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Category Archives: Politique

Continuer pour la France

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C’était la Whitbread 1973-1974, première édition de la course autour du monde en équipage qui est aujourd’hui la Volvo Ocean Race. Pen Duick VI démâtait et adolescent, j’affichais ceci dans ma chambre, mort de rire par la coupe en brosse de l’officier de Marine Tabarly et tout l’attirail. Morts de rire.

 

O.C.

 

 

 

Le 7 janvier 1974 paraissait ce numéro culte pour les voileux de l’époque, 41 ans jour pour jour avant les assassinats du 7 janvier 2015.

 

 

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Planète plastique, plastique pas net

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Pas une plage qui n’en soit tapissée pour peu qu’elle soit exposée. La mer ne rend ainsi à la terre qu’une toute petite partie de ce que nous lui “ donnons ”. Le plastique est partout dans l’océan, jusque dans les abysses. La nouveauté est qu’on en découvre aussi aux hautes latitudes de l’hémisphère Sud que l’on croyait préservées.

 

 

Densité des plastiques (nombre d’unités observées au kilomètre carré), classés en quatre catégories suivant leurs dimensions en millimètres. Les données proviennent de 1 571 stations dont 891 observations visuelles et 680 relevés au filet. (© Eriksen M, Lebreton LCM, Carson HS, Thiel M, Moore CJ, et al. (2014) Plastic Pollution in the World’s Oceans: More than 5 Trillion Plastic Pieces Weighing over 250,000 Tons Afloat at Sea. PLoS ONE 9(12): e111913. doi:10.1371/journal.pone.0111913)

 

 

Dans un article publié le 10 décembre 2014, la revue en ligne PLOS ONE estime que les océans comprennent actuellement 5,25 milliers de milliards de particules de plastiques pour 268 940 tonnes. Rapporté au volume des océans, ce n’est donc pas cette masse qui constitue le problème – ce n’est jamais que celle d’un très gros navire -, mais sa dissémination dans la chaîne du vivant (commentaire personnel).

 

La modélisation se base sur les données observées par 24 expéditions, entre 2007 et 2013, dans les cinq gyres océaniques des zones subtropicales (gigantesques tourbillons à la surface des océans, zones de convergence des courants), autour de l’Australie, dans le golfe du Bengale et en Méditerranée (où les concentrations sont considérables comme le confirme la dernière mission de Tara), soit une distance totale parcourue de 50 000 milles. Ces observations ont été visuelles pour les plus gros déchets et ont fait appel à des filets pour les plus petits.

 

 

La baie Vayia au Nord de l’île Fimaina (archipel grec des Fournoi), dans l’Est de la mer Égée, est très exposée au meltem. Ce vent dominant y ramène tous les déchets flottant en surface. Si bien que la plage et les fonds avoisinants sont tapissés de matières plastiques, ce que ne laisse pas deviner cette image idyllique. Un cache misère que l’on retrouve trop souvent en Méditerranée : cette mer fermée est proportionnellement la plus atteinte du globe. (© Olivier Chapuis)

 

 

Les plastiques viennent essentiellement de la terre, portés par les fleuves ou le vent, mais aussi des équipages de trop nombreux navires en tous genres qui continuent de les balancer par dessus bord, sans oublier les pertes de conteneurs. On peut avoir une idée vertigineuse de l’étendue des dégâts en consultant la carte interactive mise en ligne avec cette étude internationale pilotée par l’Institut 5 Gyres. Y a notamment contribué François Galgani de l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer) que l’on retrouvait déjà parmi les auteurs de l’article précédent consacré à la pollution des abysses.

 

Moins touchés qu’on ne l’a dit ces dernières années, les gyres attirent les plastiques au gré des courants mais ils finissent aussi par les rejeter à un stade plus ou moins avancé de dégradation. Outre qu’elles blessent ou tuent nombre d’animaux marins selon leur grosseur (poissons, oiseaux, tortues, mammifères…), ces particules touchent les organismes marins tels que les filtreurs, le zooplancton ou ceux qui vivent dans les sédiments. Ils concentrent aussi les polluants organiques et altèrent le fonctionnement des chaînes alimentaires. Enfin, ils transportent des organismes (bactéries ou espèces invasives) sur de très longues distances avec des conséquences encore mal connues.

 

 

Modélisation numérique de la densité des plastiques (nombre d’unités observées au kilomètre carré), classés en quatre catégories suivant leurs dimensions en millimètres. Cette modélisation est calée sur les données observées à l’image 1 du présent article. (© Eriksen M, Lebreton LCM, Carson HS, Thiel M, Moore CJ, et al. (2014) Plastic Pollution in the World’s Oceans: More than 5 Trillion Plastic Pieces Weighing over 250,000 Tons Afloat at Sea. PLoS ONE 9(12): e111913. doi:10.1371/journal.pone.0111913)

 

 

J’ajoute à l’étude que plus encore que ce bilan spatial, le facteur temps est préoccupant. Ces plastiques n’ont commencé à gagner les océans que depuis le milieu du XXème siècle et de façon massive il y a à peine plus de quarante ans. C’est une microscopique goutte d’eau à l’échelle de l’histoire de la planète bleue. Mais c’est une bombe à retardement dont l’allumage est déclenché depuis belle lurette si l’on songe à l’ingestion de ces plastiques par nombre d’échelons de la chaîne alimentaire… jusqu’à l’homme (qui en absorbe aussi via les produits cosmétiques, également pollués). L’effet en sera terriblement long puisqu’il faut plusieurs centaines d’années pour qu’un plastique se désagrège totalement.

 

O.C.

 

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Au loup !

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Pas un jour sans qu’on entende les scientifiques crier au loup dans les médias. Le problème est que l’animal est déjà dans la bergerie depuis un moment, que tous les indices le confirment et qu’il n’y a plus guère de mammouth pour les contester. Mais l’effet amplificateur et démultiplicateur des réseaux crée accoutumance et indifférence en même temps que les nécessaires prises de conscience. Celles-ci se heurtent à beaucoup d’impuissance face à l’inertie de nos modes de vie. Pendant ce temps, le climat se réchauffe et l’océan avec lui.

 

Il ne faut pas pour autant se tromper d’échelle d’espace/temps et lire tout événement météorologique à l’aune du changement climatique, comme nous l’ont rappelé à bon escient les météorologues interrogés dans notre récent dossier “ Coup de chaud sur le climat ? ” (Voiles & voiliers n° 518, avril 2014). C’est pourtant ce qui se fait logiquement au quotidien, sous le diktat des images spectaculaires et anxiogènes tournant en boucle. On ne peut blâmer les victimes de ces météores, aux premières loges, de mélanger les phénomènes atmosphériques et l’incurie des hommes d’après 1960 dans l’aménagement du territoire, ainsi que le rappelle parmi tant d’autres exemples le procès Xynthia en cours.

 

 

Les images spectaculaires – telles que celles de Xynthia aux Sables d’Olonne, le 28 février 2010 -, frappent les imaginations et marquent les mémoires. Si elles témoignent de phénomènes hors normes, l’extrapolation du météorologique au climatique doit être faite avec beaucoup de prudence. (© Jacques Archambaud / SAEMSO Port-Olona)

 

 

Le message est brouillé mais la responsabilité en est largement diluée. Vous et moi d’abord. Si nous voulons vivre avec vue sur mer, il ne faut pas nous étonner que celle-ci s’invite de temps à autre dans notre salon, sans même attendre l’élévation du niveau des océans et sans que le recul du trait de côte ne soit obligatoirement en cause. Les politiques ensuite qui résistent mal (c’est un euphémisme) à la pression financière considérable accompagnant (ou appelant) ce mouvement démographique bien connu vers le littoral, un peu partout dans le monde.

