficient, pas quant à la hauteur d’eau) pour l’ensemble des côtes occidentales de France, à condition de tenir compte du décalage entre la pleine mer de Brest et celle du port concerné (exemple : l’onde de marée met à peu près huit heures pour se propager en Manche, de Brest à Dunkerque). La formule de calcul du coefficient est l’amplitude semi-diurne divisée par 3,05 – qui est l’unité de hauteur à Brest -, le tout multiplié par cent.

 

En connaissant l’unité de hauteur de n’importe quel port et le coefficient de marée, on peut donc se livrer à des calculs rapides de hauteur d’eau à pleine mer et basse mer, et du marnage (égal en centimètres à deux fois le produit de l’unité de hauteur par le coefficient). Mais ces calculs ne peuvent être utilisés en navigation. Ils sont si imprécis que pour un même coefficient, la hauteur d’eau prédite en un port donné n’est pas identique. En effet, les coefficients pour la pleine mer de Brest ne sont calculés qu’avec les composantes semi-diurnes de la marée. Or, les hauteurs prédites le sont avec toutes : longues périodes, diurnes, semi-diurnes, quart-diurnes…

 

C’est justement parce que les marées ne sont pas semi-diurnes partout que la notion de coefficient ne s’est guère imposée ailleurs (voir la carte). En France même, elle a mis du temps à s’inscrire dans l’annuaire des marées comme on va le voir. Mais elle est devenue si populaire que lorsque les équations de Laplace (1776) – qui ne permettaient au début de prédire que la pleine mer et la basse mer – ont cédé la place à la méthode actuelle des harmoniques au milieu du XIXème siècle, la formule de Laplace a néanmoins été conservée pour le calcul du coefficient de marée tel qu’il est encore proposé aujourd’hui dans les annuaires.

 

 

En bleu, les zones de marées semi-diurnes telles qu’elles existent sur les côtes occidentales de la France métropolitaine. En vert, les zones de marées semi-diurnes à inégalités diurnes. En jaune, les zones de marées de type mixte. En rouge, les zones de marées diurnes. (© SHOM)

 

 

L’Annuaire des marées des côtes de France – le premier annuaire au monde digne de ce nom – est dû à l’ingénieur hydrographe Antoine-Marie Chazallon (1802-1872). Celui-ci s’impose au Dépôt général de la Marine (le SHOM actuel) comme le grand spécialiste de la question, inventeur à la fois du marégraphe et de la méthode des harmoniques telle qu’elle a été utilisée jusqu’à la fin du XXème siècle (elle n’est autre qu’un prolongement de celle de Laplace).

 

Cet annuaire est établi pour l’année 1839, alors que le projet est né en 1831-1832, lors des levés de l’archipel de Chausey, réputé pour ses marnages considérables. Les coefficients n’y figurent pas tandis qu’ils étaient déjà donnés pour les périodes des syzygies par le Bureau des longitudes. Mais il faudra attendre 1868 pour que les coefficients de marée soient insérés dans l’annuaire des marées, grâce à l’ingénieur hydrographe Pierre-Louis Gaussin. De nos jours comme depuis des générations, que l’on utilise ou pas des logiciels ou des applications, on ne saurait se passer de ce sacro-saint coef.

 

O.C.

 

 

Le premier Annuaire des marées des côtes de France est établi en 1838 pour l’année 1839. Il ne comporte pas encore les coefficients de marée qui y seront insérés en 1868. (© SHOM)

 

 

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Métro, à l’eau, crado

Par

 

Métro blues… On veille à ne rien jeter à l’eau, dégoûté de croiser des détritus de toutes tailles dans la moindre baie ou au grand large, et puis on découvre ces images sur le site du photographe américain Stephen Mallon. Depuis des années, la Metropolitan Transportation Authority (MTA) de New York balance dans l’Atlantique des rames entières de son métro, soit plus de 2 500 wagons à ce jour.

