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Category Archives: Politique

Ah Sahara, Sahara

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Deux kilos six, 330 X 250 mm, 400 pages, plus de 300 oeuvres inédites (contrairement aux autres chiffres, je ne les ai pas comptées, je cite ici l’éditeur), 39,90 euros. Retour à Tombouctou, remarquablement mis en page et imprimé sur d’excellents papiers, arrive en librairie ce 29 octobre, sous une belle reliure de carton rouge et une jaquette sublime. Une fois n’est pas coutume, la quatrième de couverture résume bien le propos : « Reprendre le fil de l’histoire de ces peuples touaregs, arabes, songhay, arma et peuls que j’ai bien connus et tant aimés au siècle passé. Retourner au Mali, partir en Mauritanie, au Niger, au Burkina Faso où ils sont réfugiés par centaines de milliers. Pour comprendre moi-même et ainsi mieux dépeindre une situation dramatique qui se répète comme si les balbutiements de la destinée étaient la marque du genre humain. » (© Titouan Lamazou, Retour à Tombouctou, Gallimard 2015)

 

 

Alertez les bébés. Ceux désormais à la barre, dans le sillage de l’aîné qui les a fait rêver. Et tous les autres, qu’ils portent un joli prénom venu du Rif marocain ou qu’ils suivent simplement la carrière de l’artiste. Titouan Lamazou, le vainqueur du premier Vendée Globe, sort un nouveau livre.

 

 

Ici au portrait d’Assietou welet Mahandou (image suivante), Titouan Lamazou (60 ans l’été dernier) maîtrise des techniques aussi différentes que le dessin (essentiellement à la mine), l’acrylique (parfois mélangée au sable) mais aussi la gouache et le pastel, le tout sur papier, l’huile sur papier ou sur toile, la photographie, le mélange de ces deux dernières, etc. (© Titouan Lamazou, Retour à Tombouctou, Gallimard 2015)

 

 

Mais attention, hein, pas une énième déclinaison de ses portraits de femmes. Ils avaient fini par me lasser un peu, comme ces ouvrages sur les phares encombrant les librairies à chaque retour des guirlandes dans les arbres exfoliés de nos villes (je parle des mauvais, il y en a des bons).

 

 

Invitation au voyage, le visage est un paysage sous le pinceau de Titouan. Assietou welet Mahandou, 2013. Kel Doukaray, région de Tombouctou. Acrylique sur papier, 56 X 43 cm. (© Titouan Lamazou, Retour à Tombouctou, Gallimard 2015, p. 15)

 

 

Non, un superbe livre bilan pour lui-même et pour ce Mali qu’il avait connu avant l’islamisme et la guerre. Et dont les habitants ont essaimé alentour, de la Mauritanie et des confins de cet Atlantique que le marin a tant sillonné, jusqu’au Niger et au Burkina Faso. Réfugiés en des camps qui deviennent villes à force d’être provisoires, villes bidon, bidonvilles.

 

 

Les chercheurs d’or, 2014. Agadez, Niger. Huile et photographie sur toile, 62 X 95 cm. (© Titouan Lamazou, Retour à Tombouctou, Gallimard 2015, p. 252-253)

 

 

Et Titouan, soulignant l’effort considérable consenti par ces deux derniers pays, d’ajouter : “ Au même moment, des migrants envahiraient, paraît-il, le territoire de notre Union européenne comptant plus de 500 millions de ressortissants, comparativement beaucoup mieux nantis que les habitants du Sahel. En regard de l’accueil des réfugiés au Sud, l’affolement général des décideurs au Nord de la Méditerranée prêterait à rire. Seulement, leurs mesures, sécuritaires plutôt qu’humanitaires, faisant du migrant un clandestin, ont des conséquences tragiques. L’Europe, et spécialement la France, semble ignorer les responsabilités qui lui incombent. Après notre coup de force en Libye, nous ne sommes pas étrangers à la déstabilisation de toute la sous-région et à l’afflux de déplacés tous azimuts. ” (page 206)

 

 

Bataysa welet Ehya, 2015. De retour de Saagniognogo. Chez Haloulou ag Agali (oncle de Mohammed Ali et Aïcha). Acrylique et huile sur papier, 73 X 104 cm. (© Titouan Lamazou, Retour à Tombouctou, Gallimard 2015, p. 334-335)

 

 

Ralentis ta vie, prends ton élan. Titouan a repris le fil de la sienne et de tous ceux qu’il avait visités. Que vous dire d’autre, sinon que moi qui n’y suis jamais allé, je suis retourné à Tombouctou avec Lamazou.

 

O.C.

 

 

Au large de Tombouctou (Mali) en 2014, sous la protection de l’opération française Serval. L’ouvrage comporte des annexes très intéressantes par des historiens, des géographes, des anthropologues, des linguistes et des musicologues, notamment sur les Touaregs et le mythe qu’ils incarnent en Occident mais aussi sur l’Azawad (Nord Mali) et son mouvement de libération, très présents dans le livre. Dommage que les échelles ne figurent pas sur les cartes joliment dessinées : elles sont ainsi amputées d’une donnée essentielle à la compréhension de ces espaces immenses. (© Titouan Lamazou, Retour à Tombouctou, Gallimard 2015)

 

 

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Made in China (sous la tente de réfugiés), 2013. Camp UNHCR de Mentao, Burkina Faso. Huile sur toile, 104 X 146 cm. Il y a du Gauguin ici comme on trouve un hommage à Van Gogh dans les quatre versions de La nuit étoilée à Tiguidit. (© Titouan Lamazou, Retour à Tombouctou, Gallimard 2015, p. 68-69)

 

 

 

 

Sur un plateau

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La France ? Onze millions de kilomètres carrés d’océan et quelques vagues. C’est ainsi que je titrais, il y a quatre ans, un article consacré sur notre site à l’immense domaine maritime français, deuxième au monde juste derrière celui des États-Unis, quasiment à égalité. Depuis le 25 septembre dernier, il faut y ajouter plus de 500 000 kilomètres carrés, soit un supplément de 4,5 % (pas aussi simple en réalité, voir ci-dessous). C’est bien supérieur au domaine maritime de toute la métropole, Corse incluse (349 000 kilomètres carrés), et pas beaucoup moins que la superficie de la France métropolitaine proprement dite, incluant ses îles dont celle de Beauté (environ 551 500 kilomètres carrés). Un coup de baguette magique, sans aucun coup de canon, qui mérite quelques explications.

 

 

À elle seule, la Polynésie couvre près de 47 % de la ZEE française. Le Pacifique est, de très loin, l’océan le plus important pour notre pays, puisque la Nouvelle-Calédonie compte pour un peu plus de 13 %. L’autre très grand ensemble concerne le Sud de l’océan Indien, avec les Terres australes et antarctiques françaises (TAAF), et l’océan Austral incluant l’Antarctique (en l’occurrence, la Terre-Adélie), le tout pour un peu plus de 13 % du domaine maritime national. Celui-ci est considérable grâce aux DOM-TOM, la métropole ne fixant pas plus de 3,4 % des eaux françaises, sur ses trois façades maritimes (mer du Nord/Manche, Atlantique et Méditerranée). (© SHOM)

 

 

Je ne m’attarderai pas ici sur les enjeux. On aura compris qu’ils sont potentiellement considérables d’un point de vue économique, tant pour la pêche que pour l’exploitation des ressources minérales et fossiles dont on est à peine au commencement, et que la dimension géostratégique n’est pas non plus à négliger. Mais, pour bien comprendre de quoi il s’agit, je reprends des éléments de l’article précité sur les différentes zones à considérer, la question des dénominations et des limites étant aussi prégnante à la mer que sur terre.