 

Les scientifiques et les médias enfin. Il y a suffisamment de raisons de crier au loup, matin, midi et soir, pour ne pas en rajouter à des fins purement stratégiques, comprenez que laboratoires et ONG ont besoin d’alerter plus que de raison pour récupérer des crédits gouvernementaux et lever des fonds dans l’opinion. Et que les journalistes sont toujours preneurs de données qui les dépassent d’autant plus qu’elles sont nécessairement réduites à des simplifications extrêmes en bout de course.

 

Prenez le rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) – dont la synthèse de la cinquième livraison (2014) sera officiellement présentée à partir du 27 octobre -, il compte allègrement plus d’un millier de pages. On peut heureusement en trouver un résumé ici.

 

Prenez la Conférence scientifique publique mondiale sur la météorologie 2014 qui a eu lieu du 16 au 21 août dernier à Montréal. Elle est emblématique de la nécessité de s’ouvrir au plus grand nombre mais elle témoigne aussi des limites de l’exercice : le PDF des seuls résumés fait 920 pages (à télécharger ici), bien évidemment en anglais et surtout, à un niveau en réalité inaccessible aux non spécialistes.

 

Comment en extraire des conclusions significatives mais non caricaturales ou réductrices ? L’exercice est loin d’être évident, y compris pour les scientifiques eux-mêmes qui peinent souvent à synthétiser leurs travaux dont la nature s’y prête mal. Quand ils ne se laissent pas carrément emporter par leur enthousiasme (si je peux employer ce mot en matière de catastrophisme) comme cela est arrivé à certains d’entre-eux au Québec.

 

C’est ainsi qu’on a pu voir reprise dans la presse généraliste, “ l’information ” (c’est moi qui mets les guillemets) que les vagues feraient “ désormais 40 mètres là où 20 mètres étaient exceptionnels ”, les propos ayant bien été tenus par un universitaire américain. Sans préciser si on parle de leur hauteur significative qui correspond à la hauteur moyenne du tiers des vagues les plus hautes (H 1/3 : sur trente vagues consécutives, la hauteur moyenne des dix plus hautes donne la hauteur significative de ce train de vagues) ou de la hauteur des vagues scélérates… ce qui n’est pas la même chose !

 

 

La hauteur exceptionnelle des vagues scélérates deviendra-t-elle la norme en matière de hauteur significative lors des tempêtes ? (© DR)

 

 

L’objet de ce congrès de Montréal était surtout de faire l’état d’avancement des technologies pour l’élaboration des prévisions météorologiques et d’établir leur programme de développement à long terme. Peut-être parce qu’il s’agissait d’une conférence ouverte d’un genre nouveau, celle-ci a dérivé singulièrement entre les présentations scientifiques (dont les résumés sont disponibles dans le document précité) et leur communication à la presse et au grand public, toute rigueur ayant été débarquée dans l’alarmisme ambiant…

 

Parfois, le message est moins flou. On vient de le voir avec la Conférence des parties, organe directeur de la Convention sur la diversité biologique de l’ONU. Sa dernière édition s’est tenue le 6 octobre en Corée du Sud et elle alerte à juste titre sur l’acidification des océans. D’ici à 2100, celle-ci augmenterait de près de 170 % par rapport à ce qu’elle était avant les débuts de l’industrialisation du monde au XIXème siècle. Due à la hausse des rejets de gaz carbonique dans l’atmosphère, liée pour l’essentiel aux activités humaines, cette acidité s’est accrue d’un tiers en 200 ans.

 

Là encore, c’est l’accélération phénoménale qui frappe puisque ce phénomène serait d’une amplitude inédite depuis cinquante-six millions d’années et d’une vitesse jamais vue depuis trois cents millions d’années. Ce changement de pH ferait disparaître 70 % des organismes marins dans lesquels le calcaire est présent et qui sont de véritables marqueurs climatiques.

 

Le problème est donc d’être concret avec des hypothèses qui si elles sont de plus en plausibles n’en sont pas moins issues de modèles numériques de prévision en climatologie, avec des marges d’erreur plus ou moins importantes. À cet égard, le site Drias, réalisé par Météo-France, vous propose de sélectionner des paramètres de modélisation pour une visualisation pragmatique des scénarios de changements climatiques, à l’échelle du territoire français.

 

Quant aux suppositions désormais certaines et avérées (exemple : il y a moins de cyclones mais plus de super cyclones ; voir la série Cyclones et cycle, épisodes 1, 2 et 3), elles n’en sont donc plus et rejoignent ainsi l’actualité. Celle des catastrophes dites bien rapidement “ naturelles ” quand leurs effets dévastateurs sont souvent liés à des aménagements tout ce qu’il y a de plus artificiels et criminels.

 

Exemple quasi quotidien en période de précipitations intenses : les constructions dans des zones inondables qui n’étaient pas bâties par nos ancêtres (certes en des temps où la densité de population n’avait rien à voir avec celle d’aujourd’hui) et qui sont encore plus submersibles que par le passé parce que les sols bitumés et les haies arrachées ne freinent plus l’écoulement de l’eau (errements qui n’ont rien à voir avec le réchauffement climatique et sur lesquels l’homme a une prise directe, sinon immédiate du moins beaucoup plus rapide que pour diminuer ses rejets de CO2 dans l’atmosphère). On devrait alors parler de faits divers. Quand “ au loup ” rime avec “ au fou ” ou - même si la rime est beaucoup moins riche :) -, avec “ au flouze ”…

 

O.C.

 

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Pour mémoire

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Tandis que s’ouvre aux Sables d’Olonne, ce 15 septembre 2014, le procès non de Xynthia mais de l’aménagement du territoire, voici une revue de liens rappelant les articles – sur ce blog et sur le site de Voiles & voiliers -, consacrés à la submersion du littoral, qu’elle soit d’origine météorologique (surcote) ou sismique (raz-de-marée).

 

 

Le 28 février 2010, Xynthia frappe le littoral atlantique, essentiellement en Vendée et en Charente-Maritime, et cause la mort de 53 personnes. (© Jacques Archambaud / SAEMSO Port-Olona) 

 

 

Chronologiquement, c’est le tsunami du 26 décembre 2004 dans l’océan Indien (confirmé depuis par celui de mars 2011 au Japon, ici et ) qui a accéléré la prise de conscience des pouvoirs publics sur la nécessité d’un système d’alerte des raz-de-marée en France métropolitaine, notamment en Méditerranée. Cela a favorisé la mise au point d’outils cartographiques de modélisation du terrain comme Litto 3D alors que la prise en compte de l’importance du suivi du niveau de la mer dans la durée était déjà une longue histoire.

 

Puis, la tempête Xynthia du 28 février 2010 a été rapidement suivie de la création de la vigilance Vagues-submersion – dont nous réclamions le principe alors que la première vigilance rouge concernant le vent avait été déclenchée le 24 janvier 2009, soit un peu plus de sept ans après le lancement de la carte de vigilance en octobre 2001, suite aux tempêtes de décembre 1999 -, et qui a été activée un nombre considérable de fois l’hiver 2013-2013 par Météo-France.

 

 

Avec la tempête d’octobre 1987 et les deux tempêtes de décembre 1999, Xynthia est celle dont les effets ont le plus marqué les esprits. (© Jacques Archambaud / SAEMSO Port-Olona)

 

 

Gonflée par la surcote, une dépression (notamment un cyclone : voir la série Cyclones et cycle, épisodes 1, 2 et 3) favorise les inondations à marée haute, lesquelles s’ajoutent ainsi à la submersion par la mer et les vagues qui partent alors de plus élevé et détruisent d’autant plus le littoral.

 

D’où le recul du trait de côte qui s’est manifesté de façon spectaculaire au cours de ces mêmes tempêtes de l’hiver dernier. Je montrais dans ce dernier article combien les errements de l’aménagement du littoral des cinquante dernières années, liés à la pression démographique et financière, avaient non seulement perdu le bon sens mais aussi – pourtant étayée par au moins sept siècles d’archives -, la mémoire de ce bon sens.

