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Category Archives: Météo

La folie Ophélie

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Voir des anciens cyclones revenir sur l’Europe dans la circulation d’Ouest des latitudes tempérées est assez fréquent. C’est arrivé en septembre dernier avec Maria. En observer qui atterrissent plus au Sud est également un cas de figure connu. Cela s’était notamment produit lors de la Mini-Transat 1981 avec la dépression Irène qui avait cueilli la flotte au cap Finisterre et avait causé de gros dégâts, j’y avais chaviré avec Tiki avant de poursuivre ma course.

 

 

Ce 12 octobre 2017 à 02h00 EDT (Eastern Daylight Time : heure de la côte Est des États-Unis), 06h00 UTC, Ophélie est un cyclone de catégorie 1 presque à la latitude de Madère ! (© NOAA / NHC)

 

 

Ces dépressions tropicales nées à l’Ouest de l’archipel du Cap Vert, devenues tempêtes tropicales puis cyclones, effectuent un tour plus ou moins important dans le Sud de l’Atlantique Nord, grimpent le long de la côte orientale des États-Unis et repartent vers l’Est, acquérant ainsi le statut de dépression d’origine tropicale à une latitude tempérée. Il y a aussi des perturbations qui naissent sur le front polaire avant d’adopter une trajectoire si Sud – sous les Açores -, qu’elle y gagnent le qualificatif provisoire de “ tropicale ”, avant de remonter vers le Nord-Est.

 

 

Le 11 octobre 2017 à 18h00 UTC, Ophélie est ici sur le 30ème parallèle, latitude intermédiaire entre les Canaries et Madère, visibles à environ 850 milles à l’Est. (© Météo-France)

 

 

Mais, une dépression tropicale qui se forme au Sud-Ouest des Açores (en l’occurrence le 9 octobre au matin à 1 400 milles de celles-ci) avant d’emprunter la route directe vers le golfe de Gascogne, est plus rare. Surtout lorsque ladite dépression tropicale devient tempête tropicale puis cyclone de catégorie 1… comme l’est devenu Ophélie, le 11 octobre au soir par 30° N / 36° W, 900 milles dans le Sud-Ouest des Açores et 850 milles à l’Ouest des Canaries où les premiers de la Mini-Transat viennent d’arriver. Comme ceux de la Volvo Ocean Race et de la Transat Jacques Vabre, les organisateurs de la Mini vont scruter l’activité cyclonique à l’approche de début novembre…

 

O.C.

 

 

La trajectoire prévue d’Ophélie la mènerait dimanche soir 15 octobre à l’Ouest du cap Finisterre et lundi 16 octobre après-midi sur l’Irlande (heures UTC dans cette légende mais AST sur la carte, c’est-à-dire Atlantic Standard Time = UTC-4). (© NOAA / NHC)

 

 

P.S. Une pensée émue pour notre camarade Patrice Lindet dont le courage face au cancer ces cinq dernières années s’est doublé d’une attention aux autres et d’une implication qui forcent le respect et font chaud au coeur.

 

 

Ophélie sera au large de la péninsule ibérique le dimanche 15 octobre à 12h00 UTC, selon cette carte de prévision en surface établie sur la base du modèle de 00h00 UTC du jeudi 12 octobre. À une semaine et demie près, la Mini-Transat rencontrait des conditions plus sévères… (© Met Office)

 

 

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Cyclones : un cycle en mode majeur

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Près de quatre ans après la série d’articles Cyclones et cycle que j’avais publiée à la suite du super typhon Haiyan, une mise à jour s’impose avec Irma. Cette série concluait qu’en dépit du réchauffement climatique il y avait moins de cyclones dans le monde mais plus de super cyclones. Cela n’a pas changé.

 

 

Ce 16 septembre 2017 à 10h50 EDT (Eastern Daylight Time : heure de la côte Est des États-Unis), 14h50 UTC, Jose qui est né… le 5 septembre ! est toujours un cyclone de catégorie 1 tandis que la tempête tropicale Lee vient de naître au Sud-Ouest de l’archipel du Cap Vert et que la tempête tropicale Maria ne devrait plus tarder à naître (croix rouge), en tant que quinzième phénomène baptisé de la saison, et pourrait menacer de nouveau les Antilles ! (© NOAA / NHC)

 

 

Elle indiquait également que si le nombre de cyclones et de jours cycloniques était en baisse sur le globe, ce n’était pas le cas sur l’Atlantique Nord qui avait connu une augmentation sur la période 1970-2005, avec une accélération entre 1990 et 2006, en dépit d’une grande variabilité. Les années 1955-2005 avaient vu un nombre moyen de phénomènes cycloniques baptisés de 10 par an, mais il pouvait varier de 2 à 27 selon les années, comme en 2005 (13 tempêtes tropicales et 14 ouragans) où, en plus des 21 prénoms prévus pour l’année, on avait dû utiliser l’alphabet grec pour les six derniers phénomènes d’une saison record (depuis 1933) qui ne s’était achevée que début janvier 2006 !

 

Cette variabilité de la saison cyclonique sur l’Atlantique Nord a continué depuis onze ans puisque selon la National Oceanic and Atmospheric Administration des États-Unis (NOAA) dont on peut consulter le tableau ici l’on a dénombré 10 phénomènes baptisés en 2006, 15 en 2007, 16 en 2008, 9 en 2009, 19 en 2010, 19 en 2011, 19 en 2012, 14 en 2013, 8 en 2014, 11 en 2015 et 15 en 2016, soit 155 en 11 ans donc une moyenne de 14.1 par an, très supérieure à la moyenne sur 1955-2005 (voir ci-dessus) et à celle de la période 1968-2016 qui est de 11.8. Cette accélération est vraisemblablement due pour une grande partie à la hausse de la température de la mer en surface (29 °C à 30.5 °C dans le cas d’Irma), elle-même liée au réchauffement climatique.

 

D’ores et déjà, la saison 2017 sur l’Atlantique Nord qui a commencé très tôt, le 19 avril (alors qu’une saison cyclonique court officiellement du 1er juin au 30 novembre mais cela n’a plus beaucoup de sens…), et qui a été réévaluée à la hausse début août par la NOAA, s’affiche comme peu banale, ne serait-ce que parce qu’on a vu conjointement pas moins de trois cyclones en activité.

 

 

Le 8 septembre 2017 à 18h00 UTC : Irma (au centre, son oeil de près de 50 kilomètres de diamètre est au Nord de la République dominicaine et au Sud des Bahamas, ce cyclone est grand comme les deux tiers de la France métropolitaine, il génère des rafales supérieures à 300 km/h (360 km/h auraient été relevés à Barbuda soit 194 noeuds !), des vagues de 12 mètres et une surcote de 3 à 5 mètres au moins selon les endroits), Jose (à l’Est de l’arc antillais qu’il va tangenter et épargner) et Katia (dans le golfe du Mexique). L’image d’une saison en mode majeur. (© Météo-France)

 

 

Cependant, le paramètre essentiel pour une comparaison pertinente est l’ACE. Pour l’expliciter, il me faut reprendre presque mot pour mot ce que j’écrivais dans le deuxième article de la série précitée : l’indice ACE (Accumulated Cyclone Energy ou Énergie accumulée d’un cyclone) est calculé en élevant au carré le vent soutenu maximal en surface ayant été relevé sur une période de six heures entre les heures synoptiques principales (00h00, 06h00, 12h00 et 18h00 UTC). Cela est répété aussi longtemps que le phénomène affiche un vent soutenu suffisant pour qu’il mérite d’être baptisé, c’est-à-dire un vent soutenu supérieur à 34 noeuds.