 

En droit maritime, on distingue les zones de souveraineté suivantes (avec des prérogatives décroissantes), à partir de la côte : les eaux intérieures, la mer territoriale, la zone contiguë, la zone économique exclusive ou ZEE (ce que j’appelais domaine maritime en tête de cet article) et le plateau continental. Au-delà, c’est l’espace maritime international, autrement dit la haute mer d’un point de vue juridique (dont la Zone internationale des fonds marins, patrimoine commun de l’humanité). Suivant la Convention des Nations unies sur le droit de la mer – dite Convention de Montego Bay parce qu’elle fut signée à Kingston (Jamaïque), le 10 décembre 1982 -, les limites de ces différents espaces maritimes sont définies de la façon suivante (les termes en italiques entre guillemets sont ceux de la convention, tels que les cite le SHOM, le Service hydrographique et océanographique de la Marine fournissant à l’État les données nécessaires en la matière).

 

La ligne de base est la référence à partir de laquelle est calculée la mer territoriale. Elle correspond à la laisse de basse mer, “ telle qu’elle est indiquée sur les cartes marines à grande échelle reconnues officiellement par l’État côtier. ” La laisse de basse mer étant la limite de l’estran, côté mer, et l’estran étant la partie du rivage où la mer couvre et découvre, au gré de la marée, la ligne de base relie donc tous les points du rivage découverts par les plus basses mers possibles. Quant à la grande échelle évoquée, elle correspond aux cartes de pilotage hauturier pour s’approcher à moins de 5 milles des dangers (1 : 60 000 à 1 : 40 000) et aux moins détaillées des cartes de pilotage côtier pour naviguer dans les passages délicats, prendre un mouillage ou entrer dans un port (1 : 25 000) ; au-delà, c’est la très grande échelle (du 1 : 10 000 au 1 : 1 000).

 

 

Depuis le 25 septembre 2015, la France a étendu son plateau continental autour de Kerguelen (en jaune). Cette extension ne se fait pas vers l’île Heard, appartenant à l’Australie, qui limite la ZEE des îles Kerguelen, dont la superficie est de 575 000 kilomètres carrés. (© Extraplac / SHOM)

 

 

 

Dans la terminologie juridique internationale, les eaux intérieures sont les eaux situées en deçà de la ligne de base. La mer territoriale est la zone maritime adjacente à un état côtier sur laquelle s’exerce sa souveraineté. La largeur en est fixée par l’état concerné – sous réserve d’accords avec les états voisins dont les côtes sont distantes de moins de 24 milles -, et elle “ ne dépasse pas 12 milles marins, mesurés à partir des lignes de base établies conformément à la convention. ” La France a retenu cette valeur de 12 milles comme une majorité d’états (12 milles = 22,22 kilomètres).

 

La zone contiguë est celle où un état côtier peut prévenir et réprimer les infractions à ses lois et règlements douaniers, fiscaux, sanitaires ou d’immigration. Elle ne peut s’étendre au-delà de 24 milles des lignes de base. Enfin, la Zone économique exclusive (ZEE), adjacente à la mer territoriale, ne peut aller au-delà de 200 milles des lignes de base (200 milles = 370,4 kilomètres), toujours sous réserve d’accords avec les états voisins dont les côtes sont distantes de moins de 400 milles.

 

La France a retenu cette valeur de 200 milles, à l’exception de la Méditerranée (compte tenu du nombre de pays limitrophes sur cette mer de faibles dimensions, il n’y a pas eu à ce jour de revendication de ZEE), où elle a décrété une Zone de protection écologique (ZPE) pour prévenir ou réprimer des pollutions. Dans sa ZEE (pour la France, elle est donc plus de onze millions de kilomètres carrés), l’État a des droits souverains sur l’exploration, l’exploitation et la conservation des ressources naturelles, biologiques ou non biologiques, de la surface aux fonds marins, incluant le sous-sol et la production d’énergie à partir de l’eau, des courants et des vents.

 

 

On voit ici pour la Manche Ouest et l’Atlantique au large de la métropole, le tracé des différentes limites depuis la ligne de base droite. Dans certains cas – côtes profondément découpées ou bordées d’îlots, deltas, baies suffisamment profondes -, des lignes de base droites, ne s’écartant pas de la direction générale de la côte, peuvent en effet simplifier la limite de la mer territoriale par rapport à la laisse de basse mer. On voit clairement ici que le plateau continental au sens juridique du terme (au-delà de la ZEE) diffère largement de sa définition géographique classique (bleu vert dans le cas présent). Pour le golfe de Gascogne, la négociation internationale est toujours en cours et elle est loin d’être simple. (© Préfecture maritime de l’Atlantique / SHOM)

 

 

Aux termes de la Convention de 1982, un état côtier peut étendre le plateau continental sous sa juridiction au-delà des limites de la ZEE, jusqu’à 350 milles de la ligne de base. On a ici la confirmation que la notion juridique de plateau continental ne se limite pas à sa définition géographique, laquelle évoque – selon Pierre George dans son Dictionnaire de la géographie – “ un fond océanique à pente faible, compris entre le littoral et des profondeurs voisines de 200 mètres où se marque habituellement une rupture ou une accentuation de la pente ” (en l’occurrence le talus continental).

 

Une telle revendication impose de démontrer que sont réunis des critères morphologiques, géologiques et géophysiques. Dans ces zones, les états côtiers disposent alors de droits souverains pour l’exploitation des ressources naturelles (hydrocarbures, minéraux, espèces vivant sur le fond…). Pour la France, cela représente 1 million de kilomètres carrés en plus sur le globe. Un jeu qui vaut largement la chandelle complexe du Programme français d’extension du plateau continental baptisé Extraplac dont le site internet très complet permet notamment de visualiser tous les agrandissements possibles pour la France (Extraplac est notamment piloté par l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer ou Ifremer).

 

À cet égard, les quatre décrets du 25 septembre 2015 (consultables sur les liens suivants) définissant les limites extérieures du plateau continental au large de la Guyane, de la Guadeloupe et de la Martinique, de la Nouvelle-Calédonie et des îles Kerguelen représentent à peu près la moitié de ce potentiel total d’extension, au-delà des limites de la ZEE (raison pour laquelle on ne peut parler d’accroissement du domaine maritime exclusif, stricto sensu). Joliment garni par les voyages d’exploration et la colonisation, le plateau n’a pas fini de s’enrichir.

 

O.C.

 

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L’exode

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C’est une réalité qu’il est impossible d’ignorer lorsqu’on navigue en Méditerranée. Dans l’ombre de l’Italie submergée par les migrants, essentiellement économiques, la Grèce fait face depuis le début de l’année 2015 à un afflux de réfugiés fuyant principalement la guerre en Syrie.