 

 

Les wagons de ce genre sont balancés dans l’Atlantique au prétexte de protéger les poissons… L’économie de dépollution et de recyclage est en réalité considérable pour la MTA de New York. (© Stephen Mallon / www.stephenmallon.com)

 

 

Stockés sur des barges, ils sont immergés au large, à la verticale de fonds de sable où ils sont censés faire office de récifs artificiels afin d’y attirer les poissons et de les protéger. Bref, le cynisme n’ayant pas de limites, l’opération est soi disant un modèle écologique favorisant la reconstitution d’un écosystème sous-marin. No comment, comme ils disent !

 

Les petits poissons profiteraient donc de l’amiante dont sont encore truffées les voitures au moment de leur immersion pour se réchauffer ? Et pour s’éclairer, ils peuvent remercier la MTA de leur laisser des câbles électriques ? Ça ferait bien rigoler Zazie. Autant de polluants qui seront renvoyés à l’envoyeur comme le sont les plastiques que l’homme ingère dans son alimentation maritime. Comme s’il n’y avait déjà pas assez des conteneurs et autres objets “ perdus ” par dessus bord au nom de la rentabilité que l’on déguise trop souvent en fortunes de mer.

 

 

 

Comme dans cette voiture, l’amiante est omniprésente et n’est pas retirée avant l’immersion. On peut d’ailleurs s’interroger sur la sécurité des ouvriers manipulant les wagons. (© Stephen Mallon / www.stephenmallon.com

 

 

Ces pratiques sont interdites et plus ou moins stoppées en Europe. Même si les marines militaires ont encore la possibilité d’envoyer par le fond des coques pour tester leurs armes. Et si certaines autorités y recourent parfois, à l’instar du préfet de la Martinique récemment, avec le cargo Cosette, sur la base de l’article L218-45 du Code de l’environnement, considérant qu’il y avait un péril grave et imminent, ce qui a été contesté. Mais retournons outre Atlantique ou plutôt restons-y puisque nous étions à Fort-de-France.

 

Admettons que l’amiante et le plastique soient en quantités infimes comme l’affirment certains. L’exemple pour le citoyen lambda n’en est pas moins dramatique. D’autant plus qu’il ne s’agit pas d’un cas isolé mais de la règle aux États-Unis qui ont une vieille tradition d’immersion, non seulement de leurs navires mais aussi de leurs biens de consommation tels que les voitures, les machines à laver ou les frigos…

 

 

Empilées sur la barge, ce sont des rames entières qui partent à la mer. Une tradition pour nombre d’équipements et de biens de consommation aux États-Unis. (© Stephen Mallon / www.stephenmallon.com)

 

 

Il paraît que certains pêcheurs amateurs sont ravis de ces spots artificiels où le poisson revient. Que leurs associations les encouragent même. C’est merveilleux ce qu’on est capable d’inventer au nom de la “ civilisation ” des loisirs. Je préfère encore mariner dans le métro que de manger de ce maquereau là.

 

O.C.

 

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Planète plastique, plastique pas net

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Pas une plage qui n’en soit tapissée pour peu qu’elle soit exposée. La mer ne rend ainsi à la terre qu’une toute petite partie de ce que nous lui “ donnons ”. Le plastique est partout dans l’océan, jusque dans les abysses. La nouveauté est qu’on en découvre aussi aux hautes latitudes de l’hémisphère Sud que l’on croyait préservées.

 

 

Densité des plastiques (nombre d’unités observées au kilomètre carré), classés en quatre catégories suivant leurs dimensions en millimètres. Les données proviennent de 1 571 stations dont 891 observations visuelles et 680 relevés au filet. (© Eriksen M, Lebreton LCM, Carson HS, Thiel M, Moore CJ, et al. (2014) Plastic Pollution in the World’s Oceans: More than 5 Trillion Plastic Pieces Weighing over 250,000 Tons Afloat at Sea. PLoS ONE 9(12): e111913. doi:10.1371/journal.pone.0111913)

 

 

Dans un article publié le 10 décembre 2014, la revue en ligne PLOS ONE estime que les océans comprennent actuellement 5,25 milliers de milliards de particules de plastiques pour 268 940 tonnes. Rapporté au volume des océans, ce n’est donc pas cette masse qui constitue le problème – ce n’est jamais que celle d’un très gros navire -, mais sa dissémination dans la chaîne du vivant (commentaire personnel).