 

Rappelons que le vent soutenu (sustained wind) qui est utilisé par l’échelle de Saffir-Simpson est le vent moyenné sur une minute. Il ne s’agit donc pas du vent moyen tel qu’on l’utilise dans la plupart des pays pour tous les documents météorologiques en surface (au niveau moyen de la mer, Mean Sea Level Pressure en anglais, Surface en américain), suivant les recommandations de l’Organisation météorologique mondiale (OMM). Celui-ci est le vent moyenné sur dix minutes à dix mètres de hauteur. C’est par exemple celui des fichiers Grib.

 

Parce qu’il combine une intensité et une durée sur toute la durée de vie du phénomène, l’ACE est un indice plus pertinent que la seule force du vent, y compris pour appréhender son activité globale et son pouvoir potentiel de destruction s’il passe sur des lieux habités avec des côtes basses (très vulnérables à la surcote) et à l’aménagement du territoire hasardeux…

 

Cet indice ACE a pour unité 104 N2 (où N est en noeuds). Exemple : sur un épisode de 6 heures avec un vent soutenu maximal de 60 noeuds, cela donne 602 = 3 600 noeuds2, auquel on applique pour en simplifier la lecture un coefficient multiplicateur de 10-4,ce qui donne donc un ACE de 0.36 noeuds2. Pour l’ACE total d’un cyclone, on additionne les valeurs obtenues par tranches de six heures. Supposons que le vent soutenu maximal ait atteint 60 noeuds sur 16 périodes de 6 heures et 80 noeuds sur 8 autres périodes de 6 heures, l’ACE global serait ainsi de (0.36 X 16) + (0.64 X 8) = 5.76 + 5.12 = 10.88 noeuds2.

 

 

Irma, Jose et Katia, trois cyclones en activité conjointement sur l’Atlantique Nord ! Jose pourrait avoir un ACE assez élevé compte tenu de sa longévité (11 jours au 16 septembre !). (© NOAA / NHC)

 

 

Irma qui est le premier cyclone de l’Atlantique Nord observé avec les moyens satellitaires (c’est-à-dire depuis 1966) à être resté un peu plus de trois jours consécutifs en catégorie 5 sur l’échelle de Saffir-Simpson (vent soutenu supérieur à 137 noeuds) affiche un ACE de 67.5. Parmi ceux observés par satellite, un seul cyclone avait été plus puissant en Atlantique Nord : Ivan avec un ACE de 70.4 en 2004. Le record absolu dans le monde est le super typhon Ioke qui a sévi dans l’Ouest du Pacifique Nord du 19 août au 5 septembre 2006 avec un ACE de 82. Quant à Haiyan, il n’affichait qu’un ACE de 36.82, prouvant qu’un ACE relativement “modeste” peut être destructeur en passant au mauvais endroit (les Philippines en l’occurrence) au mauvais moment (le plus fort de son intensité comme Irma sur Saint-Martin et Saint-Barthélémy notamment).

 

L’ACE est également utilisé sur une saison entière sur un secteur donné (et sur le globe in fine) en ajoutant les indices de chaque cyclone, alors en corrélation avec le nombre de phénomènes baptisés de ladite saison (tempêtes tropicales et cyclones), leur durée et leur intensité. Là aussi, c’est plus pertinent que le simple décompte d’ouragans par bassin océanique. Pour l’Atlantique Nord, l’ACE moyen annuel sur la période 1968-2016 est de 95.4 (l’année record de l’ère satellitaire étant 2005 avec un ACE de 250). L’on voit ainsi qu’Irma a développé à lui seul 70 % de l’énergie accumulée en moyenne chaque année par tous les phénomènes baptisés de l’Atlantique des années 1968-2016 !

 

Une saison proche de la normale affiche un ACE dans la fourchette 66-111. Une saison au-dessous de la normale a un ACE inférieur à 66 et une saison au-dessus de la normale a un ACE supérieur à 111 (associés à d’autres conditions liées à l’écart à la médiane et au nombre de phénomènes classés par types qui sont à voir ici, sachant qu’un major hurricane recouvre les catégories 3 à 5 Saffir-Simpson tandis qu’on parle de super cyclone pour la seule catégorie 5 ou pour celle-ci et le haut de la catégorie 4 avec un vent soutenu supérieur à 130 noeuds). Dans le grand cycle des cyclones, il y a fort à parier que l’année 2017 sera une saison en mode majeur.

 

O.C.

 

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Irma la dure

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La saison cyclonique s’accélère en Atlantique Nord. Harvey à peine évacué, voici le cyclone Irma en approche des Antilles où il pourrait être aussi dangereux que Luis (1995 à Saint-Martin) et Hugo (1989 à la Guadeloupe). L’occasion d’insister une nouvelle fois sur les documents remarquables que le National Hurricane Center (NHC) du National Weather Service (NWS) de la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA) met à la disposition de tous (outre ses bulletins de textes non moins remarquables) :

 

 

Le 5 septembre 2017 à 02h27 EDT (Eastern Daylight Time : heure de la côte Est des États-Unis), 06h27 UTC, Irma est le seul cyclone en activité sur l’Atlantique Nord mais deux croix oranges sont d’autant plus à surveiller que celle que je vous signalais en légende de la première image de mon précédent article, au Sud de l’archipel du Cap Vert, allait donner Irma qui fut baptisé dès le lendemain, 30 août, à environ 270 milles à l’Ouest des îles précitées. Mais revenons à la présente carte : si vous cliquiez sur la croix orange en plein Atlantique par 10° N / 37° W vous verriez que cette zone de basses pressions orageuse présente 60 % de risques de formation d’un cyclone sous 48 heures. Il suivrait Irma de près. Quant à la croix orange au Sud-Ouest du golfe du Mexique, elle annonce un risque de 50 % d’une évolution en cyclone sous 48 heures ce qui serait dramatique pour la région. L’un et l’autre seraient alors baptisés Jose et Katia d’après la liste officielle consultable ici. (© NOAA / NHC)

 

 

En passant le curseur sur l’icône du cyclone, l’étiquette en donne les paramètres fondamentaux le 5 septembre 2017 à 02h00 AST (Atlantic Standard Time), 06h00 UTC : catégorie 4 sur l’échelle de Saffir-Simpson, vent soutenu maximal prévu à 125 noeuds, pression de l’oeil à 939 hPa, déplacement vers l’Ouest à 11 noeuds… (© NOAA / NHC)

 

 

Toujours pour l’avis n° 23A du 5 septembre à 02h00 AST (le n° 24 sera édité trois heures plus tard), la trajectoire prévue de l’oeil (rond noir avec lettre M pour ouragan majeur avec un vent soutenu supérieur à 110 miles par heure), avec les échéances, et du cône au sein duquel elle est susceptible d’évoluer, sur les 3 prochains jours (fond plein) et 2 jours supplémentaires (fond pointillé). Attention, cela ne représente pas l’extension du cyclone comme le précise l’avis du bandeau noir en haut (même si pour la position courante, le beige clair représente à peu près la surface de la tempête tropicale et le brun soutenu celle du cyclone. Les terres en rouge sont celles où l’avis de cyclone (ouragan) est effectif et en bleu pour l’avis de tempête tropicale (c’est le cas de la Guadeloupe ici). (© NOAA / NHC)

 

 

Sur la base du 4 septembre à 20h00 AST, cette carte montre les pourcentages de probabilités d’un vent soutenu (sustained wind) – vent moyenné sur une minute – de plus de 63 km/h correspondant à celui d’une tempête tropicale (jusqu’à 117 km/h, soit entre 34 et 63 noeuds inclus). C’est aussi ce seuil d’un vent soutenu à 34 noeuds (63 km/h) qui donne l’accès au phénomène cyclonique baptisé. La Guadeloupe était alors entre 40 % (Sud) et 60 % (Nord) de risque. (© NOAA / NHC)

 

 

La même carte que ci-dessus avec en surimpression les isochrones de la progression prévue du cyclone. (© NOAA / NHC)

 

 

O.C.