 

 

Dans l’île de Samos (Sporades de l’Est), aux confins orientaux de la mer Égée face à la Turquie. Des dizaines de gilets de sauvetage laissés à l’ombre d’une pinède par des migrants arrivés dans des conditions précaires. En témoignent les innombrables vêtements trempés qui ont été abandonnés là, y compris de précieuses chaussures de marche. Pourtant, la route sera encore terriblement longue et semée d’embûches jusqu’à l’Europe de l’Ouest ou du Nord en passant par les Balkans (Macédoine, Serbie) puis la Hongrie. (© Olivier Chapuis)

 

 

L’Agence des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR) en recense désormais plus de 1000 par jour pour un total de 77 100 personnes entre le 1er janvier et le 3 juillet 2015, dont 60 % de Syriens et 40 % d’Afghans, d’Irakiens, d’Érythréens et de Somaliens.

 

Pas une île grecque de l’Est de la mer Égée – parmi celles situées juste en face des côtes turques – qui ne reçoive son lot quotidien de migrants ayant tenté qui une traversée sur un engin de fortune, type pédalo ou pneumatique de plage, qui via des passeurs.

 

Et cela se termine parfois très mal, comme le 7 juillet dernier, lorsqu’un bateau a chaviré au Sud de l’île d’Agathonisi avec 40 personnes à bord dont 5 n’ont pas survécu avant l’arrivée des secours organisés par les Grecs et les Turcs, 19 autres ayant été portées disparues.

 

 

Un pédalo à demi submergé sans aucune trace de vie alentour, à vingt milles de la côte turque, au Sud de l’île grecque d’Agathonisi (entre les Sporades de l’Est et le Dodécanèse). Un cas de plus en plus fréquent malgré les moyens déployés par la Grèce. (© Olivier Chapuis)

 

 

Les passeurs n’appartiennent pas nécessairement à un réseau mafieux tant il est évident que nombre d’individus se reconvertissent dans ce nouveau métier en plein boom. Les voiliers de plaisance n’échappent d’ailleurs pas à cette activité d’autant plus lucrative que les bateaux font ici de multiples allers-retours, de jour comme de nuit, sur des distances infiniment plus courtes qu’en Méditerranée occidentale, allant d’à peine plus d’un mille à guère plus d’une dizaine.

 

De toutes ces îles, ce sont ainsi des centaines de personnes qui embarquent chaque jour vers le Pirée, débarquant à Athènes au coeur d’un pays en proie à la crise que l’on sait. Les chiffres officiels communiqués le 9 juillet dernier par le Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) donnent le vertige, témoignant que la Grèce n’est encore confrontée qu’au trop-plein débordant d’une Turquie aux premières loges.

 

Sur près de 22,5 millions de Syriens en 2011 – au début de la répression des manifestations par le gouvernement de Bachar el-Assad -, plus de 4 millions ont aujourd’hui fui leur pays. L’exode s’accélère à cause de Daech, 1 million d’habitants ayant gagné l’étranger dans les 10 derniers mois.

 

 

Échantillons d’embarcations plus ou moins improbables saisies par les coast-guards de Samos. Notez le pneumatique de plage. Quelques voiliers de plaisance ont également été confisqués aux passeurs. (© Olivier Chapuis)

 

 

L’ONU y voit ainsi “ la plus importante population de réfugiés générée par un seul conflit en une génération ”, situation inédite depuis vingt-cinq ans, sans compter les 7,6 millions de personnes déplacées à l’intérieur de la Syrie. Au total, un Syrien sur deux ne vit plus chez lui tandis que la guerre aurait fait plus de 230 000 morts depuis mars 2011 selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH) dont 69 500 civils (parmi eux, 11 500 enfants).

 

À elle seule, la Turquie accueille 45 % des réfugiés syriens, soit 1,8 million, le Liban en recueillant 1,17 million, la Jordanie 630 000, l’Irak 250 000, l’Égypte 132 000 et l’Afrique du Nord 24 000. Plus de 270 000 demandes d’asile déposées en Europe par des Syriens ne sont pas inclues dans ces statistiques.

 

 

Tous les jours, les coast-guards grecs sauvent des dizaines de personnes. Comme celles parvenues saines et sauves dans les îles par leurs propres moyens ou par le biais des passeurs, elles sont enregistrées par la police locale avant d’être dirigées vers les ferries qui rallient le Pirée. Athènes en crise marque le début d’une nouvelle traversée, celle de l’Europe, après celle de la Syrie en guerre et celle de la Turquie. Sans doute parce que les conditions de ces traversées sur des petits bateaux restent dures (embarquements et débarquements dans l’eau), nombre de réfugiés sont des hommes entre 15 et 35 ans : ils sont les plus visés par les enrôlements des différents camps et beaucoup d’entre-eux ont vraisemblablement déjà combattu. Même s’il n’est pas impossible que d’anciens membres de Daech (voire des membres toujours actifs) se cachent dans la masse, on ne peut rester insensible à la volonté de ces jeunes d’échapper à un pays détruit et au fanatisme quand d’autres jeunes quittent l’Europe pour faire le chemin inverse. (© Olivier Chapuis)

 

 

La Commission européenne propose d’accueillir sur deux ans 60 000 demandeurs d’asile syriens (et érythréens fuyant la dictature en Érythrée), sur lesquels la France en recevrait… 9 127. Même si le contexte n’est guère favorable pour le dire, comment ne pas souligner que c’est une goutte d’eau pour un continent et notre pays dont l’histoire est aussi faite d’exodes tragiques ?

 

O.C.

 

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Continuer pour la France

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C’était la Whitbread 1973-1974, première édition de la course autour du monde en équipage qui est aujourd’hui la Volvo Ocean Race. Pen Duick VI démâtait et adolescent, j’affichais ceci dans ma chambre, mort de rire par la coupe en brosse de l’officier de Marine Tabarly et tout l’attirail. Morts de rire.

 

O.C.

 

 

 

Le 7 janvier 1974 paraissait ce numéro culte pour les voileux de l’époque, 41 ans jour pour jour avant les assassinats du 7 janvier 2015.

 

 

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Planète plastique, plastique pas net

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Pas une plage qui n’en soit tapissée pour peu qu’elle soit exposée. La mer ne rend ainsi à la terre qu’une toute petite partie de ce que nous lui “ donnons ”. Le plastique est partout dans l’océan, jusque dans les abysses. La nouveauté est qu’on en découvre aussi aux hautes latitudes de l’hémisphère Sud que l’on croyait préservées.