 

La modélisation se base sur les données observées par 24 expéditions, entre 2007 et 2013, dans les cinq gyres océaniques des zones subtropicales (gigantesques tourbillons à la surface des océans, zones de convergence des courants), autour de l’Australie, dans le golfe du Bengale et en Méditerranée (où les concentrations sont considérables comme le confirme la dernière mission de Tara), soit une distance totale parcourue de 50 000 milles. Ces observations ont été visuelles pour les plus gros déchets et ont fait appel à des filets pour les plus petits.

 

 

La baie Vayia au Nord de l’île Fimaina (archipel grec des Fournoi), dans l’Est de la mer Égée, est très exposée au meltem. Ce vent dominant y ramène tous les déchets flottant en surface. Si bien que la plage et les fonds avoisinants sont tapissés de matières plastiques, ce que ne laisse pas deviner cette image idyllique. Un cache misère que l’on retrouve trop souvent en Méditerranée : cette mer fermée est proportionnellement la plus atteinte du globe. (© Olivier Chapuis)

 

 

Les plastiques viennent essentiellement de la terre, portés par les fleuves ou le vent, mais aussi des équipages de trop nombreux navires en tous genres qui continuent de les balancer par dessus bord, sans oublier les pertes de conteneurs. On peut avoir une idée vertigineuse de l’étendue des dégâts en consultant la carte interactive mise en ligne avec cette étude internationale pilotée par l’Institut 5 Gyres. Y a notamment contribué François Galgani de l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer) que l’on retrouvait déjà parmi les auteurs de l’article précédent consacré à la pollution des abysses.

 

Moins touchés qu’on ne l’a dit ces dernières années, les gyres attirent les plastiques au gré des courants mais ils finissent aussi par les rejeter à un stade plus ou moins avancé de dégradation. Outre qu’elles blessent ou tuent nombre d’animaux marins selon leur grosseur (poissons, oiseaux, tortues, mammifères…), ces particules touchent les organismes marins tels que les filtreurs, le zooplancton ou ceux qui vivent dans les sédiments. Ils concentrent aussi les polluants organiques et altèrent le fonctionnement des chaînes alimentaires. Enfin, ils transportent des organismes (bactéries ou espèces invasives) sur de très longues distances avec des conséquences encore mal connues.

 

 

Modélisation numérique de la densité des plastiques (nombre d’unités observées au kilomètre carré), classés en quatre catégories suivant leurs dimensions en millimètres. Cette modélisation est calée sur les données observées à l’image 1 du présent article. (© Eriksen M, Lebreton LCM, Carson HS, Thiel M, Moore CJ, et al. (2014) Plastic Pollution in the World’s Oceans: More than 5 Trillion Plastic Pieces Weighing over 250,000 Tons Afloat at Sea. PLoS ONE 9(12): e111913. doi:10.1371/journal.pone.0111913)

 

 

J’ajoute à l’étude que plus encore que ce bilan spatial, le facteur temps est préoccupant. Ces plastiques n’ont commencé à gagner les océans que depuis le milieu du XXème siècle et de façon massive il y a à peine plus de quarante ans. C’est une microscopique goutte d’eau à l’échelle de l’histoire de la planète bleue. Mais c’est une bombe à retardement dont l’allumage est déclenché depuis belle lurette si l’on songe à l’ingestion de ces plastiques par nombre d’échelons de la chaîne alimentaire… jusqu’à l’homme (qui en absorbe aussi via les produits cosmétiques, également pollués). L’effet en sera terriblement long puisqu’il faut plusieurs centaines d’années pour qu’un plastique se désagrège totalement.

 

O.C.

 

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Au loup !