 

P.S. 05/09/17 17:30:00. Irma est passée en catégorie 5 avec un vent soutenu maximal de 155 noeuds… Et Jose est né, la croix en plein Atlantique évoquée en légende de la première image ci-dessus étant devenue une tempête tropicale qui va suivre à peu près la même trajectoire avec trois jours de décalage… et le risque qu’elle devienne aussi un cyclone… Une situation potentiellement catastrophique.

 

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Avec lui le déluge

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Premier ouragan majeur de la saison cyclonique en Atlantique Nord, Harvey n’était qu’une tempête tropicale lorsqu’il franchit l’arc antillais, le 18 août. Il perdait de son intensité en arrivant sur la presqu’île du Yucatán (Mexique) après avoir traversé la mer des Caraïbes. Obliquant vers le Nord-Nord-Ouest sous l’influence de la force de Coriolis, il se rechargeait brutalement en énergie sur les eaux très chaudes du golfe du Mexique, atteignant rapidement la catégorie 4 sur l’échelle de Saffir-Simpson.

 

 

Le 29 août à 01h00 CDT (Central Daylight Time), soit 06h00 UTC, Harvey se déplace vers l’Est-Sud-Est à seulement 4 noeuds mais le déplacement prévu dans les prochains jours est un lent mouvement vers le Nord-Est passant au-dessus de la Louisiane le 30 août. Notez la croix orange au large de la Caroline du Sud, en bordure du Gulf Stream : elle indique une dépression en cours de formation qui devrait donner une violente tempête le long des côtes américaines ces prochains jours (le 31 août au Sud de la Nouvelle-Écosse, le vent soutenu atteindra 70 noeuds et les rafales dépasseront les 85 noeuds) . Quant à la croix orange au Sud de l’archipel du Cap Vert, elle signifie qu’une onde tropicale et les basses pressions associées présentent cinquante pour cent de risques qu’un cyclone se forme sous 48 heures. Le tout est à surveiller ici sur le site du National Hurricane Center (NHC) de la NOAA. (© NOAA / NHC)

 

 

S’il a été rétrogradé en catégorie 3 lorsque son oeil (938 hPa) a atteint la côte américaine près de Rockport (Texas), le 26 août à 3 heures UTC, avec un vent soutenu mesuré jusqu’à 212 km/h (115 noeuds), la surcote découlant de la pression atmosphérique très faible et du vent violent, a été estimée de 1 mètre à 3,70 mètres selon les sites de part et d’autre de l’estran, leur configuration hydrographique et topographique ayant une grande influence (bathymétrie, pente littorale, relief…). Cette hausse du niveau de la mer a généré des inondations considérables sur cette côte basse, ce que n’avait pas fait l’ouragan Matthew, le plus fort de la saison dernière.

 

À titre de comparaison, la surcote avait atteint près de 8,50 mètres pour Katrina en 2005 à La Nouvelle-Orléans, un record depuis qu’on fait des mesures satellitaires (on évoque 14,60 mètres pour un cyclone ayant touché l’Australie en 1899). Celle de Xynthia était de 1,50 mètre (toujours sans compter la marée proprement dite), en Vendée et en Charente-Maritime, et celle de la tempête d’octobre 1987 en Bretagne était de 2,50 mètres.

 

 

Cette autoroute (I610) de Houston est noyée sous plusieurs mètres d’eau, le 27 août à 11 heures 38 (heure locale).  Le 29 août à 9 heures UTC, il était déjà tombé plus de 1 000 mm de pluie depuis le début du phénomène, quatre jours et demi auparavant. (© Houston TranStar)

 

 

Cependant, dans le cas de Harvey, rapidement redevenu tempête tropicale depuis qu’il ne s’alimente plus en énergie sur les eaux chaudes, ce sont les précipitations qui donnent le vertige. En effet, la dépression progresse très peu et inonde de ses pluies diluviennes la région de Houston, ses monstrueux cumulonimbus générant des orages violents avec de la grêle et des tornades (pas moins de 43 tornades ont été observées en 36 heures sur Houston et ses environs, plus de 150 avis de tornades ont été émis par le National Weather Service de Houston depuis l’arrivée de Harvey !).

 

Selon les prévisions du National Hurricane Center (NHC) de la NOAA, cette situation pourrait encore durer deux ou trois jours sur la trajectoire prévue de Harvey, portant le cumul de pluie à plus de 1 000 mm, voire à 1 500 mm (1 500 litres par mètre carré !) en certains points. En cinq jours, il serait alors tombé plus qu’en une année (la pluviométrie annuelle normale à Houston est de 1 264 mm pour la période 1981-2010 selon la NOAA) !

 

 

Cette image d’Harvey a été prise par le satellite Copernicus Sentinel 3A de l’Agence spatiale européenne (ESA), le 25 août 2017 à 04h06 UTC. Soit 24 heures avant qu’il ne touche terre au Texas, alors qu’il atteignait son développement maximal sur le golfe du Mexique, en catégorie 4 sur l’échelle de Saffir-Simpson (notez l’échelle, le contour de l’oeil fait plus de 200 kilomètres de diamètre). La température de brillance au sommet des cumulonimbus, à près de 15 000 mètres d’altitude (sommet de la troposphère à cette latitude), témoigne de l’immense énergie émise par ces contrastes considérables : elle varie de -80 °C près de l’oeil (bleu foncé) à +20 °C à la périphérie (rouge foncé). Ce gradient de température est aussi important verticalement, la formidable convection expliquant notamment la grêle qui accompagne les précipitations diluviennes. (© ESA)

 

 

Cela pourrait alourdir le bilan humain provisoire (il serait de neuf morts) et matériel (peut-être vingt milliards de dollars de dégâts voire beaucoup plus). Ce véritable déluge est à comparer aux 350 mm de précipitations générées par Katrina en 2005 sur la Louisiane et la Floride. Une triste référence en matière d’inondations meurtrières lorsque les plus pauvres avaient été piégés par les eaux (plus de 1 800 morts).

 

O.C.

 

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Anticyclone (2)

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Pour en faire le tour, Thomas Coville est descendu au-delà du 43ème parallèle avant de mettre franchement le cap à l’Est. L’anticyclone de Sainte-Hélène est très Sud et, après une dépression brésilienne, ce sera bientôt au tour des leaders du Vendée Globe de s’attaquer à ce phénomène clairement perçu, sinon compris, par Edmund Halley (1656-1742) (voir la mention “ variable winds ” sur sa carte des alizés de 1686 que j’avais présentée dans l’un de mes articles sur le Pot-au-Noir). Il est donc temps d’exposer la seconde partie de cet article sur la notion d’anticyclone et l’usage du vocable.