 

 

Densité des plastiques (nombre d’unités observées au kilomètre carré), classés en quatre catégories suivant leurs dimensions en millimètres. Les données proviennent de 1 571 stations dont 891 observations visuelles et 680 relevés au filet. (© Eriksen M, Lebreton LCM, Carson HS, Thiel M, Moore CJ, et al. (2014) Plastic Pollution in the World’s Oceans: More than 5 Trillion Plastic Pieces Weighing over 250,000 Tons Afloat at Sea. PLoS ONE 9(12): e111913. doi:10.1371/journal.pone.0111913)

 

 

Dans un article publié le 10 décembre 2014, la revue en ligne PLOS ONE estime que les océans comprennent actuellement 5,25 milliers de milliards de particules de plastiques pour 268 940 tonnes. Rapporté au volume des océans, ce n’est donc pas cette masse qui constitue le problème – ce n’est jamais que celle d’un très gros navire -, mais sa dissémination dans la chaîne du vivant (commentaire personnel).

 

La modélisation se base sur les données observées par 24 expéditions, entre 2007 et 2013, dans les cinq gyres océaniques des zones subtropicales (gigantesques tourbillons à la surface des océans, zones de convergence des courants), autour de l’Australie, dans le golfe du Bengale et en Méditerranée (où les concentrations sont considérables comme le confirme la dernière mission de Tara), soit une distance totale parcourue de 50 000 milles. Ces observations ont été visuelles pour les plus gros déchets et ont fait appel à des filets pour les plus petits.

 

 

La baie Vayia au Nord de l’île Fimaina (archipel grec des Fournoi), dans l’Est de la mer Égée, est très exposée au meltem. Ce vent dominant y ramène tous les déchets flottant en surface. Si bien que la plage et les fonds avoisinants sont tapissés de matières plastiques, ce que ne laisse pas deviner cette image idyllique. Un cache misère que l’on retrouve trop souvent en Méditerranée : cette mer fermée est proportionnellement la plus atteinte du globe. (© Olivier Chapuis)

 

 

Les plastiques viennent essentiellement de la terre, portés par les fleuves ou le vent, mais aussi des équipages de trop nombreux navires en tous genres qui continuent de les balancer par dessus bord, sans oublier les pertes de conteneurs. On peut avoir une idée vertigineuse de l’étendue des dégâts en consultant la carte interactive mise en ligne avec cette étude internationale pilotée par l’Institut 5 Gyres. Y a notamment contribué François Galgani de l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer) que l’on retrouvait déjà parmi les auteurs de l’article précédent consacré à la pollution des abysses.

 

Moins touchés qu’on ne l’a dit ces dernières années, les gyres attirent les plastiques au gré des courants mais ils finissent aussi par les rejeter à un stade plus ou moins avancé de dégradation. Outre qu’elles blessent ou tuent nombre d’animaux marins selon leur grosseur (poissons, oiseaux, tortues, mammifères…), ces particules touchent les organismes marins tels que les filtreurs, le zooplancton ou ceux qui vivent dans les sédiments. Ils concentrent aussi les polluants organiques et altèrent le fonctionnement des chaînes alimentaires. Enfin, ils transportent des organismes (bactéries ou espèces invasives) sur de très longues distances avec des conséquences encore mal connues.

 

 

Modélisation numérique de la densité des plastiques (nombre d’unités observées au kilomètre carré), classés en quatre catégories suivant leurs dimensions en millimètres. Cette modélisation est calée sur les données observées à l’image 1 du présent article. (© Eriksen M, Lebreton LCM, Carson HS, Thiel M, Moore CJ, et al. (2014) Plastic Pollution in the World’s Oceans: More than 5 Trillion Plastic Pieces Weighing over 250,000 Tons Afloat at Sea. PLoS ONE 9(12): e111913. doi:10.1371/journal.pone.0111913)

 

 

J’ajoute à l’étude que plus encore que ce bilan spatial, le facteur temps est préoccupant. Ces plastiques n’ont commencé à gagner les océans que depuis le milieu du XXème siècle et de façon massive il y a à peine plus de quarante ans. C’est une microscopique goutte d’eau à l’échelle de l’histoire de la planète bleue. Mais c’est une bombe à retardement dont l’allumage est déclenché depuis belle lurette si l’on songe à l’ingestion de ces plastiques par nombre d’échelons de la chaîne alimentaire… jusqu’à l’homme (qui en absorbe aussi via les produits cosmétiques, également pollués). L’effet en sera terriblement long puisqu’il faut plusieurs centaines d’années pour qu’un plastique se désagrège totalement.

 

O.C.

 

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Au loup !

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Pas un jour sans qu’on entende les scientifiques crier au loup dans les médias. Le problème est que l’animal est déjà dans la bergerie depuis un moment, que tous les indices le confirment et qu’il n’y a plus guère de mammouth pour les contester. Mais l’effet amplificateur et démultiplicateur des réseaux crée accoutumance et indifférence en même temps que les nécessaires prises de conscience. Celles-ci se heurtent à beaucoup d’impuissance face à l’inertie de nos modes de vie. Pendant ce temps, le climat se réchauffe et l’océan avec lui.

 

Il ne faut pas pour autant se tromper d’échelle d’espace/temps et lire tout événement météorologique à l’aune du changement climatique, comme nous l’ont rappelé à bon escient les météorologues interrogés dans notre récent dossier “ Coup de chaud sur le climat ? ” (Voiles & voiliers n° 518, avril 2014). C’est pourtant ce qui se fait logiquement au quotidien, sous le diktat des images spectaculaires et anxiogènes tournant en boucle. On ne peut blâmer les victimes de ces météores, aux premières loges, de mélanger les phénomènes atmosphériques et l’incurie des hommes d’après 1960 dans l’aménagement du territoire, ainsi que le rappelle parmi tant d’autres exemples le procès Xynthia en cours.

 

 

Les images spectaculaires – telles que celles de Xynthia aux Sables d’Olonne, le 28 février 2010 -, frappent les imaginations et marquent les mémoires. Si elles témoignent de phénomènes hors normes, l’extrapolation du météorologique au climatique doit être faite avec beaucoup de prudence. (© Jacques Archambaud / SAEMSO Port-Olona)

 

 

Le message est brouillé mais la responsabilité en est largement diluée. Vous et moi d’abord. Si nous voulons vivre avec vue sur mer, il ne faut pas nous étonner que celle-ci s’invite de temps à autre dans notre salon, sans même attendre l’élévation du niveau des océans et sans que le recul du trait de côte ne soit obligatoirement en cause. Les politiques ensuite qui résistent mal (c’est un euphémisme) à la pression financière considérable accompagnant (ou appelant) ce mouvement démographique bien connu vers le littoral, un peu partout dans le monde.

 

Les scientifiques et les médias enfin. Il y a suffisamment de raisons de crier au loup, matin, midi et soir, pour ne pas en rajouter à des fins purement stratégiques, comprenez que laboratoires et ONG ont besoin d’alerter plus que de raison pour récupérer des crédits gouvernementaux et lever des fonds dans l’opinion. Et que les journalistes sont toujours preneurs de données qui les dépassent d’autant plus qu’elles sont nécessairement réduites à des simplifications extrêmes en bout de course.

 

Prenez le rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) – dont la synthèse de la cinquième livraison (2014) sera officiellement présentée à partir du 27 octobre -, il compte allègrement plus d’un millier de pages. On peut heureusement en trouver un résumé ici.