 

O.C.

 

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Galèrelileo (2/2)

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Outre EGNOS, vu dans le précédent article, l’autre système de navigation par satellites prévu par la Commission européenne et l’Agence spatiale européenne dans les années 1990 était Galileo. Il fut officiellement annoncé le 10 février 1999 et sa conception théorique fut finalisée en 2002. Le passage à la pratique fut plus compliqué… Début 2007, alors que le premier satellite expérimental avait été lancé le 28 décembre 2005 et que le second le serait le 27 avril 2008, la menace d’un coup d’arrêt total avait même été brandie, en cumulant près de cinq années de retard et un surcoût de près d’un milliard d’euros, notamment à cause des rivalités entre les grands groupes privés du consortium.

 

 

Durant sa phase de validation, le positionnement Galileo a été 95 % du temps d’une moyenne de 8 mètres horizontalement et de 9 mètres verticalement. Cette précision va s’affiner grandement au fur et à mesure du lancement des nouveaux satellites et du développement des stations de contrôle à terre.(© ESA)

 

 

 

En juin 2007, Galileo bénéficiait enfin d’un accord, entre le Parlement européen et les ministres du Budget des vingt-sept pays membres. Le 23 novembre 2007, annonçant le démarrage du système pour la fin 2012 (après avoir prévu 2008 initialement), l’Union européenne renonçait à un partenariat public/privé et débloquait finalement 2,4 milliards d’euros sur des fonds publics, en plus du milliard déjà engagé. En 2010, une rallonge de 1,7 milliards d’euros était prévue mais au printemps 2011, les crédits étaient épuisés.

 

Comme le montre le rapport spécial 07/2009 de la Cour des comptes européennes, le coût budgété en 2000 pour le seul investissement (définition, développement, validation, déploiement) était de 3,33 milliards d’euros dont 1,80 milliard pour le secteur public. Au final, dans une opacité technocratique chère à la Commission européenne, la dépense réelle d’investissement atteignait en 2009… 5,58 milliards d’euros entièrement à la charge de la collectivité, soit 68 % de dépassement sur la seule décennie 1999-2009 !

 

Tandis que quatre satellites tests étaient lancés entre octobre 2011 et octobre 2012 et que le premier point réalisé avec ces derniers était effectué le 12 mars 2013, la Commission européenne continuait d’afficher un démarrage des services initiaux pour la fin 2014 – ce qui paraît aujourd’hui douteux après l’échec du 22 août 2014 -, et demandait aux états membres 7 milliards supplémentaires pour le fonctionnement des programmes Galileo et EGNOS sur la période 2014-2020.

 

Avec 12,5 milliards d’euros au total jusqu’en 2020, cela dépasse déjà d’au moins 2,5 milliards les 10 milliards d’euros d’investissement et de fonctionnement qui étaient encore évoqués par la Commission européenne en 2009 pour la période 2007-2030… soit pour dix années de plus ! Même si une telle situation est loin d’être l’apanage du seul Galileo et que ce budget européen est sans commune mesure avec ce que dépensent les États-Unis dans l’espace, autant dire que la dérive vertigineuse n’est pas terminée et que l’erreur sur l’orbite budgétaire est d’une tout autre dimension que le problème survenu le 22 août 2014 :) Pour l’instant, la mise en service opérationnel reste prévue pour 2018 avec dix satellites… à condition que toute aille bien, y compris au plan international, la situation en Ukraine pouvant remettre en cause la coopération avec la Russie pour ses lanceurs (mais il y a la fusée Ariane).

 

Certes, ce dossier est l’un des plus importants que l’Europe ait à traiter en matière technologique et économique. Galileo sera le complément du GPS au sein du GNSS (Global Navigation Satellite System), avec le GLONASS (Global Orbitography Navigation Satellites System) développé par la Russie. Mais aussi avec le système BeiDou que les Chinois mettent sur pied à vitesse grand V… n’hésitant pas à occuper des fréquences que les Européens pensaient se réserver.

 

 

La constellation Galileo comptera trente satellites en orbite circulaire à 23 222 kilomètres d’altitude, couvrant parfaitement l’ensemble du globe, comme le montre cette vue d’artiste. (© ESA)

 

 

Le Système de référence terrestre (en anglais Terrestrial Reference System ou TRS) constitue l’ensemble des procédures permettant de définir un système de référence théorique au plus près de la surface terrestre. Le positionnement en trois dimensions y est rattaché à la sphère terrestre, suivant trois axes x, y et z. Le Système de référence terrestre conventionnel (Conventional Terrestrial Reference System) est aussi baptisé Earth Centered-Earth Fixed (ECEF). Le point zéro en est le centre de la Terre, celle-ci étant considérée comme fixe (autrement dit, le TRS est considéré comme tournant avec la Terre dans son mouvement diurne).

 

La réalisation concrète du TRS s’appelle un système géodésique (en anglais geodetic datum, voire datum, ou – avec quelques nuances -, Terrestrial Reference Frame ou TRF pour Repère de référence terrestre), tel que le Repère international de référence terrestre (en anglais International Terrestrial Reference Frame ou ITRF), mis à jour chaque année, notamment parce que les plaques tectoniques bougent sans cesse. Concrètement, un tel repère de coordonnées – ainsi lié à la Terre – définit notamment l’emplacement précis du quadrillage des méridiens et des parallèles sur le globe terrestre, donc des points sur la carte marine (via la projection de Mercator).

 

Jusqu’au lancement des satellites artificiels, les systèmes géodésiques ont été établis de façon indépendante, à l’échelle d’un pays ou d’un continent, en s’efforçant de suivre au mieux la forme locale du géoïde. Chacun d’entre eux dispose ainsi d’un centre différent, ce qui explique que les coordonnées d’un point dans un système ne correspondent pas à celles de ce même point dans un autre système. À l’ère spatiale, la cartographie est passée à une véritable géodésie mondiale avec un seul ellipsoïde de référence, centré au centre de gravité des masses de la Terre. Le WGS 84 (World Geodetic System établi en 1984) est ainsi le système géodésique développé par l’US Department of Defense (DoD) auquel se réfère par défaut le GPS depuis 1987.

 

Pourtant, chaque système de navigation satellitaire du GNSS utilise un système géodésique spécifique, les modèles mathématiques et les techniques géodésiques évoluant sans cesse. Pour GLONASS, il s’agit du Parametry Zemli 1990 (PZ-90), en anglais Parameters of the Earth 1990. Pour BeiDou, c’est le China Geodetic Coordinate System 2000 (CGCS2000). Et pour Galileo, a été mis au point Galileo Terrestrial Reference Frame (GTRF). Heureusement, ces systèmes géodésiques étant eux-mêmes référencés à une solution de l’ITRF, la conversion des coordonnées peut s’opérer.

 

Grâce à l’accord signé entre l’Union européenne et les États-Unis le 26 juin 2004, il y aura compatibilité et un même récepteur pourra capter les signaux Galileo et GPS (ou GLONASS par ailleurs)… à condition qu’il ait été conçu pour cela c’est-à-dire qu’il soit multistandard. Autant dire que pour un usage de base en navigation de plaisance, l’intérêt d’acheter un nouveau récepteur sera assez limité tant que les États-Unis ne dégraderont pas le signal GPS, contrôlé par les militaires. Mais Galileo étant un système civil, disposer de la redondance pourra néanmoins être une vraie sécurité (en cas de panne importante sur un système) et un plus indéniable en matière de précision… Surtout pour les usages urbains (voir ci-dessous) et comme l’on sait que les objets mobiles (téléphones multimédia et tablettes) embarquent désormais…

 

La précision optimale de Galileo serait de l’ordre du mètre – jusqu’à dix centimètres pour les signaux payants (l’orbite choisie, en l’occurrence l’angle d’inclinaison, étant particulièrement efficace en ville entre les grands immeubles ou dans les vallées profondes) -, contre 5 à 10 mètres pour le GPS et 1 à 5 mètres pour le GPS différentiel, étant entendu que le GPS continue à progresser même s’il est lui aussi affecté par des restrictions budgétaires. Cependant, afin de rentabiliser ces lourds investissement, il n’est pas certain que le service gratuit de Galileo offre une précision supérieure à 4 mètres, soit juste un peu mieux que le GPS actuel. Pour avoir plus précis, il faudra payer.

