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Category Archives: Littoral

Chariot de feu

Par Olivier Chapuis

 

Saint-Nazaire se souvient du bateau bélier le plus osé de la Seconde guerre mondiale. Il y a soixante-dix ans, le 27 mars 1942 à une heure et demie du matin, le destroyer britannique Campbeltown est lancé à vingt noeuds contre l’écluse Joubert où il s’encastre de plusieurs mètres. Dix heures plus tard, une phénoménale explosion résonne dans toute la ville. L’étrave piégée vient de faire voler en éclats la porte de la forme de radoub. Mission accomplie pour l’opération Chariot : le cuirassé allemand Tirpitz ne pourra jamais trouver refuge dans ce bassin qui restera inutilisable jusqu’en 1948.

 

 

Le 27 mars 1942, en début de matinée, les soldats allemands se pressent autour de l’épave du destroyer anglais Campbeltown, encastrée dans la porte aval de la forme Joubert. Les malheureux ne savent pas que l’étrave est pleine de cinq tonnes de dynamite, noyées dans le béton. Ils seront cent cinquante à mourir pulvérisés, soit presque autant que les héroïques commandos britanniques ayant accepté cette mission sans retour. (© Bundesarchiv)

 

Le Tirpitz est le sister-ship du Bismarck qui avait coulé le Hood, fleuron de la flotte anglaise de l’entre-deux-guerres, le 24 mai 1941, avant d’être lui-même envoyé par le fond. Les Britanniques craignent que les Allemands ne l’expédient en Atlantique où il serait une menace supplémentaire pour les convois ravitaillant la Grande-Bretagne depuis les États-Unis, déjà cruellement atteints par les sous-marins. L’embouchure de la Loire est le seul site disposant d’un bassin permettant de réparer une grande unité comme le Tirpitz (251 mètres de long et 36 mètres au maître-bau, pour un tirant d’eau de près de 9 mètres).

 

Cette cale sèche de 350 mètres de long sur 50 de large et une profondeur de 15 mètres – faisant aussi office d’écluse donnant accès au bassin de Penhoët à Saint-Nazaire -, avait été réalisée entre 1929 et 1933 (elle doit son nom à Louis Joubert qui présida la Chambre de commerce locale dans les années mil neuf cent vingt). Elle servit notamment au Normandie, paquebot le plus moderne et le plus grand de son temps, construit aux chantiers de Penhoët, entre le 26 janvier 1931 et le 29 octobre 1932.

 

L’opération Chariot fut planifiée par Lord Mountbatten en février 1942. Elle prévoyait d’utiliser comme bélier l’un des destroyers de la Première guerre mondiale que les États-Unis avaient donné aux Anglais en 1940. L’USS Buchanan est ainsi maquillé en torpilleur allemand tandis qu’à l’intérieur de son étrave sont noyées cinq tonnes d’explosifs dans du béton. Le 26 mars 1942 à 14 heures, la flottille britannique quitte Falmouth, avec trois destroyers, une canonnière et dix-sept vedettes embarquant 611 hommes, dont 351 marins de la Royal Navy et 260 commandos.

 

 

Symbole de la technologie française des années mil neuf cent trente, Normandie fut l’un des tout premiers bâtiments à bénéficier de la forme Joubert. (© French lines)

 

 

Le lendemain à l’aube, au Sud d’Ouessant, elle est repérée par un U-Boot allemand mais celui-ci n’identifie pas sa véritable nature ni la destination. Puis, vers midi dans le golfe de Gascogne, ce sont deux chalutiers français dont il faut récupérer les équipages avant de les saborder afin d’éviter tout risque d’alerte. Enfin, à vingt heures, les bâtiments embouquent le chenal d’entrée de la Loire. Toujours sous leurs couleurs allemandes, ils répondent aux signaux réglementaires de la Kriegsmarine. Les deux autres destroyers s’éloignent tandis que le HMS Campbeltown fait monter le compte-tours.

 

À une heure et demie, juste avant l’impact, le pavillon allemand est amené pour l’Union Jack, et la flottille ouvre le feu avec plus de succès que la tentative de diversion aérienne qui a en grande partie échoué à cause des nuages. Après le choc d’une extrême violence, tandis que les marins ouvrent les vannes pour couler l’arrière de leur bâtiment, les commandos débarquent et attaquent leurs objectifs à terre. Les principaux sont les postes de commande de l’écluse et la porte en amont de la forme Joubert, pour lesquels l’entraînement a été effectué sur le dock de Southampton, semblable à celui de Saint-Nazaire. Tous sont atteints et sautent avant que les Allemands n’aient le temps de l’empêcher.

 

Du côté des abris des sous-marins, la réussite est nettement moins bonne. Toute la nuit, les combats font rage dans les rues du port. Sans espoir de retour, puisque les vedettes ont été contraintes de s’éloigner des quais sous peine d’être coulées. Au lever du jour, 169 Britanniques sont morts (contre 42 Allemands) et 215 autres sont prisonniers. Parmi les 227 qui regagneront l’Angleterre, la plupart sont des marins restés à bord des bateaux et les quelques commandos parvenus à rembarquer. Cinq réussiront l’exploit de traverser clandestinement la France jusqu’en Espagne ! Sur les dix navires sortis de l’estuaire malgré le tir des batteries côtières, ils ne seront que trois en état de prendre la route du retour avec les deux destroyers qui les attendaient au large.

 

 

Grâce à Chariot, le Tirpitz demeurera dans son fjord de Norvège pendant toute la guerre, où il menacera les convois de l’Arctique à défaut de ceux de l’Atlantique. En dépit des filets anti torpilles et autres écrans de fumée contre les avions, il y sera finalement coulé par bombardement aérien, le 12 novembre 1944, après de nombreuses tentatives. (© DR)

 

 

Quant aux Allemands, alors que les combats ont cessé, ils se pressent autour de l’épave du Campbeltown, munis de leurs appareils photo. Ils ignorent que des charges sont masquées dans l’étrave et qu’elles ont été réglées pour exploser à neuf heures et demie du matin, avec une marge de deux heures… À onze heures trente-cinq, une formidable explosion pulvérise les cent cinquante hommes autour du bateau dont on retrouvera des restes jusqu’à deux kilomètres. L’onde de choc propulse l’épave dans l’écluse où la vague projette deux pétroliers contre la porte amont. La forme Joubert a vécu. L’affaire n’est pas terminée pour autant. Terré au fond de son fjord norvégien, le cuirassé reste une menace potentielle. Il faudra encore couler le Tirpitz

 

O.C.

 

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Mère mer

Par Olivier Chapuis

Elle est ondine des tropiques, sirène des ébènes, mère des eaux. Mami Wata est à la côte Ouest d’Afrique, entre Sénégal et Angola, ce que Iemanja est au Brésil. La Nouvelle Ève d’un monde baigné d’océan. Pierre Campredon raconte cette Afrique adossée à l’Atlantique, dans un très beau livre – Mami Wata, mère des eaux -, qui vient de paraître chez Actes Sud (260 X 200 millimètres, 220 pages, 39 euros).

 

 

 

Ce beau livre est celui d’un praticien qui embrasse tous ces territoires si divers, et leurs habitants, d’un regard aussi pertinent que bienveillant. Je devrais dire de praticiens, au pluriel. Car les photographes travaillent de la même manière : dans la durée et en sachant détacher leurs yeux de l’objectif pour voir avant de capter. (© Actes Sud)

 

 

Sous-titré Nature et communautés du littoral ouest-africain, ce texte riche est magnifiquement illustré des remarquables images de Jean-François Hellio et Nicolas Van Ingen. Photographes de très grand talent, spécialistes des zones humides du globe, ils travaillent ensemble depuis 1983 et ils ont créé l’association Photographes pour la planète (2009). Le genre de gars qui font un super boulot mais qui ne la ramènent pas à grands coups d’hélico fric et toc, si vous voyez ce que je veux dire.