 

Prenez la Conférence scientifique publique mondiale sur la météorologie 2014 qui a eu lieu du 16 au 21 août dernier à Montréal. Elle est emblématique de la nécessité de s’ouvrir au plus grand nombre mais elle témoigne aussi des limites de l’exercice : le PDF des seuls résumés fait 920 pages (à télécharger ici), bien évidemment en anglais et surtout, à un niveau en réalité inaccessible aux non spécialistes.

 

Comment en extraire des conclusions significatives mais non caricaturales ou réductrices ? L’exercice est loin d’être évident, y compris pour les scientifiques eux-mêmes qui peinent souvent à synthétiser leurs travaux dont la nature s’y prête mal. Quand ils ne se laissent pas carrément emporter par leur enthousiasme (si je peux employer ce mot en matière de catastrophisme) comme cela est arrivé à certains d’entre-eux au Québec.

 

C’est ainsi qu’on a pu voir reprise dans la presse généraliste, “ l’information ” (c’est moi qui mets les guillemets) que les vagues feraient “ désormais 40 mètres là où 20 mètres étaient exceptionnels ”, les propos ayant bien été tenus par un universitaire américain. Sans préciser si on parle de leur hauteur significative qui correspond à la hauteur moyenne du tiers des vagues les plus hautes (H 1/3 : sur trente vagues consécutives, la hauteur moyenne des dix plus hautes donne la hauteur significative de ce train de vagues) ou de la hauteur des vagues scélérates… ce qui n’est pas la même chose !

 

 

La hauteur exceptionnelle des vagues scélérates deviendra-t-elle la norme en matière de hauteur significative lors des tempêtes ? (© DR)

 

 

L’objet de ce congrès de Montréal était surtout de faire l’état d’avancement des technologies pour l’élaboration des prévisions météorologiques et d’établir leur programme de développement à long terme. Peut-être parce qu’il s’agissait d’une conférence ouverte d’un genre nouveau, celle-ci a dérivé singulièrement entre les présentations scientifiques (dont les résumés sont disponibles dans le document précité) et leur communication à la presse et au grand public, toute rigueur ayant été débarquée dans l’alarmisme ambiant…

 

Parfois, le message est moins flou. On vient de le voir avec la Conférence des parties, organe directeur de la Convention sur la diversité biologique de l’ONU. Sa dernière édition s’est tenue le 6 octobre en Corée du Sud et elle alerte à juste titre sur l’acidification des océans. D’ici à 2100, celle-ci augmenterait de près de 170 % par rapport à ce qu’elle était avant les débuts de l’industrialisation du monde au XIXème siècle. Due à la hausse des rejets de gaz carbonique dans l’atmosphère, liée pour l’essentiel aux activités humaines, cette acidité s’est accrue d’un tiers en 200 ans.

 

Là encore, c’est l’accélération phénoménale qui frappe puisque ce phénomène serait d’une amplitude inédite depuis cinquante-six millions d’années et d’une vitesse jamais vue depuis trois cents millions d’années. Ce changement de pH ferait disparaître 70 % des organismes marins dans lesquels le calcaire est présent et qui sont de véritables marqueurs climatiques.

 

Le problème est donc d’être concret avec des hypothèses qui si elles sont de plus en plausibles n’en sont pas moins issues de modèles numériques de prévision en climatologie, avec des marges d’erreur plus ou moins importantes. À cet égard, le site Drias, réalisé par Météo-France, vous propose de sélectionner des paramètres de modélisation pour une visualisation pragmatique des scénarios de changements climatiques, à l’échelle du territoire français.

 

Quant aux suppositions désormais certaines et avérées (exemple : il y a moins de cyclones mais plus de super cyclones ; voir la série Cyclones et cycle, épisodes 1, 2 et 3), elles n’en sont donc plus et rejoignent ainsi l’actualité. Celle des catastrophes dites bien rapidement “ naturelles ” quand leurs effets dévastateurs sont souvent liés à des aménagements tout ce qu’il y a de plus artificiels et criminels.

 

Exemple quasi quotidien en période de précipitations intenses : les constructions dans des zones inondables qui n’étaient pas bâties par nos ancêtres (certes en des temps où la densité de population n’avait rien à voir avec celle d’aujourd’hui) et qui sont encore plus submersibles que par le passé parce que les sols bitumés et les haies arrachées ne freinent plus l’écoulement de l’eau (errements qui n’ont rien à voir avec le réchauffement climatique et sur lesquels l’homme a une prise directe, sinon immédiate du moins beaucoup plus rapide que pour diminuer ses rejets de CO2 dans l’atmosphère). On devrait alors parler de faits divers. Quand “ au loup ” rime avec “ au fou ” ou - même si la rime est beaucoup moins riche :) -, avec “ au flouze ”…

 

O.C.

 

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Pour mémoire

Par

 

Tandis que s’ouvre aux Sables d’Olonne, ce 15 septembre 2014, le procès non de Xynthia mais de l’aménagement du territoire, voici une revue de liens rappelant les articles – sur ce blog et sur le site de Voiles & voiliers -, consacrés à la submersion du littoral, qu’elle soit d’origine météorologique (surcote) ou sismique (raz-de-marée).

 

 

Le 28 février 2010, Xynthia frappe le littoral atlantique, essentiellement en Vendée et en Charente-Maritime, et cause la mort de 53 personnes. (© Jacques Archambaud / SAEMSO Port-Olona) 

 

 

Chronologiquement, c’est le tsunami du 26 décembre 2004 dans l’océan Indien (confirmé depuis par celui de mars 2011 au Japon, ici et ) qui a accéléré la prise de conscience des pouvoirs publics sur la nécessité d’un système d’alerte des raz-de-marée en France métropolitaine, notamment en Méditerranée. Cela a favorisé la mise au point d’outils cartographiques de modélisation du terrain comme Litto 3D alors que la prise en compte de l’importance du suivi du niveau de la mer dans la durée était déjà une longue histoire.

 

Puis, la tempête Xynthia du 28 février 2010 a été rapidement suivie de la création de la vigilance Vagues-submersion – dont nous réclamions le principe alors que la première vigilance rouge concernant le vent avait été déclenchée le 24 janvier 2009, soit un peu plus de sept ans après le lancement de la carte de vigilance en octobre 2001, suite aux tempêtes de décembre 1999 -, et qui a été activée un nombre considérable de fois l’hiver 2013-2013 par Météo-France.

 

 

Avec la tempête d’octobre 1987 et les deux tempêtes de décembre 1999, Xynthia est celle dont les effets ont le plus marqué les esprits. (© Jacques Archambaud / SAEMSO Port-Olona)

 

 

Gonflée par la surcote, une dépression (notamment un cyclone : voir la série Cyclones et cycle, épisodes 1, 2 et 3) favorise les inondations à marée haute, lesquelles s’ajoutent ainsi à la submersion par la mer et les vagues qui partent alors de plus élevé et détruisent d’autant plus le littoral.

 

D’où le recul du trait de côte qui s’est manifesté de façon spectaculaire au cours de ces mêmes tempêtes de l’hiver dernier. Je montrais dans ce dernier article combien les errements de l’aménagement du littoral des cinquante dernières années, liés à la pression démographique et financière, avaient non seulement perdu le bon sens mais aussi – pourtant étayée par au moins sept siècles d’archives -, la mémoire de ce bon sens.