 

 

 L’anticyclone, tel que le nomment les Anglais, est d’abord continental (et thermique) dans les préoccupations des Français qui subissent les rigueurs des hivers du début de la décennie 1870. En témoigne ce bulletin de situation de l’Observatoire de Paris paru dans le journal La Presse du 11 décembre 1873.  (© Gallica / Bibliothèque nationale de France)

 

 

Un petit rappel préalable. Tout déplacement à la surface de la terre est soumis à l’effet de la rotation terrestre, qui se matérialise par la force de Coriolis, décrite par Gustave-Gaspard Coriolis (1792-1843) en 1835. Celle-ci est maximale près des pôles et elle est nulle à l’équateur. Perpendiculaire au mouvement – dans le cas présent, il s’agit du déplacement d’air – elle le dévie sur sa droite dans l’hémisphère Nord et sur sa gauche dans l’hémisphère Sud. Notons que Coriolis ne s’applique qu’aux phénomènes d’une vitesse assez élevée, d’une ampleur suffisante dans le temps (plus de six heures à nos latitudes) et dans l’espace.

 

Au lieu d’une ligne droite qui serait perpendiculaire aux isobares, dans le cas d’un écoulement direct, l’air suit la “ pente ” de l’anticyclone, en spirale et du centre vers sa périphérie. Il en fait le tour, dans le sens des aiguilles d’une montre (ou sens horaire) – pour l’hémisphère Nord (dans l’hémisphère Sud, c’est le contraire) – avant de s’enrouler dans la dépression, dans le sens inverse des aiguilles d’une montre, le sens anti-horaire caractérisant le sens cyclonique.

 

D’où le principe fondamental édicté par la loi de Buys-Ballot. Dans l’hémisphère Nord, face au vent, un observateur a toujours les hautes pressions sur sa gauche et les basses pressions sur sa droite. Dans l’hémisphère Sud, où se trouvent Coville et les leaders du Vendée Globe, c’est l’inverse. Il s’agit ici du vent synoptique lié aux centres de pression et nous n’évoquons pas toutes les subtilités qui s’ajoutent à la règle avec des phénomènes locaux et du frottement au sol.

 

Le Hollandais Christophorus Henricus Dedericus Buys Ballot (1817-1890) n’est pas le premier à formuler cette loi qu’il publie en 1857. L’Américain William Ferrel l’aurait théorisée avant lui mais l’important n’est pas là et Buys Ballot écrivit à Ferrel en 1886 pour lui proposer de la rebaptiser de son nom. C’était trop tard, elle était déjà mondialement passée à la postérité dans ce vaste mouvement foisonnant de la météorologie moderne en train de naître, un long accouchement dans la douleur et les conflits qui ne furent pas réservés aux seules masses d’air.

 

 

Témoignage du bouillonnement créatif autour de la situation synoptique, des isobares et du vent, cette carte d’analyse tracée pour le 7 septembre 1863 serait la première figuration d’une dépression même si elle n’est représentée qu’à moitié pour la partie Sud du centre à 740 millimètres de mercure. La carte est publiée en supplément du bulletin international de l’Observatoire de Paris du 10 septembre 1863. Le flèches indiquent la direction du vent mesuré aux stations d’observation, associé à la pression atmosphérique mesurée, symbolisée par des nombres à deux chiffres correspondant à la pression enregistrée (exemple : 68 pour 768 mm de mercure). Les isobares ont été tracées par interpolation entre ces quelques points encore peu nombreux. (© Météo-France)

 

 

En cette décisive année 1857, les communications de Buys-Ballot évoquées dans les Comptes rendus hebdomadaires des séances de l’Académie des sciences française ne mentionnent pas le mot anticyclone. En 1870, on ne le trouve pas plus dans les comptes rendus relatifs à des publications relatives à la pression atmosphérique, ni en 1871 dans une correspondance de Buys Ballot demandant l’installation d’une station météorologique aux Açores pour faciliter la prévision météo en Europe.

 

Et ainsi de suite jusqu’en 1884 où il est toujours question de “ cercle des hautes pressions ”. C’est en 1888 que je trouve dans ces comptes rendus la première mention explicite du mot : “ Ces centres peuvent être envisagés comme cyclones et anticyclones moyens de l’hémisphère boréal ” dans une note Sur le déplacement des grands centres d’action de l’atmosphère envoyée de Saint-Pétersbourg en mars de la même année.

 

Pourtant, quinze ans auparavant, le grand quotidien La Presse du 11 décembre 1873 (voir la première image) mentionne clairement le mot : “ C’est ce que les Anglais nomment un anticyclone mais la rotation directe sur les bords s’explique naturellement par l’action des bourrasques qui circulent autour et que des cartes plus complètes permettent d’étudier en détail ”. L’origine britannique que je mentionnais dans mon premier article, pour le tout début de la décennie 1870, est-elle la seule avérée ?

 

En 1863, deux ans avant son suicide, Robert Fitzroy – l’homme de l’autre cauchemar de Darwin -, n’employait pas le mot anticyclone (il est vrai moins usité en anglais qu’en français). Dans son fameux traité The Weather Book. A Manual of Practical Meteorology, il évoque de la manière suivante les grands centres de pression en Atlantique : “ It is known, that over the Atlantic Ocean a low mean annual pressure exists near the equator, and a high pressure at the N. and S. borders of the torrid zone (23 to 30 degrees N. and S. latitudes). ”

 

Ces zones de haute pression centrées à peu près entre le tropique et le trentième parallèle selon les observations de l’époque sont respectivement l’anticyclone des Açores et l’anticyclone de Sainte-Hélène. Et Fitzroy de supposer à juste titre qu’il en va de même dans l’immense Pacifique même si on manque encore de données à cet égard, tandis qu’il souligne le situation différente de l’océan Indien avec le phénomène de la mousson (voir commentaire en Pot-au-Noir 3/3).

 

 

L’anticyclone peut être aussi bien maritime que continental comme le confirme le bulletin météo paru dans le Journal des débats politiques et littéraires du 7 juin 1878. (© Gallica / Bibliothèque nationale de France)

 

 

Dix ans plus tard, la terminologie anticyclone/dépression devient commune, tant en français qu’en anglais. Le tournant est bien autour de 1870-1871 même s’il est très difficile d’en déterminer l’origine précise qui est très vraisemblablement multiple et simultanée dans différents pays, en Europe et aux États-Unis. L’une des oeuvres les plus anciennes qui mentionne le vocable dans son titre est due au météorologue écossais Ralph Abercombry (1842-1897). Elle est intitulée On the general character, and principal sources of variation, in the weather at any part of a cyclone or anticyclone et elle paraît en 1878 dans le numéro 4 de la Quarterly Journal of the Royal Meteorological Society, à Londres.

 

De ce côté de la Manche, les Annales du Bureau central météorologique de France ne proposent pas le terme en 1877, année de leur création. Mais dès l’année suivante, en 1878, on trouve deux occurrences du mot anticyclone : “ deux anticyclones amènent ensuite le beau temps jusqu’au 13 ” et “ le 20, un anticyclone couvre la France ”.