 

 

 

Le Parc national du banc d’Arguin, en Mauritanie, abrite la plus grande colonie au monde de limicoles, ces échassiers vivant sur la vase. Ici, un rassemblement de bécasseaux sur l’île de Niroumi, avec une lanche à voiles en arrière-plan. (© Jean-François Hellio et Nicolas Van Ingen)

 

 

Conseiller technique de l’Union internationale pour la conservation de la nature en Guinée-Bissau, depuis plus de vingt-cinq ans, Pierre Campredon est également un travailleur de fond. Il connaît parfaitement cette côte et les gens qui y vivent. Humaniste autant que naturaliste – mais peut-on vraiment dissocier les deux ? -, il livre ici un travail d’une grande intelligence, émaillé d’observations fines et d’une réelle empathie pour ces milieux et leurs habitants.

 

 

 

Le débarquement du poisson des immenses pirogues se fait dans des conditions difficiles au milieu des rouleaux, l’embarcation étant encore trop lourde pour être tirée sur la plage. Hélas, ces images d’une ressource abondante se raréfient, à cause de la surexploitation par la pêche artisanale mais aussi et surtout par une pêche industrielle. Venue du monde riche (y compris de France), celle-ci a écrit une triste histoire ancestrale du pillage de ces eaux. Comme d’autres exploitations minières ou pétrolières, elle ne bénéficie pas aux populations (contrairement à certaines élites corrompues, ndlr) et elle contribue largement à leur appauvrissement, donc à leur émigration. (© Jean-François Hellio et Nicolas Van Ingen) 

 

 

Du Cap Blanc et du désert saharien de Mauritanie à la mangrove et à l’archipel des Bijagós – en passant par le Sénégal, la Gambie, la Guinée et la Guinée-Bissau -, il évoque en profondeur la nature et ses habitants, mettant en évidence les liens millénaires qui unissent l’homme, la faune et la flore au paysage et au climat. De la géographie physique et humaine dans toutes ses dimensions.

 

 

 

La mer a attiré nombre de populations rurales qui ont vu dans la pêche un exutoire à leurs mauvaises récoltes dues, entre autres, aux problèmes climatiques et à l’épuisement des sols. Cela a accentué la pression démographique sur le littoral et la ressource halieutique est aujourd’hui sérieusement menacée. À l’exception de quelques sanctuaires intelligemment constitués, comme le Parc national du banc d’Arguin, qui est la véritable assurance-vie de la Mauritanie. (© Jean-François Hellio et Nicolas Van Ingen)

 

 

Humaine, la plume de Campredon n’oublie jamais de l’être. Notamment quand elle évoque une protection de l’environnement et une mise en valeur des patrimoines naturel et culturel dont la raison d’être est l’existence des habitants, même si la survie prend souvent le pas sur la vie. Sur un littoral dont certaines richesses – du poisson au pétrole -, attirent bien des convoitises des pays riches qui en privent les populations locales (avec la corruption de certaines « élites », ndlr).

 

 

 

Ici comme ailleurs en Afrique – à Gibraltar, en Tunisie ou en Libye, dans le golfe d’Aden -, l’émigration vers les Canaries s’effectue sur des embarcations surchargées dans des conditions dramatiques, avec femmes et enfants parfois. Les pertes en mer sont considérables et très largement sous-estimées par les statistiques officielles puisqu’il s’agit de migrations clandestines. (© Jean-François Hellio et Nicolas Van Ingen)

 

 

« Barça ou barsack, Barcelone ou la mort » est ainsi le titre de son dernier chapitre, terrible credo entendu aux rives du désespoir. Ici comme ailleurs, l’émigration décime la jeunesse. Elle signe le constat d’échec d’une partie de la politique menée, en dépit de toutes les belles réalisations conduites dans cette région d’Afrique. La navigation contre une houle dure – vers les Canaries, porte d’entrée de l’Europe -, est une tragédie à la mer. Mami Wata ne l’empêche pas.

 

O.C.

 

 

 

Guet N’Dar est l’extraordinaire « port » de pêche de Saint-Louis-du-Sénégal, entre l’océan et le fleuve. Cette ville coloniale est inscrite au Patrimoine mondial de l’UNESCO. (© Jean-François Hellio et Nicolas Van Ingen)

 

 

PS. Ce blog s’interrompt pour quelques semaines. Bonnes navigations à toutes et à tous, au propre ou au figuré.

 

 

Le jeune Saïd rêve de devenir pêcheur. Comme son père qui mène sa lanche à voiles dans le Parc national du banc d’Arguin où ces embarcations venues des charpentiers de marine canariens, voici plusieurs siècles, sont les seules autorisées à pêcher. (© Jean-François Hellio et Nicolas Van Ingen)

 

Tweet cyclonique

Par Olivier Chapuis

Adrian est le premier de la saison. Au moins pour le Pacifique Nord. Les cyclones reviennent dans notre hémisphère. Le National Hurricane Center de la National Oceanic and Atmospheric Administration entame ainsi son alphabet annuel (ce centre de la NOAA des États-Unis est spécialisé dans la veille cyclonique).

 

 

 

 

Le jeudi 9 juin 2011 à 07h32 PDT (Pacific Daylight Time, heure de Los Angeles), soit 14h32 UTC ou 16h32 heure de Paris, le cyclone Adrian – premier de la saison dans la zone orientale du Pacifique Nord -, était par 14° N et 104° W, au large du Mexique. (© NOAA)

 

 

Signe des temps, le cyclone ne se contente plus de rugir… il gazouille. Depuis le 1er juin, jour de l’ouverture officielle de la saison cyclonique en Atlantique Nord, la NOAA propose le suivi en temps réel des cyclones tropicaux sur Twitter. Avec deux comptes distincts, l’un pour l’Atlantique (essentiellement les Antilles et le golfe du Mexique) et l’autre pour le Nord-Est du Pacifique.

 

Même si aucune tempête tropicale n’est encore signalée ce jeudi 9 juin au soir dans l’Atlantique Nord, cela ne devrait pas tarder. Comme l’indique l’une des bouées du National Data Buoy Center, l’eau de surface est à 80.4 degrés Fahrenheit (soit 26,89 °C) au Sud du Cap Vert, pas très loin de la zone de convergence intertropicale (ZCIT) ou Pot-au-Noir.

 

 

 

Pour les cinq prochains jours, à compter de ce jeudi 9 juin 2011 au soir, cette carte trace la trajectoire prévue pour le cyclone Adrian. Ses caractéristiques du moment figurent au-dessous de la carte. (© NOAA)

 

 

Encore un petit réchauffement et le phénomène devrait démarrer. On considère généralement qu’il faut une eau à 27 °C pour réchauffer les couches d’air supérieures, par des ascendances très actives. C’est ce qui se produit dans la partie orientale de l’océan Atlantique subéquatorial. Cependant, si une inversion de température survient, elle empêche la formation des cumulonimbus à fort développement vertical. La chaleur se concentre alors dans les basses couches, jusqu’au moment où l’énergie accumulée est assez forte pour que l’ascendance perce la couche stable.

 

Il en résulte une baisse de pression importante dans la colonne nuageuse. Le fort gradient de pression génère un déplacement d’air, de plus en plus rapide le long de la dépression. Cet air est dévié par la force de Coriolis, vers la droite dans l’hémisphère Nord. Un tourbillon est né sous la colonne nuageuse ascendante.

 

 

 

Le suivi satellitaire du cyclone est un outil essentiel. (© NOAA)

 

 

À cause de la vitesse croissante du vent, due au gradient de pression (d’origine thermique), une très grande force centrifuge apparaît. Elle ne peut être compensée que par une forte baisse de pression, d’origine dynamique, dans la colonne centrale. Les particules d’air s’y affaissent, réchauffant l’air sur toute sa hauteur. Le ciel est y est limpide. L’oeil du cyclone est formé.