 

À terme, la constellation Galileo comptera trente satellites, en orbite circulaire à 23 222 kilomètres d’altitude. Le dépassement de budget pourrait donc être rapidement effacé par les rentrées d’argent, tant le marché civil mondial des systèmes de navigation par satellites semble prometteur (la Commission européenne cite le chiffre de 300 milliards d’euros par an pour 2020). La géolocalisation d’un nombre toujours plus vertigineux d’objets mobiles, de plus en plus diversifiés, ouvre bien d’autres perspectives aux côtés des gros débouchés que sont la route, l’agriculture, l’aéronautique et le maritime, sans oublier tous les secteurs nécessitant une synchronisation horaire ultra précise (téléphonie, énergie, finance…).

 

D’où l’urgence de mettre sur orbite le système européen. Compte tenu des besoins relativement modestes de la navigation maritime, pour lesquels une précision métrique est amplement suffisante (sauf pour le positionnement dynamique dans les travaux offshore ou dans la recherche scientifique), on peut espérer que le principe de la gratuité y sera bien respecté mais rien n’est moins sûr. Plus Galileo coûte et plus il y a à craindre que les utilisateurs paieront une deuxième fois après l’avoir lourdement financé en tant que contribuables…

 

O.C.

 

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Galèrelileo (1/2)

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Voilà qui n’arrangera pas le colossal dépassement du budget. Galileo, le système européen de navigation satellitaire, confié à l’Agence spatiale européenne (European Space Agency ou ESA), vient de manquer la mise en orbite de ses satellites 5 et 6. Cela devrait accroître également le retard accumulé ces dernières années…

 

 

Les satellites 5 et 6 devaient être les deux premiers pleinement opérationnels de la constellation Galileo. Ici dans le bâtiment S5A du Centre spatial guyanais, le 31 juillet 2014, juste avant leur chargement en carburant. (© ESA)

 

 

Le 22 août dernier à 09h27 (heure locale de Guyane), était lancée depuis Kourou une fusée Soyouz ST transportant ces deux satellites. Le décollage et la séparation se seraient apparemment passés normalement. Ce n’est qu’après cette dernière que l’exploitation progressive des informations fournies par les stations de télémesure de l’ESA et du Centre national d’études spatiales (CNES) aurait révélé un problème d’orbite.

 

L’orbite visée était circulaire, inclinée à 55 degrés par rapport à l’équateur, avec un demi grand axe de 29 900 kilomètres, soit une altitude moyenne de 23 222 kilomètres. L’orbite atteinte est elliptique, inclinée à 49,8 degrés, avec un demi grand axe de 26 200 kilomètres, passant au plus près à 13 800 kilomètres et au plus loin à 25 850 kilomètres de la Terre (altitude moyenne de 17 000 kilomètres environ).

 

Problème, pour avoir une chance de remettre les satellites sur la bonne orbite, il faudrait consommer tout leur carburant ce qui écourterait leur durée de vie. Celle-ci est programmée sur une douzaine d’années à condition de régulièrement remonter le satellite en orbite pour compenser l’attraction terrestre. En outre, l’altitude n’est que le plus simple des divers paramètres orbitaux à corriger. Le risque d’une perte sèche relative à ce lancement est donc bien réel, pour un coût global de 150 à 200 millions d’euros, à moins de les utiliser sur leur orbite actuelle ce qui paraît peu plausible, même de manière moins efficace.

 

D’après le communiqué d’Arianespace, une anomalie se serait produite pendant la phase de vol de l’étage supérieur Fregat (construit par l’industriel russe NPO-Lavotchkine). En association avec l’ESA (son client) et l’Union européenne, une commission d’enquête indépendante a été mandatée par Arianespace pour définir les causes précises de cet incident et permettre le retour en vol du lanceur Soyouz depuis le Centre spatial guyanais. Certains spécialistes envisagent une erreur de programmation ou une panne d’un capteur de positionnement sur Fregat, expliquant que sa propulsion ne se soit pas produite dans la bonne direction ou sur la durée adéquate.

 

 

Cette vue d’artiste figure la séparation des satellites 5 et 6 de Galileo et de l’étage supérieur Fregat de la fusée Soyouz, 9 minutes et 23 secondes après le lancement de celle-ci depuis Kourou. (© ESA)

 

 

Le prochain lancement Galileo, prévu pour décembre 2014, sera peut-être différé et cela s’ajouterait alors à une longue liste de retards. C’est dans les années 1990 – tandis que les États-Unis avaient volontairement dégradé la précision du Global Positioning System (GPS) pendant la première Guerre du Golfe -, que la Commission européenne et l’ESA décidèrent de doter l’Europe de son propre système de navigation par satellites afin de lui assurer son indépendance stratégique et économique en la matière alors que toute l’économie mondiale géolocalisée et la plupart des armées du monde dépendent entièrement des militaires américains qui peuvent tout interrompre d’un clic…

 

L’European Global navigation Satellite systems Agency (GSA) commença avec EGNOS (European Geostationary Navigation Overlay Service) qui est le système européen de différentiel par satellites greffé sur le GPS, pleinement opérationnel depuis octobre 2009 (mars 2011 pour les atterrissages mentionnés ci-après). À l’origine, le différentiel par satellites – ou différentiel en zone étendue (WADGPS pour Wide Area Differential GPS) -, était largement en service autour des États-Unis (WAAS pour Wide Area Augmentation System), où il avait été conçu notamment pour améliorer la précision des atterrissages des avions.

 

En Europe, EGNOS offre une précision entre 3 et 7 mètres, sur toutes les côtes du cercle polaire à la Méditerranée incluse et jusqu’au milieu de l’Atlantique. La plupart des récepteurs GPS – portables, fixes ou traceurs -, sont compatibles WAAS et le sont ainsi de fait pour EGNOS. Comme pour le GPS différentiel terrestre (Differential GPS ou DGPS), des stations à terre comparent en permanence la position fournie par le signal GPS reçu avec leur position absolue prédéterminée, puis émettent un signal de correction vers les satellites géostationnaires Inmarsat au-dessus de l’Atlantique et du Pacifique, lesquels le diffusent vers les récepteurs en vue. Ceux-ci reçoivent alors un signal corrigé… à condition d’avoir activé leur mode WAAS.

 

Pour nous autres navigateurs, l’intérêt de ce différentiel par satellites se manifeste lorsqu’un homme est à la mer et en cas de défaillance partielle du système GPS. D’autant plus qu’il détecte beaucoup plus rapidement toute anomalie satellite. Il devient essentiel sur toutes les côtes non pourvues de GPS différentiel terrestre (celui-ci étant quand même désormais très implanté sur les façades continentales), telles que les îles de l’Atlantique et du Pacifique, et leurs très nombreux pièges de corail. Avec une sérieuse réserve : les cartes y sont alors nettement moins précises que la capacité de positionnement et le WAAS ne dispense pas d’ouvrir l’oeil…

 

O.C.

 

À suivre la semaine prochaine… avec les chiffres de la dérive budgétaire de Galileo, le calendrier de ses retards successifs et la question de sa compatibilité.