 

Le caractère continental est clairement central en 1874 dans L’Année scientifique et industrielle : “ On a appelé ce phénomène anticyclone. Nos hivers sont étroitement liés à la situation de cette zone des calmes et à son étendue. ” Le terme se généralise alors dans la presse, comme dans Le Temps en 1875. La distinction entre anticyclones dynamiques – tels que les anticyclones permanents des Açores et de Sainte-Hélène -, et anticyclones thermiques, essentiellement continentaux et saisonniers, est d’ores et déjà perçue.

 

O.C.

 

P.S. La réponse semble donnée à la question posée dans le précédent article  quant au record autour du monde en solitaire : la fenêtre était effectivement exceptionnelle – non seulement en Atlantique Nord et pour le Pot-au-Noir mais aussi autour de l’anticyclone de Sainte-Hélène (sous réserve qu’il ne bouche pas la route de Bonne-Espérance tant il est Sud-Est) -, si l’on en juge par l’avance de Thomas Coville sur Francis Joyon. Celui-ci avait pourtant eu une descente remarquable de l’Atlantique Sud, en diagonale, beaucoup plus courte. Joyon qui regrette peut-être de ne pas l’avoir saisie pour le Trophée Jules Verne ?

 

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Anticyclone (1)

Par

 

Ce sera un juge de paix pour les foudres de guerre. Après le Pot-au-Noir – dont j’avais dressé l’histoire du concept et du nom en trois épisodes (1, 2 et 3), à l’occasion du Vendée Globe 2012-2013, comme je l’avais fait lors de l’édition 2008-2009 à propos de l’antiméridien -, l’anticyclone va occuper le devant de la scène tout au long de la descente de l’Atlantique du Vendée Globe.

 

 

Les suiveurs du 6 novembre sont déjà loin dans le sillage des skippers du Vendée Globe : anticyclones et autres dorsales font désormais partie de leurs préoccupations de tous les instants afin de conserver du vent. (© Vincent Curutchet / DPPI / Vendée Globe)

 

 

Ce sera également vrai pour Thomas Coville. Peu après le coup de canon libérant les vingt-neuf des Sables d’Olonne, il a franchi la ligne de départ au large d’Ouessant pour sa cinquième tentative de record autour du monde en solitaire, la première à bord du nouveau Sodeb’O (31 mètres). Jean-Luc Nélias et la cellule routage de Thomas ont considéré qu’une telle fenêtre météo ne se présentait qu’une fois par an.

 

Francis Joyon et son équipage du Trophée Jules Verne ont eu, avec Marcel Van Triest leur routeur à terre, une autre analyse. L’anticyclone de Sainte-Hélène ne permettrait pas d’assurer un temps canon au cap de Bonne-Espérance. On verra la semaine prochaine qui a raison et si les absents ont tort. Nous voilà en tout cas au coeur de notre sujet.

 

S’il n’a été compris que bien après, le phénomène a été rapidement subi (sinon perçu) dès que les Portugais sont passés dans l’Atlantique Sud, juste avant 1500. La grande volta est alors devenue la matérialisation de cette punition (perception) puisqu’elle consistait à contourner ce qu’on nommera beaucoup plus tard l’anticyclone de Sainte-Hélène.

 

On ne trouve pas mention du terme anticyclone et pas plus de celui de cyclone dans le célèbre Glossaire nautique – Répertoire polyglotte de termes de marine anciens et modernes d’Augustin Jal (mars 1848 – mai 1850). Aucune des entrées susceptibles de s’y rapporter ne parle même du phénomène. Une quinzaine d’années plus tard, cela a changé.

 

 

La page 291 du Deuxième supplément au Grand dictionnaire universel du XIXème siècle de Pierre Larousse présente pour la première fois le mot anticyclone dans un grand dictionnaire français, en 1890. (© Grand dictionnaire universel du XIXème siècle)

 

 

Dans son Dictionnaire de la langue française – rédigé de 1846 à 1865 et imprimé de 1859 à 1872 pour sa première édition -, Émile Littré (1801-1881) ne propose pas d’entrée anticyclone (pas plus pour dépression ou perturbation) mais il donne la définition suivante de cyclone, avec comme étymologie le grec kuklos (cercle) : “ Terme de météorologie. Tempête tournante, c’est-à-dire tempête qui balaye la terre ou la mer en tournant sur elle-même. ”

 

Et le lexicographe de préciser : “ Au moment où s’imprimait le C de ce dictionnaire, cyclone était généralement fait féminin dans les livres scientifiques ; on était sans doute déterminé par la finale qui semble féminine ; je lui donnai donc ce genre. Depuis, l’usage a varié, les météorologistes l’ont fait masculin, j’ai suivi la variation et changé sur les clichés, en masculin, le féminin ; de là la discordance entre les différents tirages.

 

Je me suis contenté d’enregistrer l’usage dans un mot où il n’y a aucune raison étymologique pour donner un genre plutôt que l’autre. En effet, malgré l’apparence, cyclone n’est pas grec ; il provient bien du grec cercle ; mais aucun dérivé de cette forme n’est issu du grec. C’est cyclome qu’il aurait fallu dire, si l’on avait voulu être correct ; cyclome aurait été masculin. Si on l’avait formé comme le grec qui veut dire grande porte, cyclone signifierait grand cercle ; mais ce n’est pas le sens, le mot signifiant un mouvement de giration. Il reste donc que cyclone est incorrectement fait et que le genre est abandonné aux variations de l’usage. ”

 

Au-delà du débat linguistique, la note de Littré témoigne d’une science en train de se faire comme nous le verrons dans un prochain épisode. Le mot cyclone aurait ainsi été inventé par le Britannique de Calcutta, Henry Piddington, dans son ouvrage The sailor’s horn-book for the law of storms (1848), traduit en français en 1859. Une dizaine d’années plus tard, aux alentours de 1870, se forgera le mot anticyclone par opposition à la zone de basses pressions plus que par rapport à la zone de vents violents (même si la relation entre l’absence de gradient de pression au sein d’une bulle anticyclonique et l’absence de vent sera très vite formulée).

 

 

Une journée après son départ du 6 novembre (photo), Thomas Coville est déjà en train de longer la bordure orientale de l’anticyclone des Açores au large du Portugal. Ses routeurs observent le Pot-au-Noir et l’anticyclone de Sainte-Hélène qui sera pour le milieu de la semaine prochaine. (© Eloi Stichelbaut / Sodebo)

 

 

L’autre dictionnaire généraliste de l’époque, le Grand dictionnaire universel du XIXème siècle de Pierre Larousse, paru de 1863 à 1876, offre une entrée anticyclone, non dans le tome premier de l’édition originale (1866), ni même dans le premier supplément de 1877, mais dans le second, en 1890, dû à ses collaborateurs, quinze ans après la mort du maître : “ Météorologie. Centre de hautes pressions barométriques. La pression atmosphérique n’est pas uniforme sur toute la surface du globe. Il y a des régions ou plutôt des marées de hautes et de basses pressions. À cause des mouvements tourbillonnants qui se produisent autour de la verticale passant par un centre mobile de basses pressions, on a donné au phénomène le nom de cyclone ; et par opposition, un centre mobile de hautes pressions s’appelle anticyclone.

 

Le phénomène de l’anticyclone est dû à des courants descendants d’air sec, animés d’un mouvement lent en spirale dans le sens des aiguilles d’une montre pour l’hémisphère Nord et en sens contraire pour l’hémisphère Sud. À la surface du sol, le courant s’étale et diverge dans toutes les directions en conservant son mouvement giratoire. L’étendue et la durée des anticyclones est variable, ainsi que la vitesse de leur déplacement. ” Et Larousse de conclure en signalant que les anticyclones de l’Atlantique Nord se déplacent vers l’Est et que les Américains peuvent donc nous les annoncer quelques jours à l’avance, comme les cyclones, entendez les perturbations associées aux dépressions de la zone tempérée.