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Pas un jour sans qu’on entende les scientifiques crier au loup dans les médias. Le problème est que l’animal est déjà dans la bergerie depuis un moment, que tous les indices le confirment et qu’il n’y a plus guère de mammouth pour les contester. Mais l’effet amplificateur et démultiplicateur des réseaux crée accoutumance et indifférence en même temps que les nécessaires prises de conscience. Celles-ci se heurtent à beaucoup d’impuissance face à l’inertie de nos modes de vie. Pendant ce temps, le climat se réchauffe et l’océan avec lui.

 

Il ne faut pas pour autant se tromper d’échelle d’espace/temps et lire tout événement météorologique à l’aune du changement climatique, comme nous l’ont rappelé à bon escient les météorologues interrogés dans notre récent dossier “ Coup de chaud sur le climat ? ” (Voiles & voiliers n° 518, avril 2014). C’est pourtant ce qui se fait logiquement au quotidien, sous le diktat des images spectaculaires et anxiogènes tournant en boucle. On ne peut blâmer les victimes de ces météores, aux premières loges, de mélanger les phénomènes atmosphériques et l’incurie des hommes d’après 1960 dans l’aménagement du territoire, ainsi que le rappelle parmi tant d’autres exemples le procès Xynthia en cours.

 

 

Les images spectaculaires – telles que celles de Xynthia aux Sables d’Olonne, le 28 février 2010 -, frappent les imaginations et marquent les mémoires. Si elles témoignent de phénomènes hors normes, l’extrapolation du météorologique au climatique doit être faite avec beaucoup de prudence. (© Jacques Archambaud / SAEMSO Port-Olona)

 

 

Le message est brouillé mais la responsabilité en est largement diluée. Vous et moi d’abord. Si nous voulons vivre avec vue sur mer, il ne faut pas nous étonner que celle-ci s’invite de temps à autre dans notre salon, sans même attendre l’élévation du niveau des océans et sans que le recul du trait de côte ne soit obligatoirement en cause. Les politiques ensuite qui résistent mal (c’est un euphémisme) à la pression financière considérable accompagnant (ou appelant) ce mouvement démographique bien connu vers le littoral, un peu partout dans le monde.

 

Les scientifiques et les médias enfin. Il y a suffisamment de raisons de crier au loup, matin, midi et soir, pour ne pas en rajouter à des fins purement stratégiques, comprenez que laboratoires et ONG ont besoin d’alerter plus que de raison pour récupérer des crédits gouvernementaux et lever des fonds dans l’opinion. Et que les journalistes sont toujours preneurs de données qui les dépassent d’autant plus qu’elles sont nécessairement réduites à des simplifications extrêmes en bout de course.

 

Prenez le rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) – dont la synthèse de la cinquième livraison (2014) sera officiellement présentée à partir du 27 octobre -, il compte allègrement plus d’un millier de pages. On peut heureusement en trouver un résumé ici.

 

Prenez la Conférence scientifique publique mondiale sur la météorologie 2014 qui a eu lieu du 16 au 21 août dernier à Montréal. Elle est emblématique de la nécessité de s’ouvrir au plus grand nombre mais elle témoigne aussi des limites de l’exercice : le PDF des seuls résumés fait 920 pages (à télécharger ici), bien évidemment en anglais et surtout, à un niveau en réalité inaccessible aux non spécialistes.

 

Comment en extraire des conclusions significatives mais non caricaturales ou réductrices ? L’exercice est loin d’être évident, y compris pour les scientifiques eux-mêmes qui peinent souvent à synthétiser leurs travaux dont la nature s’y prête mal. Quand ils ne se laissent pas carrément emporter par leur enthousiasme (si je peux employer ce mot en matière de catastrophisme) comme cela est arrivé à certains d’entre-eux au Québec.

 

C’est ainsi qu’on a pu voir reprise dans la presse généraliste, “ l’information ” (c’est moi qui mets les guillemets) que les vagues feraient “ désormais 40 mètres là où 20 mètres étaient exceptionnels ”, les propos ayant bien été tenus par un universitaire américain. Sans préciser si on parle de leur hauteur significative qui correspond à la hauteur moyenne du tiers des vagues les plus hautes (H 1/3 : sur trente vagues consécutives, la hauteur moyenne des dix plus hautes donne la hauteur significative de ce train de vagues) ou de la hauteur des vagues scélérates… ce qui n’est pas la même chose !