 

O.C.

 

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Galèrelileo (2/2)

Par

 

Outre EGNOS, vu dans le précédent article, l’autre système de navigation par satellites prévu par la Commission européenne et l’Agence spatiale européenne dans les années 1990 était Galileo. Il fut officiellement annoncé le 10 février 1999 et sa conception théorique fut finalisée en 2002. Le passage à la pratique fut plus compliqué… Début 2007, alors que le premier satellite expérimental avait été lancé le 28 décembre 2005 et que le second le serait le 27 avril 2008, la menace d’un coup d’arrêt total avait même été brandie, en cumulant près de cinq années de retard et un surcoût de près d’un milliard d’euros, notamment à cause des rivalités entre les grands groupes privés du consortium.

 

 

Durant sa phase de validation, le positionnement Galileo a été 95 % du temps d’une moyenne de 8 mètres horizontalement et de 9 mètres verticalement. Cette précision va s’affiner grandement au fur et à mesure du lancement des nouveaux satellites et du développement des stations de contrôle à terre.(© ESA)

 

 

 

En juin 2007, Galileo bénéficiait enfin d’un accord, entre le Parlement européen et les ministres du Budget des vingt-sept pays membres. Le 23 novembre 2007, annonçant le démarrage du système pour la fin 2012 (après avoir prévu 2008 initialement), l’Union européenne renonçait à un partenariat public/privé et débloquait finalement 2,4 milliards d’euros sur des fonds publics, en plus du milliard déjà engagé. En 2010, une rallonge de 1,7 milliards d’euros était prévue mais au printemps 2011, les crédits étaient épuisés.

 

Comme le montre le rapport spécial 07/2009 de la Cour des comptes européennes, le coût budgété en 2000 pour le seul investissement (définition, développement, validation, déploiement) était de 3,33 milliards d’euros dont 1,80 milliard pour le secteur public. Au final, dans une opacité technocratique chère à la Commission européenne, la dépense réelle d’investissement atteignait en 2009… 5,58 milliards d’euros entièrement à la charge de la collectivité, soit 68 % de dépassement sur la seule décennie 1999-2009 !

 

Tandis que quatre satellites tests étaient lancés entre octobre 2011 et octobre 2012 et que le premier point réalisé avec ces derniers était effectué le 12 mars 2013, la Commission européenne continuait d’afficher un démarrage des services initiaux pour la fin 2014 – ce qui paraît aujourd’hui douteux après l’échec du 22 août 2014 -, et demandait aux états membres 7 milliards supplémentaires pour le fonctionnement des programmes Galileo et EGNOS sur la période 2014-2020.

 

Avec 12,5 milliards d’euros au total jusqu’en 2020, cela dépasse déjà d’au moins 2,5 milliards les 10 milliards d’euros d’investissement et de fonctionnement qui étaient encore évoqués par la Commission européenne en 2009 pour la période 2007-2030… soit pour dix années de plus ! Même si une telle situation est loin d’être l’apanage du seul Galileo et que ce budget européen est sans commune mesure avec ce que dépensent les États-Unis dans l’espace, autant dire que la dérive vertigineuse n’est pas terminée et que l’erreur sur l’orbite budgétaire est d’une tout autre dimension que le problème survenu le 22 août 2014 :) Pour l’instant, la mise en service opérationnel reste prévue pour 2018 avec dix satellites… à condition que toute aille bien, y compris au plan international, la situation en Ukraine pouvant remettre en cause la coopération avec la Russie pour ses lanceurs (mais il y a la fusée Ariane).

 

Certes, ce dossier est l’un des plus importants que l’Europe ait à traiter en matière technologique et économique. Galileo sera le complément du GPS au sein du GNSS (Global Navigation Satellite System), avec le GLONASS (Global Orbitography Navigation Satellites System) développé par la Russie. Mais aussi avec le système BeiDou que les Chinois mettent sur pied à vitesse grand V… n’hésitant pas à occuper des fréquences que les Européens pensaient se réserver.

 

 

La constellation Galileo comptera trente satellites en orbite circulaire à 23 222 kilomètres d’altitude, couvrant parfaitement l’ensemble du globe, comme le montre cette vue d’artiste. (© ESA)

 

 

Le Système de référence terrestre (en anglais Terrestrial Reference System ou TRS) constitue l’ensemble des procédures permettant de définir un système de référence théorique au plus près de la surface terrestre. Le positionnement en trois dimensions y est rattaché à la sphère terrestre, suivant trois axes x, y et z. Le Système de référence terrestre conventionnel (Conventional Terrestrial Reference System) est aussi baptisé Earth Centered-Earth Fixed (ECEF). Le point zéro en est le centre de la Terre, celle-ci étant considérée comme fixe (autrement dit, le TRS est considéré comme tournant avec la Terre dans son mouvement diurne).

 

La réalisation concrète du TRS s’appelle un système géodésique (en anglais geodetic datum, voire datum, ou – avec quelques nuances -, Terrestrial Reference Frame ou TRF pour Repère de référence terrestre), tel que le Repère international de référence terrestre (en anglais International Terrestrial Reference Frame ou ITRF), mis à jour chaque année, notamment parce que les plaques tectoniques bougent sans cesse. Concrètement, un tel repère de coordonnées – ainsi lié à la Terre – définit notamment l’emplacement précis du quadrillage des méridiens et des parallèles sur le globe terrestre, donc des points sur la carte marine (via la projection de Mercator).

 

Jusqu’au lancement des satellites artificiels, les systèmes géodésiques ont été établis de façon indépendante, à l’échelle d’un pays ou d’un continent, en s’efforçant de suivre au mieux la forme locale du géoïde. Chacun d’entre eux dispose ainsi d’un centre différent, ce qui explique que les coordonnées d’un point dans un système ne correspondent pas à celles de ce même point dans un autre système. À l’ère spatiale, la cartographie est passée à une véritable géodésie mondiale avec un seul ellipsoïde de référence, centré au centre de gravité des masses de la Terre. Le WGS 84 (World Geodetic System établi en 1984) est ainsi le système géodésique développé par l’US Department of Defense (DoD) auquel se réfère par défaut le GPS depuis 1987.

 

Pourtant, chaque système de navigation satellitaire du GNSS utilise un système géodésique spécifique, les modèles mathématiques et les techniques géodésiques évoluant sans cesse. Pour GLONASS, il s’agit du Parametry Zemli 1990 (PZ-90), en anglais Parameters of the Earth 1990. Pour BeiDou, c’est le China Geodetic Coordinate System 2000 (CGCS2000). Et pour Galileo, a été mis au point Galileo Terrestrial Reference Frame (GTRF). Heureusement, ces systèmes géodésiques étant eux-mêmes référencés à une solution de l’ITRF, la conversion des coordonnées peut s’opérer.