 

S’il ne fera son entrée dans le dictionnaire de l’Académie française qu’avec la neuvième édition en cours (il ne figure même pas dans la huitième édition de 1932-1935 !), j’ai néanmoins trouvé le mot anticyclone dans des publications spécialisées à partir des années 1870 (par exemple dans le Quarterly Journal of the Royal Meteorological Society de Londres), sans qu’il soit évident de déterminer avec précision qui est le premier à l’utiliser au début de cette décennie mil huit cent soixante-dix. Peu importe, tant cela participe d’un bouillonnement scientifique où la compréhension des mécanismes entre hautes et basses pressions compte plus que la terminologie.

 

L’usage du mot dépression naît vers 1871, peu après celui d’anticyclone, en référence à “ la dépression de la colonne barométrique ” comme l’indiquent les successeurs de Pierre Larousse, en 1890, qui ne développent pas encore l’acception météorologique mais seulement celle physique. Quoi qu’il en soit, le rapport entre la pression atmosphérique et le vent est posé depuis longtemps. On verra en quels termes dans un prochain épisode.

 

 

O.C.

 

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Matthew et Nicole

Par

 

C’est à ce jour le phénomène cyclonique baptisé le plus intense de la saison sur l’Atlantique Nord (et l’un des plus violents de ces dernières années). Il y a quelques semaines, ladite saison avait été réévaluée à la hausse par la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA), je l’avais signalé ici. Matthew et Nicole qui le suit (et qu’il faudra également surveiller) semblent le confirmer.

 

Même si ces prévisions seront peut-être démenties dans les prochaines heures (ou pas) – la question étant surtout de savoir s’il va ou non se faire sentir fortement à l’intérieur des terres très habitées de la côte Est des États-Unis (la menace de submersion étant très élevée sur le littoral), alors qu’il a déjà ravagé la pauvre Haïti (des centaines de morts au moins) qui n’avait pas besoin d’un énième cataclysme -, l’ouragan Matthew (hurricane en anglais) est suivi à la trace par le National Hurricane Center (NHC) de la NOAA dont le site regorge de ressources tenues régulièrement à jour.

 

En voici quatre captures d’écran parmi beaucoup d’autres :

 

 

L’écran d’accueil montre deux phénomènes cycloniques en activité, l’ouragan Matthew et la tempête tropicale Nicole… passée en ouragan de catégorie 1 juste après cette capture d’écran, ce 6 octobre 2016 en fin d’après-midi (heure française). La croix jaune à l’Est des Petites Antilles indique que le risque de formation d’un autre cyclone sous deux jours est inférieur à 40 %. (© NHC / NOAA)

 

 

 

Un passage sur l’icône de Matthew ouvre l’étiquette de ses paramètres fondamentaux, ici à 10h55 EDT (Eastern Daylight Time : heure de la côte Est des États-Unis = 14h55 UTC, 16h55 heure de Paris). Il était alors de catégorie 4 sur l’échelle de Saffir-Simpson qui n’est pas le seul critère à prendre en compte. (© NHC / NOAA)

 

 

 

Un clic sur l’icône de Matthew ouvre cette nouvelle fenêtre sur la trajectoire et le cône prévus. Le sustained wind (vent soutenu) auquel fait référence l’échelle de Saffir Simpson est le vent moyenné sur une minute. En blanc, le cône de la position possible de l’oeil d’ici à trois jours (vendredi, samedi, dimanche), en hachuré pour les quatrième et cinquième jours (lundi et mardi) depuis la prévision (jeudi 6 octobre 11h00 EDT). La taille du cône ne correspond pas à la taille du cyclone dont les effets peuvent donc être ressentis durement à l’extérieur du cône. En rouge, les portions de littoral faisant l’objet d’un avis d’ouragan et en bleu d’un avis de tempête tropicale. (© NHC / NOAA)

 

 

 

L’image satellitaire Goes dans le visible du 6 octobre à 16h15 UTC montre l’oeil de Matthew juste au Nord de la grande île des Bahamas. À l’Est, Nicole devient ouragan tandis que plus au Sud, dans l’Est de l’arc antillais, la formation nuageuse ne semble pas être une menace immédiate. (© NOAA)

 

 

 

O.C.

 

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Tambora

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Un été pourri, une année pourrie, une année sans été. L’année sans été n’est pas seulement une expression pour désigner l’an 1816 aux États-Unis, c’est aussi le titre du passionnant livre de Gillen D’Arcy Wood qui vient de paraître à La Découverte (24 X 15 cm, 304 p, 22 €). Il est sous-titré Tambora, 1816. Le volcan qui a changé le cours de l’histoire, ce qui est peut-être un tout petit peu excessif. L’édition originale, parue à Princeton University Press en 2014, s’intitule Tambora. The Eruption that Changed the World : c’est plus exact puisque cet événement changea bel et bien sinon l’Histoire, du moins le monde, temporairement, en l’occurrence le climat d’une bonne partie du globe pendant près de trois années.

 

 

Le beau livre de Gillen D’Arcy Wood revisite l’histoire des dérèglements climatiques consécutifs à l’explosion du Tambora en avril 1815. (© La Découverte)

 

 

Il faudra attendre la mise au point d’instruments capables de mesurer les retombées radioactives au temps des essais nucléaires intensifs de la Guerre froide pour que l’on commence à quantifier les aérosols d’origine volcanique dans l’atmosphère, en l’occurrence les sulfates filtrant le soleil. Le 5 avril 1815, dans l’île indonésienne de Sumbawa, le volcan Tambora entre en éruption puis explose, projetant une quantité considérable de particules en altitude jusque dans la stratosphère. Les magmas s’écoulant vers la mer intensifient les nuages lorsque les laves brûlantes entrent au contact de l’eau.

 

La plus dévastatrice éruption volcanique – digne de l’Atlantide et du Vésuve dans les mémoires (celle, pourtant fameuse, du Krakatoa en 1883, aura une magnitude deux fois moindre que celle du Tambora) -, fait environ cent mille morts alentour dans les semaines suivantes. Les conséquences plus lointaines donnent tout autant le vertige, même si elles ne seront expliquées qu’avec les carottes glaciaires pratiquées à partir des années mil neuf cent soixante. L’on découvrira alors qu’une autre éruption majeure d’un volcan resté inconnu avait chargé l’atmosphère de sulfates en 1809 et qu’avec celle de 1815, les années 1810-1819 furent ainsi les plus froides jamais enregistrées avec une baisse de 1 °C de la température sur cette décennie pour l’ensemble du monde, en plein petit âge glaciaire (1250-1850).