 

 

La hauteur exceptionnelle des vagues scélérates deviendra-t-elle la norme en matière de hauteur significative lors des tempêtes ? (© DR)

 

 

L’objet de ce congrès de Montréal était surtout de faire l’état d’avancement des technologies pour l’élaboration des prévisions météorologiques et d’établir leur programme de développement à long terme. Peut-être parce qu’il s’agissait d’une conférence ouverte d’un genre nouveau, celle-ci a dérivé singulièrement entre les présentations scientifiques (dont les résumés sont disponibles dans le document précité) et leur communication à la presse et au grand public, toute rigueur ayant été débarquée dans l’alarmisme ambiant…

 

Parfois, le message est moins flou. On vient de le voir avec la Conférence des parties, organe directeur de la Convention sur la diversité biologique de l’ONU. Sa dernière édition s’est tenue le 6 octobre en Corée du Sud et elle alerte à juste titre sur l’acidification des océans. D’ici à 2100, celle-ci augmenterait de près de 170 % par rapport à ce qu’elle était avant les débuts de l’industrialisation du monde au XIXème siècle. Due à la hausse des rejets de gaz carbonique dans l’atmosphère, liée pour l’essentiel aux activités humaines, cette acidité s’est accrue d’un tiers en 200 ans.

 

Là encore, c’est l’accélération phénoménale qui frappe puisque ce phénomène serait d’une amplitude inédite depuis cinquante-six millions d’années et d’une vitesse jamais vue depuis trois cents millions d’années. Ce changement de pH ferait disparaître 70 % des organismes marins dans lesquels le calcaire est présent et qui sont de véritables marqueurs climatiques.

 

Le problème est donc d’être concret avec des hypothèses qui si elles sont de plus en plausibles n’en sont pas moins issues de modèles numériques de prévision en climatologie, avec des marges d’erreur plus ou moins importantes. À cet égard, le site Drias, réalisé par Météo-France, vous propose de sélectionner des paramètres de modélisation pour une visualisation pragmatique des scénarios de changements climatiques, à l’échelle du territoire français.

 

Quant aux suppositions désormais certaines et avérées (exemple : il y a moins de cyclones mais plus de super cyclones ; voir la série Cyclones et cycle, épisodes 1, 2 et 3), elles n’en sont donc plus et rejoignent ainsi l’actualité. Celle des catastrophes dites bien rapidement “ naturelles ” quand leurs effets dévastateurs sont souvent liés à des aménagements tout ce qu’il y a de plus artificiels et criminels.

 

Exemple quasi quotidien en période de précipitations intenses : les constructions dans des zones inondables qui n’étaient pas bâties par nos ancêtres (certes en des temps où la densité de population n’avait rien à voir avec celle d’aujourd’hui) et qui sont encore plus submersibles que par le passé parce que les sols bitumés et les haies arrachées ne freinent plus l’écoulement de l’eau (errements qui n’ont rien à voir avec le réchauffement climatique et sur lesquels l’homme a une prise directe, sinon immédiate du moins beaucoup plus rapide que pour diminuer ses rejets de CO2 dans l’atmosphère). On devrait alors parler de faits divers. Quand “ au loup ” rime avec “ au fou ” ou - même si la rime est beaucoup moins riche :) -, avec “ au flouze ”…

 

O.C.

 

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Pour mémoire

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Tandis que s’ouvre aux Sables d’Olonne, ce 15 septembre 2014, le procès non de Xynthia mais de l’aménagement du territoire, voici une revue de liens rappelant les articles – sur ce blog et sur le site de Voiles & voiliers -, consacrés à la submersion du littoral, qu’elle soit d’origine météorologique (surcote) ou sismique (raz-de-marée).