 

Grâce à l’accord signé entre l’Union européenne et les États-Unis le 26 juin 2004, il y aura compatibilité et un même récepteur pourra capter les signaux Galileo et GPS (ou GLONASS par ailleurs)… à condition qu’il ait été conçu pour cela c’est-à-dire qu’il soit multistandard. Autant dire que pour un usage de base en navigation de plaisance, l’intérêt d’acheter un nouveau récepteur sera assez limité tant que les États-Unis ne dégraderont pas le signal GPS, contrôlé par les militaires. Mais Galileo étant un système civil, disposer de la redondance pourra néanmoins être une vraie sécurité (en cas de panne importante sur un système) et un plus indéniable en matière de précision… Surtout pour les usages urbains (voir ci-dessous) et comme l’on sait que les objets mobiles (téléphones multimédia et tablettes) embarquent désormais…

 

La précision optimale de Galileo serait de l’ordre du mètre – jusqu’à dix centimètres pour les signaux payants (l’orbite choisie, en l’occurrence l’angle d’inclinaison, étant particulièrement efficace en ville entre les grands immeubles ou dans les vallées profondes) -, contre 5 à 10 mètres pour le GPS et 1 à 5 mètres pour le GPS différentiel, étant entendu que le GPS continue à progresser même s’il est lui aussi affecté par des restrictions budgétaires. Cependant, afin de rentabiliser ces lourds investissement, il n’est pas certain que le service gratuit de Galileo offre une précision supérieure à 4 mètres, soit juste un peu mieux que le GPS actuel. Pour avoir plus précis, il faudra payer.

 

À terme, la constellation Galileo comptera trente satellites, en orbite circulaire à 23 222 kilomètres d’altitude. Le dépassement de budget pourrait donc être rapidement effacé par les rentrées d’argent, tant le marché civil mondial des systèmes de navigation par satellites semble prometteur (la Commission européenne cite le chiffre de 300 milliards d’euros par an pour 2020). La géolocalisation d’un nombre toujours plus vertigineux d’objets mobiles, de plus en plus diversifiés, ouvre bien d’autres perspectives aux côtés des gros débouchés que sont la route, l’agriculture, l’aéronautique et le maritime, sans oublier tous les secteurs nécessitant une synchronisation horaire ultra précise (téléphonie, énergie, finance…).

 

D’où l’urgence de mettre sur orbite le système européen. Compte tenu des besoins relativement modestes de la navigation maritime, pour lesquels une précision métrique est amplement suffisante (sauf pour le positionnement dynamique dans les travaux offshore ou dans la recherche scientifique), on peut espérer que le principe de la gratuité y sera bien respecté mais rien n’est moins sûr. Plus Galileo coûte et plus il y a à craindre que les utilisateurs paieront une deuxième fois après l’avoir lourdement financé en tant que contribuables…

 

O.C.

 

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Galèrelileo (1/2)

Par

 

Voilà qui n’arrangera pas le colossal dépassement du budget. Galileo, le système européen de navigation satellitaire, confié à l’Agence spatiale européenne (European Space Agency ou ESA), vient de manquer la mise en orbite de ses satellites 5 et 6. Cela devrait accroître également le retard accumulé ces dernières années…

 

 

Les satellites 5 et 6 devaient être les deux premiers pleinement opérationnels de la constellation Galileo. Ici dans le bâtiment S5A du Centre spatial guyanais, le 31 juillet 2014, juste avant leur chargement en carburant. (© ESA)

 

 

Le 22 août dernier à 09h27 (heure locale de Guyane), était lancée depuis Kourou une fusée Soyouz ST transportant ces deux satellites. Le décollage et la séparation se seraient apparemment passés normalement. Ce n’est qu’après cette dernière que l’exploitation progressive des informations fournies par les stations de télémesure de l’ESA et du Centre national d’études spatiales (CNES) aurait révélé un problème d’orbite.

 

L’orbite visée était circulaire, inclinée à 55 degrés par rapport à l’équateur, avec un demi grand axe de 29 900 kilomètres, soit une altitude moyenne de 23 222 kilomètres. L’orbite atteinte est elliptique, inclinée à 49,8 degrés, avec un demi grand axe de 26 200 kilomètres, passant au plus près à 13 800 kilomètres et au plus loin à 25 850 kilomètres de la Terre (altitude moyenne de 17 000 kilomètres environ).

 

Problème, pour avoir une chance de remettre les satellites sur la bonne orbite, il faudrait consommer tout leur carburant ce qui écourterait leur durée de vie. Celle-ci est programmée sur une douzaine d’années à condition de régulièrement remonter le satellite en orbite pour compenser l’attraction terrestre. En outre, l’altitude n’est que le plus simple des divers paramètres orbitaux à corriger. Le risque d’une perte sèche relative à ce lancement est donc bien réel, pour un coût global de 150 à 200 millions d’euros, à moins de les utiliser sur leur orbite actuelle ce qui paraît peu plausible, même de manière moins efficace.

 

D’après le communiqué d’Arianespace, une anomalie se serait produite pendant la phase de vol de l’étage supérieur Fregat (construit par l’industriel russe NPO-Lavotchkine). En association avec l’ESA (son client) et l’Union européenne, une commission d’enquête indépendante a été mandatée par Arianespace pour définir les causes précises de cet incident et permettre le retour en vol du lanceur Soyouz depuis le Centre spatial guyanais. Certains spécialistes envisagent une erreur de programmation ou une panne d’un capteur de positionnement sur Fregat, expliquant que sa propulsion ne se soit pas produite dans la bonne direction ou sur la durée adéquate.

 

 

Cette vue d’artiste figure la séparation des satellites 5 et 6 de Galileo et de l’étage supérieur Fregat de la fusée Soyouz, 9 minutes et 23 secondes après le lancement de celle-ci depuis Kourou. (© ESA)

 

 

Le prochain lancement Galileo, prévu pour décembre 2014, sera peut-être différé et cela s’ajouterait alors à une longue liste de retards. C’est dans les années 1990 – tandis que les États-Unis avaient volontairement dégradé la précision du Global Positioning System (GPS) pendant la première Guerre du Golfe -, que la Commission européenne et l’ESA décidèrent de doter l’Europe de son propre système de navigation par satellites afin de lui assurer son indépendance stratégique et économique en la matière alors que toute l’économie mondiale géolocalisée et la plupart des armées du monde dépendent entièrement des militaires américains qui peuvent tout interrompre d’un clic…

 

L’European Global navigation Satellite systems Agency (GSA) commença avec EGNOS (European Geostationary Navigation Overlay Service) qui est le système européen de différentiel par satellites greffé sur le GPS, pleinement opérationnel depuis octobre 2009 (mars 2011 pour les atterrissages mentionnés ci-après). À l’origine, le différentiel par satellites – ou différentiel en zone étendue (WADGPS pour Wide Area Differential GPS) -, était largement en service autour des États-Unis (WAAS pour Wide Area Augmentation System), où il avait été conçu notamment pour améliorer la précision des atterrissages des avions.