 

 

Weymouth Bay est peinte par John Constable (1776-1837) en 1816. Cette huile sur toile (203 X 247 mm) reflète bien l’ambiance crépusculaire de l’année 1816 où le soleil apparaît rarement derrière les amas nuageux, une image romantique par excellence. (© Victoria and Albert Museum)

 

 

Les conséquences climatiques du Tambora furent multiples un peu partout dans le monde, l’ouvrage reconstituant a posteriori la connexion entre autant d’événements et le volcan. En Europe, l’année 1816 fut ainsi marquée par une météo particulièrement tempétueuse (en ce qui concerne la France, non évoquée dans ce livre, où les ingénieurs hydrographes débutent en 1816 leurs levés des côtes dans des conditions bien mauvaises, voir le très intéressant article de Météo-France). Bien que documentés, certains exemples de l’ouvrage de D’Arcy Wood n’échappent pas à des assimilations manifestement abusives, un cumulonimbus dantesque par ci ou un coup de sirocco par là. Les mêmes réserves peuvent à mon avis être apportées à la mise en avant du choléra (né de l’humidité au Bengale, elle-même due aux conséquences de l’éruption) dans les révolutions européennes du XIXème siècle dont les causes sont autrement nombreuses et complexes, tandis que les famines aux quatre coins du monde sont bel et bien en relation directe avec les effets climatiques de l’éruption.

 

Fort pertinent est le parallèle fait par l’auteur, spécialiste de l’art et de la littérature de la période, entre des créations telles que les ciels chargés de William Turner ou le Frankenstein de Mary Shelley (1818) et le caractère crépusculaire de l’année 1816. Les artistes le subissent comme les autres, sinon un peu plus puisqu’ils ont la chance de voyager et qu’ils constatent ainsi le même dérèglement climatique dans les Alpes suisses, en Italie ou en Grande-Bretagne.

 

 

William Turner (1775-1851) sera profondément marqué par l’atmosphère trouble des années suivant l’éruption du Tambora, ici une étude de ciel vers 1816-1818, aquarelle sur papier, l’une des nombreuses contenues dans son carnet d’études de ciel (125 X 247 mm). (© Tate)

 

 

Les météores observés à cette époque sont une aubaine pour la météorologie moderne en train de naître (même s’il faudra encore attendre un peu). Mais il n’est pas exact de considérer que le mauvais temps issu du Tambora en est le déclencheur, les besoins croissants à satisfaire tandis que la révolution industrielle décolle en Grande-Bretagne et que les sciences et techniques sont en plein essor y suffisent amplement. C’est là l’écueil que n’évite pas le livre, tout revisiter à l’aune de son sujet, par un prisme nécessairement réducteur.

 

L’un des chapitres les plus riches est consacré au passage du Nord-Ouest. En effet, la quête effrénée d’une route maritime plus courte vers l’Asie devient centrale à l’Amirauté britannique juste après la fin des guerres de l’Empire, pendant que le Tambora fait neiger dans le Nord-Est des États-Unis les 6 et 7… juin 1816 ! Au même moment, l’Arctique radoucit à la faveur de la circulation globale thermohaline qui réchauffe les eaux autour du Groenland – la circulation méridienne de retournement Atlantique (AMOC pour Atlantic Meridional Overturning Circulation) -, plus intense après l’éruption (sans que l’auteur, soit très clair ni très convaincant sur les liens de causalité, n’y aurait-il pas également une concomitance dans le cycle de l’AMOC ?). Quoi qu’il en soit, la banquise connaît une débâcle aussi soudaine que prometteuse. Dans les colonnes de la prestigieuse Quarterly Review, le télescopage, au sens propre comme au sens figuré, de la propagande pour les expéditions polaires et de la critique virulente de Frankenstein est à cet égard l’un des rapprochements savoureux de ce livre qui en comporte d’autres.

 

 

Bien après les années Tambora, Turner restera le peintre du soleil couchant dans un ciel chargé en particules, ici vers 1840 : Sun Setting over a Lake, huile sur toile, 911 x 1 226 mm. Il sera ainsi non seulement l’inspirateur de l’impressionnisme (notamment de Claude Monet) mais aussi d’une quasi abstraction, comme avec ce coucher de soleil sur un lac. (© Tate)

 

 

Ironie tragique de l’histoire, l’ouverture provisoire de cette fenêtre dans les glaces de l’Arctique aura des conséquences fâcheuses dès qu’elle se refermera à la fin des années 1810 et jusque trente-sept ans plus tard pour l’homme qui mangea ses bottes. Ces pages sont d’autant plus passionnantes à lire au regard du réchauffement climatique en cours et de l’ouverture du passage du Nord-Ouest (à condition de ne pas verser dans l’anachronisme, jamais très loin). L’auteur conclut judicieusement en rappelant les projets de la géo-ingénierie visant à modérer le réchauffement climatique à coups d’aérosols de sulfate injectés artificiellement dans la stratosphère. Les apprentis sorciers feront-ils autant de bruit que le Tambora quand il explosa ?

 

O.C.

 

P.S. Il a construit en bois et composite époxy le trimaran sur lequel il a réalisé un tour de l’Atlantique avec sa compagne, après une belle carrière de Ministe (il avait entre autres terminé quatrième de la Mini-Transat 1997 sur le proto Pierre Rolland, construit en contreplaqué/époxy par Ollivier Bordeau, qu’Alessandro di Benedetto avait ensuite modifié pour son incroyable tour du monde en solo par les Quarantièmes, en 2009-2010). Pierre-Marie Bourguinat, ancien rédacteur en chef adjoint de Voiles et voiliers, a entamé une nouvelle vie débutée par un passage à la prestigieuse école Boulle. Allez voir le site élégant et sobre de sa nouvelle société Craft (ébénisterie créative et agencements sur mesure). Outre le petit bateau qu’il pourrait vous construire, ses meubles et ses aménagements sont superbes. Pierre-Marie a de l’or dans les mains.

 

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Gaston

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Gaston n’est pas au téléphone mais en route sur l’Atlantique Nord. C’est le septième phénomène cyclonique baptisé de la saison 2016. Celle-ci vient d’être réévaluée à la hausse par la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA) comme on peut le lire ici.

 

 

Ce 25 août, la prévision de trajectoire laisse espérer que Gaston s’éteindra de lui-même sur des eaux moins chaudes de l’Atlantique Nord. À moins qu’elle stagne au Nord-Ouest des Açores sur la route des Figaro Bénéteau de Douarnenez/Horta (une porte vient d’être créée au cap Finisterre pour anticiper cette éventualité) ou qu’elle revienne vers l’Europe dans la circulation d’Ouest… (© Météo-France)

 

L’on verra aussi avec profit la prévision saisonnière synthétisée par Météo-France Antilles-Guyane que l’on peut télécharger au bas de la page consacrée à l’activité cyclonique en cours. Le tableau des statistiques y présente les prévisions des différentes sources.

 

 

Selon les sources, les prévisions diffèrent quelque peu pour la saison cyclonique en cours. (© Météo-France)

 

Le document est également intéressant parce qu’il rappelle les paramètres (dont l’envers d’El Niño, la Niña) pris en compte pour tenter de prévoir si la saison des cyclones sera ou non intense, autrement dit si l’ACE (Accumulated Cyclone Energy ou Énergie accumulée d’un cyclone) sera élevé ou non. Pour l’heure, celui de Gaston reste assez faible, tant mieux.

 

 

Les principaux facteurs pris en compte pour l’établissement de la prévision sont résumés ici. (© Météo-France)

 

 

O.C.

 

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Vous avez dit Pacifique ?