 

 

Le 28 février 2010, Xynthia frappe le littoral atlantique, essentiellement en Vendée et en Charente-Maritime, et cause la mort de 53 personnes. (© Jacques Archambaud / SAEMSO Port-Olona) 

 

 

Chronologiquement, c’est le tsunami du 26 décembre 2004 dans l’océan Indien (confirmé depuis par celui de mars 2011 au Japon, ici et ) qui a accéléré la prise de conscience des pouvoirs publics sur la nécessité d’un système d’alerte des raz-de-marée en France métropolitaine, notamment en Méditerranée. Cela a favorisé la mise au point d’outils cartographiques de modélisation du terrain comme Litto 3D alors que la prise en compte de l’importance du suivi du niveau de la mer dans la durée était déjà une longue histoire.

 

Puis, la tempête Xynthia du 28 février 2010 a été rapidement suivie de la création de la vigilance Vagues-submersion – dont nous réclamions le principe alors que la première vigilance rouge concernant le vent avait été déclenchée le 24 janvier 2009, soit un peu plus de sept ans après le lancement de la carte de vigilance en octobre 2001, suite aux tempêtes de décembre 1999 -, et qui a été activée un nombre considérable de fois l’hiver 2013-2013 par Météo-France.

 

 

Avec la tempête d’octobre 1987 et les deux tempêtes de décembre 1999, Xynthia est celle dont les effets ont le plus marqué les esprits. (© Jacques Archambaud / SAEMSO Port-Olona)

 

 

Gonflée par la surcote, une dépression (notamment un cyclone : voir la série Cyclones et cycle, épisodes 1, 2 et 3) favorise les inondations à marée haute, lesquelles s’ajoutent ainsi à la submersion par la mer et les vagues qui partent alors de plus élevé et détruisent d’autant plus le littoral.

 

D’où le recul du trait de côte qui s’est manifesté de façon spectaculaire au cours de ces mêmes tempêtes de l’hiver dernier. Je montrais dans ce dernier article combien les errements de l’aménagement du littoral des cinquante dernières années, liés à la pression démographique et financière, avaient non seulement perdu le bon sens mais aussi – pourtant étayée par au moins sept siècles d’archives -, la mémoire de ce bon sens.

 

O.C.

 

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Poubelle l’abysse (2)

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La mer n’est pas une poubelle ? Bien sûr que si. En novembre 2010, un article de ce blog s’intitulait déjà Poubelle l’abysse, à propos des conteneurs “ perdus ” et de leurs contenus disséminés. Trois ans et demi plus tard, je ne vois pas titre plus pertinent pour vous entretenir des résultats d’une étude qui vient de paraître dans la revue en ligne PLOS ONE.

 

 

Dans le canyon supérieur Whittard, le robot sous-marin Genesis filme une canette de bière par 950 mètres de fond… (© PLOS ONE)

 

 

Intitulée Marine litter distribution and density in European seas, from the shelves to deep basins (La répartition des détritus en milieu marin et leur densité dans les mers européennes, des plateaux continentaux aux bassins profonds), elle émane d’un collectif de chercheurs internationaux, dont François Galgani de l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer).

 

On trouve aujourd’hui des déchets de notre société de consommation depuis l’estran jusqu’aux points les plus reculés des océans. J’ajoute d’ailleurs aux résultats publiés qu’outre les biens connus “ continents de plastique ” dans l’océan Pacifique et en cours d’étude dans l’océan Atlantique, on en a eu un exemple frappant qui n’a pas été souligné de ce point de vue, lors des recherches de l’épave de l’avion de la Malaysia Airlines dans le Sud de l’océan Indien.