 

En Europe, EGNOS offre une précision entre 3 et 7 mètres, sur toutes les côtes du cercle polaire à la Méditerranée incluse et jusqu’au milieu de l’Atlantique. La plupart des récepteurs GPS – portables, fixes ou traceurs -, sont compatibles WAAS et le sont ainsi de fait pour EGNOS. Comme pour le GPS différentiel terrestre (Differential GPS ou DGPS), des stations à terre comparent en permanence la position fournie par le signal GPS reçu avec leur position absolue prédéterminée, puis émettent un signal de correction vers les satellites géostationnaires Inmarsat au-dessus de l’Atlantique et du Pacifique, lesquels le diffusent vers les récepteurs en vue. Ceux-ci reçoivent alors un signal corrigé… à condition d’avoir activé leur mode WAAS.

 

Pour nous autres navigateurs, l’intérêt de ce différentiel par satellites se manifeste lorsqu’un homme est à la mer et en cas de défaillance partielle du système GPS. D’autant plus qu’il détecte beaucoup plus rapidement toute anomalie satellite. Il devient essentiel sur toutes les côtes non pourvues de GPS différentiel terrestre (celui-ci étant quand même désormais très implanté sur les façades continentales), telles que les îles de l’Atlantique et du Pacifique, et leurs très nombreux pièges de corail. Avec une sérieuse réserve : les cartes y sont alors nettement moins précises que la capacité de positionnement et le WAAS ne dispense pas d’ouvrir l’oeil…

 

O.C.

 

À suivre la semaine prochaine… avec les chiffres de la dérive budgétaire de Galileo, le calendrier de ses retards successifs et la question de sa compatibilité.

 

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Poubelle l’abysse (2)

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La mer n’est pas une poubelle ? Bien sûr que si. En novembre 2010, un article de ce blog s’intitulait déjà Poubelle l’abysse, à propos des conteneurs “ perdus ” et de leurs contenus disséminés. Trois ans et demi plus tard, je ne vois pas titre plus pertinent pour vous entretenir des résultats d’une étude qui vient de paraître dans la revue en ligne PLOS ONE.

 

 

Dans le canyon supérieur Whittard, le robot sous-marin Genesis filme une canette de bière par 950 mètres de fond… (© PLOS ONE)

 

 

Intitulée Marine litter distribution and density in European seas, from the shelves to deep basins (La répartition des détritus en milieu marin et leur densité dans les mers européennes, des plateaux continentaux aux bassins profonds), elle émane d’un collectif de chercheurs internationaux, dont François Galgani de l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer).

 

On trouve aujourd’hui des déchets de notre société de consommation depuis l’estran jusqu’aux points les plus reculés des océans. J’ajoute d’ailleurs aux résultats publiés qu’outre les biens connus “ continents de plastique ” dans l’océan Pacifique et en cours d’étude dans l’océan Atlantique, on en a eu un exemple frappant qui n’a pas été souligné de ce point de vue, lors des recherches de l’épave de l’avion de la Malaysia Airlines dans le Sud de l’océan Indien.

 

 

Au-dessus des Quarantièmes rugissants de l’océan Indien, le satellite Taichote prend cette image le 24 mars 2014. Analysée le 27 mars par Geo-Informatics and Space Technology Development Agency (GISTDA), près de 300 points blancs plus ou moins grands laissent espérer qu’il s’agit des restes de l’avion malaysien. Après des survols aériens, la plupart se révéleront être des déchets flottants, révélant ainsi l’état de saleté des mers du Sud dans les hautes latitudes. (© AP Photo/Geo-Informatics and Space Technology Development Agency)

 

 

Les images satellitaires puis les photographies aériennes ont révélé la présence de débris de toutes tailles, y compris considérables, jusque dans les Quarantièmes rugissants. Il est désormais clair que les glaces ne sont plus le seul danger que devront affronter les coureurs autour du monde, lors des prochaines tentatives de records, ou de la Volvo Ocean Race, de la Barcelona World Race et du Vendée Globe. Le paradoxe des portes des glaces (voir articles www.voilesetvoiliers.com 1, 2, 3 et 4) deviendrait de renvoyer ainsi les bateaux vers des eaux moins australes et plus soumises aux objets flottants non identifiés (OFNI).

 

Je ferme la parenthèse et reviens à la publication précitée. Trente-deux sites témoins ont été étudiés sur les fonds des mers d’Europe, de l’Arctique à la Méditerranée – la plus atteinte à proximité de ses grandes agglomérations (ce qui n’est guère surprenant compte tenu de la densité de population qui l’avoisine et de son caractère de mer fermée) -, en passant par l’Atlantique et ses mers adjacentes, avec des levés par 588 chalutages ou images vidéo. Des détritus ont été trouvés jusque dans les fractures de la zone Charlie-Gibbs qui, en plein Atlantique Nord, traversent la dorsale médio-atlantique entre les Açores et l’Islande.

 

Les concentrations les plus élevées se trouvent dans les canyons, parfois jusqu’à des milliers de mètres de profondeur (limite de l’étude à 4 500 mètres), et les moins fortes sur les dorsales et les plateaux continentaux ce qui peut sans doute s’expliquer (c’est mon hypothèse) par la conjugaison de la topographie sous-marine et de l’action des courants sous-marins. Mais partout, ces plastiques sont ingérés par des tortues et des mammifères qui en meurent ou sous la forme de micro particules par des poissons. Ils reviennent ainsi dans le cycle alimentaire de l’homme avec les effets sanitaires que l’on imagine.

 

 

Une boîte de riz « qui ne colle jamais » sur le mont sous-marin Darwin, par 967 mètres de profondeur, photographié par le ROV (Remotely Operated Vehicle ou robot sous-marin téléguidé) Lynx du National Oceanography Centre du Royaume-Uni. (© PLOS ONE)

 

 

Les matières plastiques sont les déchets les plus fréquents sur les fonds marins, avec des conséquences particulièrement nuisibles sur les organismes qui y vivent. Contrairement à une idée largement répandue, car statistiquement exacte quant à leur plus grand nombre, tous ces plastiques ne viennent pas des activités terrestres via le ruissellement et les fleuves ou les envols sur le littoral. On en trouve ainsi beaucoup qui proviennent de la pêche, tels que des débris de lignes et de filets sur les monts sous-marins, les bancs et les dorsales. Ces filets continuent de prendre des animaux au piège pendant des décennies…

 

J’y ajoute les poubelles encore allègrement balancées par-dessus bord sur certains bateaux de commerce et de guerre et hélas, par quelques plaisanciers, accidentellement ou volontairement. Sans oublier une époque pas si lointaine de la course au large où nombre d’équipements passaient à l’eau (je voudrais être sûr que ces temps et ces pratiques lamentables soient révolus, je crains de ne pouvoir l’affirmer, c’est de toute façon toujours vrai en cas d’accident type démâtage).

 

 

Sur le même mont sous-marin Darwin, par 967 mètres de profondeur, un débris de filet de pêche entrave le développement du corail. (© PLOS ONE)

 

 

Or, l’article en question ne traite que de quelques exemples emblématiques d’un océan d’ordures, c’est le cas de le dire. Je n’oublie pas les conséquences de tous les accidents (dont les marées noires), des délits type dégazages, et autres véritables scandales. Et je ne parlerai pas ici des dépôts chimiques ou radioactifs que les militaires de tant de pays (dont la France), les mafias et des industriels véreux ont “confié” à la mer… Les abysses recèlent bien des secrets honteux.

 

O.C.

 

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