 

La dépression s’accélère alors vers l’Est de l’Atlantique, la mer des Antilles ou le golfe du Mexique. Parfois, elle revient ensuite vers l’Europe jusqu’aux latitudes tempérées. Quoi qu’il en soit, jusqu’à l’automne au moins, le gazouillis ne devrait plus cesser.

 

O.C.

 

 

En Atlantique, à la bouée NOAA 13001, par 11°46’ N et 23° 00’ W, l’eau est à 80.4 degrés Fahrenheit soit quasiment les 27 °C fatidiques… L’une des conditions pour la formation d’un cyclone. (© NOAA)

Tsunami (suite)

Par Olivier Chapuis

Seize minutes. C’est le temps qui s’est écoulé entre le début du tremblement de terre du vendredi 11 mars 2011 à 14h46 (heure locale), et l’arrivée, à 15h02, sur la côte Nord-Est de l’île japonaise de Honshu, de la première vague du tsunami évoqué dans mon précédent billet. Compte tenu de la vitesse de propagation de l’onde – environ 600 km/h sur les profondeurs de 1 000 à 200 mètres, puis dix fois moins sur les fonds moindres à l’approche de la côte – il lui aurait fallu 8 minutes pour couvrir les 130 kilomètres entre l’épicentre et la côte. Le train d’ondes se serait formé à peu près 8 minutes également après le début du séisme sous-marin.

 

 

 

Le marégraphe d’Ofunato ne répond plus depuis l’ultime enregistrement que j’ai publié dans mon précédent billet. Celui le plus proche (avec celui d’Omaezaki sur Honshu, non loin de Tokyo) – à Hanasaki sur l’île d’Hokkaido par 43° 28’ N et 145° 57’ E -, montre bien que le niveau de la mer n’est redescendu aussitôt que ponctuellement… avant de connaître de très nombreuses répliques pendant 18 heures (le 11 mars, ici en heures UTC, ajouter 8 heures pour l’heure locale). Le pic de la moyenne atteint ici 2,60 mètres au-dessus du zéro hydrographique mais à Ofunato, c’était 3,80 mètres pour une vague de 10 mètres. (© IOC)

 

 

Au cours de ce quart d’heure, l’alarme a bien été donnée par sirènes et haut-parleurs mais très peu de gens ont eu la possibilité de monter sur les hauteurs ou au sommet des rares immeubles en béton. La plupart des constructions sont en bois dans la région de Sendai. Ce matériau souple est logique quand on n’a pas les moyens, comme à Tokyo, de construire parasismique. Mais il n’est pas du tout adapté à un raz-de-marée. Montée d’un niveau moyen de presque quatre mètres au-dessus du zéro hydrographique, comme le montre la courbe publiée dans mon précédent billet (hors service, le marégraphe d’Ofunato ne répond plus depuis cet ultime enregistrement, la ville d’Ofunato étant dévastée), l’eau s’est engouffrée dans les terres avec la puissance née de l’onde de choc si proche, beaucoup trop proche pour fuir ! Son déplacement a certes été affaibli par le frottement à l’approche du littoral mais il a été renforcé ensuite par des effets de site (goulets d’étranglement) et des lignes de pentes favorables. D’où ces images terrifiantes qui tournent en boucle sur les médias du monde entier :

 

 

 

 

 

 

Sur des centaines de kilomètres de littoral, la vague initiale et ses suivantes ont ainsi utilisé la topographie locale pour pénétrer dans les terres jusqu’à cinq kilomètres ! Comme l’eau l’avait fait, toutes proportions gardées, lors de la tempête Xynthia, le 28 février 2010, et comme elle pourrait le faire lorsqu’un tsunami frappera un jour la côte méditerranéenne de notre pays (cela dit sans catastrophisme aucun) d’où l’importance d’une bonne modélisation du terrain avec Litto 3D. Afin de permettre enfin un  aménagement du territoire qui laisse la place à la Nature. Ce que l’homme dit « civilisé » a oublié depuis le triomphe de la Révolution industrielle et plus encore depuis le début de notre ère technologique.

 

 

 

Le marégraphe d’Hanasaki témoigne des innombrables répliques sismiques – près de quatre cents en quatre jours ! -, qui se traduisent sur le niveau de l’eau, même s’il n’y a pas eu de nouveau tsunami. (© IOC)

 

 

Quand la mer a retrouvé son niveau normal – ce qu’elle a mis dix-huit heures à faire et encore, avec beaucoup de flux et de reflux liés aux centaines de répliques sismiques (heureusement sans nouveau tsunami pour l’instant), même si le surplus de la vague initiale s’est retiré beaucoup plus vite -, l’eau a regagné son lit, laissant la mort, le désespoir et la boue dans son sillage. Outre des milliers de corps – le bilan pourrait dépasser les dizaines de milliers de victimes imputables au seul tsunami, compte tenu de l’ampleur des disparitions -, elle a aussi emporté quelques survivants accrochés aux débris de leurs maisons flottantes.

 

 

 

Combien de malheureux disparus – dans les ruines ou en mer – pour ce miraculé, à cheval sur une poutre du toit de sa maison ? Deux jours après le tsunami, il a été sauvé par une patrouille à huit milles au large, dans un océan de débris. (© AP / Japanese Navy)

 

 

Un homme a ainsi été repêché au large, quarante-huit heures plus tard. Pour combien d’autres naufragés désormais perdus dans le Pacifique ? Quant à l’île de Honshu – la plus grande de l’archipel nippon, vaste comme 40 % de la France métropolitaine, mais avec une population de 101 millions (pour cette seule Honshu) contre 63 millions dans notre pays (en métropole), cette très haute densité de population étant affolante si l’on songe à la tragédie nucléaire en marche -, les relevés de la géodésie sont éloquents : l’île entière s’est déplacée de 2,40 mètres lors de la secousse !

 

O.C.

 

PS. Mondialisation de la médiatisation oblige, le seul à se réjouir du cataclysme qui frappe le Japon est sans doute Kadhafi qui peut massacrer le peuple libyen en toute tranquillité et en toute impunité.

 

PS2. Sous réserve d’apprendre quelques fortunes de mer de plaisanciers ou de pêcheurs au mouillage sur des atolls isolés qui n’auraient pas été informés à temps, la propagation du tsunami dans le Pacifique ne semble pas avoir fait de victimes ni même de gros dégâts. À moins que ne survienne un nouveau raz-de-marée, il y a désormais beaucoup plus à craindre des rejets radioactifs dans la haute atmosphère. Un porte-avions américain en route vers le Japon en a déjà mesuré d’importants.

Tsunami

Par Olivier Chapuis

Alerte majeure au tsunami sur le Pacifique. À 05h46 UTC, ce vendredi 11 mars 2011, s’est produit au large du Japon l’un des tremblements de terre les plus violents jamais enregistrés par les moyens actuels, à 8,9 sur l’échelle de Richter. L’épicentre en est à 130 kilomètres (70 milles) à l’Est de la ville de Sendai, sur l’île de Honshu. Il se situe à 24,4 kilomètres de profondeur sous l’écorce terrestre, dans une zone d’un peu plus de 1 000 mètres de profondeur mais très proche d’une fosse à plus de 7 000 mètres. Cette bathymétrie vertigineuse traduit bien l’intensité de la tectonique régionale, la plaque Pacifique passant ici sous celle du Japon, d’où les énergies colossales que la Terre y libère.