 

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Poubelle l’abysse (2)

Par

 

La mer n’est pas une poubelle ? Bien sûr que si. En novembre 2010, un article de ce blog s’intitulait déjà Poubelle l’abysse, à propos des conteneurs “ perdus ” et de leurs contenus disséminés. Trois ans et demi plus tard, je ne vois pas titre plus pertinent pour vous entretenir des résultats d’une étude qui vient de paraître dans la revue en ligne PLOS ONE.

 

 

Dans le canyon supérieur Whittard, le robot sous-marin Genesis filme une canette de bière par 950 mètres de fond… (© PLOS ONE)

 

 

Intitulée Marine litter distribution and density in European seas, from the shelves to deep basins (La répartition des détritus en milieu marin et leur densité dans les mers européennes, des plateaux continentaux aux bassins profonds), elle émane d’un collectif de chercheurs internationaux, dont François Galgani de l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer).

 

On trouve aujourd’hui des déchets de notre société de consommation depuis l’estran jusqu’aux points les plus reculés des océans. J’ajoute d’ailleurs aux résultats publiés qu’outre les biens connus “ continents de plastique ” dans l’océan Pacifique et en cours d’étude dans l’océan Atlantique, on en a eu un exemple frappant qui n’a pas été souligné de ce point de vue, lors des recherches de l’épave de l’avion de la Malaysia Airlines dans le Sud de l’océan Indien.

 

 

Au-dessus des Quarantièmes rugissants de l’océan Indien, le satellite Taichote prend cette image le 24 mars 2014. Analysée le 27 mars par Geo-Informatics and Space Technology Development Agency (GISTDA), près de 300 points blancs plus ou moins grands laissent espérer qu’il s’agit des restes de l’avion malaysien. Après des survols aériens, la plupart se révéleront être des déchets flottants, révélant ainsi l’état de saleté des mers du Sud dans les hautes latitudes. (© AP Photo/Geo-Informatics and Space Technology Development Agency)

 

 

Les images satellitaires puis les photographies aériennes ont révélé la présence de débris de toutes tailles, y compris considérables, jusque dans les Quarantièmes rugissants. Il est désormais clair que les glaces ne sont plus le seul danger que devront affronter les coureurs autour du monde, lors des prochaines tentatives de records, ou de la Volvo Ocean Race, de la Barcelona World Race et du Vendée Globe. Le paradoxe des portes des glaces (voir articles www.voilesetvoiliers.com 1, 2, 3 et 4) deviendrait de renvoyer ainsi les bateaux vers des eaux moins australes et plus soumises aux objets flottants non identifiés (OFNI).

 

Je ferme la parenthèse et reviens à la publication précitée. Trente-deux sites témoins ont été étudiés sur les fonds des mers d’Europe, de l’Arctique à la Méditerranée – la plus atteinte à proximité de ses grandes agglomérations (ce qui n’est guère surprenant compte tenu de la densité de population qui l’avoisine et de son caractère de mer fermée) -, en passant par l’Atlantique et ses mers adjacentes, avec des levés par 588 chalutages ou images vidéo. Des détritus ont été trouvés jusque dans les fractures de la zone Charlie-Gibbs qui, en plein Atlantique Nord, traversent la dorsale médio-atlantique entre les Açores et l’Islande.

 

Les concentrations les plus élevées se trouvent dans les canyons, parfois jusqu’à des milliers de mètres de profondeur (limite de l’étude à 4 500 mètres), et les moins fortes sur les dorsales et les plateaux continentaux ce qui peut sans doute s’expliquer (c’est mon hypothèse) par la conjugaison de la topographie sous-marine et de l’action des courants sous-marins. Mais partout, ces plastiques sont ingérés par des tortues et des mammifères qui en meurent ou sous la forme de micro particules par des poissons. Ils reviennent ainsi dans le cycle alimentaire de l’homme avec les effets sanitaires que l’on imagine.

 

 

Une boîte de riz « qui ne colle jamais » sur le mont sous-marin Darwin, par 967 mètres de profondeur, photographié par le ROV (Remotely Operated Vehicle ou robot sous-marin téléguidé) Lynx du National Oceanography Centre du Royaume-Uni. (© PLOS ONE)

 

 

Les matières plastiques sont les déchets les plus fréquents sur les fonds marins, avec des conséquences particulièrement nuisibles sur les organismes qui y vivent. Contrairement à une idée largement répandue, car statistiquement exacte quant à leur plus grand nombre, tous ces plastiques ne viennent pas des activités terrestres via le ruissellement et les fleuves ou les envols sur le littoral. On en trouve ainsi beaucoup qui proviennent de la pêche, tels que des débris de lignes et de filets sur les monts sous-marins, les bancs et les dorsales. Ces filets continuent de prendre des animaux au piège pendant des décennies…

 

J’y ajoute les poubelles encore allègrement balancées par-dessus bord sur certains bateaux de commerce et de guerre et hélas, par quelques plaisanciers, accidentellement ou volontairement. Sans oublier une époque pas si lointaine de la course au large où nombre d’équipements passaient à l’eau (je voudrais être sûr que ces temps et ces pratiques lamentables soient révolus, je crains de ne pouvoir l’affirmer, c’est de toute façon toujours vrai en cas d’accident type démâtage).

 

 

Sur le même mont sous-marin Darwin, par 967 mètres de profondeur, un débris de filet de pêche entrave le développement du corail. (© PLOS ONE)

 

 

Or, l’article en question ne traite que de quelques exemples emblématiques d’un océan d’ordures, c’est le cas de le dire. Je n’oublie pas les conséquences de tous les accidents (dont les marées noires), des délits type dégazages, et autres véritables scandales. Et je ne parlerai pas ici des dépôts chimiques ou radioactifs que les militaires de tant de pays (dont la France), les mafias et des industriels véreux ont “confié” à la mer… Les abysses recèlent bien des secrets honteux.

 

O.C.

 

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S-23

Par

 

D’où viennent les dénominations et les délimitations des mers et des océans ? Il est opportun de se poser la question à l’occasion du Vendée Globe et des passages des grands caps, comme le Horn ces jours ci. Y a-t-il eu des décisions internationales pour cela ?

 

 

Le parcours du Vendée Globe est un excellent prétexte pour se pencher sur la question de la dénomination et des délimitations des mers et des océans. (© Vendée Globe)

 

 

De même que l’antiméridien ne s’est imposé que parce que le méridien de Greenwich, dont il est l’antipode, est devenu le méridien zéro international en 1884 à Washington, c’est bien une conférence hydrographique internationale qui a statué sur la géographie maritime. Cela s’est passé à Londres en 1919, au lendemain de la Première guerre mondiale, dans la mouvance de la Conférence de la paix tenue à Paris la même année, dont le traité de Versailles aura quelques conséquences tragiques sur le XXe siècle mais c’est une autre histoire.

 

Cette conférence de Londres est surtout connue pour avoir décidé la création du Bureau hydrographique international (BHI) qui sera effective en 1921. Il deviendra en 1970 l’Organisation hydrographique internationale (OHI ou IHO en anglais pour International Hydrographic Organization ; grâce au rôle historique de la France en matière de cartographie marine, la langue de Molière y est officielle au même titre que celle de Shakespeare). Le BHI deviendra alors le siège permanent de l’OHI à Monaco (son directeur actuel est le Français Gilles Bessero, précédemment à la tête du Service hydrographique et océanographique de la Marine, le SHOM).

 

Toutes les décisions prises à Londres concernant la géographie maritime sont consignées dans la publication S-23 de l’OHI, intitulée Limits of oceans and seas. Sa troisième édition (1953) est toujours en vigueur même si on travaille à sa révision. C’est de cet ouvrage que j’extrais les données ci-dessous pour décortiquer, dans l’ordre du parcours du Vendée Globe, les différentes limites géographiques que franchissent les skippers.

