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Category Archives: Récit

Cahin-caha sous le pataras

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Ça faisait un moment qu’on s’observait. Des heures que l’on jouait à je te suis tu me fuis, je te fuis tu me suis. Ce vent oscillant nous faisait tourner girouettes.

 

Le changement c’est maintenant ? La main à peine posée sur la drisse, le voici qui revenait à de meilleures dispositions. On descendait boire un caoua… et patatras ! La belle stabilité – affichée du temps qu’on était sur le pont – volait en éclats.

 

 

De la psychologie du changement de voiles… ou pourquoi faire maintenant ce qu’il faudra défaire ensuite ? (© Olivier Chapuis)

 

 

Pas d’éclats de voix en tout cas. On se surprenait même à chuchoter pour échanger nos impressions. Et à aller au pied de mât, l’air de rien, lover une manoeuvre qui n’en avait pas besoin. Plutôt que de se jeter à l’eau, à renvoyer de la toile.

 

Cahin-caha, nous tergiversions. Procrastination vélique, voilà ce dont on souffrait. De la superstition du changement de voiles en milieu instable. Car on n’en doutait plus. Par delà le pataras, l’Oeil était sur l’onde et il nous regardait.

 

O.C.

 

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Marner dans les laminaires

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Pour un fou de nav, ce fut une belle journée de pilotage. La brise était légère. La mer d’Iroise n’était parcourue que de quelques frissons striant cette respiration profonde dont elle ne se départit jamais, histoire de rappeler qu’elle est bien vivante.

 

 

 

Le phare des Pierres Noires, sur la chaussée éponyme en mer d’Iroise, à la pointe de Bretagne. (© Olivier Chapuis) 

 

 

Nous avions tranché la chaussée des Pierres-Noires, à raser le phare rayé de rouge et de blanc, parant Le Boufouloc et le très méchant brisant dans son Est. Puis nous avions renvoyé vers la passe de la Chimère, entre Trielen et Quéménès, prenant garde à la roche du Nègre au Sud de la Vieille Noire. On se croyait dans un album de Tintin… L’Île Noire forcément !

 

 

 

Entre la pointe Saint-Mathieu et Ouessant, la chaussée des Pierres-Noires (en bas) et l’archipel de Molène. (© SHOM / MaxSea / MapMedia / Olivier Chapuis)

 

 

La nuit était tombée, et la brume avec elle, lorsque nous avions doublé la Basse Lost Ar Gog, pour venir mourir sur notre erre dans l’Est de Molène dont les lumières se devinaient à grand peine. La pioche avait sombré dans une mer d’encre.

 

 

 

L’île Trielen et ses ruines, dans l’archipel de Molène. (© Olivier Chapuis)

 

 

Égrenant des noms de navires du vaste monde, Ouessant Trafic ajoutait à l’ambiance extraordinaire d’un mouillage perdu entre des cailloux de pleine mer. Le genre d’endroit où l’iode vous pénètre par tous les pores, où les cornes lugubres font vibrer l’échine. Au jour, la marée basse avait révélé notre ancre, crochetée à d’amples lanières, opale et or. Nous avions marné, suspendus à de grandes laminaires.

 

O.C.