 

 

 

L’épicentre du tremblement de terre survenu ce vendredi 11 mars 2011, à 05h46 UTC, est situé par 38,3° N / 142,4°, à 70 milles à l’Est de Sendai, sur l’île de Honshu, et à 202 milles au Nord-Est de Tokyo. Notez la bathymétrie impressionnante liée à la faille Sud-Sud-Ouest/Nord-Nord-Est qui borde la fosse. À l’Est de l’épicentre (point rouge), les fonds passent de 2 000 à 7 000 mètres en seulement 37 milles ! (© Olivier Chapuis / MaxSea / MapMedia / SHOM) 

 

 

Selon les premières mesures GPS, cette faille aurait cassé sur 500 kilomètres de long (Nord/Sud) et 150 kilomètres de large (Ouest/Est). Hélas pas jusqu’à son extrémité Sud, ce qui pourrait menacer Tokyo lors d’un nouveau séisme, alors que ce tremblement de terre a été fortement ressenti dans la capitale (à 370 kilomètres de l’épicentre). La catastrophe a cependant été surtout terrible au Nord-Est de l’île où les installations industrielles auraient subi des dégâts considérables, des centrales nucléaires pouvant être touchées.

 

Tandis que de très nombreuses répliques d’intensité supérieures à 6 sur l’échelle de Richter ont été depuis enregistrées, le nombre de morts dans le pays est déjà évalué à plusieurs centaines (à 15h00 UTC). Ne serait-ce que parce qu’il y a beaucoup de disparus, dont un ferry et un train, il sera hélas bien supérieur, malgré le calme impressionnant des Japonais qui sont habitués à ces phénomènes et dont les constructions antisismiques sont réputées les meilleures du monde.

 

 

 

La fiche officielle du tremblement de terre par le Pacific Tsunami Warning Center de la National Oceanic and Atmospheric Administration. (© NOAA)

 

 

Car le bouleversement du fond marin génère un raz-de-marée ou tsunami, en l’occurrence une onde de choc, d’où un train d’ondes. Celui-ci s’est traduit par une vague de dix mètres – suivie de beaucoup d’autres, moins hautes mais énormes -, sur la côte Nord-Est de l’archipel nippon, quelques minutes seulement après le tremblement de terre. On aurait ainsi retrouvé des centaines de corps sur les plages autour de Sendai.

 

Ces ondes se déplacent sur tout le Pacifique et ses nombreux atolls submersibles, jusqu’aux Philippines et en Indonésie vers le Sud-Sud-Ouest, en Australie, Nouvelle-Calédonie et Nouvelle-Zélande vers le Sud/Sud-Est, et en Amérique via Hawaï vers l’Est.

 

 

 

À 06h15 UTC, ce qui témoigne de l’activité sous-marine avant le tremblement de terre, le marégraphe le plus proche de l’épicentre, celui du port d’Ofunato, par 39° N et 141,75° E, a enregistré – comme tous ceux de la région – une baisse (points rouges isolés un peu avant 06h00 UTC, ce phénomène de retrait préalable de l’eau est classique) puis une élévation soudaine du niveau de la mer. Celle-ci atteint près de 4 mètres au-dessus du zéro hydrographique mais il s’agit ici du niveau moyen. Les vagues sont bien au-dessus, la plus grande qui a frappé la région a atteint 10 mètres ! (© IOC) 

 

 

Grâce au Pacific Tsunami Warning Center de la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA) qui est justement basé dans l’archipel américain d’Hawaï, le système d’alerte a parfaitement fonctionné sur l’ensemble du plus grand océan du monde. Quinze minutes après le tremblement de terre, tous les services nationaux adéquats avaient été avertis.

 

Moins de trois quarts d’heure plus tard, la magnitude de 7,9 était corrigée à 8,9 (ce qui est important car le phénomène est exponentiel), les heures d’arrivées estimées des trains de vagues ayant été transmises dans tous les pays. Cela a permis aux autorités d’évacuer les populations littorales et d’ordonner aux navires de prendre le large où le tsunami ne présente aucun danger dès qu’on est sur des fonds de plusieurs centaines de mètres de profondeur (sauf dans la zone de sa naissance où se forme comme un gigantesque tourbillon).

 

 

 

L’alerte au tsunami a été effective sur l’ensemble de l’océan Pacifique dans les quinze minutes qui ont suivi la détection du tremblement de terre. (© NOAA)

 

 

La vitesse de déplacement des ondes de tsunami est d’autant plus élevée que la hauteur d’eau est importante. Par 4 000 mètres de profondeur, elle atteindrait 750 à 800 km/h (soit 400 à 430 noeuds environ). À titre d’exemple, pour toucher Los Angeles de l’autre côté du Pacifique Nord à 4 280 milles, il a donc fallu à peine plus de 10 heures. En Nouvelle-Calédonie, à 3 710 milles, les premières vagues sont arrivées 9 heures après le tremblement de terre.

 

Au grand large, l’onde ne se sent quasiment pas et il n’y a pas de risque. Mais lorsque les fonds remontent, elle se ralentit par frottement. Pourtant, le danger véritable est à la côte, avec des effets de site très variables et parfois redoutables, même à des milliers de kilomètres (il faut attendre l’arrivée au Chili pour connaître le bilan sur le Pacifique, soit vers 04h45 UTC le 12 mars, pour une progression moyenne à 400 noeuds sur les 9 200 milles de sa diagonale vers le Sud-Est). La vague enfle en s’élevant sur les hauts-fonds (exemple : quarante centimètres au large peuvent donner un mètre à la côte) puis elle déferle avec une énergie horizontale considérablement renforcée. Elle s’ajoute alors à la marée et à sa surcote éventuelle liée notamment à une dépression atmosphérique, sans oublier l’état de la mer totale, conjonction des vagues dues au vent sur zone (mer du vent) et à celui ayant soufflé ailleurs (houle).

 

 

 

Pour couvrir les 3 710 milles séparant l’épicentre du séisme de la côte Nord de la Nouvelle-Calédonie, il a fallu seulement 9 heures à la première vague, à 415 noeuds de moyenne ! (© Olivier Chapuis / MaxSea / MapMedia / SHOM)

 

 

D’où l’importance de mesurer le niveau de la mer en temps réel, non seulement à cause des tsunamis, mais aussi du réchauffement climatique. Surtout quand tant d’îles et de littoraux sont vulnérables parce qu’ils sont presque au niveau de la mer, alors que le peuplement des zones côtières ne cesse de progresser dans le monde. Autant de raisons de surveiller de façon plus étroite le niveau de l’océan.

 

Si celui-ci est observé depuis longtemps, c’est un véritable réseau d’alerte en temps réel qui se renforce, depuis le tsunami du 26 décembre 2004 en Asie du Sud-Est. Dévolus à la mesure de la marée et à la surveillance des raz-de-marée, les marégraphes de 91 organismes nationaux sont ainsi connectés au site de l’Intergovernmental Oceanographic Commission (IOC), autrement dit la Commission océanographique intergouvernementale de l’UNESCO.

 

 

Voici le début du bulletin d’alerte diffusé à 13h32 UTC (il y en avait eu d’autres avant) par le Pacific Tsunami Warning Center pour l’ensemble de l’océan Pacifique. Sur un voilier, disposer d’un Navtex peut s’avérer vital lorsqu’on est mouillé dans un atoll solitaire sans autre moyen d’information… à condition de le consulter à temps pour lever l’ancre et filer au large ! (© NOAA)

 

 

Cela dit, ce n’est pas sur ce site proprement dit que s’exerce la véritable alerte. Mais sur des sites régionaux comme celui de la NOAA pour le Pacifique, ou celui que la France va lancer en 2012 pour la Méditerranée occidentale qui est une zone à haut risque ! Les données observées ce 11 mars jusqu’au moment de boucler ces lignes en milieu d’après-midi heure française montrent que le tsunami n’a heureusement pas été trop important sur les côtes éloignées du Japon… même si quelques dizaines de centimètres en plus peuvent suffire à noyer des habitations sur des atolls menacés du Grand océan.

 

O.C.
 

Marins des sables

Par Olivier Chapuis

Elle a mauvaise réputation, sans doute le syndrome d’un certain radeau… Entre Sahara et Atlantique, sous les Canaries et presque en face de l’archipel du Cap Vert, la côte mauritanienne ne dispose pas d’abri. Mais un vaste haut-fond en protège les abords, sur des dizaines de milles.