 

 

La carte du monde renvoie à des zones numérotées dont la description figure dans le S-23, téléchargeable ici avec ses trois cartes. (© OHI)

 

 

La bordure occidentale du golfe de Gascogne est constituée d’une ligne joignant la pointe de Penmarc’h (47° 48’ N / 4° 22’ W) au cap Ortegal en Espagne (43° 46’ N / 7° 52’ W). Initialement, il s’étendait jusqu’à la pointe Ouest d’Ouessant (pointe de Pern) et pour le Nord, il fallait tirer le parallèle 48° 28’ N entre la pointe orientale de l’île (pointe Lédénès) et la côte bretonne du continent. Mais la mer Celtique a repris cette zone.

 

Si l’océan Atlantique Nord et l’océan Atlantique Sud sont évidemment séparés par l’équateur, la limite entre l’océan Atlantique Sud et l’océan Indien est le méridien 20° Est, entre le cap des Aiguilles (Afrique du Sud) et l’Antarctique. C’est bien cette longitude qui est retenue par le World Speed Sailing Record Council (WSSRC) pour l’enregistrement des temps intermédiaires sur les records autour du monde.

 

La séparation entre l’océan Indien et l’océan Pacifique Sud est officiellement sur la longitude 146° 55’ E, c’est-à-dire sur le méridien du cap Sud de la Tasmanie (baptisé South East Cape, il est en réalité bien au centre de la côte Sud de l’île) jusqu’à l’Antarctique. Mais la géodésie a fait bien des progrès depuis 1953 et le système GPS est passé par là. La vraie longitude du cap est 146° 49’ E, valeur que retient à juste titre le WSSRC, toujours jusqu’au sixième continent. Celui-ci est considéré par l’OHI comme la limite Sud des trois grands océans qui en font le tour.

 

Enfin, le passage entre l’océan Pacifique et l’océan Atlantique se fait sur le méridien du cap Horn (67° 16’ W), entre la Terre de Feu et l’Antarctique, dans le passage de Drake. Pour le Sud-Ouest de l’Atlantique Sud, il faut ajouter une ligne joignant le cap des Vierges (52° 21′ S, 68° 21′ W) au cap Espiritu Santo, entrée orientale du détroit de Magellan bien que le Chili et l’Argentine ne reconnaissent pas cette délimitation.

 

 

 Le complexe découpage des mers d’Asie (ici en Asie du Sud-Est) masque des frontières encore plus délicates, celles des zones se rattachant aux différents états, suivant les principes définis par la convention de Montego Bay. Celle-ci est loin d’être respectée à la lettre et la liste des conflits potentiels est longue. Bien d’autres régions du monde sont également concernées et le seront d’autant plus que l’exploitation des océans ne cesse de se développer. (© OHI)

 

 

Cela renvoie à la Convention des Nations unies sur le Droit de la mer, mise au point à Montego Bay (Jamaïque) en 1982, entrée en vigueur en 1994 et ratifiée par la France le 11 avril 1996. Cette convention a notamment défini la nature des différentes délimitations maritimes, autrement plus importantes et complexes pour les états côtiers.

 

Grâce à elle, la France dispose de la deuxième Zone économique exclusive (ZEE) au monde avec près de onze millions de kilomètres carrés, à peine moins que les États-Unis. Bréviaire du droit maritime international, Montego Bay n’empêchera pas pour autant l’explosion des bombes à retardement que constituent les conflits “ merritoriaux ” dans un monde qui n’en est qu’aux balbutiements de l’exploitation des océans.

 

O.C.

 

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Hélène a bon dos

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Faudrait pas nous prendre pour des poires ! Pardonnez ma trivialité, mais la belle Hélène en a plein le dos de ce que l’on raconte sur son compte. Ayant la chance de la fréquenter un peu ces derniers temps, j’ai vu à ses rives deux ou trois choses que certains oublient un peu vite lorsqu’ils la vilipendent après se l’être payée à bon compte.

 

Oh, elle ne nie certes pas avoir vécu largement au-dessus de ses moyens, ayant connu un véritable boom ces trente dernières années. Comme d’autres en Europe du Sud qui avaient de la route à faire pour tenter de rattraper le niveau de vie du Nord. Plus souvent qu’à son tour, elle a négligé de payer ses impôts et ses charges sociales, organisant l’évasion fiscale quand elle avait quelque chose à mettre en Suisse. Ici comme chez nous, l’absence de cet argent pèse lourd dans la balance des déficits, n’ayons pas peur de l’oxymore.

 

 

L’État grec a sous sa responsabilité un littoral considérable et une multitude d’îles, en mer Ionienne comme en mer Égée. (© Olivier Chapuis)

 

 

Parfois, Hélène continue de refuser la carte de crédit ou le chèque, y compris pour certaines grosses dépenses qui ne se règlent qu’en liquide, la TVA passant à l’as. Au plus haut niveau de l’État, elle a même truqué ses comptes et ses statistiques. Tout cela est vrai mais quand on a dit cela, si on a dit beaucoup, on est loin d’avoir tout dit. De même qu’il n’y a pas “ les Français ” mais des Français – contrairement à ce que disent les politiques quand ils prétendent parler en leur nom à tous -, il n’y a pas “ les Grecs ” mais des Grecs, avec de très fortes inégalités sociales, là-bas comme ici.

 

 

Cette épave croupit depuis des années au milieu de la petite marina inachevée d’une minuscule île au charme certain. Y stagnent des bateaux à l’état improbable et sans le sou, mais aussi des grands voiliers de croisière à plusieurs millions d’euros en « gardiennage » très bon marché… (© Olivier Chapuis)

 

 

Je ne prétends pas que toute la Grèce fût dans ses îles innombrables et ses côtes enchanteresses. Ce serait aussi ridicule que de réduire la France à la Côte d’azur en occultant Sarcelles ou la Creuse. Mais c’est à la côte que vivent certains des riches Hellènes. Le littoral grec est extrêmement peu bétonné, l’un des plus préservés d’Europe. Il est vrai que les riches se fondent dans le paysage avec goût et subtilité… lorsqu’ils le sont depuis longtemps, riches. Je pense notamment aux armateurs, nababs fiscalement gâtés d’un pays qui reste un grand de la marine marchande, au-delà des pavillons de complaisance. Quant aux palaces à moteur toujours plus gros, nombreux et obscènes, à bord desquels se traitent parfois d’un coup de fil les affaires mettant à mal la vie réelle de tant de gens, ils ne sont pas l’apanage de l’Hellade.

 

Ici, un port de plaisance construit mais jamais achevé qui se retrouve squatté, à l’abandon. Ailleurs, l’eau municipale exploitée pour son compte par un particulier qui la vend aux équipages de passage. Là, un havre auquel ne manque plus que le réseau électrique. La corruption étant sans doute passée par là, il n’est donc pas mis en service au bénéfice de la collectivité mais détourné par quelques-uns à leur profit et à celui de plaisanciers européens, dont certains sont multimillionnaires (mon propos n’étant pas la délation, je n’indiquerai pas ici les lieux de ces choses vues).