Par

 

El Niño oblige, l’année 2015 a été celle de tous les records en matière de cyclones dans l’océan Pacifique. Depuis la mi-décembre, le phénomène est arrivé à pleine maturité sur le Pacifique équatorial, le centre de celui-ci étant tout particulièrement surveillé. Cette zone est appelée “ boite Niño 3.4 ” par les climatologues et les océanographes. L’anomalie de température de la mer en surface y a temporairement dépassé +3 °C à la fin novembre, pour une moyenne sur le mois de +2.9 °C. Alors qu’il devrait commencer à décroître, El Niño version 2015-2016 est ainsi au niveau record de l’édition 1997-1998, jusqu’ici la plus intense depuis qu’on a commencé les mesures dans les années 1950.

 

 

Cette carte montre l’anomalie de température de surface de l’océan (Sea surface temperature ou SST) pour le mois de novembre 2015, en degrés Celsius (échelle de couleur allant de -4 °C à +4 °C pour cette anomalie par rapport à la normale). El Niño est parfaitement visible dans l’Est et le centre du Pacifique, à cheval sur l’équateur. La boite Niño 3.4 sert à la surveillance du phénomène. (© Mercator Océan)

 

 

El Niño évoquait à l’origine l’incursion d’eau chaude que l’on  observa très tôt dans l’Histoire, à Noël (au solstice de l’été austral), le long des côtes du Pérou et de l’Équateur, El Niño désignant en Espagnol l’enfant Jésus. Lorsqu’on a su l’expliquer, le terme a ensuite été utilisé pour nommer plus largement le phénomène climatique correspondant au réchauffement accentué des eaux de surface le long de l’Amérique du Sud, là où agissent en temps normal les remontées d’eau froide (upwelling).

 

Celles-ci sont d’autant plus actives que l’alizé de Sud-Est est bien établi sur la face septentrionale de l’anticyclone de l’île de Pâques. Les eaux chaudes à la surface du Pacifique Sud sont alors entraînées vers l’Ouest et remplacées le long du Pérou et du Nord du Chili par des eaux venues des profondeurs. Si le phénomène est particulièrement marqué et que sévit au-dessus des eaux anormalement froides et sur la côte proche un air descendant et sec, on parle de La Niña, par opposition à El Niño.

 

Lorsque l’anticyclone de l’île de Pâques s’affaiblit, l’alizé s’essouffle voire se renverse. Les eaux chaudes de surface, réchauffant un air ascendant qui donne nuages et précipitations, refluent de l’Ouest vers l’Est. Ce phénomène qui se produit selon un cycle irrégulier allant de 2 à 7 ans, commence en milieu d’année lorsque le soleil est au zénith sur l’équateur et il peut durer de 6 à 18 mois même s’il atteint son apogée vers Noël, d’où le maintien du nom. Les derniers épisodes d’El Niño ont eu lieu en 1997-1998, 2002-2003, 2004-2005, 2006-2007, 2009-2010 et 2015-2016 en cours.

 

Si l’influence d’El Niño est planétaire – tant au niveau climatologique que météorologique -, elle est immédiate et directe sur la formation des cyclones. Lorsque la température de surface de la mer dépasse 27 °C, tandis que survient au-dessus, de l’air relativement froid, générant une très forte instabilité dans de l’air déjà très humide (dû notamment à une forte évaporation), les conditions de la naissance d’un éventuel futur cyclone sont réunies (elles le sont par le bas, contrairement à une tempête de zone tempérée qui naît, par le haut, des perturbations d’écoulement des courants-jets).

 

D’énormes cumulonimbus se forment ainsi au-dessus de l’océan. Ils transportent la chaleur en altitude par convection. La forte humidité y assure une condensation qui libère de la chaleur. D’où un gradient de pression d’origine thermique, entre l’extérieur et l’intérieur du nuage. Ainsi naît une dépression à centre chaud. Sous l’effet conjugué de la force de Coriolis, un tourbillon apparaît au coeur de la colonne nuageuse, créant une importante force centrifuge, compensée par une nouvelle baisse de pression, d’origine dynamique, encore plus forte.

 

C’est ce qui arrive avec El Niño dans la moitié Est du Pacifique Nord dont l’activité annuelle suivie par la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA) est visible ici (tandis qu’avec seulement 11 phénomènes cycloniques baptisés, la saison a été modérée en Atlantique Nord dont on peut consulter le rapport d’activité de la NOAA ici pour l’annuel et là pour les rapports mensuels, la synthèse mensuelle des deux bassins étant ici). Les eaux chaudes en surface s’étendant vers l’Est du Pacifique équatorial, les tempêtes tropicales et les ouragans se forment alors beaucoup plus à l’Est qu’en temps normal.

 

En 2015, 26 ouragans majeurs – c’est-à-dire de catégorie 3 à 5 – ont existé pour tout le Pacifique, contre 13 en moyenne chaque année. Dans sa moitié Est (par rapport à l’antiméridien), on dénombre 18 phénomènes cycloniques baptisés, dont 13 cyclones parmi lesquels 9 sont devenus des ouragans majeurs (catégorie supérieure ou égale à 3), ce dernier chiffre étant une première depuis le début des statistiques de la NOAA en 1971.

 

 

La carte 2015 des phénomènes cycloniques baptisés pour l’Est du Pacifique Nord recense 18 trajectoires, du 28 mai au 28 novembre, chacune avec la position de l’oeil à 00h00 UTC (point noir) et 12h00 UTC avec la date (point blanc). En vert, le phénomène n’est encore qu’une dépression tropicale, en jaune il est devenu tempête tropicale, en rouge il se fait cyclone (ouragan, hurricane en anglais) et en magenta ouragan majeur. (© NOAA)

 

 

Même première dans le Pacifique central où l’on compte 14 phénomènes cycloniques baptisés, dont 8 cyclones parmi lesquels 5 sont devenus des ouragans majeurs. On a même vu trois de ces derniers sévir en même temps à l’Est de la ligne de changement de date (International Date Line) ! Cela n’avait jamais été enregistré dans les archives…

 

Rappelons que sur l’échelle de Saffir-Simpson, la catégorie 1 regroupe les cyclones dont le vent soutenu (vent moyenné sur une minute) est entre 119 et 153 km/h (arrondi à la fourchette 64-82 noeuds), la catégorie 2 entre 154 et 177 km/h (83-95 noeuds), la catégorie 3 entre 178 et 208 km/h (96-112 noeuds), la catégorie 4 entre 209 et 251 km/h (113-136 noeuds) et la catégorie 5 au-dessus de 252 km/h (137 noeuds).

 

Le doublement des ouragans majeurs par rapport à la moyenne de tout le Pacifique s’explique essentiellement par la part importante prise par l’Est de celui-ci. Or, indépendamment d’El  Niño et au niveau global des zones intertropicales de la planète, on sait que le réchauffement climatique n’entraîne pas une augmentation du nombre de cyclones mais bel et bien celui des super cyclones, ceux de catégorie 5 (voir la série Cyclones et cycle, épisodes 1, 2 et 3). Le Pacifique n’a pas fini de ne plus l’être.

 

O.C.

 

 

Le 23 octobre 2015 à 01h45 UTC, le super cyclone Patricia (n° 16 de la carte précédente) est par 16° 05′ N / 106° 10′ W. Avec un oeil à 879 hPa – contre 870 hPa pour le typhon Tip qui détient toujours le record -, et un vent soutenu maximal de 174 noeuds dépassant les 168 noeuds de Tip en 1979 dans le Pacifique Ouest, Patricia qui a frappé le Mexique est le plus puissant cyclone jamais mesuré dans l’Est du Pacifique. (© NOAA)

 

 

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