 

Dans son ouvrage Le banc d’Arguin en Mauritanie – Récits de paysages, Simon Nancy donne la parole aux habitants, essentiellement les Imraguen. (© Le banc d’Arguin en Mauritanie – Récits de paysages, Grandir/FIBA)

 

 

De sinistre mémoire pour la Marine française, le banc d’Arguin est une chance pour l’écosystème local et les Imraguen qui vivent là. Adossés au désert, ces pêcheurs sillonnent le Parc national du banc d’Arguin sur leurs lanches à voile, au milieu d’une faune exceptionnelle.

 

 

 

Le banc d’Arguin est une vaste zone de hauts-fonds au Sud du cap Blanc en Mauritanie. (© Le banc d’Arguin en Mauritanie – Récits de paysages, Grandir/FIBA)

 

 

Installé à Nouakchott depuis 2008 et co-fondateur du collectif « En haut ! » qui pratique la photographie aérienne par cerf-volant, le géographe Simon Nancy leur donne la parole dans un fort beau livre, Le banc d’Arguin en Mauritanie – Récits de paysages qui vient de paraître en coédition Grandir / FIBA (220 X 290 millimètres, 182 pages, 23 euros).

 

 

 

Importées par des charpentiers de marine des Canaries, voici plusieurs siècles, les lanches (ici un exemplaire en construction au Sud de la région) sont bien adaptées à la navigation locale, en eaux peu profondes comme au large. (© Le banc d’Arguin en Mauritanie – Récits de paysages, Grandir/FIBA)

 

 

Comme le précise Nancy, ce sont les Portugais qui nomment le banc d’Arguin, vers 1442, dans le cadre de leur exploration des côtes d’Afrique. Ils empruntent le toponyme à une tribu berbère de pêcheurs locaux, les Azenegues. Bien connu des marins, dès cette époque, comme étant une vaste zone à éviter, le danger devient célèbre en France et dans toute l’Europe avec le naufrage de la Méduse le 2 juillet 1816.

 

 

 

Les lanches ne sont pas toutes en état de naviguer mais elles servent alors de gabarits et de formes pour les nouvelles unités. (© Le banc d’Arguin en Mauritanie – Récits de paysages, Grandir/FIBA)

 

 

Cette tragédie sera immortalisée par le tableau de Théodore Géricault, Le radeau de la Méduse, présenté le 25 avril 1819. J’ajoute une anecdote concernant le banc d’Arguin à l’entrée du bassin d’Arcachon, bien loin des Maures. Le nom de ce banc – connu depuis des siècles -, n’apparaît pas sur les cartes anciennes. Même pas sur le bon Plan du bassin d’Arcachon levé en 1813 par Ange-Marie-Aimé Raoul, compagnon de l’hydrographe Beautemps-Beaupré dans l’expédition d’Entrecasteaux à la recherche de Lapérouse. Ce plan paraît en 1817, un an après le naufrage.

 

 

 

La pêche à la voile reste l’activité principale des Imraguen. (© Le banc d’Arguin en Mauritanie – Récits de paysages, Grandir/FIBA)

 

 

Mais en 1835, lorsque l’ingénieur hydrographe Paul Monnier (1794-1843) lève son excellente carte du bassin d’Arcachon, suivant les nouvelles méthodes de l’hydrographie moderne mises au point par Beautemps-Beaupré, il donne au haut-fond des passes le nom de « banc d’Arguin ». Monnier est sorti de l’École polytechnique et il est entré au Dépôt général de la Marine (l’ancêtre du Service hydrographique et océanographique de la Marine, le SHOM) l’année même du naufrage de la Méduse. Frappé comme tant d’autres par cet événement très médiatisé, il associe la dangerosité du banc sablonneux qui fait face à la dune du Pyla à celle du désormais fameux banc bordant le Sahara.

 

 

 

Cette vue spectaculaire du « port » de pêche de Nouakchott donne une idée de la pression à laquelle échappe le banc d’Arguin grâce à la création du parc national en 1976. (© Le banc d’Arguin en Mauritanie – Récits de paysages, Grandir/FIBA)

 

 

Pour revenir à la Mauritanie et au livre de Simon Nancy – fort joliment mis en pages, remarquablement illustré de photographies, de dessins et de cartes, et très bien imprimé -, cet ouvrage, attachant et profond, inscrit dans un écrin rude et riche le récit des petits riens du quotidien et des techniques ancestrales d’un peuple du désert et de la mer. Aux rives d’Arguin, la présence humaine – hommes, femmes, enfants – a la luminosité de l’eau et du sable qu’elle habite. Elle est éblouissante.

 

O.C.

 

 

 

Les hommes, les femmes et les enfants occupent une place centrale sur ce territoire et dans ce beau livre. (© Le banc d’Arguin en Mauritanie – Récits de paysages, Grandir/FIBA)

 

Coup de mer

Par Olivier Chapuis

Il ne faisait pas bon déambuler sur la Promenade des Anglais hier après-midi. Ce mardi 4 mai 2010, Cannes faisait son festival avant l’heure, tandis que le coup de vent du large et surtout, le coup de mer qui l’accompagnait, causaient de gros dégâts aux plages de la Côte d’azur et à certaines infrastructures. À Saint-Raphaël et à Hyères notamment, des bateaux ont également été endommagés ou ont coulé.

 

Cette tempête avait bien été prévue par Météo-France, tant pour le vent que pour l’état de la mer. Cependant, à l’Est de notre littoral méditerranéen, l’ampleur et l’intensité de la rotation au Sud ont peut-être été un petit peu sous-estimées, sinon dans les sorties de modèles, du moins dans certains bulletins. Surtout en ce qui concerne l’effet de la mer totale à la côte (mer du vent et houles).

 

 

 

Comme le montre cette carte preiso, établie sur le réseau synoptique du mardi 4 mai 2010 à 00h00 UTC pour le même jour à 12h00 UTC, c’est une dépression sur le golfe du Lion qui a généré un bon coup de Nord sur sa bordure Ouest (il a neigé sur Carcassonne ce qui est rarissime un 4 mai !) et le coup de vent et de mer sur tout le Nord de la Méditerranée occidentale. (© Météo-France) 

 

 

Voici, dans son jus, le BMS Large pour le Nord de la Méditerranée occidentale :
« WHMQ41 LFPW 040350
NAVTEX MBI539
TXT
FFFF
ORIGINE METEO-FRANCE.
BMS LARGE NORD MEDITERRANEE NR 150 .
DU MARDI 04 MAI 2010 A 03H50 UTC .
COUP DE VENT LARGE A TEMPETE EN COURS POUR EST CABRERA, BALEARES,
MINORQUE, LION, PROVENCE, SARDAIGNE
SITUATION GENERALE ET EVOLUTION LE MARDI 04 MAI 2010 A 00 H UTC.
DEPRESSION 995 HPA SUR L’EST IMMEDIAT DE MAJORQUE, SE DECALANT VERS LE GOLFE DU LION EN SE CREUSANT, PREVUE 1000 HPA AU LARGE DE
LEUCATE LE 5 A 00H UTC PUIS SE COMBLANT EN JOURNEE DEMAIN.
NOUVELLE DEPRESSION PREVUE 1002 HPA SUR L’EST IMMEDIAT DES ILES
BALEARES DEMAIN A 06H UTC.
EST DE CABRERA : EN COURS AU 04 A 09 H UTC.
SECTEUR OUEST LOCALEMENT 8 SUR LE NORD. FORTES RAFALES.
BALEARES : EN COURS AU 04 A 09 H UTC.
NORD-OUEST PARFOIS 8 AU LARGE DU DELTA DE L’EBRE. FORTES RAFALES.
MINORQUE : EN COURS AU 04 A 15 H UTC.
NORD A NORD-OUEST 8 A 9 LOCALEMENT 10 SUR LE NORD MOLLISSANT
PROGRESSIVEMENT PAR LE SUD-OUEST EN JOURNEE. FORTES RAFALES. MER
DEVENANT GROSSE.
LION : EN COURS AU 05 A 06 H UTC.
NORD A NORD-OUEST 8 A 9 LA NUIT, PARFOIS 10 AU LARGE ET LOCALEMENT 11 PARAGES BEAR, DEVENANT DEPRESSIONNAIRE 8 A 9 CE SOIR, PUIS MOLLISSANT 8 LA NUIT. FORTES A VIOLENTES RAFALES. MER LOCALEMENT GROSSE SUR LE SUD.
PROVENCE : EN COURS AU 05 A 00 H UTC .
SECTEUR EST 8 LA NUIT LOCALEMENT NORD EST SUR L’OUEST, FRAICHISSANT 8 A 9 CE MATIN , PUIS MOLLISSANT SUR L’EST L’APRES MIDI MAIS DEVENANT DEPRESSIONNAIRE SUR L’OUEST. FORTES A VIOLENTES RAFALES.
NORD DE SARDAIGNE : EN COURS AU 04 A 15 H UTC.
SUD A SUD OUEST 8 A 9, VIRANT SECTEUR OUEST PARFOIS 8 EN JOURNEE.
FORTES RAFALES.
FIN. »