 

 

Dans les îles de la mer Ionienne, restaurateurs et commerçants sont ceux qui profitent le plus des escales des plaisanciers. Au point de souvent organiser la gratuité du quai pour les attirer, au détriment des finances locales. Si les fortes solidarités familiales permettent de faire vivre beaucoup sur ces commerces, encore faut-il posséder le capital suffisant, souvent concentré – ici comme ailleurs -, entre les mains de quelques-uns. (© Olivier Chapuis)

 

 

Dans cette marina désolante au coeur d’une île charmante, pas moins de quatre luxueux voiliers de 55 et 64 pieds, tout neufs, sous pavillons français, suisse, anglais et allemand. Tous en gardiennage aux bons soins de quelques familles du cru, les plus aisées sans doute. Et au détriment des autres, puisque c’est autant de bakchichs n’entrant pas dans le budget municipal. Il n’est pas complètement démagogique de penser qu’il y ait parmi ces profiteurs de mer, certains de ceux qui raillent l’incurie grecque. Il ne me faudrait pas beaucoup d’efforts supplémentaires pour imaginer tel ou tel travaillant dans une agence de notation…

 

J’y ai vu, quoi qu’il en soit, le symbole de ceux qui se sont engraissés sur la Grèce. Ces prêteurs et spéculateurs internationaux ayant bien profité du système avant d’y perdre gros pour les premiers et de continuer d’y gagner pour quelques-uns des seconds (le mot “ marchés ” fait accroire une abstraction alors que le monde financier est bel et bien piloté par des gens). À ce niveau, ce n’était plus du crédit revolving mais faire jouer les Grecs à la roulette russe avec six balles dans le revolver. Il n’y avait plus qu’à tout miser sur la date de la mort, celle-ci était certaine.

 

 

Les grandes marinas sont relativement rares en Grèce. C’est tant mieux… à condition que les localités soient capables d’organiser leurs propres ports. (© Olivier Chapuis)

 

 

En passant, un point commun avec la navigation est l’importance de l’électronique et de l’informatique dans l’affaire. La puissance de calcul en croissance exponentielle permet désormais de réaliser une spéculation haute fréquence sur certains types de “ produits ” (comme on utilise des GPS haute fréquence pour agir plus vite sur le pilote automatique). Entièrement automatisée (même si les algorithmes sont réajustés quotidiennement), elle permet aux organismes financiers de réagir encore plus vite aux variations de cours et de faire leur marge sur cette rapidité quasi instantanée.

 

À l’image du DEKPA, document obligatoire pour tout bateau de plaisance naviguant en Grèce (y compris les Européens), l’administration hellénique semble agir de façon plutôt aléatoire. Cependant, la complexité des papiers et des taxes y est bien réelle, au-delà de la langue. À ce propos, les Grecs tiennent à leur identité et ils veillent à ne pas se laisser envahir par l’anglais (je ne saurais les en blâmer). Même si les îles ont donné un très fort contingent d’émigrés ayant “ réussi ” aux États-Unis ou en Australie. Ils reviennent pour leurs vacances, qui dans la maison de famille restaurée, qui sur un voilier arborant fièrement le pavillon de leur pays d’adoption et de leur mère patrie.

 

 

L’église fait généralement partie des bâtiments que l’on remarque pour leur position et leur condition enviables. Ici, l’Église orthodoxe est un état dans l’État. (© Olivier Chapuis)

 

 

De multiples petits commerces font vivre des familles au sens large, avec de vraies solidarités générationnelles. La vie sociale suit. Même si tout est loin d’être bleu puisque ce sont souvent ces mêmes familles, possédant les restaurants et les épiceries, qui assurent le port gratuit afin d’attirer les plaisanciers vers leurs enseignes. La collectivité, donc les plus modestes, ne recueille que les miettes de cette aisance assez répandue. Et ce n’est pas la pêche qui peut compenser. Ici comme un peu partout, la pisciculture pullule désormais. À l’exception de quelque menu fretin, le poisson réellement sauvage est denrée rare en mer Égée.

 

Pourvu qu’il ne soit pas trop tard et que les Grecs généralisent ce qu’ils savent faire parfois : outre les chantiers privés de réparations et d’hivernage (certains, très importants, s’en sortent fort bien), des régies municipales pour leurs ports traditionnels, avec des tarifs justes garantissant des ressources aux finances locales. Ils resteraient plus raisonnables pour les plaisanciers que ceux des grandes marinas au “ standard international ”. Afin que leurs côtes ne finissent pas bétonnées par des promoteurs du cru ou d’ailleurs.

 

 

Symbole majeur de l’État maritime grec, le canal de Corinthe reste aussi celui de la perception d’un droit de passage et de taxes bienvenus pour les finances publiques. (© Olivier Chapuis)

 

 

Hélas, parions que comme chez nous, le diptyque nationalisation des pertes / privatisation des bénéfices va tendre au chef-d’oeuvre. Les pourfendeurs du service public ayant le plus de flair pour en récupérer les actifs bradés, quand ils n’ont pas eux-mêmes contribué à la chute de l’arbre afin d’en recueillir les fruits. C’est aussi la très vieille histoire de ceux qui ont tout et ambitionnent toujours plus, et de ceux qui ayant peu, ne veulent pas le perdre.

 

À propos de perte, les infrastructures du Pirée passeraient aux Chinois. Tout un symbole pour la vieille Europe… face au rang serré des immeubles des armateurs. Autre front de mer impressionnant, celui d’Athènes où les sociétés de location de voiliers ont fleuri, avant la crise, les très nombreuses enseignes nationales voisinant avec celles des leaders mondiaux de la profession. S’y ajoutent les sites des Jeux olympiques de 2004, ayant assuré le jackpot à de grands groupes internationaux mais un gouffre pour les finances publiques, sans que tous ces travaux ne profitent aux besoins réels de la population.

 

Alors que le pays – au PIB minuscule par rapport aux géants européens -, manque encore plus cruellement d’industries que nous, deux institutions se portent très bien. D’abord, l’Église orthodoxe, véritable état dans l’État, immense propriétaire foncier… exonéré d’impôt. Il n’est de voir que la position et la condition enviables de la maison de Dieu lorsqu’on arrive dans la moindre baie habitée. Là où tant de villas tout confort sont juste ce qu’il faut inachevées, pour raisons fiscales, ou à peine commencées et déjà momifiées, faute de cadastre fiable, de permis de construire ou d’argent.

 

 

Avec un nombre considérable d’îles à desservir, en plus d’un territoire accidenté et souvent montagneux, la Grèce a besoin d’une flotte impressionnante de ferries et de navires à grande vitesse (comme ici). Ils convergent vers le port du Pirée, emblème menacé de l’Hellade maritime. (© Olivier Chapuis)

 

 

L’armée ensuite, dont le moins qu’on puisse dire est qu’elle a acquis une certaine “ expérience ” politique… au temps pas si lointain de la dictature des Colonels, dans un pays qui connut une terrible guerre civile au sortir de la Seconde guerre mondiale. Où le conflit ancestral avec le Turc est certes une réalité mais aussi un prétexte fort commode pour les marchands de canons et les militaires qui disposent d’un budget délirant.

 

Nicolas Sarkozy et Angela Merkel se sont permis de “ convoquer ” Georges Papandréou avec arrogance et mépris (premier ministre d’un pays né sur une civilisation plusieurs fois millénaire mais ce ne serait pas le cas que le manque de respect des “ grands ” de l’Europe serait aussi lamentable). Or, les Français comptent bien vendre à la Grèce des frégates et les Allemands viennent de lui livrer des sous-marins, le tout avec surendettement à la clé (et semble-t-il, avec pots de vin en ce qui concerne ces derniers ; ils sont habituels dans ce genre de transactions, comme le rappelle chez nous l’affaire de Karachi) !

 

Quand la rue gronde et rejette les politiques – lesquels n’ont pas plus anticipé les problèmes et ne donnent pas plus en Grèce qu’ici l’exemple des sacrifices appliqués à eux-mêmes -, certains de ces politiques sont enclins à écouter le chant des sirènes militaro-industrielles susurrant à leurs clients galonnés de tester “ pour de vrai ” le bon état de marche de leurs missiles.

 

Tandis que des médias populistes d’Europe du Nord virent au racisme franc à l’égard des peuples méditerranéens, la querelle grecque à propos de la République de Macédoine, née de la guerre des Balkans voici tout juste vingt ans, ne restera peut-être pas toujours sémantique. Un amer que d’aucuns pointeront un jour ou l’autre pour “occuper” la marée de nouveaux pauvres grossissant le flot de jeunes en désespérance. Si on l’oublie, ils auront fait plus qu’allumer la mèche avec laquelle ils mettront le feu à la belle Hélène.