 

 

Au-dessus des Quarantièmes rugissants de l’océan Indien, le satellite Taichote prend cette image le 24 mars 2014. Analysée le 27 mars par Geo-Informatics and Space Technology Development Agency (GISTDA), près de 300 points blancs plus ou moins grands laissent espérer qu’il s’agit des restes de l’avion malaysien. Après des survols aériens, la plupart se révéleront être des déchets flottants, révélant ainsi l’état de saleté des mers du Sud dans les hautes latitudes. (© AP Photo/Geo-Informatics and Space Technology Development Agency)

 

 

Les images satellitaires puis les photographies aériennes ont révélé la présence de débris de toutes tailles, y compris considérables, jusque dans les Quarantièmes rugissants. Il est désormais clair que les glaces ne sont plus le seul danger que devront affronter les coureurs autour du monde, lors des prochaines tentatives de records, ou de la Volvo Ocean Race, de la Barcelona World Race et du Vendée Globe. Le paradoxe des portes des glaces (voir articles www.voilesetvoiliers.com 1, 2, 3 et 4) deviendrait de renvoyer ainsi les bateaux vers des eaux moins australes et plus soumises aux objets flottants non identifiés (OFNI).

 

Je ferme la parenthèse et reviens à la publication précitée. Trente-deux sites témoins ont été étudiés sur les fonds des mers d’Europe, de l’Arctique à la Méditerranée – la plus atteinte à proximité de ses grandes agglomérations (ce qui n’est guère surprenant compte tenu de la densité de population qui l’avoisine et de son caractère de mer fermée) -, en passant par l’Atlantique et ses mers adjacentes, avec des levés par 588 chalutages ou images vidéo. Des détritus ont été trouvés jusque dans les fractures de la zone Charlie-Gibbs qui, en plein Atlantique Nord, traversent la dorsale médio-atlantique entre les Açores et l’Islande.

 

Les concentrations les plus élevées se trouvent dans les canyons, parfois jusqu’à des milliers de mètres de profondeur (limite de l’étude à 4 500 mètres), et les moins fortes sur les dorsales et les plateaux continentaux ce qui peut sans doute s’expliquer (c’est mon hypothèse) par la conjugaison de la topographie sous-marine et de l’action des courants sous-marins. Mais partout, ces plastiques sont ingérés par des tortues et des mammifères qui en meurent ou sous la forme de micro particules par des poissons. Ils reviennent ainsi dans le cycle alimentaire de l’homme avec les effets sanitaires que l’on imagine.

 

 

Une boîte de riz « qui ne colle jamais » sur le mont sous-marin Darwin, par 967 mètres de profondeur, photographié par le ROV (Remotely Operated Vehicle ou robot sous-marin téléguidé) Lynx du National Oceanography Centre du Royaume-Uni. (© PLOS ONE)

 

 

Les matières plastiques sont les déchets les plus fréquents sur les fonds marins, avec des conséquences particulièrement nuisibles sur les organismes qui y vivent. Contrairement à une idée largement répandue, car statistiquement exacte quant à leur plus grand nombre, tous ces plastiques ne viennent pas des activités terrestres via le ruissellement et les fleuves ou les envols sur le littoral. On en trouve ainsi beaucoup qui proviennent de la pêche, tels que des débris de lignes et de filets sur les monts sous-marins, les bancs et les dorsales. Ces filets continuent de prendre des animaux au piège pendant des décennies…

 

J’y ajoute les poubelles encore allègrement balancées par-dessus bord sur certains bateaux de commerce et de guerre et hélas, par quelques plaisanciers, accidentellement ou volontairement. Sans oublier une époque pas si lointaine de la course au large où nombre d’équipements passaient à l’eau (je voudrais être sûr que ces temps et ces pratiques lamentables soient révolus, je crains de ne pouvoir l’affirmer, c’est de toute façon toujours vrai en cas d’accident type démâtage).

 

 

Sur le même mont sous-marin Darwin, par 967 mètres de profondeur, un débris de filet de pêche entrave le développement du corail. (© PLOS ONE)

 

 

Or, l’article en question ne traite que de quelques exemples emblématiques d’un océan d’ordures, c’est le cas de le dire. Je n’oublie pas les conséquences de tous les accidents (dont les marées noires), des délits type dégazages, et autres véritables scandales. Et je ne parlerai pas ici des dépôts chimiques ou radioactifs que les militaires de tant de pays (dont la France), les mafias et des industriels véreux ont “confié” à la mer… Les abysses recèlent bien des secrets honteux.

 

O.C.

 

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