 

 

 

La photo satellitaire du 4 mai à 00h00 UTC montre bien la dépression, dont le centre – son oeil ! – est très localisé sur le golfe du Lion. Son formidable enroulement nuageux affecte une vaste zone depuis le Sud-Ouest de la France jusqu’à la Sicile et la Tunisie. (© Météo-France)

 

 

Et voici le BMS Côte émis au même moment. On y mesure mieux la rotation liée à la dépression très localisée sur le golfe du Lion qui explique aussi la soudaineté avec laquelle la mer s’est formée et avec laquelle le vent a ensuite molli.
« WHMQ46 LFML 040322
ORIGINE METEO-FRANCE AIX EN PROVENCE
BMS-COTIER NUMERO 183 DU MARDI 4 MAI 2010 A 03:08 UTC
ANNULE ET REMPLACE LE NUMERO 182
LANGUEDOC-ROUSSILLON : EN COURS JUSQU’AU MERCREDI 05 MAI A 03 UTC. VENT DE NORD-OUEST FORCE 8 A 9 AU SUD DU CAP D’AGDE, FRAICHISSANT
FORCE 9 A 10 EN FIN DE MATINEE, PARFOIS FORCE 11 VERS BEAR. FORTES A VIOLENTES RAFALES. VENT DE SECTEUR NORD FORCE 7 AU NORD DU CAP D’AGDE. FORTES RAFALES.
PROVENCE :
- DE PORT-CAMARGUE A FOS : EN COURS JUSQU’AU MERCREDI 05 MAI A 00 UTC . VENT DE SECTEUR NORD FORCE 7, TOURNANT EST A SUD-EST FORCE 7 A 8 EN SOIREE ET DEBUT DE NUIT. FORTES RAFALES.
- DE FOS A SAINT-RAPHAEL : EN COURS JUSQU’AU MARDI 04 MAI A 18 UTC. VENT DE SECTEUR EST FORCE 7 A 8, PARFOIS FORCE 9 VERS LES ILES HYERES, TOURNANT AU SECTEUR SUD L’APRES-MIDI, MOLLISSANT EN SOIREE. FORTES RAFALES. »

 

 

 

Issu du modèle Arpège Europe de Météo-France et affiché ici sur Navimail 2.1.0, le champ de vent (vent moyen à 10 mètres) – sur la base du réseau du 4 mai à 00h00 UTC pour le même jour à 15h00 UTC – illustre bien l’enroulement dépressionnaire. Et le vent de secteur Sud, levant la mer au large à l’assaut de la Côte d’azur. (© Navimail/Météo-France)

 

 

Enfin, il faut consulter le bulletin Côte régulier pour la partie orientale de la Côte d’azur afin de confirmer que la mer a été sous-évaluée à la côte (la « mer forte » évoquée ci-dessous correspond à une hauteur significative de 2,5 à 4 mètres). Même si le bulletin précise bien en préambule que « les vagues maximales [peuvent] atteindre deux fois la hauteur significative ». Rappelons que la hauteur significative des vagues correspond à la hauteur moyenne du tiers des vagues les plus hautes ou H 1/3 (sur trente vagues consécutives, la hauteur moyenne des dix plus hautes donne la hauteur significative de ce train de vagues).

 

« FQMQ43 LFML 040420
Origine METEO-FRANCE Aix en Provence
Bulletin côtier pour la bande des 20 milles entre Saint Raphaël et Menton le mardi 4 mai à 06:30 légales.
- Vent moyen selon échelle Beaufort. Mer: hauteur significative.
- ATTENTION: en situation normale, les rafales peuvent être supérieures de 40% au vent moyen et les vagues maximales atteindre 2 fois la hauteur significative.
1 – Avis de coup de vent à violente tempête numéro 183 sur Languedoc-Roussillon et Provence.
Fin de Validité : Mercredi 05 mai à 03 UTC.
2 – Situation générale le mardi 4 mai à 0000 UTC et évolution
Une dépression 991 hPa sur les Baléares se creuse rapidement et
remonte vers le golfe du Lion, prévue 988 hPa en cours d’après-midi. Vent violent sur le golfe du Lion et très fort sur la Provence.
3 – Prévision pour la journée du mardi 4 mai:
Vent : Nord-Est force 5 à 6 avec rafales. Tournant au secteur Sud
l’après-midi force 4 à 5.
Mer : agitée à forte.
Houle : de secteur Sud 1.5 à 2 m en soirée.
Temps : Couvert et pluvieux, parfois orageux.
Visi : Médiocre, localement mauvaise.
4 – Prévision pour la nuit du mardi 4 mai
au mercredi 5 mai:
Vent : Ouest force 3 à 4, tournant Nord force 2 à 3 en cours de nuit.
Mer : Agitée.
Houle : De Sud s’amortissant.
Temps : couvert et pluvieux, amélioration en cours de nuit.
Visi : médiocre à mauvaise.
5 – Tendance pour la journée du mercredi 5 mai:
Vent variable force 2 à 3, s’établissant Sud-Ouest force 3 à 4 à la mi-journée, mollissant la nuit. Mer peu agitée.
6 – A 5h légales , on observait:
Nice: NNE/10 Noeuds, Pression:1002hPa, Visi:4nm
7 – Phénomènes importants du jeudi 6 mai au vendredi 7 mai:
Néant. »

 

 

 

Issu du modèle Arpège Europe Vagues de Météo-France et affiché ici sur Navimail 2.1.0, le champ de vagues (mer totale) – sur la base du réseau du 4 mai à 00h00 UTC pour le même jour à 15h00 UTC – affiche bien sur la Côte d’azur une hauteur significative de 4 mètres. Cela implique que les vagues les plus hautes atteignent au moins 8 mètres. (© Navimail/Météo-France) 

 

 

Si l’on observe les données de la bouée Côte d’azur de Météo-France (indicatif 61001), mouillée par 2 300 mètres de fond à une quinzaine de milles au Sud d’Imperia (Italie) et à trente-quatre milles dans l’Est de Nice (dans une zone déjà moins affectée par le coup de mer), on constate que la hauteur significative maximale enregistrée par la bouée fut de 4,10 mètres à 15h00 UTC (soit 17h00 locale), soit deux fois plus que dans le bulletin. Ainsi, les vagues les plus hautes ont vraisemblablement atteint 8 mètres, voire 10 mètres, sur le littoral, en tenant compte de l’effet amplificateur du plateau continental, très proche de la côte.

 

L’autre observation frappante – confirmée par les témoins sur la côte entre Hyères et la frontière – est que l’intensité maximale de ce coup de mer a été très limitée dans le temps : six heures au maximum pour la période correspondant à une hauteur significative supérieure à trois mètres, comme le montre l’analyse des données de la bouée Côte d’azur.