 

O.C.

 

PS. Les habitué(e)s de ce blog auront constaté une vacance prolongée… qui ne rimait pas avec des vacances. Quelques coups de chien informatiques ont secoué la navigation ces dernières semaines. Je reprends désormais ma Route fond. Heureux qui comme Ulysse…

 

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Pas de concorde à la Concorde

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Le démantèlement du service public n’affecte pas que les hommes, il touche aussi le patrimoine. L’affaire de l’Hôtel de la Marine, place de la Concorde à Paris, en offre une illustration emblématique. Le 17 janvier marque normalement le terme de l’appel à projets qui avait été lancé le 24 novembre 2010 pour la reconversion de ce bâtiment prestigieux, en prévision du déménagement de l’état-major de la Marine nationale (dont l’entrée se situe rue Royale… pour celle que l’on surnomme « la Royale »). En 2014-2015, celui-ci rejoindra le quartier Balard où se construit un « Pentagone à la française », regroupant tout le ministère de la Défense en des locaux plus fonctionnels. D’aucuns le baptisent déjà « Balardgone », cette partie du quinzième arrondissement étant depuis fort longtemps l’un des sites majeurs du complexe militaro-industriel français.

 

 

 

L’Hôtel de la Marine, place de la Concorde à Paris, vu depuis la terrasse du Jeu de Paume dans le Jardin des Tuileries. (© DR) 

 

 

L’État qui a besoin d’argent n’a heureusement pas procédé comme il l’a fait sur d’autres dossiers contestables (et beaucoup d’autres qui ne l’étaient pas). Ne pouvant mettre en vente un témoin de l’histoire du pays et de sa capitale (c’est ainsi quasiment le seul des nombreux bâtiments parisiens de la Défense – avec les Invalides et l’École militaire -, qui n’est pas cédé), il a décidé de louer pour une période de soixante à quatre-vingts ans cet immeuble de vingt quatre mille mètres carrés où travaillent actuellement plus d’un millier de personnes. Six millions deux cent milles euros avaient pourtant été dépensés pour sa restauration, entre 2006 et 2008, sous l’égide des Monuments historiques (c’est à la fois peu et beaucoup, en tout cas c’était hier !). Ils avaient certes été financés par le mécénat de Bouygues, mais cet apport privé n’était possible que parce que ce bâtiment d’utilité publique restait accessible… au public.

 

En effet, même si les Journées du patrimoine n’ouvrent les portes qu’un week-end par an, elles ont le mérite d’exister et de permettre au citoyen de voir de près ces ors de la République dont il est généralement privé. Cela ne sera vraisemblablement plus possible une fois l’usage des lieux privatisé. Et quelle privatisation ! Il se dit que le projet qui tiendrait aujourd’hui la corde serait celui d’un groupe financier international, conseillé par un ex-ministre de la Culture (certains politiques étant si efficaces pour brader le bien public au profit de groupes privés qui les recrutent à prix d’or… Et que l’on ne me taxe pas de populisme ou de je ne sais quelle démagogie, ce n’est pas le dire qui pose problème, c’est que de soi-disant serviteurs de l’État agissent ainsi dans le cadre de pantouflages déplorables, « sport » favori d’anciens membres de cabinets ministériels !).

 

 

 

À la fin du XIXe siècle, la place de la Concorde vue depuis les Tuileries, avec l’Hôtel de la Marine à droite et l’hôtel de Crillon à l’extrême gauche. (© DR)

 

 

Ledit projet viserait à transformer l’Hôtel de la Marine en complexe de luxe, dont une salle des ventes et des suites hôtelières, faisant le pendant du Crillon de l’autre côté de la rue Royale. Cependant, la procédure d’appel ne rendra sa décision qu’à la fin 2011 et les travaux engagés devront respecter un cahier des charges très strict, l’État pouvant contrôler à tout moment l’usage ultérieur du bail. La façade et sa fameuse colonnade seront évidemment préservées puisqu’elles s’inscrivent dans la symétrie du chef-d’oeuvre que Jacques-Ange Gabriel, architecte de Louis XV, avait conçu pour la place, et que le souverain avait approuvé le 9 décembre 1755. Le 30 novembre 1774, les travaux étaient achevés et le bâtiment accueillait le Garde-meubles royal. Louis XV était mort six mois auparavant. Mais il n’était plus le Bien-aimé depuis longtemps et le peuple de Paris voyait dans la statue équestre du roi honni, comme dans les colonnades la surplombant, le symbole des dépenses somptuaires s’affichant devant la misère.

 

Le 13 juillet 1789, c’est là que des armes sont dérobées, la veille de la prise de la Bastille et bien avant l’un des plus fameux cambriolages de l’Histoire, celui des joyaux de la Couronne, en ces murs le 11 septembre 1792. Entre-temps, Louis XVI qui avait été contraint par les femmes parisiennes de s’installer à Paris, le 6 octobre 1789, avait ordonné le retour de la Marine, de Versailles vers la capitale, le 26 décembre de la même année. Y voyant passer des têtes illustres, tel Maupassant qui s’y ennuya tant, son état-major ne devait plus quitter la rue Royale jusqu’à nos jours (hormis pendant l’Occupation où la Kriegsmarine prit sa place de 1940 à 1944).

 

 

 

Le salon d’honneur de l’Hôtel de la Marine après sa restauration achevée en 2008. (© DR).

 

 

La décision du gouvernement s’inscrit dans un mouvement général où les plus beaux édifices du patrimoine immobilier national sont souvent concédés à des sociétés qui s’adressent exclusivement à des clients très riches, ayant les moyens de se payer l’accès à ces monuments (à titre d’exemple, un palace va être aménagé dans le château de Versailles, face à l’Orangerie et à la pièce d’eau des Suisses). Les Français en sont ainsi dépossédés à double titre. Celui de la jouissance d’une part, celui du rendement d’autre part (d’autant plus, si les ventes sont faites à un prix inférieur à celui du marché ; se pose également la question des bénéficiaires des « appels à projets », et des conditions de leurs obtentions).

 

Ici, il s’agit de loyer, cela paraît plus sain. Cependant, si le contribuable peut y trouver son compte, le citoyen n’y retrouvera certainement pas cette historiographie nationale dont on nous rebat par ailleurs les oreilles, les actes ne suivant pas les belles paroles. La fameuse Maison de l’Histoire de France n’aurait-elle pas sa place en ce lieu riche en représentations de la Nation (si tant est qu’elle soit nécessaire mais beaucoup d’autres affectations collectives peuvent être envisagées) ? La participation de Bouygues aurait ainsi réellement fait office de mécénat d’intérêt général et non de remise en état pour des intérêts très particuliers…

 

 

 

Alors que la statue de Louis XV a été mise par terre le 11 août 1792, le socle en subsiste ici à droite. En 1793 et 1794, la guillotine fut dressée entre celui-ci et l’entrée des Champs-Élysées, face aux colonnades de l’Hôtel de la Marine (au fond à droite). (© DR)

 

 

Tandis que les prétendues « élites » se coupent de plus en plus du pays, la création d’un nouveau temple du luxe et de l’argent roi, en ces lieux chargés d’Histoire, est plus qu’un signe. Savez vous quel fut l’usage privilégié du balcon de l’Hôtel de la Marine en 1793 et 1794 ? À commencer par celles de Louis XVI puis de Marie-Antoinette, on y regardait les têtes tomber sur l’ancienne place Louis XV, rebaptisée place de la Révolution. Faute d’avoir su raison garder quand l’écart des richesses devenait insupportable et que le poids des symboles, loin d’alléger la barque nationale, n’incitait pas à conserver… la tête froide. La concorde n’a pas toujours été au rendez-vous de la Concorde.

 

O.C.