 

 

 

Le site des bouées météo de Météo-France permet de visualiser les mesures effectives enregistrées dans le golfe du Lion et au large de l’Est de la Côte d’azur. (© Météo-France)

 

 

Logiquement, l’état de la mer avait été beaucoup plus longuement affecté à l’Ouest, là où la dépression a sévi le plus durablement (avec l’enroulement classique du vent et de la mer du vent autour de son centre). Dès le matin, la bouée Golfe du Lion de Météo-France (indicatif 61002), également mouillée par 2 300 mètres (mais plus loin de la côte), avait ainsi enregistré une hauteur significative à 5,40 mètres et supérieure à 5 mètres pendant 8 heures. Toujours avec une période moyenne du tiers des vagues les plus hautes (T 1/3) qui n’était que de l’ordre de 8,5 secondes. Cela témoigne d’une mer très courte comme sur la Côte d’azur l’après-midi… à la différence que celle-ci venait alors du large.

 

Une situation rare mais pas inédite à la « belle saison ». En Méditerranée, comme sur la façade Ouest de notre pays où on l’a vu récemment avec Xynthia, l’aménagement du littoral doit prendre en compte ces phénomènes bien naturels liés à la mer, fut-ce une Grande bleue ! On le sait fort bien « en haut lieu », notamment du côté de Nice où le remblai de l’aéroport a déjà connu de sérieux problèmes et du côté de Monaco où il existe des projets d’extension sur le domaine maritime… alors que le risque de tsunami (bien réel celui-là, le terme - employé par certains à propos de la tempête d’hier - étant erroné, aussi forte fut-elle) est avéré et inéluctable… Seule l’échéance précise en est inconnue.

 

O.C.
 

En jaune et noir

Par Olivier Chapuis

Le verdict est tombé avec son cortège de drames personnels. Toute une vie de labeur pour une retraite en bord de mer, des espoirs et des souvenirs noyés dans l’eau salée puis les larmes. Suite à la tempête Xynthia du 28 février 2010, les préfets, représentants de l’État, ont exposé aux communes concernées, ces 7 et 8 avril, la cartographie des zones qu’il faudra libérer de l’occupation humaine.

 

En Vendée et en Charente-Maritime, 1 393 habitations devront être évacuées et détruites (ce chiffre est finalement porté à un minimum de 1 510 le 9 avril), dont 798 dans le premier département et 595 dans le second. L’indemnisation moyenne par maison serait de 250 000 euros selon la Fédération française des sociétés d’assurances. Elle se fera via des procédures d’acquisition (à l’amiable par l’État) ou à défaut des expropriations.

 

En Vendée, le zonage défini est concentré sur trois secteurs, essentiellement autour de l’anse de l’Aiguillon, où les communes de La Faute-sur-Mer et de L’Aiguillon-sur-Mer sont les premières touchées comme elles l’avaient été par le nombre des victimes (29 décès sur les 53 morts de Xynthia en France). En Charente-Maritime, il est nettement plus diffus (dix secteurs) et il concerne beaucoup plus de communes. Mais quasiment pas La Rochelle où le remblai est pourtant insuffisant en divers points des Minimes (l’activité économique y est trop établie – la plaisance est bien placée pour le savoir – pour qu’on ose y toucher).

 

 

 

L’anse de l’Aiguillon, au Nord de La Rochelle, est au coeur de la zone la plus touchée de France, entre Les Sables d’Olonne et le pertuis de Maumusson. Du fait de son hydrographie complexe, de la rupture de sa digue et des constructions en zone inondable, on y a déploré 29 des 53 morts du pays. On y recense aussi le plus grand nombre de constructions à évacuer et à détruire, plus de 900 sur les 1 393 annoncées ! (© SHOM) 

 

 

Le souhait du gouvernement serait que la plupart des terrains ainsi libérés et rendus à l’état naturel aillent au Conservatoire du littoral. Cette restitution à la Nature nécessitera un véritable travail de documentation dans les archives et de restauration du paysage : sera-t-il réellement fait ou les terrains seront-ils seulement laissés à l’abandon ?

 

La cartographie établie par les services de l’État s’est écrite en jaune et en noir. Dans les zones jaunes, exposées à des risques mais pouvant être protégées par des digues, les habitations seront maintenues avec certaines précautions en cas d’inondation, comme la mise en place de systèmes d’alerte et d’évacuation, des protections techniques sur les bâtiments ou l’absence de chambres à coucher au rez-de-chaussée.

 

Les zones noires, qualifiées « d’extrême danger », sont les plus exposées au risque de submersion par la mer et il est désormais interdit d’y maintenir des habitations. Seules des activités diurnes y seraient peut-être possibles, comme des restaurants par exemple (ce qui peut paraître surprenant car lorsqu’une digue sera de nouveau rompue ou submergée, l’eau ne fera évidemment pas la différence entre le jour et la nuit, ceux qui dorment et ceux qui sont à table…).

 

Pour établir ces tracés, dont la résolution horizontale peut être de l’ordre du mètre et la résolution verticale de l’ordre du décimètre (j’y reviens ci-dessous), ce qui explique que certaines constructions peu espacées puissent être dans une zone noire, jaune ou autre, il a fallu croiser des données issues d’observations (à commencer par la montée des eaux lors de Xynthia : lorsqu’elle a atteint le mètre dans les constructions, cela semble avoir souvent entraîné le classement en zone noire), y compris dans un passé proche ou lointain (via les archives), et la modélisation liée à la cartographie numérique la plus récente.

 

 

 

Cartographiée ici en 1715 par Claude Masse, le plus remarquable cartographe de la partie terrestre du littoral français au début du XVIIIe siècle, l’anse de l’Aiguillon est alors surtout connue comme refuge pour les navires venant s’y échouer volontairement lorsqu’ils sont désemparés dans la tempête. Aucune construction n’y figure à l’exception des quelques « hauteurs » en retrait. (© Bibliothèque nationale de France)

 

 

Depuis le début des années 2000, l’État était conscient des lacunes cartographiques de notre littoral. Sur une cinquantaine de mètres en moyenne (horizontalement), la continuité entre la terre et la mer n’est toujours pas assurée en de très nombreux points de la côte française. Or, c’est là que beaucoup de choses se jouent, non seulement en matière de protection contre les catastrophes naturelles mais aussi quant à la biodiversité.

 

D’où l’importance du modèle numérique Terre-Mer, baptisé Litto 3D, que développent conjointement le Service hydrographique et océanographique de la Marine (SHOM) et l’Institut géographique national (IGN) depuis que le Comité interministériel d’aménagement du territoire de septembre 2004 a confirmé la décision de leur rapprochement sur ce projet.

 

Les bases de données de l’IGN et du SHOM ont alors été mises à contribution pour la constitution d’une première base (Histolitt), rassemblant le modèle de marée, la bathymétrie jusqu’à six milles de la côté, le trait de côte et la topographie de zéro à dix mètres. Une expérimentation grandeur nature fut ensuite effective, dès 2005-2006, sur le golfe du Morbihan. Ce site à la fois circonscrit et complexe réunit l’essentiel des problèmes permettant de valider la modélisation du littoral, tant du point de vue des outils que du résultat.

 

 

 

Expérimenté dans le golfe du Morbihan, par le SHOM en 2005, Litto 3D concerne ici la pointe Nord de l’Île-aux-Moines (en haut à droite) face à Arradon (en haut au fond), vu du Sud-Ouest. Trois types de données sont fusionnées dans ce modèle 3D. Des données de laser topographique, issues de la mission SHOM de juin 2005, sur lesquelles ont été drapées les photos d’Ortholittorale 2000. Celles-ci sont de l’imagerie réelle, donc on voit bien le terrain non bâti et la végétation en vert, les rochers en gris, le goémon avec sa couleur, etc. Parce que le drapé ortholittoral peut être décalé d’environ un mètre par rapport aux données laser, les maisons ont ici une forme un peu bizarre. L’échelle verticale est d’ailleurs exagérée deux fois, tandis que la précision horizontale (de pixel ou de terrain) est d’environ 50 centimètres pour l’ortholittoral et de 1 mètre pour le laser topographique. (© SHOM)

 

 

Les nouveaux moyens techniques des levés – par exemple le sondeur laser aéroporté pour la bathymétrie et la topographie - offrent l’acquisition rapide d’un grand nombre de données, suffisamment denses et précises pour une précision altimétrique d’au moins vingt-cinq centimètres, suivant une densité horizontale d’un point tous les mètres. Ces données sont combinées avec le modèle de marée du SHOM pour constituer la composante géométrique en trois dimensions (latitude, longitude et altitude/profondeur) du Référentiel géographique du littoral.

 

Intégrées aux bases de données de l’IGN et du SHOM, elles fournissent une modélisation fine de la côte, non seulement aux décideurs et aux aménageurs de ce début de XXIe siècle, mais aussi aux utilisateurs professionnels (les industriels par exemple) et privés, via Géoportail, le portail des territoires et des citoyens. La terre et la mer sont enfin unies en continuité y compris sur l’estran (au sens strict cette partie du rivage où la mer couvre et découvre, au gré de la marée, entre la laisse de haute mer et la laisse de basse mer).

 

Cette cartographie des risques est en cours d’établissement sur l’ensemble du littoral. Pour prévenir plutôt que guérir (le terme étant d’ailleurs très peu approprié à la situation présente), l’État devra l’utiliser ailleurs sans attendre le prochain cataclysme. Afin que les élus locaux ne puissent plus céder à des promoteurs ou à des particuliers le droit de construire des maisons « les pieds dans l’eau », avec la complicité au moins passive de l’administration… donc de ce même État. Le jaune et le noir pour éviter des nuits blanches et des jours sombres.

 

O.C.

 

PS du 10.04.10. La technique a ses limites… surtout lorsqu’elle débouche sur quelques aberrations apparentes. Exemple : des remblais effectués par des particuliers ne semblent pas avoir été pris en compte dans les bases de données des systèmes d’information géographique (SIG), si bien que des maisons surélevées se retrouvent en zone noire alors que leurs voisines, en contrebas et plus touchées par les eaux de Xynthia, restent en zone jaune. D’où nombre de contestations à la fois compréhensibles et prévisibles. L’État est pourtant dans son rôle même s’il est légitime de lui reprocher son manque de concertation et sa précipitation après des années de tergiversations, entre rappels à la loi et yeux mi-clos où il était urgent d’attendre…

Grace nous a fait grâce

Par Olivier Chapuis

On l’avait à l’oeil. Gracieuse à contempler depuis un satellite, la tempête tropicale Grace avait… l’oeil d’un cyclone. Baptisée par le National Hurricane Center de la National Oceanic and Atmospheric Administration (le centre de la NOAA des États-Unis spécialisé dans la veille cyclonique) la dame fait partie de ces perturbations qui reviennent sur l’Europe après un tour plus ou moins important dans le Sud de l’Atlantique Nord, acquérant ainsi le statut de dépression d’origine tropicale à une latitude tempérée.

 

 

L’image infrarouge du 5 octobre 2009 à 7 heures UTC montre clairement l’oeil de la dépression centrée par 43° 19’ N et 18° 06’ W. En superposition, le vent moyen estimé par le satellite Quikscat (© Météo-France).

 

 

Lundi 5 octobre 2009 au matin alors qu’elle était encore loin au large de la pointe Nord-Ouest de l’Espagne, son oeil était donc bien visible. Le diamètre de la dépression était assez réduit, de l’ordre de 200 milles environ. Mais l’enroulement nuageux était remarquable et l’on observait le temps perturbé très au Sud, les concurrents de la Transat 6.50 Charente-Maritime/Bahia étant partis au près de Madère l’avant-veille. Cependant, la perturbation allait rapidement perdre de sa vigueur sur l’eau relativement froide du proche Atlantique, ne trouvant plus d’alimentation en chaleur (chaleur qui est néanmoins sur la France où l’extrême douceur de ce mercredi 7 vient des tropiques).

 

 

La composition colorée du 5 octobre 2009 à 12 heures UTC montre la dépression alors qu’elle commence à perdre de sa vigueur sur l’eau froide (© Météo-France).

 

 

À propos de Mini-Transat, si sa date de départ très avancée diminue de façon importante le risque d’une dépression classique née à une latitude tempérée, elle ne la met pas à l’abri d’une telle perturbation d’origine subtropicale pouvant faire des ravages (je peux en témoigner, ayant rencontré une dame nommée Irène au cap Finisterre lors de la Mini 1981… cinq bateaux coulés en une nuit, ça ne me rajeunit pas J). Un phénomène rare mais récurrent. Cette fois, Grace nous en aura fait grâce.

 

O.C. 

Le bateau mou

Par Olivier Chapuis

Le lieu est d’une poésie inouïe. En aval de Nantes, le canal de La Martinière – ou canal maritime de la Basse-Loire – servit de cimetière aux derniers grands voiliers français. Après des temps industrieux où leurs mâtures avaient tutoyé les nuages et leurs étraves fendu tous les océans du monde, ils y reposèrent des décennies dans la vase de l’après Première guerre mondiale. En 2007, l’écluse verrouillant le canal sur le fleuve séduisit l’artiste autrichien Erwin Wurm. Pour la biennale Estuaire, il y a réalisé une oeuvre extraordinaire intitulée Misconceivable.

 

 

 

 

« Échoué » à l’écluse qui ferme le canal de La Martinière sur la Loire, Le bateau mou - le Misconceivable d’Erwin Wurm – anime le site depuis bientôt deux ans (© Olivier Chapuis).

 

 

 

 

Inconcevable, cette installation le fut hélas pour beaucoup. Bel et bien solide – ni mou ni ardent bien qu’il ait l’ardeur des oeuvres provocantes J – on l’appelle volontiers Le bateau mou. Le bateau ivre c’était déjà pris… La sculpture dont l’étrave incline à retrouver son élément tandis que la coque se cambre au bord de l’écluse suscita la controverse dès que se posa la question de sa pérennité. Entre-temps, promeneurs et visiteurs, toujours plus nombreux, se sont appropriés l’oeuvre qui s’est intégrée au paysage. Pourtant, certains amoureux du site classé ne le voient pas de ce coup d’oeil !

 

 

 

Le bateau mou a été installé en 2007 sur l’écluse du canal de La Martinière (dont on voit le départ à gauche de la carte) en rive Sud de Loire sur la commune du Pellerin (© SHOM).

 

 

 

Les autorités (ministères de l’Environnement et de la Culture, commission nationale des Sites, architecte des Bâtiments de France, commission départementale des Sites, perspectives et paysages, direction régionale de l’Environnement… n’en jetez plus !) ont décidé en décembre dernier que Le bateau mou serait déséchoué, autrement dit viré comme un malpropre… sauf pendant les deux éditions à venir de la biennale artistique (cet été 2009 et en 2011).

 

 

 

 

Son équilibre sera-t-il stable ou instable ? Le bateau mou est au coeur de la bataille de l’estuaire de la Loire (© Olivier Chapuis).

 

 

 

Cependant, la résistance s’organise en pays de Retz – population et élus bord à bord – pour conserver à l’éphémère guimauve un équilibre pérenne, à cheval sur son parapet. Les bateaux n’ont d’ailleurs pas fini de faire parler d’eux sur l’estuaire d’Estuaire. Rien de surprenant pour un lieu qui se prête à tant d’histoires d’eau. Cette année, le Muscadet n° 103, sorti du chantier Aubin en 1966, est ainsi mis en vedette par le plasticien nantais François Delagnes. Mais c’est une autre aventure, celle d’un petit voilier enfoui sous les sables de la Loire…

 

O.C.